Tetsuya Tsutsui - Actualité manga
Dossier manga - Tetsuya Tsutsui

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Sommaire

Publié le Jeudi, 13 March 2014


Duds Hunt : Le coup de matraque

   
 
Fraîchement sorti de maison de redressement, Nakanishi, un ancien délinquant, trouve un emploi dans la société d'assurances-vie Hinata. Son supérieur lui mène la vie dure, le poussant à travailler toujours plus intensément, mais le jeune homme veut s'accrocher à ce travail, convaincu de ne rien pouvoir trouver d'autre dans sa situation. Afin de se confier et de soulager sa frustration, il discute sur Internet avec un interlocuteur à l'identité masquée derrière un pseudonyme. Pour l'aider à libérer sa colère, ce dernier lui envoie un lien web vers un jeu dangereux, où il y a même de l'argent à la clef : Duds Hunt.
 
En guise de flashback, nous suivons une autre histoire : celle de Chihiro Natsuki, une jeune fille dont le père a été gravement blessé, après avoir été roué de coups par une bande de jeunes voyous. Les frais d'hospitalisation en longue durée représentent une charge imprévue pour la famille, si bien qu'il finit par se suicider, après avoir contracté une importante assurance-vie. En grandissant, Chihiro se met alors à la recherche des agresseurs de son père...
  
  
  
  
 
Dans ce premier one-shot, Tetsuya Tsutsui montre déjà l'étendue de son talent narrative avec un récit prenant et rythmé. Le sel de l'intrigue repose sur le jeu qui donne son nom à l'histoire, Duds Hunt, qui consiste à une chasse à l'homme en territoire urbain. Les règles sont d'une simplicité extrême : dans un temps et dans une zone impartie, les participants doivent s'emparer du téléphone portable des autres sans se faire piquer le leur, chaque appareil détenu en fin de partie rapportant une certaine somme d'argent. Devant ce principe immédiat, l'auteur fait apparaître les différents types de comportements humains, de la lâcheté pure aux pièges les plus fourbes, des alliances de fortune jusqu'à ceux qui sortent du bois au moment propice.
  
A l'instar d'un Fight Club, ce jeu sert de défouloir grandeur nature à tous ceux qui en ont besoin, des curieux à la recherche du grand frisson à ceux qui y voient une rentrée d'argent facile en restant dans leur coin et en attendant la fin de la partie. Mais ces deux catégories sont vite balayées par le vrai public « cible » du projet : ceux qui n'hésitent pas à utiliser la force, à employer des armes en tout genre, ceux pour qui la violence est naturelle, en marge d'une société trop bien rangée. Nakanishi, alias « Matrak », est évidemment l'un de ces marginaux. S'il essayait de se contraindre au système, coincé dans un costume-cravate l'étouffant autant que son supérieur, force est de constater que le naturel revient vite au galop.
  
Ainsi, nous assistons à la lente plongée de notre anti-héros par une narration qui se refuse à prendre parti, nous faisant suivre les évènements de manière factuelle, alors que le récit se raconte pourtant à la première personne. Tetsuya Tsutsui n'a pas besoin d'artifices ni d'exagération dans la violence pour nous faire ressentir le danger : il instaure une ambiance froide, monolithique, où le chasseur peut devenir la proie à tout moment. Les deux récits s'inscrivant en parallèle laissent rapidement présager des ultimes rebondissements, mais le rythme très mouvementé de cette courte histoire nous emporte sans trop nous laisser le temps d'y réfléchir. Ainsi, malgré son air de récit d'action frénétique, Duds Hunt ouvre déjà de nombreuses pistes récurrentes dans la carrière de l'auteur, comme nous le verrons ultérieurement.
   
   
       

Reset : C'est la magie de l'internet

  
 
Asamigawa, préfecture de Kanagawa. Un complexe résidentiel, à l'allure anodine, est depuis peu le centre de phénomènes très étranges : en effet, les suicides commencent à s'y accumuler, sans raison apparente. Hitomi Shinohara est l'une des habitantes de cette résidence. Suite à un mariage arrangé avec un employé de banque aussi inoffensif que banal, elle vit en tant que femme au foyer sans enfant, dans une vie vide de sens. Jusqu'au soir où son mari, après avoir été victime d'un hold-up, décide de mettre fin à ses jours en sautant par la fenêtre... Quelques heures plus tôt, c'est Daisuke, un collégien habitant dans le même immeuble, qui s'est également défenestré. Point commun entre toutes ces personnes suicidaires : avant leur geste, toutes ont vu s'afficher devant eux la phrase suivante :  « Votre vie est un échec. Appuyez sur Reset. »
    
Afin de comprendre le geste de son époux qu'elle connaissait finalement bien mal, au point de ne pas arriver à pleurer sa mort, Hitomi décide de mener son enquête et explore l'ordinateur de son mari. Elle y trouve alors l'accès à un jeu en ligne, nommé Dystopia. Quelques clics plus tard, la voici qui pose les pieds dans cet univers virtuel... pas si éloigné du sien ! En effet, Dystopia est un jeu interne à la résidence, en proposant une réplique exacte tout en permettant à ses habitants de réaliser, via cette fenêtre vidéoludique, leurs envies les plus folles... comme les plus macabres.
    
       
  
     
Après avoir effleuré le sujet dans sa toute première nouvelle, Fool's Paradise, Tetsuya Tsutsui s'intéresse de nouveau aux rapport entre le virtuel et le réel. Avec l'émergence des MMORPG, de jeux permettant d'avoir un avatar proche de nous comme Second Life ou Les Sims, ou encore la libération cathartique que peut offrir la série des GTA, l'être humain a pu s'inventer de nouvelles vies, faire de nouvelles expériences, tout en s'offrant une distance de sécurité : le simple Game Over en lieu et place d'une implacable mort. Le mangaka nous livre ainsi sa vision des choses sur une petite échelle  (l'intrigue aurait été ingérable autrement), et met en avant, comme dans Duds Hunt, les pulsions violentes des Hommes dès lors qu'ils sont dans un espace de pure liberté légale et morale. On verra ainsi des enfants jouer au foot avec, en guise de ballon, la tête d'un de leurs camarades, ou encore un groupe de sauteurs à l'élastique sans élastique, devant réaliser la plus belle chute mortelle. En parallèle Tsutsui joue également sur la frontière de moins en moins ténue entre réel et virtuel, tandis que les progrès technologiques rendent l'expérience de jeu de plus en plus réaliste. La confusion nait alors dans les esprits, au prix de quelques messages subliminaux...
   
Si Reset est souvent considéré comme l'un des histoires les moins fortes de l'auteur (parmi celles arrivées en France), cela est peut-être dû au fait que son concept, très fort en soi, est hélas englouti dans une intrigue un brin banale. En effet, on ne tardera pas à découvrir qui est derrière ce programme funeste, ainsi que ses motivations, basées sur la vengeance. De même, Hitomi est vite éclipsée par le personnage de Shunsuke Kitajima, un hacker de génie employé par le gouvernement pour déjouer cette affaire sur le terrain même de l'agresseur. Nous assistons donc à une confrontation entre le maître du jeu et un joueur s'étant abrogé des règles établies, sans pouvoir nous immiscer dans ce duel. Et malgré quelques soubresauts donnant à l'enquête une allure de jeu de piste, le lecteur sait par avance quelle tournure prendra le dénouement du récit. Pourtant, on pourra se laisser surprendre par le message un brin plus positif laissé à la toute fin de l’œuvre. Ainsi, malgré quelques maladresses, Reset délivre un message intéressant sur un sujet émergent et encore peu exploité en fiction à l'époque.
   
 


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