Japan Expo - Interview de Dominique Veret pour Akata / Delcourt- Actus manga
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Divers Japan Expo - Interview de Dominique Veret pour Akata / Delcourt


Mardi, 15 September 2009

Lors de la Japan Expo, nous avons eu le plaisir de rencontrer Dominique Véret, l'un des fondateurs des fondateurs de Tonkam, aujourd'hui directeur de la collection manga chez Akata / Delcourt. Voici le compte-rendu de notre entretien.
     
  

      
Pour tous ceux qui ne te connaîtraient pas encore, peux-tu rapidement te présenter ?
Je suis l'un des deux fondateurs de Tonkam avant qu'on amène tout cela à la SARL Sheffer. Par la suite, je suis devenu directeur de collection chez Delcourt parce qu'il fallait un nom à mettre en avant, en plus de celui d'Akata qui est une SARL indépendante à laquelle participe activement trois personnes, Sylvie Véret Chang, Bruno Pham et moi. Nous sommes assez originaux dans le monde de l'édition car en général les directeurs de collection sont des salariés.
                         
                         
Et comment cela s'est il passé avec Delcourt, qui est allé le premier vers l'autre ?
Après Tonkam, je suis allé proposer nos services à Guy Delcourt après une déconvenue avec celui que j'avais rencontré avant. Cela s'est concrétisé avec les Éditions Delcourt, dont la réputation de qualité de ses publications ne me laissait pas indifférent.
               
             
C'est vrai, il y a toujours de très bons retours sur les collections d'Akata/Delcourt...
On aime bien faire notre travail en l'approfondissant dans le but de le soigner même si je n'en suis que rarement satisfait et qu'on peut faire beaucoup mieux (je suis très perfectionniste). On construit un catalogue pensé pour être cohérent, stimulant même, au risque de titres coup de poing dans la gueule.
                  
                      
Akata est connu comme un éditeur de shôjo, ce qui te plait moins. Comment tu arrives à développer une branche que tu aimes moins ?
J'ai la chance de n'avoir du mépris pour rien, de ne rien détester. Je ne me prends la tête en fait qu'avec les gens et choses que j'aime bien. Donc, développer une collection de shôjo en tant que "brute", ça ne me dérange pas. Honnêtement quand j'ai découvert le manga; notamment lors de mes premiers voyage au  Japon;  le shôjo, dans sa beauté, m'a touché tout de suite. C'est ce que je disais à Natsuki Takaya : je n'en ai pas l'air mais pour moi... (long silence), c'est devenu naturel de faire du shôjo! Et puis dans ma relation avec ma femme, pour quelqu'un dans mon genre, assez cru et "bourrin", le shôjo m'a aussi beaucoup appris! (rires)
           
                    
Justement qui a fait le choix d'éditer Fruit Basket ?
C'est moi pour la décision, même si j'étais avec Sahé Cibot quand ce titre est venu vers nous. Pour "Nana", j'avais remarqué ce titre à l'époque de mon départ de Tonkam. « Nana » était aussi très bien pour préparer l'arrivée du josei.
      

                 
       
Tu savais que ça allait être un aussi gros succès ?
Non mais je «kiffais». C'est aussi parce que j'aime beaucoup le josei. « Nana » était un choix réfléchi. Si on exclut Clamp, qui est un peu un cas à part, j'ai commencé le shôjo avec Tonkam par Fushigi Yugi, si je ne me trompe pas, et je me suis concentré sur le développement de la partie shôjo du catalogue avec autant de sérieux que pour le shônen ou le seinen. J'ai tiré sur le fil de la pelote de mon côté féminin, en quelque sorte (rires). C'est ma féminité qui a participé à la construction éditoriale de la partie shojo et josei des débuts de Tonkam et du catalogue manga Delcourt. Mais Bruno Pham est maintenant largement plus Otomen que moi. On est allé jusqu'à éditer des titres de Kahori Onozucca, qui malheureusement n'ont pas eu le succès que mérite cette artiste. Un peu coincé les lectrices françaises ?
       
     
Est-ce que tu penses que le marché français est aujourd'hui capable d'accepter ce genre de titres ou est-ce qu'il y a encore trop de réticences ?
On sait qu'il y a une base du public qui attend d'autres titres d'Onozucca par exemple. Mais, pour Guy Delcourt, 500 exemplaires vendus, c'est pas terrible (on ne peut que le comprendre). Donc là, on est objectivement un peu bloqué mais on y reviendra. Mon boulot c'est de voir et sentir les choses longtemps à l'avance, de l’ordre du sensible. Guy Delcourt à des contraintes différentes.
        
       
Il y a des titres pour lesquels tu t'es dit "c'est pas pour tout de suite", "je vais attendre"... ?
Non, parce que je suis un "bourrin", c'est pas mon style. Nous avons souvent forcé les choses... Et c'est important pour faire bouger la société même si la « crise » nous handicape plus qu’avant. Il faut toujours continuer à chercher à déranger les marionnettistes...
           
       
Tu ne regardes pas le côté commercial ?
Non, je m'en fiche mais avec beaucoup de bon sens ! J'ai quand même été longtemps commerçant dans le livre, des puces de Montreuil en passant par des boutiques, l'import, l'édition, la diffusion et la distribution et mes influences commerçantes sont orientales et même chinoises! Mon respect est pour le commerce traditionnel, beaucoup plus que pour le commerce actuel des financiers. Quand j'entraîne Guy Delcourt sur un projet, je sais que quand il me suit c'est avec son éducation au commerce moderne et financier. L'un connait les avantages de la personnalité de l'autre même quand les intérêts sont très divergents.
Pour le shôjo, je suis très convaincu par une série comme Onmyoji. C'est mon côté spirituel dans le sens de ce qui manque au Français dans la capacité d'être relié au sensible, à l'invisible. Actuellement sur le plan shojo ésotérique, la mode c'est toujours CLAMP dont j'ai quand même fait connaître RG Veda, Tokyo Babylon et X mais pour ma part et mon intérêt pour le Japon, Onmyoji est actuellement beaucoup plus intéressant et enrichissant. Dans un futur proche, je suis persuadé que les œuvres de Reiko Okano cartonneront ! Cela sera comme pour Taiyou Matsumoto et Amer Béton qui a d'abord rencontré l'indifférence et l'incompréhension pour finalement bien marcher lors de sa réédition. Il a fallu une dizaine d'année...
            

                           
           
Quand il y a un auteur que tu aimes de cette façon, tu fais le forcing pour publier tout ce qu'il fait ou tu restes raisonnable ?
Franchement, dans l'absolu j'aimerais permettre la publication de tout Reiko Okano. Mais pour Guy Delcourt, c'est impossible. Il perd beaucoup d'argent sur chaque volume d'Onmyoji. Je me dois donc de le respecter pour ses efforts, dans l'immédiat. Pour ce qui concerne Onmyoji, mon intérêt pour cette série est aussi et avant tout une démarche culturelle du genre: le Japon vous attire alors plongez vous dans cette œuvre, vous y apprendrez des choses profondes et subtiles sur la culture de ce pays.
       

         
      
Et tu arrives à le convaincre, d'insister sur cet auteur?
Pour la continuation de la publication d'Onmyoji, oui. En contrepartie, on ne publie que deux volumes par an. Et puis la série est publiée par le même éditeur japonais que Fruit Basket, et Reiko Okano n'est pas n'importe qui (rires).
                    
                          
Comment as-tu réussi à tisser des liens assez forts avec certains éditeurs japonais ?
Mes relations avec les Japonais sont pour moi comme celles que je peux avoir avec des amis de longue date. Je me fiche des apparences ou des titres en les respectant de toute façon. Pour moi,  un être humain est un être humain que j'ai envie de connaitre et avec lequel j'ai envie d'apprendre des choses, de travailler ou d'évoluer.
Au Japon, derrière les règles, il y a des gens très, très humains. Je trouve même que les japonais arrivent à rester beaucoup plus humains que nous en cette période de crise planétaire! Ce n'est pas la crise dans le sens apocalyptique que nous lui donnons dans la tête de beaucoup de japonais, ils ne sont pas dans le sentiment d'insécurité permanente et paranoïaque que nous connaissons... Au Japon, les gens ne sont pas des flippés comme en France. Les éditeurs japonais savent que, au delà de mon apparence, je suis quelqu'un qui fait son travail et qui l'aime. Lorsque je choisis de défendre un livre, un auteur, je le fais en y mettant mes tripes, je veux le faire connaitre. Donc de toute manière, pour eux le résultat sera bon et on ne pourra pas faire plus. Et si on ne fait pas plus, c'est parce qu'il y aura des handicaps contre lesquels je ne peux rien faire. Par exemple avec Onmyoji, les ventes sont catastrophiques. On y perd tous mais on a donné le maximum. Et je lâcherai pas l'affaire de toute façon...
                          
                    
Qu'est ce que tu dirais aux gens pour les convaincre d'acheter Onmyoji, qu'est ce qu'ils vont y trouver?
Onmyoji, c'est... la vraie sensibilité japonaise ! Une réalité sociale historique japonaise, plus que des croyances, les énergies et comment le héros joue avec elles, le raffinement, le féminin, la douceur, l'humour et le jeu. C'est un grand jeu de rôles social raffiné autant que du bon commerce avec les esprits et autre manifestations surnaturelles.
                           
                    
Il y a un titre qui dépasse les autres dans tout ce que tu as publié ?
Tous les titres dont le désir de publication est de moi à 100% (nous sommes trois à Akata) me renvoient tous à des facettes de ma personnalité. Je ne suis pas plus intelligent qu'un autre, on ne fait que projeter notre univers intérieur. Onmyoji, par exemple, l'origine du projet est une vision. Je découvre après, au fil des volumes, le pourquoi de ma vision et en quoi, elle ne concerne pas que moi. Ce n'est n'est pas que pour moi, ni pour un plan de carrière que cette série sort en France. J'ai toujours travaillé comme ça. Que ce soit chez Tonkam ou Delcourt.
Quand je vais au Japon, dès l'aéroport à Roissy, je deviens quelqu'un d'autre. Mon identité française s'estompe. Je me détend beaucoup au Japon, je peux méditer tous les jours même avec un planning très chargé, faire du yoga, prier. Partout. Je ne calcule rien alors que tout le voyage est programmé, je me laisse emporter. Je vais dans les librairies, chez les éditeurs... Et les livres viennent à nous, comme ça et après on trie, on trie... Le point de départ de la construction de notre catalogue, c'est l'abandon.
                           
                        
Y a-t-il un titre que tu regrettes d'avoir édité ?
Aucun. Si un titre n'a pas marché, c'est de ma responsabilité et ça me sert de leçon. En regrettant, on n'apprend rien. Persona, par exemple. Un shonen tiré d'un jeu-vidéo, un projet commercial quand même bien réfléchi. L'intrigue renvoie à Jung. C'est aussi un titre du Shônen Jump. Quelque part, il est sorti trop tôt car je n'ai pas su maîtriser sa publication. J'ai le sentiment que ce titre aurait pu séduire beaucoup plus de gens et que j'en suis responsable. Pour l'édition de titres commerciaux, tu profites de l'achat d'un titre par 10 000 personnes qui ne veulent que se distraire pour que 100 soit touché par sa quintessence. Pour Persona, je n'ai pas bien assuré ce truc là.
             

                     
                    
Oui mais dans le public, tu n'a pas toujours des lecteurs qui recherchent ce genre de réflexion.
Je n'ai pas de jugement de valeur et je fais avec la situation. Quand on a publié Fruit Basket, ça a touché un public très large, même maintenant, ma fille de 8 ans lit cette série. Et à Japan Expo, il y a des hommes et des femmes dans la quarantaine qui vont venir aux dédicaces de Natsuki Takaya! Si un titre ne trouve pas trouve pas son public, c'est moi qui ne lui ait pas permis. Je dois réfléchir sur mes erreurs. Le moment favorable compte aussi, mais avec l'industrialisation du manga, tout comme pour la BD, on est un peu obligé de sortir des livres et d'attendre que ça prenne.
       
    
Tu penses être l'instigateur de certaines modes ?
Non, je ne suis l'instigateur de rien du tout. Je suis grand-père... et dans la culture asiatique, grand-père doit un peu mettre le bazar de temps en temps, c'est mon rôle (rires).
                    
         
Parle nous de tes nouveaux shôjo comme Otomen et Switch Girl?
C'est l'équilibre. Switch Girl, ça va marcher très fort car beaucoup de garçons vont s'y intéresser. Ils vont se dire "mais les meufs, elles sont comme ça !" et les filles vont se dire "nous aussi on peut être comme ça  ?!". Otomen c'est le garçon qui a le droit d'exprimer sa féminité. Les deux titres vont se croiser et je souhaite que les lecteurs en profitent et s'en enrichissent!
    

            
                     
Et le seinen ?
Nous n'en publions pas autant qu'on l'aimerait. Le seinen ne marche pas du tout si on considère sa richesse et sa pertinence et j'en suis plus que déçu. Le seinen s'adresse au 20-35 ans et le problème, c'est que ce public n'est capable de lire que du shôjo et du shônen car il a peur d'être adulte! C'est pour cela que le seinen se vend peu ! Là où on a le plus de retour, où on rencontre des lecteurs pertinents c'est dans le milieu des artistes et certains journalistes mais pas encore dans le grand public.
Je tiens à signaler -on commence à en parler- que pour la Shueisha, à la Japan Expo de l'année prochaine, c'est le seinen qui sera mis en avant. Cette année, c'est le shôjo. Celui qui n'aura pas lu de seinen l'année prochaine sera foutu car ringard. Bon, Monsteret les quelques seinen aussi connus sont bien évidemment des séries à lire, mais j'ai envie de vous conseiller de lire des titres comme Je ne suis pas mort ou Une sacrée mamie. Et tous les éditeurs publient des choses bien dans le genre seinen.
     

                                    
                       
Y a-t-il un titre que tu aurais aimé publier mais qui s'est retrouvé chez un autre éditeur ?
Si je peux avoir des regrets, ce n'est pas par rapport à l'éditeur qui l'aurait obtenu. Je peux citer, Ikigami... Mushishi aussi. Ma frustration dans ce genre de situation serait de ne pas avoir travaillé pour ces titres. Je n'ai pas une personnalité jalouse et il y a trop de mangas intéressants à traduire pour se prendre la tête quant on en obtient pas un. Pour revenir à Mushishi, mon approche de ce titre n'est pas la même que celle de Kana, chacun a sa sensibilité. Mushishi parle de la Nature, des esprits, des forces, des maladies, d'exorcisme... Pour moi, tout cela, cet univers, n'est pas de la littérature. Ce sont des choses que je connais par expérience ce qui est intéressant pour bien travailler sur ce genre de titre. Je sais ce que c'est qu'un démon. J'ai déjà été possédé par ce que l'on appelle un démon pat choix d'expérience. C'est de l'énergie très concentrée, très négative et agressive. Il faut travailler la méditation, s'équilibrer énergétique ment sinon ce genre de chose exacerbe tous les mauvais souvenirs, les rancœurs et la négativité que l'on porte en soi... Dans ce genre de situation, on peut être dangereux pour les autres. Je suis allé dans un temple Shinto au Japon pour me le faire enlever. Fin d'une expérience pleine d'enseignement. Donc, c'est bien de vivre des choses pour mieux servir des titres en relation avec nos acquis.  
                    
                  
Selon toi, quel courant dans la société est encore porteur pour le manga ?
Ce qui peut offrir le plus de potentiel pour le manga, ce sont les adultes qui vont finir par s'y intéresser avec la médiatisation de plus en plus positive pour cette BD japonaise. L'exposition Clamp par exemple ! C'est étonnant de découvrir que la "Ville de Paris", la mairie, des politiques, de la grande bourgeoisie sont présents à l'inauguration de cette exposition... Et de plus, deux pages dans Libération sur CLAMP. Et ce journal atterrit tous les matins dans le bureau du Président (de la République). Ça change de Taniguchi dont le succès reste confiné au milieu intello/littéraire de la BD... Il y a des choses qui sont en train d'être conquises. C'est très bien.
                     
                     
Et pour l'année prochaine ?
Pour l'année prochaine nous devons avouer que notre planning n’est pas encore complètement bouclé. Mais j'ai déjà "mon" titre favori...
                              
                 
Tu as réalisé l'adaptation de certains titres...
J'en ai adapté à l'époque Tonkam et Tajikarao pour Delcourt. J'ai adapté le premier volume et réécris une grande partie de l'adaptation des trois autres. J'ai fait ça pour moi, pour apprendre. Mais c'est un cauchemar car quand je dois adapter un manga, j'ai besoin de beaucoup lire et relire la traduction pour bien m'imprégner de l'œuvre et la démonter, décortiquer pour la maîtriser. J'ai besoin de prendre le temps pour bien faire ce travail et donc j'ai arrêté mais c'était essentiel que je fasse des adaptations pour que je puisse mieux travailler avec les adaptateurs, pour faire des corrections avec pertinence. Dans les activités concernant la BD, les seules choses que je n'ai pas faites, c'est dessiner ou écrire un scénario. Mais j'ai fait tout le reste: libraire, bouquiniste, distributeur, adaptateur de manga et de sous-titrage de DA, éditeur, rédacteur en chef, j'ai écrit des articles, participé à l'élaboration de couvertures...
Chez Akata, on s'occupe des sorties de 6 à 11 mangas par mois. Je supervise, je relis entre 1000 et 1800 pages par mois et je dois penser au choix d'un titre, être attentif aux négociations, réfléchir à qui va traduire tel titre, pareil pour l'adaptateur et le lettreur. Comme tout le monde progresse, j'ai de plus en plus de suggestions qui me sont proposées mais j'ai la décision finale. Les responsabilités sont sur mes épaules.
                          

                         
       
Est-ce qu'un jour ton équipe t'a dit non ? Est-ce que tu les écoutes ?
Je ne vais pas dire que j'écoute de plus en plus, mais plutôt que j'écoute de mieux en mieux. Je suis moins chiant qu'il y a quelques années ! (rires)
                              
                    
Qu'est ce que tu penses du marché actuel ?
Il y a une chose importante qui me peine. Sur le plan du marketing, tout se perfectionne de plus en plus, comme Japan Expo qui est de mieux en mieux réalisé. Mais si le manga devient sophistiqué dans la forme, c'est le fond qui reste fondamental. Et le fond n'est pas encore assez respecté, on ne respecte pas assez les traducteurs, les adaptateurs et les graphistes pour qu'ils puissent fournir un travail encore meilleur pour les lecteurs. La qualité et la profondeur n'est pas vraiment au rendez-vous alors que les commerciaux sont omniprésents.
                       
          
L'année dernière tu avais poussé un coup de gueule lors des Japan Expo Awards...
C'était l'anniversaire des relations entre la France et le Japon, il y avait de grandes figures comme Kazuo Koike à Japan Expo. Et nous, on leur a offert une image de bordéliques et de gens vulgaires lors de la cérémonie de remise des Japan Expo Awards. Par rapport à ce que je peux vivre avec les Japonais, je n'ai pas apprécié cette vulgarité et pour moi, la France c'est pas que cette image là ! Les Japonais ne jugent pas forcement mais ils observent, savent et ne sont pas dupes... Pour eux la France c'est la classe, la culture... mais actuellement nous vivons dans notre pays une période de très grande vulgarité ! Maintenant, je vis en province dans le Limousin, dans la France profonde dans le sens "qui a de la profondeur". Heureusement que certains japonais perçoivent ce qu'il reste d'encore profond dans notre culture.
                       
                  
Comment ressens-tu la génération de lecteurs qui arrive ?
Ce sera la génération "nettoyée" car elle a grandi en lisant des mangas et en regardant des DA japonais dans un autre contexte que la « génération Dorothée ». Cette génération sera plus japonisée et aura vécu un quotidien moins facile que les lobotomisés qui ne sont toujours pas adultes de la génération précédente. C'est pour cette génération qu'il faut préparer des bonnes traductions et adaptations. Et puis, il y a la musique japonaise devient plus populaire. Les fans de musiciens, de chanteurs japonais sont de plus en plus nombreux. On verra de plus souvent ces artistes en France. La musique va faire sauter des verrous, donner des clefs de compréhension à tout ce phénomène manga.
              
                    
Quels sont ces verrous selon toi ?
Tous les défilés de cosplay auxquels on assiste, tout cela est encore trop dans le paraître et pas assez dans l'être. Ici, on copie ce qu'on voit du Japon mais au Japon le cosplay c'est une façon d'"être" qui sait échapper à la récupération.
                   
                        
Pour conclure, qu'est ce que tu penses des jeunes qui dessinent en style manga aujourd'hui ?
Je pense que si tu demandes à Natsuki Takaya comment elle a commencé, elle va te parler des auteurs qu'elle aimait dans sa jeunesse et qu'elle a copié avant de devenir auteur elle même. Donc, copier des auteurs de manga, c'est naturel. Pour ma part, ce que j'attends vraiment, ce sont de bons raconteurs d'histoires imprégnés de culture japonaise. Ceux qui veulent venir nous rencontrer, c'est "open". Là par exemple je travaille avec les Humanoïdes Associés sur un titre BD qui a fait un flop il y a quelques années: La Danse du Temps. Il parle de culture amérindienne mais il manquait un lexique, des clefs de compréhension pour accompagner l'histoire et permettre qu'il trouve son public. La manière d'éditer du manga, finit par influencer aussi toute l'édition de BD française ! Nous aussi, on influence les Japonais. Notre façon d'adapter des couvertures de manga pour l'édition française ne laisse pas indifférent certains auteurs. Tout cela est bilatéral.
   
   
Remerciements à Dominique Véret, Bruno Pham et Maud Beaumont.




Comments

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Trés intéréssante cette interview ^^ bonne continuation a eux ils font du trés bon travail ! vive Delcourt & Otomen !! XD

Conanaptx

De Conanaptx [438], le 16 September 2009 à 11h35

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Très intéressant le bonhomme! J'adore la ligne éditoriale de Delcourt depuis longtemps (l'arrivée de Veret en fait ^^) Tout ce qu'il dit ou pense n'est pas toujours de la première finesse mais au moins, avec lui, ce n'est pas l'argent qui guide les sorties. Sinon, je pense qu'il y a une petite méprise sous l'appelation seinen : ce mot sert au Japon à qualifié les jeunes adultes (18-25, voir 30), alors qu'en France, on l'a étendu à toute production adulte. On voit donc sous le même classement des titres comme "Une sacrée mamie" et "Battle royale". Clairement, on n'achète pas ce type de lecture avec la même motivation d'achat.

La différence entre les deux, c'est que l'un est lu pour la découverte, la culture (les mangas servent aussi à çà au Japon) alors que l'autre est lu pour le divertissement. Quand Veret parle d'un manque de maturité des 20-35 ans, je pense qu'il parle surtout vis à vis du manga de la difficulté qu'ils peuvent avoir à considérer le support manga comme capable d'autre chose que de divertir.

En tous cas, Onmyoji me tentait depuis longtemps sans avoir franchi le pas (un peu cher) : Mr veret, en bon ancien libraire qu'il est, m'a convaincu de m'y mettre (et puis, 2 par an, on ne peut pas dire que çà soit la mort!)

Continuez comme çà Mr Veret!

David-sensei

De David-sensei, le 16 September 2009 à 11h10

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@blacksheep : je ne dis pas que le sujet est pas interessant , mais je prefere acheter "drole de pere" avec un gars de mon age qui se retrouve avec une fille sur les bras et qui dois gerer sa nouvelle vie avec cette enfant , que de lire l'histoire d'une grand mere.

ça me parle moins, ça m'interesse moins.

et vu le nombre de mangas qui sortent maintenant tout les mois (les anciens doivent se souvenir qu'avant on avait apple seed, akira, gunm , DB et basta, bref quedal) , on est , je suis obligé de faire des choix, des lors je vais sur des titres qui me parlent et m'interessent.

 

voila ;p

dydy

De dydy [223], le 16 September 2009 à 00h03

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Une interview très intéressante ! Merci !! (par contre, relisez-vous ^^, c'est bourré de fautes)

Leofee

De Leofee [123], le 15 September 2009 à 20h21

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interessant cette vision de l avenir

otaku38

De otaku38 [271], le 15 September 2009 à 19h54

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Une sacrée mamie un truc louche ? Un titre qui parle de la vie difficile d'un enfant avec sa grand-mère c'est louche ? N'importe quoi ...

Blacksheep

De Blacksheep [534], le 15 September 2009 à 19h06

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Cite:"Nous n'en publions pas autant qu'on l'aimerait. Le seinen ne marche pas du tout si on considère sa richesse et sa pertinence et j'en suis plus que déçu. Le seinen s'adresse au 20-35 ans et le problème, c'est que ce public n'est capable de lire que du shôjo et du shônen car il a peur d'être adulte! C'est pour cela que le seinen se vend peu ! Là où on a le plus de retour, où on rencontre des lecteurs pertinents c'est dans le milieu des artistes et certains journalistes mais pas encore dans le grand public."

 

Je trouve cette phrase trés réductrice...

Personellement je suis dedans(23ans) et je n'ai absolument pas peur de grandir bien au contraire! Bien sûr j'ai commencé le manga avec des oeuvres plus shonen mais petit à petit j'essaye de me diriger vers des oeuvres plus adultes ce qui me paraît être l'ordre logique des choses.

Cette remarque serait comme reprocher à des adultes de 40 ans ou plus de lire Asterix en disant qu'ils sont imature ou je ne sais quoi...

Le gros probléme du seinen c'est que les éditeurs ne savent pas comment le vendre. On se retrouve avec du seinen grand format petit format et souvent le grand format se retrouve mélangé avec la BD occidentale en fait c'est un peu n'importe quoi...

Pour le millieu artistique, la remarque me fait sourire. Pour connaitre un peu le millieu de la peinture/sculpture, il ne faut pas oublier que c'est un millieu rempli de pseudo intellectuel qui ne passe leur temps qu'a se passer de la paumade les uns aux autres en espérants evoluer grandir.(je parle du millieu car les artistes sont souvent bien plus simple que le millieu lui même...)

Cite:"Ce sera la génération "nettoyée" car elle a grandi en lisant des mangas et en regardant des DA japonais dans un autre contexte que la « génération Dorothée ». Cette génération sera plus japonisée et aura vécu un quotidien moins facile que les lobotomisés qui ne sont toujours pas adultes de la génération précédente."

Non mais il a raison ce monsieur! Grandir avec la star ac' and co ce n'est pas facile... Franchement, il faudrait m'expliquer en quoi la nouvelle génération(que j'appelle la génération télécommande) aura vécu un quotidient moins facile que la notre. Génération nétoyée... Karsher?Là franchement je ne comprend  pas...(en même temps je suis lobotomisé)

ben

De ben [136], le 15 September 2009 à 19h01

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c'est coq le pb avec "coq de combat" ?

c'est vrai que ça doit etre le premier seinen sur lequel j'etais tombé et j'avais litteralement accroché.

Le gamin chetif qui tue ses parents, se retrouve en taule, violé des le 1er soir et qui s'en sort grace aux arts martiaux, c'etait enorme à l'epoque.

 

dydy

De dydy [223], le 15 September 2009 à 18h40

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il est temps que les éditeurs francais de manga s'interesse à autre chose qu'à tous ce qui est commercial et en fin de compte peu intéressant. Un peu de cran de la part de plus d'éditeurs serait le bienvenue, c'est pourquoi on doit soutenir ce genre d'éditeur qui propose autre chose que la vision majoritaire actuelle qui est à mon avis vouait un jour à l'échec ! ! !

ZoroKurosaki

De ZoroKurosaki [557], le 15 September 2009 à 18h24

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interet qui grandit de jour en jour pour cet éditeur, j'espère qu'ils continueront dans cette voie ! ! !

ZoroKurosaki

De ZoroKurosaki [557], le 15 September 2009 à 18h18

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interview très intéressante et vision d'un éditeur que j'apprécie énormément, je vais m'intéresser de plus près à ce que publie cet éditeur dès à présent ! !

ZoroKurosaki

De ZoroKurosaki [557], le 15 September 2009 à 18h14

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j'ai grandi avec le club do, c'est d'ailleurs en partie grâce à ça que je me suis intéressée au manga. Et je ne me considère pas comme une lobotomisée... Autant j'apprécie son interview, autant cette phrase me reste en travers de la gorge.

CrazyKits

De CrazyKits [270], le 15 September 2009 à 17h49

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"les lobotomisés qui ne sont toujours pas adultes de la génération précédente"

Sympa ...:s

Mokori

De Mokori [414], le 15 September 2009 à 17h16

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"on ne respecte pas assez les traducteurs, les adaptateurs et les graphistes pour qu'ils puissent fournir un travail encore meilleur pour les lecteurs. La qualité et la profondeur n'est pas vraiment au rendez-vous alors que les commerciaux sont omniprésents."

très marrant quand on a travaillé pour lui… je n'ai jamais était autant mal traitée lors d'une collaboration pro, et je ne suis pas la seule a le penser. Beaucoup d'esbrouffe monsieur Veret.

e12

De e12 [4], le 15 September 2009 à 15h26

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pour "coq de combat" ca été expliqué plusieurs fois, les droits sont bloqués au japon, ca peut pas sortir ailleurs voila

dkrevenge

De dkrevenge [2607], le 15 September 2009 à 15h03

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@dydy : J'avoue qu'Usagi Drop est une vrai perle quand on compare à ce qui sort à côté

ney

De ney [1517], le 15 September 2009 à 15h01

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sympa, premiere fosi que ça me donne envie d'en savori plus sur le gars.

j'aime bien son idée sur le seinen, mais là , il tape vraiment dans des trucs louche.

entre lire un "usagi drop" ou "sacré mamie" je fais vite mon choix, il y a de la place pour le seinen, mais il faut encore choisir un truc accessible et qui fait envie.

en tout cas, ça change, "Bitter Virgin" arrive chez nous, reste encore des titres comme "Koizora" pour jouer dans la meme categorie.

j'adore sa vision du cosplay , je me souviens avoir lu un gars racontant son voyage au japon, et raconter etre tomber sur des gars deguisés, juste comme ça pour sortir entre pote et partager un truc, pas juste se grimmer pour un show publique.

 

j'avoeu que j'aimerai vraiment qu'il en dise plus sur le seinen et sa vison la dessus.

 

dydy

De dydy [223], le 15 September 2009 à 14h57

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[quote]Cette génération sera plus japonisée et aura vécu un quotidien moins facile que les lobotomisés qui ne sont toujours pas adultes de la génération précédente. C'est pour cette génération qu'il faut préparer des bonnes traductions et adaptations.[/quote]

Autant j'adhère totalement à ses idées , autant je trouve que cette phrase est assez cru.

ney

De ney [1517], le 15 September 2009 à 14h47

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Une interview très intéressante ^^

La vision globale du monde du manga de cet homme est à la fois très humaine, et pro ^^ Chapeau <3

Satie

De Satie [413], le 15 September 2009 à 14h17

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Interview passionnante et pertinente ! Il est vrai que Tonkam et Delcourt/Akata ont un catalogue de qualité avec des titres pour tous les publics. Seul reproche le manque de communication sur le titre Coq de Combat, dont la situation est intolérable pour l'éditeur français, japonais et le public !!!

Crazy Dr

De Crazy Dr, le 15 September 2009 à 13h53

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Et ben moi j'ai un gros reproche à faire aà Delcourt: les 20 pages de pubs à la fin de chaque tome!

 Et l'écologie dans tout ca? On critique tt le tps les éditions Panini mais leurs mangas s'arretent à la dernière page eux!

layleen

De layleen [2591], le 15 September 2009 à 13h27

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Il a l'air d'être très humain ce type, j'aime bien sa vision des choses, ce qu'il avance sur le marché et les génération d'aujourd'hui et de demain.

GreatMikukaeru

De GreatMikukaeru [75], le 15 September 2009 à 13h18

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Enorme :) trop content ^^ Certains seront pourquoi d'autres non ^^ merci pour l'interview !

Isu

De Isu [156], le 15 September 2009 à 13h08

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Bon, en résumé, faut acheter Onmyoji ! XD

Sinon j'aime beaucoup sa vision du marché actuel ^^

Tianjun

De Tianjun [4676], le 15 September 2009 à 13h01

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