Blood alone - Actualité manga

Blood alone

Critique de la série manga

Publiée le Jeudi, 25 January 2018

Peut-on encore parler vampires sans lasser ? Pas facile, tant le thème est servi à toutes les sauces et fait l'objet d'une attention toute particulière ces dernières années, donnant lieu à une myriade d'œuvres, qu'elles soient cinématographiques ou littéraires, parfois brodées à la hâte.


Certains, cependant, ne s'occupent pas de surfer sur la vague et ont construit depuis plusieurs années leurs histoires… C'est le cas de Masayuki Takano avec BLOOD ALONE, dont le tome 7 est sorti en mars 2012 aux éditions Ki-oon.


Débutée en 2004, cette saga à la parution erratique parvient à mélanger les poncifs des vampires avec une romance attachante et un genre qui va bien à la BD nippone : la tranche de vie.


Douce nuit, sanglante nuit...


Kuroe est un écrivain fauché et toujours en retard. Il vit avec la jeune et fragile Misaki, qu’il a recueillie depuis plusieurs années sous son toit. Tous deux ont en commun un funeste évènement : un vampire a tué la grande sœur de Kuroe et le père de Misaki. Il a également fait de Misaki un nouveau vampire, la privant de la lumière du jour.


Kuroe, blessé lors de l’assassinat de sa sœur, possède désormais l’œil de la vérité, un pouvoir qui lui permet de discerner les créatures de la nuit et autres morts-vivants du commun des mortels. Il pourchasse maintenant l’Insigrad Sparda, une association de vampires puissante et maléfique. Leur ancien chef, Adevaraat Krei, est le meurtrier que Kuroe veut abattre. Non content de posséder une vue hors-norme, le jeune homme est aussi un combattant redoutable depuis qu’il a rencontré Chloé, la légendaire magicienne qui maîtrise le temps.


Mais sa soif de vengeance n’est plus aveugle et solitaire avec Misaki sous son aile. Cette dernière est une toute jeune vampire qui s’est éprise de son chevalier servant alors qu’elle était encore humaine. Elle a bien du mal à gérer ses sentiments d’adolescente face à ce protecteur doux, fort, et très attentionné.


Quel destin attend la descendante de l’Adevaraat Krei et de l’homme qui cherche à le détruire ? Le fil paisible des nuits de notre couple ne cesse de vibrer, au gré d’extraordinaires et dangereuses rencontres. Et des créatures de plus en plus puissantes, intriguées, se rapprochent du tandem qui les interpelle…


BLOOD ALONE : le parcours éditorial


Kuroe et Misaki ne se destinaient pas, au départ, à devenir les protagonistes d'une histoire continue et connue du grand public. BLOOD ALONE n’existait que sous la forme de dôjinshis publiés à partir de la fin des années 90 par Masayuki Takano au sein de Vanishing Point, un cercle de dessinateurs amateurs. Il faudra attendre 2004 pour que le mangaka accepte avec l’éditeur MEDIA WORKS d'en faire une série, accueillie dans les pages du magazine DENGEKI DAIOH.


Un an après la sortie du premier tome au Japon, un jeune éditeur français encore naissant, Ki-oon, acquiert la licence pour l’hexagone et BLOOD ALONE débarque en France en août 2006. L’éditeur propose deux volumes par an jusqu'au quatrième tome. Puis, tributaire de la parution japonaise qu'il a rattrapée, il ne sortira le cinquième qu'un an après le précédent volume, en 2008. Il faudra ensuite patienter deux ans pour que le sixième tome nous parvienne.


À partir de là, l’incertitude demeure, car la nouvelle vient de tomber : Masayuki Takano change de maison d’édition nippone. Rien ne nous dit donc que Ki-oon ou un autre éditeur français pourra poursuivre la série.


En effet, en novembre 2010, KODANSHA prend le relais et prépublie le seinen de Masayuki Takano dans le magazine EVENING. Il réédite les volumes précédemment sortis, agrémentés de nouvelles couvertures et de chapitres bonus, avant de proposer la suite de l'histoire.


Heureux dénouement : Ki-oon se fait l'écho de ce cheminement et propose en mars 2012, à l’occasion du Salon du Livre de Paris, les six premiers tomes de cette édition flambant neuve, accompagnés du septième dont la sortie est inédite en France.


Les fans sont donc rassurés, l'aventure continue !




Des personnages croc mignon


Doté d’un univers codifié avec son vocabulaire et ses règles, BLOOD ALONE est issu d’une réflexion sur le long terme de son auteur, qui a digéré et repris à son compte les classiques du genre : on devient vampire en buvant le sang d’un autre, un vampire peut charmer un humain grâce à son regard hypnotique, les vampires sont d’une force et d’une rapidité peu communes, ils sont organisés en clan et en territoire, etc.


Nous voilà donc en terrain familier, au risque d’endormir le lecteur si les héros de cette histoire n’étaient pas venus chambouler un univers maintes fois conté. Car, à n'en point douter, les points forts de la série reposent en premier lieu sur son scénario prenant et ses personnages intrigants et attachants.


Misaki et Kuroe forment un couple improbable que l’on met un certain temps à cerner. Cette relation totalement ambiguë soulève d'ailleurs une question qu'il sera difficile d'ignorer : comment tout cela va-t-il finir ?


L’amour de Misaki pour Kuroe est rapidement évident, mais entre l’œdipe et le sentiment incestueux, l’admiration et la dévotion, l’attachement et la passion, les choix qui nous sont donnés sont finalement multiples… Et Misaki elle-même a du mal à s’y retrouver.


Du côté de Kuroe, ce n’est guère mieux, car l’écrivain campe un rôle d’éternel aveugle dès qu’il s’agit de l’intérêt que lui porte la gent féminine. Depuis son adolescence, cet homme est incapable de voir les sentiments des autres, mais pourtant ce grand bêta va compter dans la vie de nombreuses femmes qu’il ne laisse pas indifférentes : sa sœur bien entendu, avec qui il noue une relation extrêmement forte après la mort de ses parents, mais aussi son mentor, la ténébreuse Chloé, Jessie, sa partenaire de chasse aux vampires, puis Sainome, une amie enquêtrice, et enfin Misaki.


Au travers d'un personnage d’écrivain souvent dans sa bulle, Masayuki Takano joue avec Kuroe et ses contrastes : malgré ses profondes blessures, il conserve gentillesse et humour ; il allie une puissance physique hors du commun avec une grande douceur ; et sa candeur ou sa naïveté sont équilibrées par sa force de caractère. Même s’il ne dispose pas du regard envoûtant des vampires, voilà un homme qui a de quoi hypnotiser de nombreuses lectrices… 




Sang dessus dessous ?


Les personnages ne font pas tout et un autre atout de BLOOD ALONE vient de sa narration éclectique. Reprenant le système des tranches de vie, Masayuki Takano nous fait passer de petites histoires aussi anodines que charmantes à des récits riches en révélations ou en actions. Au hasard, le dernier tome sorti parle de l'histoire d’un autre couple humain-vampire, de Misaki qui part faire les courses ou qui essaye de remplacer Kuroe dans son rôle de détective, d’un affrontement entre Kuroe et un dangereux illusionniste qui a capturé Sainome et, pour finir, d’un bonhomme de neige…


Avec des allers-retours entre présent et passé, le lecteur découvre progressivement ce monde de la nuit et l’histoire de ceux qui la manipulent. Des récits de vampires souvent synonymes d’action au quotidien de notre couple phare, le rythme de BLOOD ALONE ne cesse de varier et offre un contraste intéressant entre dynamisme et calme, affrontements et repos, révélations et banalité du quotidien.


Cette alternance est renforcée par un procédé bien connu, souvent utilisé pour les flash-back, mais qui est exploité à l’extrême : les entre-images sont noires pendant la grande majorité du récit (comme vous pouvez le voir sur l’image ci-contre, composée par les tranches des sept volumes parus).


Ces espaces entre les cases ne passent au blanc que pour signifier l’alternance passée présent, rêve-réalité ou jour-nuit et permettent aussi de varier les ambiances au sein d'un même récit.


Au chapitre des originalités, on citera également les histoires où chaque page n’est faite que d’une grande case : une superposition des dessins, des plans et des bulles dans un mélange iconographique où nos yeux pourraient par moment se perdre, mais qui apporte finalement une grande fluidité au récit.



Note de la rédaction
Note des lecteurs
16.85/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

18.00,18.00,15.00,17.00,17.00,15.00,17.00,17.00,17.00,17.00,16.00,16.00,16.00,10.00,10.00

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