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Le manga sexy...dans tous ses états !
Introduction

Love Junkies est un manga dessiné par Kyo Hatsuki (????), mangaka née à Osaka, avec l’aide de son staff dénommé « Atelier Sava ».
L’auteur a commencé sa carrière par le biais du manga hentai, à l’instar d’un Oh Great ! (Enfer et paradis, Air Gear), signant pour l’occasion du pseudonyme de Naizo Kudara. En 2000, alors que son style graphique est déjà bon mais encore perfectible, l’opportunité de faire publier une histoire chez un grand éditeur va se présenter à elle.
C’est donc ainsi que débute la saga Love Junkies, forte de 24 volumes, et toujours en cours au bout de 8 années de publication. A cette occasion, Kyo Hatsuki signera de son véritable nom et le succès rencontré par le manga Seinen (pour jeunes adultes) lui ouvrira d’autres portes et l’amènera à varier ses collaborations.
Actuellement, le manga en version originale sort à 5 mois d’intervalle avec une pré-publication de 20 pages environ (représentant un chapitre appelée « scène ») tous les 2ème et 4ème mardi de chaque mois dans le mangashi (recueil d’histoires en cours vendu à petit prix et imprimé sur du papier basse qualité) Young Champion de l’éditeur Akita Shôten.
Les couvertures japonaises mettent à l’honneur un personnage féminin, rarement deux et sont reprises pour la version française à ce détail près et néanmoins appréciable de la part de l’éditeur hexagonal que les couleurs ont été retravaillées et atténuent l’effet pastel. D’ailleurs il y a quelque chose d’un peu gênant dans les couvertures de Love Junkies qui ne rendent pas vraiment honneur au contenu (graphiquement parlant), surtout quand on sait de quoi est capable Kyo Hatsuki avec Photoshop. Ainsi, pour un certain nombre de titres de l’industrie du manga, la couverture dans laquelle un soin tout particulier a été mis masque une relative pauvreté du trait quand on commence à feuilleter. Pour Love Junkies, c’est exactement l’inverse.

Le rendu général de l’édition française est d’ailleurs à souligner tant sur le logo français qui remplace avantageusement son homologue japonais peu glamour, que sur la traduction (ne versant pas du tout dans le dialogue cru/vulgaire) et sur l’adaptation.
C’est donc Taifu Comics qui a décroché l’obtention des droits pour la France pour ce titre un peu particulier. En effet, les premiers volumes sont l’exemple parfait de l’arbre qui masque la forêt.
Sans doute habituée au style dans lequel elle évolue, Kyo Hatsuki va signer un début d’histoire assez hésitant : On sent bien la volonté de développer un scénario autour du personnage principal mais en même temps, l’enchaînement logique est un peu poussif. Ainsi, l’introduction nous présente les aventures d’Eitarô, jeune cadre de 22 ans n’ayant jamais connu les joies du plaisir charnel ni même sentimental. Or ce qui aurait pu être une quête de la femme idéale avec comme point d’orgue la concrétisation physique de cette union n’est pas l’orientation qui a été choisie. Eitarô perd son pucelage dès le volume 1 et de façon extrêmement banale puisque son ami Teru s’est arrangé pour le placer dans les bras d’une de ses connaissances nommée Maiko. Puis étonnamment, alors qu’Eitarô est sensé avoir traversé un désert affectif jusqu'à 22 ans, il va subitement enchaîner les rencontres sans lendemain alors que dans le même temps, une jeune fille l’a remarqué et s’est déclarée pour être sa petite amie.
De ce fait, la série peut l’objet de plusieurs découpages traduisant une évolution des histoires d’amour et de la gestion des situations par le personnage principal.

Partie I : Grivoiseries incontrôlées.
Cette partie du manga correspond au volume 1 à 8. Ainsi que cela à été expliqué plus haut, l’histoire se met lentement en route, presque à tâtons. Elle verra Eitarô rencontrer nombres de jeunes filles fort bien pourvues (à quelques exceptions près) alors qu’il est officiellement engagé avec Emu. Ce qui est frappant, c’est le manque total d’emprise du personnage principal sur l’enchaînement des évènements. A cela s’ajoute l’intervention récurrente de « Gauleman », petit personnage noir sensé représenter la personnification de ses pulsions, mais qui sert aussi occasionnellement de « voix off ».
Car bien qu’Eitarô soit impliqué sans cesse dans de nouvelles situations incongrues, son manque évident de volonté à résister confère à cette première partie un ton léger, humoristique, bien que quelque peu décousu et « immoral ». Personne ne semble d’ailleurs croire à ses remords, lesquels semblent, en tous cas, bien éphémères….En plus clair, dès que « Gauleman » se réveille, Eitarô se trouve plongé quoi qu’il arrive au cœur d’une situation frivole. Bien évidemment, les infidélités à répétition du héros n’auraient conférer aucune crédibilité au récit si elles n’étaient pas suivies des conséquences logiques en pareilles occasions.
Et c’est là que la première césure très nette avec un manga érotique insipide se fait.

Kyo Hatsuki a voulu développer une histoire, un scénario basé sur une comédie romantique. Aussi, après s’être amusée à affubler Eitarô de nombres de conquêtes, elle ne va pas se priver pour lui administrer un juste retour de bâton. Le jeune homme va être ainsi pris entre plusieurs feux sans pouvoir ni savoir gérer cette relation de crise extrême. Son manque de courage fera qu’il en sortira d’ailleurs grand perdant. Fait relativement rare, l’auteur semble de temps à autre jeter son personnage principal en pâture à son lectorat, lequel ne peut que réprouver son comportement…
Mais cette mauvaise expérience permettra la transition vers la seconde période du manga et la maturation certaine (mais pas complète) du personnage.
Heureux hasard également, cela correspond avec une amélioration de la patte graphique de Kyo Hatsuki (dont une des qualités serait de pouvoir dessiner très rapidement) passant d’un niveau bon à excellent.
On notera tout particulièrement la variété à laquelle s’astreint l’auteur en ce qui concerne les tenues vestimentaires et les coiffures des personnages féminins, le tout mis en musique dans un Tokyo d’aujourd’hui (plusieurs endroits sont facilement identifiables comme le Tokyo Big Sight ou l’« entrée » du Kabukichô, quartier des plaisirs, pour ne citer que quelques exemples) où Internet et surtout le téléphone portable ont une importance majeure. Kyo Hatsuki prend également soin du fonds des cases de ses planches par un recours très soutenu mais jamais surabondant au tramage, et n’hésite pas à détailler les plans extérieurs, préalablement repérés de visu comme tout bon mangaka qui se respecte.
Par ailleurs, d’un point de vue découpage et mise en scène l’évolution sera un peu moins notable, restant dans les standards convenus.
Cette partie transitoire du manga dont il est question, et matérialisée par la quadruplette des volumes 9 à 12, va donc marquer un tournant scénaristique majeur qui va en décupler l’intérêt.
En effet, Eitarô, marqué par ses erreurs passées, va changer de comportement ; ou plutôt Kyo Hatsuki va se décider à le rendre maître de ses choix en ce qui concerne ses relations avec les filles. La conclusion qui se dégage pour le héros au terme des 12 premiers volumes, c’est que s’adonner au plaisirs sexuels sans lendemain est chose relativement aisée ( ! !), s’opposant de façon catégorique à la gestion d’une vraie relation amoureuse, avec tout le panel de sentiments qui l’on peut ressentir et avec qui il faut savoir composer.
C’est également au niveau du ton et de l’atmosphère que tout change. Kyo Hatsuki sait installer le lecteur dans un décor de banquise, ou « Gauleman » se fait plus que discret et ou Eitarô est mis crûment face à ses responsabilités. Bien évidement, fini les frivolités quand les cœurs se brisent. C’est une grande force du manga que de savoir varier les ambiances : du drôlatique-cocasse-incongru, on passe sans difficulté et avec intérêt à la tristesse et au suspens.
Partie II : La comédie (érotico-) sentimentale dans sa splendeur.
Traduction de l’évolution du manga amorcée au volume 9, la seconde partie du manga qui commence au volume 15 après une courte transition est addictive.
Avec un héros enfin cadré, l’auteur va introduire un certain nombre de personnages secondaires qui lui seront d’un grand secours pour éviter à nouveau à Eitarô les palabres de la première partie. Bien évidement, et se sera une constante tout au long du manga, les scènes érotiques seront toujours d’actualité (censurées bien évidement), mais le tour de force qui s’opère est que le scénario les relègue au second plan.
Nous sommes dans une véritable comédie sentimentale, à la limite parfois du shôjô, à l’instar d’un I’’s de Masakazu Katsura, mais d’un intérêt grandement différent en raison de l’âge des protagonistes évoluant dans le monde du travail et non pas au collège/lycée.
D’ailleurs la finalité du manga ne sera jamais occultée : la quête d’Eitarô de la femme qui saura lui convenir et devenir, pourquoi pas, son épouse. En cela, il est bien plus passionnant de voir un personnage affronter les épreuves qui peuvent mettre en danger son couple stable plutôt que de le voir butiner sans vergogne.
Ainsi, le lecteur pourra prendre partie, abonder dans le sens de l’auteur ou pas, à savoir regretter qu’une relation se soit terminée ou au contraire, se réjouir d’en voir une nouvelle commencer.
En cela et rapidement, le fan se trouve une préférée parmi les filles évoluant dans le giron du personnage principal. Eitarô devra également, situation nouvelle, faire face à la concurrence directe de rivaux amoureux qui mettront à l’épreuve sa capacité de réaction. Le manga est catégorisé « moins de 15 ans » en France à juste titre car contrairement à un Oh Great ! qui a adouci le propos pour ses productions shônen, les scènes de sexe sont une composante à part entière de Love Junkies, que l'on apprécie ou que l'on déplore cette orientation constante. Il est cependant évident que cela ferme au titre les portes du grand public.
Cependant, en vertu de la prépondérance du scénario évoquée ci dessus, on assiste à une raréfaction des situations chaudes sur certains volumes (par exemple, le volume 22 n’en contient qu’une et personne ne s’en plaindra).
A considérer que la présence même de ces scènes érotiques n’est pas rédhibitoire (outre la maîtrise graphique de Kyo Hatsuki en ce qui concerne les nus), le lecteur est happé par l’histoire et se prend à vouloir découvrir la suite rapidement.
Et en parcourant Internet, c’est d’ailleurs le cas de la communauté des lecteurs anglophones ne pouvant que se contenter de traductions de fans sur les 3 premiers volumes. Fort heureusement pour nous petits français, Taifu Comics ne s’y est pas trompé en décidant d’une parution mensuel jusqu’au vol 10 (4 au 10), puis bimestrielle. Malgré ce rythme soutenu, il va falloir tout de même quelques temps pour éditer 24 volumes achevés (le 25ème ayant commencé en pré-publication).
Attention toutefois, il ne s’agirait pas d’encenser à outrance et plus que de raison ce titre. Le scénario présente quelques fois des ficelles un peu grosses et outre certaines scènes de sexe dispensables, l’auteur a quelque peu tendance (le succès aidant) à délayer un peu l’histoire et retarder les évènements clés prévisibles (ou non !). Elle semble se complaire en outre en « faux départs », jouant avec les nerfs du lecteur : à comprendre par là qu’elle gonfle des bulles de suspense parfois à la limite du soutenable et au moment ou l’on pense qu’elle va les faire éclater avec perte et fracas, elle décide de lâcher un peu de lest et retarder l’inévitable.
Cependant, Kyo Hatsuki conserve une remarquable maîtrise des petits détails dont elle jalonne subrepticement le récit et qu’elle ressort au moment opportun avec le maximum d’effet.

Oser, c’est l’adopter ! !
En conclusion, il serait extrêmement réducteur et dommageable de juger LOVE JUNKIES sur ses premiers volumes et de le considérer à tort comme un manga hentai sans scénario, sans logique, bref, sans intérêt. C’est d’ailleurs l’erreur qu’aurait pu commettre l’auteur de ce texte si le chara-design l’avait pas poussé à aller voir ce qui se passait plus avant dans les tomes. Et puis tout de même, ces 22 volumes en cours au moment de la sortie du premier opus en français étaient bien justifiés par autre chose que la débandade et l’étalage fripons qui jaillissent des premières pages. Alors non, même après ces développements, LOVE JUNKIES ne plaira sans doute pas à tout le monde ; mais c’est un titre d’une qualité graphique indiscutable et à l’humour efficace auquel il faut donner sa chance. Car il est des manga comme celui ci dont on ne soupçonne pas les richesses, noyés qu’ils sont dans la masse de titres proposés sur le marché français.
© KYO HATSUKI 2000-2007 (Akitashoten Japan)
Dossier réalisé par LJM (Mise en ligne le 05/05/2008)
Enigma
D'où vient cette réplique ?
Il n’y a presque plus rien d’humain en toi !
[ Voir la réponse ]














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