Dossier
Présentation
Fiche signalétique:
«Subaru: dans vers les étoiles» (昴) est un manga de Masahito Soda, prépublié par l'éditeur japonais Shogakukan dans le Big comic Spirits (magazine hebdomadaire publiant du seinen). Sa parution en volumes reliés s'est faite de juin 2000 à décembre 2002. La série est terminée en 11 volumes.
C'est Delcourt qui s'est chargé de la publication de ce titre en France, de janvier 2006 à octobre 2007.

L'auteur:

Nous en savons très peu sur la vie de Masahito Soda (曽田 正人). Il est né le 18 Juin 1968 et devient en 1990 l'assistant de Taku Kitazawa. La même année, il début sa carrière de mangaka avec «Get Rock». C'est en 1992 que sa carrière décolle avec sa série «Shakariki!». Vous trouverez ci-après une présentation succinte de quelques autres séries qu'il a réalisées.

- Shakariki! (シャカリキ! ) - 1992 à 1995
Une série terminée en 18 volumes ayant trait à l'univers du vélo. Cette série fut réeditée en sept volumes en édition deluxe en 2000, puis les lecteurs eurent droit à une édition au format bunko, toujours en sept volumes, en 2006. «Shakariki!» n'est pas disponible en France.

- Daigo, soldat de feu (め組の大吾 ) - 1996 à 1999
Une série terminée en 20 volumes, qui s'intéresse aux pompiers. Elle est disponible en France chez Kabuto. Comme «Shakariki!», «Daigo, soldat de feu» eut droit au Japon à une réedition deluxe en dix volumes de 2001 à 2003, puis à une réedition bunko de 2005 à 2006.
En 1997, ce titre reçut le 42ème prix Shogakukan du meilleur manga et devint un moyen de promouvoir le travail des pompiers de Tokyo.

- Capeta (カペタ ) - en cours
Capeta nous fait plonger dans l'univers des courses automobiles. Cette série débute en 2003 et est toujours en cours au Japon. Elle compte actuellement une quinzaine de volumes, et a gagné le Kodansha award du meilleur shonen en 2005.
Subaru: un manga sur la danse?
Que les réfractaires aux tutus roses se rassurent, Subaru n'est pas, à proprement parler, un manga sur la danse. Le récit se construit avant tout autour du personnage de Subaru, qui est le réel et unique pilier de cette série. La danse est pour notre héroïne un moyen d'expression, pour crier au monde entier sa soif de liberté et de singularité.
Caractéristiques et évolution du personnage de Subaru:
Les toutes premières pages de notre histoire caractérisent l'une des essences même du personnage de Subaru: le courage. En effet le récit de Masahito Soda s'ouvre sur une petite fille de huit ans qui, malgré la pluie, le froid et la fatigue, parcourt la ville pour rendre visite à son petit frère hospitalisé. Atteint d’une grave tumeur au cerveau, ce dernier perd peu à peu les souvenirs qu’il a de sa famille et de ses amis, mais également la faculté de parler, et même de comprendre le langage.
C’est ainsi que pour communiquer avec son frère, Subaru choisit de s’exprimer par le corps, dans une gestuelle effrénée qui finit par incarner la vie elle même, au delà de la volonté de distraire, et en totale opposition avec le corps de ce petit être qui se meurt doucement, mais inéluctablement .
«Je n’abandonnerai jamais». Telles sont les paroles prononcées par Subaru au creux de l’oreille de Kazuma dans le chapitre d‘ouverture, lorsqu‘elle fait «la danse du chat». Elles sont le reflet de cette force de caractère indicible et de cette volonté de fer, qui s’expriment déjà chez cette fillette de huit ans. Cette séquence saisit le lecteur par tout le pathos qui s’y dégage. Un terrible évènement l’attend (la mort de son frère), et notre héroïne ne peut ni le fuir, ni s’y précipiter: là se trouve son plus grand malheur.
Devant de telles épreuves, l’acharnement de Subaru à vouloir résister à cette fatalité pernicieuse pourrait devenir invraisemblable. Mais il n’en est rien car l’auteur nous rappelle méthodiquement, par de nombreux passages larmoyants, que notre héroïne n’est qu’une petite fille de huit ans, forte et tellement fragile à la fois.
Lorsque Subaru va pour la première fois dans un club de danse, ses épreuves, ajoutées à ses dons naturels, vont faire d’elle dès le début l’égale de sa première rivale, Mana, qui pratique pourtant cette discipline depuis plusieurs années. Mais là où Mana n’est qu’une petite fille gâtée et capricieuse qui cherche à récupérer l’attention de sa mère, professeur de danse, Subaru a déjà trouvé un lieu de réconfort. Tout le manque d’expérience technique est rattrapé par son empathie.
Mana, en sa qualité de danseuse talentueuse mais conventionnelle, permet de sublimer encore plus la personnalité unique de Subaru, tout en se révélant être un élément moteur dans l'apprentissage de cette dernière en danse. Elle reviendra donc lors de certains passages clef du récit pour aider Subaru lors des moments les plus difficiles de sa carrière.
Les parents de Subaru tout à leur douleur au chevet de leur fils puis en deuil, la négligent et la privent de l’affection que tout petite fille devrait avoir. L’évolution de Subaru se fait dès lors de façon quasi-solitaire et par la voie la plus difficile, l’expérience, en essayant sur scène, dans un milieu marginal, de tirer des émotions à des publics néophytes dans des lieux déroutants (cabaret, prison).
Elle mûrit très vite, s'ouvre au peu à peu à ses partenaires mais les consument presque dans son ardeur, faisant encore et toujours d'elle un être en marge. D'étoile (Subaru est le nom d'un amas d'étoiles dans la constellation du Taureau) elle est en fait un soleil qui fait graviter tous ses partenaires autour d'elle, tout en ayant la capacité de sublimer les capacités de ceux qui dansent avec elles.
Mais le talent de Subaru ne s'exprime jamais aussi fortement que lorsqu'elle danse en soliste: elle atteindra les sommets de son art en interprétant le boléro de Ravel, seule, sur une table, puisant toute cette virtuosité de technique et d'interprétation dans les sentiments légués par cette vie solitaire.
Subaru se construit en tirant parti des frustrations et de la douleur que la mort de Kazuma lui a laissé en héritage. Et chaque mentor va à sa façon orienter Subaru dans une quête presque autistique vers l’expression corporelle des sentiments qu’elle ne peut exprimer par la parole, en empruntant la personnalité des personnages qu’elle incarne.
La danse comme seul et unique moyen d'expression:
Comme je l'écrivais précédemment dans cette réflexion, considérer Subaru comme un manga dédié à la danse serait, je le pense, une erreur d'appréciation tout en étant très réducteur.
Pour l'héroïne, la danse est plus un moyen qu'une finalité. Cet art lui permet en effet d'exprimer toute sa personnalité, son "moi" intérieur, qui se caractérise par toute cette ténacité, ce mal-être, mais aussi cette envie de vivre parfois désespérée, toujours puissante. Elle est le reflet matériel et concret de toute cette volonté farouche et bouillonnante.
C'est également une manière de protéger la mémoire de son frère. Comme il est écrit dans le titre, Subaru danse "vers les étoiles", pour s'élever jusqu'aux limites humaines de son art, mais aussi et surtout pour honorer les êtres chers qu'elle a perdus et qui ont jalonnés son existence.
Enfin, les séquences de danse sont autant d’acmés qui vont insuffler dans le récit des phases d’une intensité inouïe.
La question n’est donc pas d’apprécier ou non la danse classique, mais d’avoir, ou de ne pas avoir, cette sensibilité qui permet d’assimiler toute la poétique et l'émotion qu’induisent de telles séquences, et ainsi de passer un réel moment de plaisir à la lecture, au delà du simple jugement de la pratique sportive qu’il faut définitivement éviter ici pour apprécier pleinement Subaru.
Une oeuvre polymorphe
Il est envisageable de qualifier Subaru d'oeuvre polymorphe car cette série emprunte aux trois courants principaux du manga: le shonen, le shojo et le seinen. Les bases du récit s'inspirent en effet de certains codes du shonen et du shojo, mais le traitement global du récit de Masahito Soda, très mature, prédestine très largement Subaru dans la catégorie des seinen.
Un petit tour d'horizon du manga s'impose pour repérer les différentes influences propres à ces trois genres qui donnent beaucoup de richesse à ce titre.
Les codes du shonen:
- Un manga d'apprentissage qui nous dévoile tout au long des tomes la progression de Subaru dans la danse.
- Le personnage prédestiné dans la voie qu'il choisit: Subaru développe un don pour la danse dès son plus jeune âge, tout en faisant preuve d'une volonté extrême pour progresser..
- La présence de rivaux, qui permettent à Subaru de se surpasser.
- La présence de grands maîtres talentueux qui permettent à Subaru de franchir les différents paliers de la danse: La mère de Mana fait découvrir la danse à notre héroïne, Tatie lui permet d'acquérir des bases solides, Monsieur Kumazawa et Zack développent le talent de Subaru dans une perspective scénique, Iwan Gorkii lui fait appréhender la danse de manière plus intuitive pour atteindre un degré d'interprétation plus élevé, et enfin Priscilla Roberts lui fait découvrir une autre manière de concevoir la danse.
- La danse est perçue dans ce manga comme un «combat», qui nécessite à chaque instant un dépassement de soi et de grands efforts physiques et psychiques.
- Les longues phases d'entraînement qui précèdent tous les acmés du récit.
- Certaines séquences de l'histoire, notamment celles où Subaru est en représentation, revêtent un caractère à la limite du surnaturel.
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Les codes du shojo:
- Une héroïne féminine.
- Un premier volume très larmoyant.
- Graphiquement, la manière dont Soda dessine les yeux, qui sont chez Subaru souvent très grands et expressifs.
- Un postulat de base, la danse, qui s'adresse plus à un lectorat féminin.
- La jeunesse de Subaru (15 ans) qui induit un certain infantilisme. Même si notre héroïne fait preuve d'un grand savoir-faire en danse, on ne peut pas en dire autant de sa vie privée ou dans ses relations avec les autres. Elle peut être facilement immature, agir sur un simple coup de tête et pleurer pour une simple remontrance.
- Une fatalité semble appesantir la destinée de notre danseuse. De nombreux coups durs et autres tragiques événements parsèment sa vie professionnelle et privée et l'empêchent de se lier sincèrement avec les autres personnages de l'histoire.
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Les codes du seinen / Josei:
- Le manga a été prépublié dans le Big comic Spirits, magazine seinen qui se destine aux jeunes adultes.
- Cette série requiert une certaine sensibilité qui s'assimile à un public adulte.
- Un univers contemporain très dur, qui s'inscrit dans une réalité historique et sociologique. Le récit ne fait jamais preuve d'un idéalisme rébarbatif caractéristique des oeuvres s'adressant à un lectorat plus jeune.
- Certains thèmes (la maladie, la mort...) sont abordés de manière très sérieuse et sont durs psychologiquement. Omniprésence d'un pathos.
- La complexité du personnage de Subaru est difficilement cernable par un jeune lectorat, les personnages secondaires sont eux aussi très fouillés.
- Un style graphique très personnel et travaillé, avec des cadrages et des points de vue très éloignés du style shonen ou shojo.
Une ode à la liberté aux dessins soignés
L'affranchissement par la danse:
Dans Subaru, nous avons vu précédemment que la danse permettait à notre héroïne de s'exprimer et d'honorer la mémoire de son frère. Elle est également pour elle un moyen d'atteindre une forme de liberté.
Le cheminement de Subaru, qui ne cesse de s'entraîner pour progresser, fait penser à celui des pratiquants d'arts martiaux, qui fortifient leur corps et leur esprit pour atteindre une forme psychique semblable à l'éveil.
Dès les premiers instants où Subaru danse pour elle-même, les prémices d'un profond sentiment de liberté se fera sentir et ne cessera de se développer au fur et à mesure des ses représentations.
On se souviendra de la séquence du deuxième chapitre du premier volume, que l'auteur a judicieusement appelé «Big Bang». Notre héroïne, lors d'un atelier découverte organisé par la mère de Mana, exprime par un cri intérieur ce sentiment unique de liberté que lui procure la danse: «Libre!!».
La représentation du Lac des cygnes, qui marque les premiers pas de Subaru avec une troupe de ballet, est l'occasion de découvrir une nouvelle sensation: danser devant un public de connaisseurs. Subaru y trouve une telle satisfaction que sa danse y gagne en raffinement et en sobriété. Il devient alors évident que ce sentiment de liberté et de bonheur prend indéniablement corps lorsqu'il est lié à autrui, c'est à dire à un public lors d'une représentation.
A l'inverse, lors de la représentation de Don Quichotte, devant un parterre constitué de prisonniers, la plénitude scénique de Subaru se nourrit de la détresse et de la colère de son public privé de liberté et revêt un caractère effrayant, presque sadique.
Le véritable tournant dans la vie artistique de Subaru va être sa rencontre avec Priscilla Roberts. Cette dernière, danseuse expérimentée qui surclasse notre héroïne, conçoit la danse d'une manière différente et se nourrit du bonheur qu'elle éprouve à danser lors de ses représentations, durant lesquelles elle a plus tendance à «donner» alors que Subaru «enlève». A son contact, notre héroïne va apprendre un certain nombre de choses, comme l'importance de répéter inlassablement les exercices les plus rébarbatifs.
C'est lors de la représentation du boléro de Ravel que nos deux danseuses vont pour la première fois s'affronter. A l'issue du spectacle, toutes les deux auront atteint le sommet de leur art, tout en empruntant des chemins différents. Subaru atteindra pour la première fois un état de plénitude extrême, qu'elle parviendra par ailleurs à communiquer à son public, nous montrant tout le fruit de l'enseignement tiré de sa rencontre avec Priscilla.
Des graphismes particuliers mais léchés:
Pouvant déstabiliser par son côté un peu brouillon, le style graphique de Soda n'en reste pas moins très soigné et particulièrement expressif, et certaines planches dégagent une puissance visuelle inouïe.
Soda retranscrit également à la perfection l'idée de mouvement et a doté son oeuvre d'une narration très dynamique, tant et si bien que l'on finit par ressentir l'intensité des séquences de danse comme si nous les vivions réellement. La gestuelle corporelle qu'induit la danse classique est en effet reconstituée avec minutie, notre auteur allant même jusqu'à reproduire la moindre petite goutte de sueur connotant de l'effort physique intense que Subaru fournit!
On notera enfin toute l'importance que notre auteur accorde aux yeux. Disproportionnés chez notre héroïne, ils deviennent véritablement le reflet de son état d'esprit. Ainsi la plupart des états psychologiques qui animent Subaru finissent par être identifiés presque uniquement par l'expression dégagée par son regard.
Conclusion
Ami lecteur, il est temps de conclure cette réflexion sur le manga «Subaru: danse vers les étoiles», oeuvre profondément humaine et exceptionnelle, tant il semble impossible de ne pas être touché par le parcours de cette héroïne si courageuse et passionnée. Je vous invite avec insistance à lire ce titre servi par une narration rythmée et dynamique, qui est tout simplement l'un des meilleurs manga publiés à ce jour en France (merci Delcourt!!).
Les fan de cette série auront sans doute remarqué que la plupart des illustrations de ce dossier sont tirées de l'art book officiel de la série, que vous trouverez à l'importation.
Il faut également savoir qu'une seconde saison de «Subaru: danse vers les étoiles» est actuellement en cours de parution au Japon. Intitulée «Moon», elle nous permet de retrouver notre ballerine dans de nos nouvelles aventures.

Six ans aprés la fin de la série au Japon, Subaru vient de réapparaitre sur les planches dans une suite : Moon : Subaru ~ solitude standing, dont le premier tome est sorti le 28 février 2008. On y retrouve notre jeune héroïnes en Allemagne...
Dossier réalisé par Shinob
© 2000 Masahito Soda/ Shogakukan Inc., Tokyo/ Editions Delcourt
Enigme
D'où vient cette réplique ?
"Je suis monté dans le bus. J'ai vérifié où il allait. Et avec une légère anxiété, j'ai ouvert mon livre de maths "
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