Fire Punch - Actualité manga

Fire Punch

Critique de la série manga

Publiée le Mercredi, 28 Novembre 2018

Il y a un peu plus d'un an, en juin 2017, sortait dans nos librairies le premier tome de Fire Punch, manga sur lequel Kazé Manga a beaucoup misé, ce qui s'est fortement ressenti sur les réseaux sociaux et un étonnant système de prépublication numérique gratuite.


Derrière le titre Fire Punch se cache la première série longue d'un mangaka que nous avons ainsi découvert en France : Tatsuki Fujimoto.
Habitué aux histoires courtes, l'artiste a ainsi développé tout un univers en 8 tomes, la série s'étant terminée début 2018 sur l'application numérique japonaise Shônen Jump +, et en ce mois de novembre de la même année chez nous. A noter que Tatsuki Fujimoto a vite rebondi : sa nouvelle série, Chainsaw Man, débutera début décembre, et cette fois dans le célèbre Weekly Shônen Jump.



Fire Punch nous mène dans un monde post-apocalyptique peu commun, où les étendues désertiques sont troquées contre de vastes terres enneigées. Un froid glacial s'est abattu sur toute la planète, tandis que certains humains ont développé des pouvoirs. C'est le cas d'Agni et Luna, un frère et une sœur, dont les dons de régénérations leur servent à nourrir le village, tous deux pouvant offrir les membres de leurs corps en guise de viandes, qui repousseront rapidement.

Cette paix, moralement étrange, mais stable, est rompue lorsque le village est décimé par l'armée de la cité de Behemdolg. A sa tête, Doma, un soldat doté d'un puissant pouvoir de feu. Tout le village d'Agni périt, y compris sa sœur, mais sauf ce dernier. Son pouvoir de régénération est tel que son corps survit aux flammes qui embrasent son corps en continu. Animé par un autre feu, celui de la colère, Agni entame sa quête de vengeance dans le but de tuer Doma, l'assassin de Luna...


Un monde post-apocalyptique, une quête de vengeance, des détenteurs de pouvoirs... Le synopsis de Fire Punch pourrait placer la série dans un certain classicisme, à première vue, l'idée originale venant de son protagoniste, constamment embrasé. Pourtant, Fire Punch est un titre plus subtil qu'il n'y paraît. Plus que ça, c'est un véritable shônen d'auteur tant Tatsuki Fujimoto semble avoir eu carte blanche pour développer l'intrigue comme bon lui semblait, sans avoir à entrer dans des cases ni à répondre à certains codes éditoriaux qu'on connaît bien. Ainsi, la vengeance d'Agni est vouée à de multiples rebondissements, le mangaka ayant le don pour prendre son lecteur à contrepied et partir dans des directions inattendues. Il rompt régulièrement toute idée préconçue qu'on pourrait avoir de son schéma scénaristique, jouant alors avec les attentes de son lectorat pour mieux le surprendre.



Le tout en développant un scénario qui a du sens : la vengeance d'Agni reste un fil conducteur et, petit à petit, l'auteur laisse surtout les thématiques de l’œuvre guider celles-ci. La vengeance est une étape, un élément déclencheur qui permet à Tatsuki Fujimoto de porter des thèmes majeurs : notre propre humanité face aux drames que nous réserve la vie, mais aussi la morale et la religion. Des sujets sérieux, inhabituels pour un shônen estampillé Shûeisha, et qui apportent une belle maturité au titre. L'auteur n'a pas peur de parler de cannibalisme, voire d'inceste, en mettant ces sujets en parallèle avec ce monde post-apocalyptique. Sur une Terre où l'espoir et les ressources se font rares, comment peut évoluer notre morale ? La démarche est d'autant plus louable que ces sujets ne sont jamais présentés de manière racoleuse, ils donnent même un vrai propos au récit et racontent toujours quelque chose à propos des personnages.

Parlons-en d'ailleurs, de ces personnages, véritables cobayes des thématiques de la série. L'une des idées les plus fortes de Fire Punch est celle de la foi, à travers les croyances d'individus dans un monde sans espoir, où l'optimisme peut se caractériser par l'attachement envers une « divinité », quand bien même le périple d'Agni serait plus rationnel qu'il n'y paraît, à l'échelle de l'univers de Tatsuki Fujimoto bien entendu. C'est davantage sur la fin du titre que ce thème trouve un sens, tragique, mais aussi représentatif, a priori, de ce que la foi représente aux yeux de l'auteur.

Enfin, le septième art joue un rôle fort dans la narration de Fire Punch, notamment avec l'excentrique personnage de Togata qui se fixera pour objectif de réaliser un film à l'heure où toute bandes cinématographiques ont disparu : le film d'Agni. Si au départ ce thème du cinéma apporte beaucoup de décalage dans les dialogues, il devient de plus en plus fort, allant jusqu'à représenter le rapport entre les personnages et leur aventure, ou tout simplement le déroulement de la série, véritable divertissement à rebondissements teinté de mystères, auquel assiste le lecteur comme les protagonistes de l’œuvre. Chacun pourra même se faire cette idée de cette symbolique, Tatsuki Fujimoto l'exploitant de manière subtile, sans donner de réponse concrète.



Et c'est aussi ce qui décevra peut-être quelques lecteurs : l'absence de réponses. Fire Punch plante quelques mystères et des points d'intrigues intéressants, mais tous n'auront pas d'aboutissement. Plutôt qu'un final classique amenant son lot de révélations, le mangaka choisit de miser sur la symbolique et le fil conducteur de la série, à savoir l'aventure humaine vécue par Agni, cet humain presque immortel. En résulte une conclusion belle, pleine de métaphores et attestant une vision d'auteur, mais pas une fin qui prend à cœur l'ensemble de ses points scénaristiques. Après tout, est-ce là ce qu'on attend de Fire Punch, de nous livrer une classique conclusion en cherchant à réponse à tout ? La série ne nous a-t-elle pas plutôt envoûtés par ses choix scénaristiques audacieux et la vision de son auteur ? Là aussi, le débat peut avoir lieu.



Évidemment, on ne peut ne pas évoquer la patte graphique de Tatsuki Fujimoto, à base de contrastes en tous genres. Un contraste envie le feu d'Agni et les vastes plaines enneigées, rendant des plans parfois doux, parfois brutaux, ou tout ce travail sur les expressions des personnages. Une certaine quiétude marque souvent les visages des figures de Fire Punch, laissant ponctuellement place à des faciès bien vivants et expressifs, donnant une sacrée dimension aux protagonistes du titre. Puis, les quelques scènes d'action proposées par le titre sont aussi crues que spectaculaires. L'auteur rend habilement le chaos de son œuvre quand les humains luttent entre eux et n'hésite jamais à montrer la violence de ces conflits, attestant la folie des personnages en proie à leurs émotions.




Oui, il y a beaucoup à dire sur Fire Punch, première grande série de Tatsuki Fujimoto qui montre son style et sa patte artistique, que ce soit sur la composition graphique ou ses choix narratifs. Une œuvre que chacun interprétera à sa manière et appréciera selon son individualité, un des ingrédients la rendant particulièrement atypique.



On notera aussi le travail d'édition de Kazé de très bonne facture : une traduction efficace de Sylvain Chollet, et un format seinen permettant d'apprécier le style du mangaka. A ce titre, une future édition grand format serait sans doute appréciable pour apprécier au mieux toute la densité graphique de Fire Punch.
FIRE PUNCH © 2016 by Tatsuki Fujimoto/SHUEISHA Inc.


Chroniqueur: Takato


Note de la rédaction
Note des lecteurs
15.57/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

16.75,16.25,18.00,15.75,17.00,16.25,16.50,16.00

Les critiques des volumes de la série

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