Trèfle

Critique de la série manga

Publiée le Jeudi, 23 November 2017

Publié en 1997 au Japon, Trèfle est une série en quatre tomes de CLAMP, alors que le collectif travaillait à cette même période sur X-1999 et Card Captor Sakura. Loin de la magie et de l’ésotérisme de ces deux séries, elles nous présentent un univers SF que Philip K. Dick n'aurait pas désavoué, avec sa technologie avancée où l'on peut même se déplacer par les ondes, et des héros au sein d'un sombre complot. D'ailleurs, les mutants et les androïdes en moins, on pourrait penser qu'elles se sont inspirées de Blade Runner et Total Recall pour créer ce monde où naissent des êtres nommés « trèfle », et à qui on ajoute une feuille en fonction de son degré de puissance. On se doute alors que la position de Suh dans cette hiérarchie établie par les Wizards, avide de posséder le plus de ces êtres afin de supplanter leurs rivaux, est au sommet. C'est pourquoi une chasse s'ouvre lorsque celle-ci quitte sa cage.



Ryû F. Kazuhiko est un ex-militaire. Il est convoqué par un de ses anciens employeurs, le général Koo, un des membres des Wizards à la tête du pays. Elle lui demande un service qu'il refuse d'abord. Elle fait appel à une promesse et parvient à lui confier la garde de Suh qui doit se rendre dans un lieu qu'elle seule connaît. Étrange et peu bavarde, la jeune fille intrigue. Mais Kazuhiko va vite découvrir que son rôle n'est pas celui d'un simple accompagnateur, mais de garde du corps, car rapidement confronté aux soldats de Azlight, le pays rival. Ce dernier lorgne sur les mystérieux pouvoirs qu'elle possède. Qui donc est-elle ? Et quel vœu souhait-elle voir se réaliser ?




Cet univers est original dans le paysage scénaristique des CLAMP. On est davantage habitué à la magie qu'à la technologie.

Les personnages y évoluent sans difficulté, totalement intégrés à leur environnement. Certains possèdent des prothèses qui permettent autant de paliers au membre perdu dans son usage quotidien que dans l'attaque, Kazuhiko étant le parfait exemple. Les « trèfles » manipulent les ondes et les éléments électroniques. L'humain et la machine sont en parfaite symbiose. Cependant, ce n'est pas le thème principal du manga. Ici, les sentiments et les émotions sont les véritables moteurs de l'histoire. On trouve la compassion, la jalousie, la peur, l'Amour avec un grand A ou exclusif. Ils ont beau être immergé dans un monde plein de technologie, où la machine est la norme, ils en restent tous humains et s'expriment sans détour quand ce n'est pas avec pudeur.



Autre originalité, la mise en page. Le découpage des cases n'est pas tout le temps cohérent. Vous pouvez parfois lire une case avant de vous rendre compte que c'était l'autre qui la précédait, obligeant à recommencer pour bien saisir ce qu'il se passe. En fait, celles-ci ne sont pas fixes. C'est-à-dire qu'en général, même si une case est éclatée sur une page, elle aura une place bien à elle au milieu des autres.
Dans Trèfle, le fond est plus présent, noir ou blanc. Presque comme si tout flottait dans cette limite spatiale. Même les dialogues ont droit à ce traitement. La lecture est un labyrinthe où on tente de suivre les personnages qui s'égarent eux-mêmes. Les titres sont aussi inclus dans cette mise en scène. Habituellement, soit le titre du chapitre est visible et accompagne une illustration, soit il est inscrit dans l'action. Là, le titre est une case et force le lecteur à avoir conscience de lui, bien qu'il arrive qu'on ne le remarque pas tant il est bien intégré.



En parlant des chapitres, on peut en trouver de vingt à quarante selon le volume. Lorsque l'on voit la taille d'un seul tome, on se demande comment elles sont parvenues à en caser autant ? Et la réponse est simplement que trois pages suffisent parfois, que cela contienne un simple dialogue ou la chanson qui revient sans cesse dans un même volume.

Et tout comme la mise ne page, le dessin est épuré, répétitif et habité par les ombres. Il y a autant de la suggestion que de la démonstration. Le design des personnages montre toute l'étendue du génie de Mokona Apapa puisque tout en intégrant les caractéristiques physiques habituelles, elle parvient à leur donner vie dans leur propre univers. Par exemple, elle offre de longs cils et une bouche charnue à Oluha, ce qu'on ne retrouve pas ailleurs puisque la séduction et l'irréalité qui lui sont attribuées ne sont pas les mêmes ou inexistantes concernant les autres personnages féminins de l'univers CLAMP.



L'ambiance et le tramage les différencient des autres « mondes ». Cela amplifie leur appartenance à celui-ci, là où la magie est considérée comme une science, et non pas un pouvoir venant de créatures élémentaires. Si Suh vole à un moment, c'est parce qu'elle se fait pousser des ailes mécaniques. Tout comme « A » se téléporte d'un endroit à l'autre grâce à un double qu'il produit par onde. Tout ce qui paraît fantastique est le fruit d'une matière inorganique, faite de métal et de câble. On ne peut qu'adhérer à cette vision qu'elles traitaient déjà au travers de Yatouji Satsuki, un personnage de X-1999 qui ne vit que pour et par son ordinateur, Beast. Et si on poussait l'idée, on pourrait imaginer qu'elle vient de ce monde (cf Tsubasa Reservoir Chronicles).


Pour ce qui est de l'édition française, on doit l'arrivée de la série en 2002 grâce à Manga Player, l'ancien nom de Pika édition. Comme souvent à l'époque, le sens de lecture a été inversé, pour être sans doute plus accessible à un public ne maîtrisant pas encore les codes et les concepts du manga, voire du Japon. Heureusement, les erreurs ont été évitées et la traduction du sens droite/gauche correspond à la situation.





La jaquette transparente, accompagnée de motifs changeant d'un tome à l'autre, compense grandement la fadaise de la couverture aux couleurs ternes. Il faut dire que le vert et le gris (argent?) ne s'accordent pas vraiment, sont compliqués à mettre en avant, même s'il s'agit sans doute d'une référence au titre et au monde où se déroule l'intrigue. Ou encore au message véhiculé par la plante, la chance, une forme d'espoir.
Dans le rabat de la jaquette, on retrouve une chanson qui symbolise le volume dans laquelle elle apparaît. Et sur chaque quatrième de couverture, une même comptine parlant de trèfle. Ce choix laisse perplexe, car le lecteur ne sait pas précisément de quoi il est question s'il se réfère à ce qui est écrit au dos.


Tout en étant une œuvre atypique dans la biographie des CLAMP, Trèfle s'y inscrit parfaitement. La poésie qui se dégage de l'histoire et de la tourmente qui emprisonne les héros, de ce destin contre lequel on ne peut lutter, est un trait commun que partagent tous leurs mangas. Tout est fait pour qu'il marque les lecteurs, lesquels adhéreront ou non à son choix graphique et son écriture.

Et la véritable prouesse, c'est qu'il est possible de lire les volumes dans deux ordres. Soit par le classique 1-2-3-4, soit par 4-3-1-2, offrant une compréhension et une vision différente.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Persmegas

15 20

Note de la rédaction
Note des lecteurs
16.42/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

16.00,15.00,15.00,15.00,18.00,19.00

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