Banana Fish - Perfect Edition Vol.1 - Actualité manga

Banana Fish - Perfect Edition Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 21 April 2021

Alors que la guerre du Vietnam fait rage, un dramatique incident vient troubler une unité américaine : un jeune soldat perd tout contrôle de lui-même et tire sur ses coéquipiers, avant d'être neutralisé. Bien que vivant, il ne semble plus avoir conscience de ses actes et ne prononce que deux mots : Banana Fish.

Plus d'une décennie plus tard, une série de suicides d'hommes influents trouble la police new-yorkaise. Un meurtre est commis par la bande d'Ash, un jeune chef de gang qui collabore avec la mafia dirigée par Dino F. Golzine, dit « Papa Dino ». Avant de mourir, la victime confie à Ash une étrange substance. Cet événement constituera le point de départ d'une course aux mystères, les différents faits pouvant être reliés entre eux. L'entrée en scène de deux reporters japonais viendra bousculer toute cette débâcle, la pègre gérée par Dino étant bien décidée à récupérer ce que la victime a confié à Ash avant de trépasser, mais aussi à faire taire tout témoin...

Banana Fish est certainement l'une des séries autrefois sacrifiées de l'éditeur Panini que le lectorat regrettait le plus amèrement. Manga d'Akimi Yoshida (autrice à qui nous devons le pétillant Kamakura Diary), le thriller a suspense fut publié entre 1985 et 1994 dans la revue Betsucomi des éditions Shôgakukan pour un total de 19 tomes. Entre 2003 et 2006, Panini proposa le titre dans nos contrées, mais la politique d'époque très anarchique de l'éditeur mena à un arrêt de commercialisation. Un événement éditorial regrettable, dont l'ampleur a pris davantage de force en 2018, suite à l'adaptation animée réalisée par Hiroko Utsumi au sein du studio Mappa. Banana Fish était une œuvre dont le retour était déjà bien demandé, et l'adaptation (diffusée chez nous sur Amazon Prime Video) n'a fait que renforcer cet effet. Fort heureusement pour le lectorat francophone, le thriller d'Akimi Yoshida fait parti des mangas relancés par Panini ces derniers temps. Les 19 tomes d'origines seront compilés en 10 tomes double profitant d'un grand format pour l'occasion, le dernier opus étant voué à accueillir des histoires courtes inédites chez nous afin de garder sa consistance. Un programme dont l'apogée est atteint en ce mois d'avril 2021, période de sortie des deux premiers opus. Acclamé par ses fans, Banana Fish ne tarde pas à convaincre de ses qualités.

Car il ne suffit que d'un événement déclencheur pour lancer une lecture qui sera sans répit jusqu'à sa dernière page. Sur un cadre de guerre du Vietnam, une recrue américaine commet un massacre avant de prononcer deux mots énigmatiques, ceux qui donnent à la série son titre. La transition est ensuite nette : L'action se déporte dans une Amérique un poil plus récente, aux côtés du charismatique et intrépide Ash. La suite sera ni plus ni moins une course-poursuite haletante plantant progressivement les personnages et des mystères qui piquent notre curiosité, sans jamais que l'artiste nous laisse le temps de souffler véritablement.

Car qu'est-ce que Banana Fish ? Dans la première grande partie du tome, on se questionne sur le lien entre les péripéties d'Ash et ces deux mots qui incarnent pourtant toute la grande énigme de la série. Sur fond d'une intrigue mafieuse opposant le protagoniste au clan qui l'a pris pour cible, l'autrice parvient à créer un véritable climat de suspense, un récit noir où tous les coups sont permis, et où la trahison est de mise. Nous sommes clairement dans le pur polar dans un milieu de Pègre implacable. Celle-ci est montrée sous ses aspects les plus noirs et pas seulement en ce qui concerne les meurtres qui se multiplieront au fil des événements. Car le plus étonnant dans ce premier volume, c'est sans doute la manière dont l'artiste aborde un fait gravissime en nous prenant au dépourvu. Présenté comme un joli garçon, Ash est le sujet de nombreuses convoitises de ses homologues masculins. Loin de nous parler simplement d'homosexualité, le récit aborde sans détour les pratiques illégales liées à la pédophilie, ce qui cristallisera un solide background pour le héros dont la psychologie demeure alors compréhensible. C'est rude, mais ce début de Banana Fish l'est dès le départ. Le scénario se veut sombre, le trait léger d'Akimi Yoshida apportant alors un subtil contraste. De ce fait, le lecteur doit être averti au préalable, afin de ne pas avoir de mauvaise surprise au cours de cet opus.

Alors, cette amorce brille par ses mystères et son parti-pris bien noir, mais aussi son action. La claque ne vient pas que des thématiques sordides dépeintes, mais de son côté tumultueux incessant et son rythme brillant servi par une narration d'une belle fluidité. Il devient alors compliqué de stopper la lecture en cours de cours, et le nouveau découpage qui n'inclut aucun chapitrage joue énormément dans cette belle cadence. A ceci se greffe déjà une poignée de personnages, tout solides tant leurs parcours se croisent astucieusement et parviennent à converger vers un dénominateur commun. Le ton du titre aide à leur richesse, de même pour les aventures qu'ils vivent, confirmant ainsi une écriture particulièrement fluide. Banana Fish pose alors de jolies promesses et montre le talent d'une autrice habile dans le suspense et l’œuvre noire.

Concernant l'édition, Panini nous offre une copie très conforme au travail effectué sur 20th Century Boys de Naoki Urasawa. Un papier épais servant des tomes doubles mène à de jolis pavés aux tons jaunes, pour en faire une édition conforme à la parution d'origine (mais plus éloignée que la version bunko japonaise qui adoptait une colorimétrie plus sombre). Les couvertures reprennent aussi les illustrations de l'édition de base, mais retravaillées. On apprécie notamment une charte graphique reprenant les codes du thriller mafieux, notamment avec des jeux de cible et d'impact de balle. L'ensemble est assez épuré, mais efficace, accentué par de jolis effets de gaufrage bienvenus. Seuls bémols : L'absence de quelconques pages couleur (ce qu'on peut imputer à l’inexistence d'édition deluxe au Japon), et les agrandissements des premières planches perfectibles, tant elles paraissent floues.
A noter une traduction signée Laurence Belingard, retravaillée depuis la première édition, qui s'avère tout à fait convaincante. On soulignera par exemple une habile incrustation du parler japonais d'Ibe et Eiji, les deux reporters japonais sont la nationalité a beaucoup de sens au sein du récit témoin de toute une époque américaine.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction
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