Dossier manga - Le Sablier

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Sommaire

Publié le Vendredi, 16 October 2009


Une ode au temps qui passe

                        
La symbolique du Sablier
Avec un titre aussi évocateur, on devine très rapidement l’importance de l’écoulement du temps dans la série. Mais en guise d’introduction, parlons tout d’abord des origines de ce sablier en lui-même, qui provient du Sand Museum de Nima, dans le département de Shimane. A l’intérieur de ce musée se trouve le plus grand sablier du monde, capable d’évaluer une année entière ! Lorsque les yeux de la petite An découvrent un tel monument, elle réalise à quel point une année peut paraître courte ! Ensuite, ce souvenir, symbolisé par son sablier, ne la quittera jamais. Un objet fétiche qui la suivra partout, qui reviendra à lui-même quand elle veut s’en séparer. Une manière de montrer que le passé ne s’oublie jamais définitivement.

La ligne temporelle a donc une importance considérable dans la narration de ce récit. Si l’auteur suit les moments clés de la vie d’An, les évènements passés reviennent constamment : certaines phrases prononcées ou entendues, des instants de bonheur oubliés, des actes que l’on vient à regretter après coup,… L’auteur réutilise ainsi très souvent des répliques ou des fragments de cases, comme des images du passés qui hantent la conscience de la demoiselle. Parfois, certains évènements totalement anodins prennent un tout autre sens avec le recul, et la relecture de l’œuvre n’en est que plus réjouissante. Ces nombreux instants perdus sont alors autant de grains de sables qui ont fini au fond du récipient, mais une fois agglomérés, ils constituent le destin de chacun. Lorsqu’on vient à l’agiter, à le retourner, ces éléments refont surface ! Le temps est également un cycle, et l’auteur nous démontre également que les erreurs du passés peuvent se reproduire à la nouvelle génération. Ainsi, An, qui regrette depuis toujours de n’avoir pas vu la faiblesse de sa mère, cherchera à éviter qu’un tel malheur ait lieu une nouvelle fois, sans se rendre compte que, parfois, elle suit également ses traces.
Enfin, le plus exemple de cette maitrise de la ligne du temps survient lorsque la toute première scène du manga (An retrouvant son sablier enfermé dans une boîte) réapparait dans la continuité de l’histoire : hormis les angles de vues changeant, cette scène est en tout point identique dans son déroulement. Cependant, à ce moment là, nous avons appris à connaître An, sa vie tumultueuse, et cet évènement prend alors un tout autre sens!
                        
            
                    
Ci dessus (cliquez sur la photo pour l'agrandir), le sablier du Sand Museum, lieu mythique de la série!
         
                                    
Un récit au fil des saisons
L’autre point fort de la narration est son découpage en saisons : de manière très régulière, chaque tome se scinde en deux chapitres, d’une centaine de pages chacun. A chaque fois, on y traite un nouveau passage bien distinctif de la vie de la jeune fille et de sa relation avec Daigo. Mais le plus étonnant, c’est que chaque chapitre s’ancre toujours dans une saison en particulier, comme si l’auteur voulait nous montrer les différentes phases de la vie de ses personnages, portés par un renouveau permanent. L’ordre n’est heureusement pas figé dans le cycle habituel, et est toujours en relation avec l’humeur du moment. Ainsi, sur les quatre premiers chapitres, nous avons d’abord un hiver rugueux (la mort de la mère d’An), un été orageux (la passion entre Daigo et An), l’automne qui annonce la fin des bons moments (le départ d’An pour Tokyo), et enfin le printemps et son renouveau (l’évolution de la relation entre le couple). Et ainsi de suite, le cycle des saisons continue, indéfiniment…

Mais comment ne pas parler de cycles des saisons sans parler de la Nature ? En effet, pour mettre en lumière les changements climatiques, l’auteur insuffle à son récit une forte dimension écologique. Cela se voit au premier abord par le choix des titres de la plupart des chapitres : l’orage, les fleurs de cerisiers, la mue d’une cigale, la neige oubliée,… des titres qui d’ailleurs ne sont pas là pour faire de la figuration ! S’ils évoquent bien souvent quelque chose de très fugace et anodin, ils ne sont jamais laissés au hasard et toujours porteurs de sens sur le chapitre en question. On en apprend d’ailleurs d’avantage à partir des notes que laisse l’auteur en plein milieu de ces chapitres, découvrant alors le vécu qu’elle apporte à l’œuvre. Mais l’importance de la nature dans le récit ne s’arrête pas là, et les références sont nombreuses. Le langage des fleurs est surement l’exemple le plus abouti : les  cosmos posés sur la tombe de la mère d’An chaque année, aux parfums toujours différents, la floraison des cerisiers et ses différentes espèces, le fait de voir Shiika étendue dans un champ de cigüe, plante très toxique symbolisant la mort,… Bien sur, le fait que la moitié de l’histoire se passe à la campagne y joue beaucoup, et on peut ressentir le contraste saisissant entre Shimane et la capitale, ou même les cerisiers ont quelque chose d’artificiel. Au final, l’auteur exprime un message assez explicite envers la protection de l’environnement, en reprenant son symbole favori : le sable qui pleure. Un phénomène rare qui se produit quand certaines conditions sont réunies:
Le sable ne crisse plus s’il est sale. C’est un baromètre écologique. Et… On appelle le sable qui ne crisse plus Killed Sand, le « Sable Assassiné ».
                         
                         
                            
                                   
                            

SUNADOKEI © 2005 by Hinako ASHIHARA / Shogakukan Inc.

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