Banana Fish - Actualité manga

Banana Fish

Critique de la série manga

Publiée le Mardi, 17 April 2012

Vietnam, 1973. Une sale époque, d’autant plus pour un petit groupe de soldats américains qui verra l’un des leurs perdre la tête, prendre une arme et tirer à bout portant sur eux. Sans prévenir, sans hésiter. Mais alors que la situation se renverse et qu’un des soldats parvient à arrêter sa folie meurtrière, le jeune homme laisse échapper deux mots ... « Banana Fish ». Une douzaine d’années plus tard, en plein cœur de New York, une succession de suicides étranges fait du bruit dans les rangs de la police et notamment pour deux inspecteurs, qui ne comprennent pas ces gestes pour le moins dépourvus de tout sens. Mais en parallèle, le lecteur va rencontrer bien vite un jeune garçon de dix-sept ans nommé Ash, à la tête d’un gang de petites frappes sous ses ordres, tandis qu’il rend lui-même plus ou moins des comptes à un mafieux corse grassement implanté à NY, Dino Golzine. Entre ces trois instances circulent des informations, des mystères, des menaces. Ce qui est sûr, c’est qu’Ash a un rôle à jouer dans cette affaire pour le moins obscure, peut-être par l’intermédiaire du frère qu’il cache chez lui ? Dans tous les cas, qu’est-ce que représente Banana Fish, pourquoi est-ce que ce simple nom parait être promesse d’ennuis et obligation de silence ? Si les morts fleurissent dans les rues de la grande ville américaine, ce n’est certainement pas pour rien ! Dans cette guerre des gangs qui s’impose comme étant le paysage du manga, le jeune Ash au lourd passé et à la curiosité dangereuse va commencer à plonger tête la première dans un complot conspirationniste. Il va cependant croiser la route d’un jeune japonais un peu naïf mais prêt à tout pour l’aider et le suivre. Leur rencontre va-t-elle seulement changer le cours de l’histoire?

Banana Fish a beau être une série quasiment introuvable en France, à moins d’une chance incroyable, elle n’en reste pas moins un chef d’œuvre qu’on se doit de lire si l’occasion se présente. Pas vraiment shojo, plutôt thriller, la série passionne par son mystère, son déroulement. Avec des personnages très charismatiques et profondément travaillés, l’auteur construit une intrigue complexe autour d’une drogue dévastatrice, et observe les conséquences que cela peut avoir sur son monde. Les oppositions, les guerres de gangs, les blessures et les victoires éphémères, tout ceci n’est qu’un vaste artifice autour d’un héros particulièrement intéressant. Les stratégies de combat ou de fuites sont de réels bons moments dans la lecture, lui donnant un air des plus réalistes ce qui est d’autant plus compliqué pour nous aux moments critiques de la narration. Entre deux mondes, voire plus, l’auteur de Banana Fish se promène et nous séduits en un rien de temps, accrochant notre intérêt, notre pitié, notre amour. La lecture est un véritable voyage au cœur de New-York, aussi froid que les immeubles et dur que la crosse d’un revolver. On s’horrifie, on prend pitié, on compatit, on crie à l’injustice, on pleure de soulagement parfois ... Mais on en sort si bouleversés, que tout ceci valait véritablement le coup ... Si on sait lui dire au revoir. Ce qui est sans doute le plus dur pour cette série qui nous transporte littéralement pendant dix-neuf tomes, et malgré quelques défauts totalement minimes on ne cesse de s’émerveiller devant le talent de la mangaka, sur un titre qui pourtant ne paye pas de mine ...

En dix-neuf tomes, il faut comprendre que le trait de Akimi Yoshida a grandement pu évoluer, et elle nous le montre sans hésiter. La démonstration la plus flagrante se fait en comparant les deux tomes extrêmes, donc, et en regardant le visage d’Ash. Au fur et à mesure de sa transformation, on se rend seulement compte qu’il a changé mais c’est étonnant de regarder l’énorme différence, le gouffre graphique qui sépare les deux Ash nés pourtant d’un même trait de crayon. Il en va bien évidemment de même pour d’autres personnages de l’histoire, mais de façon beaucoup moins flagrante puisque cela se voit d’avantage sur le protagoniste qui est le plus travaillé, tant graphiquement qu’au sein de l’histoire. Si bien qu’en fin de série, certains des personnages sont tout particulièrement agréables à regarder, à la fois fins dans leurs traits et pourtant pas du tout efféminés, du moins pas plus que nécessaire pour respecter les codes graphiques du shojo qu’est Banana Fish. On apprécie ainsi beaucoup le design character de certains personnages principaux, auxquels on s’attache beaucoup par leur apparence avenante. Egalement, malgré le caractère très dynamique de l’ensemble, on note une certaine douceur dans le trait de l’auteur, un détail bienvenu qui arrondit les angles et apporte de la jovialité là où il n’y en a pas forcément. Encore une belle démonstration de l’univers qu’elle cherche à créer, à la fois cruel et accueillant malgré tout. Les décors sont présents et utilisés avec intelligence, nous plongeant rapidement dans les endroits mal famés de la city ou dans les grandes maisons bourgeoises de la mafia corse. De plus, la mise en page est dynamique sans être anarchique, ce qui nous permet de suivre facilement toute l’action et de s’y plonger rapidement, et la construction de la mise en page est pertinente. Ce qui reste dommage, et ce pendant toute la série, c’est le petit manque de diversité de l’auteur dans ses personnages : beaucoup d’entre eux se ressemblent, ce qui n’a rien de facile pour identifier qui est qui et quel rôle correspond à quel visage, notamment dans un décor rempli de tant d’action.

Parlons à présent de l’édition de Panini, qui a certains défauts. Le premier, celui de ne pas continuer à distribuer la série qui n’est ainsi plus disponible, et la qualité de celle-ci rend les tomes quasiment introuvables, ou à prix d’or. De plus, et c’est un détail que l’on remarque rapidement, il a été décidé de donner à Banana Fish des pages ... jaunes, jaunes, pour un titre contenant le mot banane. Le seul avantage à cette idée un peu perturbante, c’est de ne pas laisser les tomes s’abimer et jaunir au fil du temps ... mais, en contrepartie, de toujours leur avoir donné cet aspect vieilli. Notons finalement à propos des pages que leur épaisseur est correcte, nous préservant de toute transparence malvenue. Toutefois, l’édition étant assez ancienne, on aura le plaisir d’avoir des onomatopées traduites et adaptées avec soin, comme quoi il n’est pas impossible de faire un peu attention à la qualité d’édition, une leçon des vieilles licences que les nouvelles devraient reprendre. Et, mises à part quelques fautes d’orthographes, la traduction est plutôt fluide, malgré la difficulté de lire les efforts des personnages pour parler une langue différente de la leur. A ce niveau, on pourra d’ailleurs critiquer rapidement la police d’écriture, peu agréable à la lecture et ne mettant pas en valeur les parfois longs moments de discours.


NiDNiM



Note de la rédaction
Note des lecteurs
18.18/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

16.00,17.00,18.00,17.00,18.00,19.00,17.00,17.00,16.00,18.00,16.00,18.00,18.00,16.00,17.00,18.00,18.00,19.00,20.00

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