Kizuna

Critique de la série manga

Publiée le Lundi, 24 August 2015


Dans Kizuna, il ne faut pas s’attendre à un récit réaliste sur l’univers mafieux mais à une narration qui exploite le monde dans lequel elle se déroule pour en faire ressortir certains aspects servant à l’histoire. Cependant, il faudra attendre quelques tomes avant que la mangaka ne parvienne à s’équilibrer quelque peu. En effet, les premiers volumes se partagent en deux profils : une absence totale de narration au profit de leçons de copulation entre messieurs, ou bien un essai d’intrigue sur le monde de la mafia, avec les mièvreries qui s’en suivent. Les deux extrêmes finissent toutefois par se rejoindre au bout d’un moment, Kodaka réussissant enfin à équilibrer un peu sa narration. La suite de la série se partage entre scènes érotiques, larmoiements amoureux et réelles situations intéressantes. De plus en plus, l’auteur en vient à s’attarder sur des détails qui relèvent la qualité du titre : le problème de l’homosexualité (même si 90% de ses personnages sont attirés par d’autres hommes …), les répercussions d’un accident sur la vie de tous les jours, les difficultés de vivre en couple, le mariage entre deux personnes du même sexe, la recherche de ses origines … Kei et Ran illustrent un idéal qui traverse certaines situations afin d’en donner une image à peu près réaliste. A côté, on retrouve d’autres protagonistes qui sont là d’avantage pour le plaisir de la lecture.

Ainsi on peut nommer Kai, petit frère de Kei, qui est un adolescent débordant de dynamisme et d’émotions parfois contradictoires. Sa vivacité et sa susceptibilité permettent, en opposition au calme silencieux et en apparence indifférent de Masa, de construire une relation basée sur les quiproquos et les non dits, entre un adolescent fébrile et un adulte culpabilisant. De même, on retrouvera de temps à autre le passionnant couple formé par Jack et Roy : des moments sensuels, chargés de candeur oubliée et d’amour contrarié. Jack ressemble trait pour trait à un certain Léon : détaché, mal rasé, peu fier de sa situation et rempli de bons sentiments. La pureté mêlée de provocation de Roy est une évolution surprenante par rapport à ses débuts, et les chapitres se concentrant sur eux deux apportent de véritables bouffées d’air frais dans une narration souvent trop focalisée sur Ranmaru et son amoureux. En résumé, les thèmes abordés le sont parfois de manière détournée et il faut s’évertuer à aller chercher les morales distillées dans la série, après quelques tomes difficiles. Sinon, il est clair que l’on retrouve les clichés ancrés dans l’histoire de ce genre de récit : une mafia un peu trop gentille qui ne sert que de base à l’histoire, un univers dominé par la norme homosexuelle … Mais on s’en fiche, le tout passe bien malgré les nombreuses maladresses du titre, et Kizuna se révèle être une lecture bien plus agréable que prévu.

Malheureusement, les bonnes idées de la mangaka sont souvent desservies par un graphisme très particulier. Ses débuts sont d’ailleurs un peu ardus tant les proportions et l’esthétique des corps sont mal rendus. La souplesse dans le trait ne vient que tardivement, et même comme ça les faciès continuent d’être durs, sans nuances pour arrondir le tout. Les arrières plans sont souvent vides, et le design des personnages n’est pas toujours à leur avantage : la différence d’âge entre Masa et Kai suffisait, nul besoin d’en exagérer le contraste par un graphisme presque dérangeant. Heureusement, l’amélioration de l’auteur est significative : son style se fond de plus en plus dans la narration, qui gagne en intérêt et masque donc les défauts que les premiers tomes, décevants, ne pouvaient camoufler. Kizuna est l’un des plus anciens titre yaoi à être sorti en France. A l’époque seule alternative des fans du genre, ce n’est pas pour autant qu’il a été détrôné par les récentes séries qui pullulent à présent sur le marché. Il lui reste donc un petit goût de nostalgie, un certain charme qui vient de son ancienneté et d’une maturité certaine vis-à-vis des sujets traités. En somme, Kizuna c’est une série qui a ses défauts, mais qui possède aussi quelques qualités. Et même si, objectivement, le tout n’est pas formidable, on s’attache rapidement à certains personnages que l’on a envie de voir se réaliser et être heureux. Un yaoi qui s’étale sur 11 tomes, qui peut donc suivre ses personnages sans bâcler leurs personnalités. Bref, un bon moment de lecture si l’on sait dépasser les premiers volumes …


NiDNiM



Note de la rédaction
Note des lecteurs
18.06/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

12.00,13.00,13.00,14.00,13.00,14.00,13.00,14.00,15.00,13.00,15.00

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