Dossier manga - Planètes

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Sommaire

Publié le Jeudi, 03 April 2014


Ce monde n'a aucune limite



Prenant le contrepied des grandes sagas de space-opera proposant des odyssées grandiloquentes et purement fictionnelles, Planètes à pour ambition de dresser une hypothèse réaliste, en anticipant la progression de notre conquête spatiale. Ainsi, point de croiseurs interstellaires voguant à la vitesse de la lumière ni de cités extravagantes bâties dans d'autres systèmes lointains. En 2075, l'empreinte de l'Homme ne se limite « qu'à » son système solaire. Conformément aux plans envisagés en ce moment même, Mars a été conquis, et la Lune accueille plusieurs bases habitées de façon permanente, servant de point de chute aux différents astronefs comme de lieux de récolte d'une précieuse ressource : l'Helium 3.
  
L'Histoire de l'Humanité se répète, et l'Helium 3 devient aussi prisé que le pétrole en son temps. Dans l'univers de Planètes, l'Homme n'a toujours rien appris de ses erreurs, et s'est ainsi lancé dans ce nouvelle collecte de ressource, suscitant bien des convoitises. Au milieu des partages politiques, des factions terroristes veulent également se faire entendre, comme les « Starwold Guardians », protecteurs de l'Espace, voulant arrêter ce pillage qui se répète depuis le début de notre  ère. Les problèmes écologiques sont également soulevés par l'inexorable évolution de la Terre (réchauffement climatique, montée des eaux) mais aussi par la mission des récupérateurs de débris. Nos éboueurs du ciel produisent une tâche qui semble peu gratifiante, mais qui est pourtant indispensable. En effet, l'ensemble de la vie spatiale est sous le joug d'une épée de Damoclès : le syndrome Kessler. Cette théorie expose le fait que deux structures s'entrechoquant à grande vitesse dans l'atmosphère pourraient se décomposer en une multitude de morceaux, qui iront en percuter d'autres, et ainsi de suite... Et cet effet boule-de-neige aurait pour effet d'emprisonner la Terre pour toujours dans un champ de débris.
 
Mais, malgré cette menace, l'épopée spatiale continue encore et toujours, vers d'autres horizons. Et Planètes nous fait ressentir la fascination que l'Homme a toujours eu pour l'Espace. De Ryutaro Hoshino, petit frère d'Hachimaki qui construit des fusées en pur amateur, à Locksmith et ses projets ambitieux, tous rêvent d'aller toujours plus loin, de faire de nouvelles découvertes, de nouvelles observations. Et l'Homme lui-même change au contact de l'Espace : n'étant plus soumis à la gravité terrestre, son corps n'en est que plus fragile. sorti de l'atmosphère terrestre, il est soumis aux rayonnements des vents solaires, pouvant avoir des répercussions fatales, et peut être affecté par des maladies d'un genre nouveau. Nous découvrirons également une « lunarienne », une jeune fille née sur notre satellite naturel et dont l'évolution physique est étudiée de près. Enfin, dans le dernier volume, Makoto Yukimura entrouvre même une porte vers l'inconnu et un premier contact extra-terrestre, avec l'arrivée du personnage de Baron et par le prisme de l'humour.
   
En 2075, l'Humanité est donc a une période charnière : l'Espace n'est plus un rêve lointain, entamé par quelques missions évènementielles comme aujourd'hui. Nous y avons posé nos valises, nous en avons fait notre quotidien et un nouvel El Dorado. Et les projets fous d'hier seront la réalité de demain, étape par étape, astre après astre.
  
  
  
  
 

Toujours rentrer sain et sauf à la maison

  

De l'infiniment grand à l'infiniment petit, Planètes nous offre également un voyage intérieur, et ce par le prisme de son protagoniste, Hachimaki. Peut-être porté par l'image d'un père trop souvent absent, le jeune homme progresse en autodidacte et se fait la main avec son métier de récupérateur, simple étape de son parcours futur. Mais, lors d'une opération qui tourne mal, il se trouve confronté à la véritable solitude de l'Espace : quelques minutes privées de toutes perception provoqueront un choc psychosomatique lourd. Bien qu'il parvienne à se rétablir avec l'amorce du projet Von Braun, Hachimaki restera hanté par ce souvenir douloureux, remettant souvent en cause ses motivations. Et tandis que les évènements dangereux se succèdent, il comprend que l'Espace ne pardonne pas, et qu'il n'en est qu'une particule fragile et insignifiante. Aussi, pour se maintenir en vie, il confronte au vide intersidéral sa propre solitude, se privant de toute émotion, de tout lien. En ne laissant rien derrière lui, en se détachant de tout amour pour ses proches comme pour ses semblables en général, il se conforte dans une sensation de protection, de liberté, au mépris de sa santé mentale et physique...
  
Bien sur, Hachimaki est dans l'erreur, et c'est grâce à d'autres électrochocs qu'il comprendra son fourvoiement. Et ce nouveau choc sera dû à sa rencontre avec Ai et sa naïveté désarmante : la jeune femme qui a baigné dans l'amour toute sa vie n'a de cesse de le diffuser, refusant de voir les hommes dériver vers l'égoïsme ou la violence. Source d'un désir qu'il ne peut refréner, Ai revient sans cesse dans les pensées d'Hachi, jusqu'à ce qu'il réalise tardivement qu'elle n'est pas le problème, mais la solution. En effet, dans la solitude de l'Espace, ce qui nous définit en tant qu'être humain sont nous souvenirs, nos sentiments, les liens qui nous unissent aux autres, constituant l'image que nous laisserons derrière nous. Si l'on en vient à se détacher de tout, qui sera là pour dire que nous avons existé ?
  
Les différents protagonistes de Planètes ont bien des histoires personnelles très différentes les unes des autres. Mais toutes sont liées par ce rapport à l'existence auprès de leurs proches. Hachi, Ai et Fee feront ainsi de nombreux allers-retours dans leurs familles respectives, se donnent fréquemment des nouvelles par mail, par message vidéo enregistré ou discussions instantanées lorsque cela est permis. Yuri, quant à lui, a trouvé la paix intérieure en « retrouvant » sa femme, et semble s'épanouir dans cet équipage de fortes têtes où il incarne la voie de la raison. Cet attachement des personnages à leur racines est à mettre en parallèle avec le rapport à la Terre. En effet, contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, Planètes ne s'éloigne jamais de notre bonne vieille planète bleue. Même s'ils ont pu la maltraiter, même s'ils ont le regard tourné ailleurs, les hommes ne sont pas encore prêts à oublier leurs origines. Et si les voyages spatiaux sont de belles aventures, la Terre en reste toujours l'ultime destination, une maison natale chaleureuse que l'on retrouve toujours avec plaisir.
   
  

PLANETES © Makoto Yukimura / KODANSHA Ltd.

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