Nouvelle rencontre avec Minetarô Mochizuki, sur Tokyo Kaido et L'Île aux Chiens- Actus manga
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Manga Nouvelle rencontre avec Minetarô Mochizuki, sur Tokyo Kaido et L'Île aux Chiens


Mardi, 05 March 2019 - Source :Rubrique Interviews

En 2016, à l’occasion de la sortie du manga Chiisakobé qui depuis a été auréolé au FIBD d’Angoulême l’année suivante avec le Prix de la meilleure série, Le Lézard Noir accueillait Minetarô Mochizuki, illustre mangaka reconnu également pour Dragon Head ou encore Maiwai. A cette occasion, nous avions déjà pu l'interviewer (lire l'interview). Depuis, nous avons pu le retrouver avec l’excellent Tokyo Kaido, en attendant son retour cette année avec L’Île aux Chiens, adaptation du film de Wes Anderson qui paraît cette semaine en librairie après une avant-première au nouveau Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. A l’occasion de cette 46e édition du FIBD, l’auteur était à nouveau présent en France, et nous avons pu une nouvelle fois rencontrer un artiste qui, malgré ce qu’il peut dire sur son inconfort face à un public, reste passionnant à écouter. Aujourd’hui, on vous propose de découvrir notre nouvelle interview de l’auteur, où l’on revient sur Tokyo Kaido et L’Île aux chiens !


Minetarô Mochizuki, merci d’avoir accepté cette interview et d’être de retour en France. Depuis votre précédente venue dans notre pays, on a pu découvrir Tokyo Kaido. Vous souvenez-vous comment vous avez imaginé cette série ?

Minetarô Mochizuki : J’ai conçu Tokyo Kaido à une époque où j’avais des difficultés à bien me poser dans la distance avec les autres, où je ressentais un inconfort dans la vie par rapport à mon entourage. Il est vrai que quand on conçoit un manga, en fin de compte on ne sait pas exactement ce qu’il deviendra, mais en tout cas c’est un moment où je prenais conscience de la situation de la société au Japon. C’est quelque chose dont j’ai pris conscience après coup. Par exemple, on remarquait beaucoup de discours incitant à la haine sur internet, entre autres choses. Je sentais qu’au Japon montait une sorte de déni ou de refus de la diversité.
  
  

Tokyo Kaido aborde des thèmes que l'on retrouvera ensuite dans Chiisakobe, autour de l'apparence, de la difficulté de communiquer, de ce qui est considéré comme normal ou non... En quoi ces thèmes vous tiennent-ils à cœur, en dehors de ce que vous venez de dire ?

Je pense que le choix de ces thèmes s’explique effectivement par les propres difficultés, l’inconfort que je ressentais dans la vie. Constamment je sens que les relations avec l’entourage c’est quelque chose de très difficile. C’est d’ailleurs ce que je ressens encore là, maintenant.


Visuellement, vous montrez comment ces jeunes ayant des troubles du cerveau voient le monde, et ce dès le début : Mari voit des chiens avec une laisse en l'air sans personne au bout parce qu'elle ne calcule pas les humains, ne voit personne au volant des voitures qui circulent, voit des verres se soulever seuls, puis Hana se retrouve à se masturber en public à côté d'un homme gêné... Comment vous est venu ce principe, ce désir de montrer ainsi la façon dont ces jeunes voient ce qui les entoure ?

C’est par leur différence que ces personnages prennent forme et sont identifiés. Il y a vraiment une espèce de trouble, d’oscillation dans cette infirme différence qu’ils ont par rapport aux autres, et c’est comme ça que leur situation est mise en place. C’est vraiment cette oscillation que je voulais montrer. Je voulais vraiment traiter de la frontière entre ce qui est de l’ordre de l’originalité et ce qui est de l’ordre du pathologique. Comme j’ai montré ça tel quel, j’espère que les lecteurs ont pu ressentir ce balancement entre les deux.
  
  

On note déjà dans la série un fort souci du détail, des objets, des gestes... mais aussi un gros travail de mise en scène, où vous jouez sur les angles, en plongée ou contreplongée, en mettant au premier plan certains parties du corps en particulier (jambes, têtes, bras...), ou en plaçant notre regard par dessus les personnages, voire juste à côté de leur tête comme s'ils avaient une caméra derrière l'épaule. Des éléments posant déjà les bases du style de Chiisakobé. Comment avez-vous développé et réfléchi toutes ces idées de mise en scène ?

Effectivement, à partir de Tokyo Kaido, c’est comme s’il y avait une caméra en moi, comme si j’avais une caméra interne qui va choisir de faire tel plan en grand angle, tel plan en macro… Tout ça pour exprimer les troubles, les angoisses, les oscillations dont je parlais tout à l’heure. Ces expériences faites dans Tokyo Kaido m’ont permis de comprendre quels effets ces détails pouvaient produire pour Chiisakobe.
  
  

Le look des personnages est aussi très travaillé. Avec ses grosses lunettes et sa dent manquante, Mari a l'air toujours contente vu qu'elle n'a pas conscience de ce qui l'entoure et qu'elle est dans son monde. Persuadé d'être un surhomme, Hideo se promène avec une cape. Hashi se cache derrière une mèche. Quant à Hana, on retrouve en elle la pointe d'érotisme presque fétichiste que vous aimez glisser depuis Maiwai. Comment avez-vous imaginé ces looks, et que représentent-ils pour vous ?

En fait, quand je crée les personnages je commence par les détails. Et ensuite, à partir de ces détails, je vais peu à peu leur donner forme. Ce style de personnage m’est inspiré par des films, des romans que j’apprécie, parfois il m’arrive même de reprendre des personnages un petit peu tels quels et c’est un petit peu limite, mais je fais ça tout à fait innocemment. Après, c’est aussi parce que je veux que les lecteurs puissent ressentir ces personnages sans qu’il y ait besoin d’ajouter des explications, c’est pour ça que pour moi le détail est quelque chose de très important.


Du coup, avez-vous des exemples de personnages que vous avez repris ?

Il y a par exemple les personnages de Wes Anderson que j’adore, qui sont un peu dans d’autres œuvres que j’ai dessinées. Après, j’aime beaucoup aussi le cinéaste John Waters, que j’ai dessiné lors de la scène du bus dans Tokyo Kaido. J’aime beaucoup disperser ça et là mes artistes fétiches, mais de manière à ce qu’on ne se s’en rende presque pas compte.
  
  

Puisque vous évoquez Wes Anderson, parlons désormais de votre nouvelle œuvre. L'année dernière on vous a retrouvé au Japon sur un projet surprenant, qui sort en France chez le Lézard Noir cette année : L'île aux chiens, la version manga du film éponyme du cinéaste américain Wes Anderson, qui à titre personnel est l’un de mes cinéastes préférés depuis une quinzaine d’années. Comment vous êtes-vous retrouvé sur cet alléchant projet ?

Quand on m’a proposé ce projet, j’ai hurlé de joie tellement j’étais content (rires). Moi aussi j’adore Wes Anderson. La proposition est venue du côté de Wes Anderson, et vu que j’étais un fan de longue date de Wes Anderson j’en dansais presque de joie et j’ai dit oui tout de suite. Je tenais à le faire.


Savez-vous comment Wes Anderson a connu votre travail ?

Je ne sais pas (rires).
  
  
  
Vous venez de nous le dire, vous étiez déjà fan de Wes Anderson avant. Qu'aimez-vous particulièrement chez lui ?

C’est assez difficile de répondre parce que j’aime tout chez lui (rires). Mais pour revenir au sens du détail dont on parlait juste avant, je trouve que chez Wes Anderson, quand on est face à une scène on voit tout de suite quel genre d’humain est la personne en face de nous. On comprend tout de suite quel genre de personnage c’est, et j’adore ça.


Quel fut votre 1er ressenti en voyant le film ? Qu'est-ce qui vous a le plus plu dans ce film si unique en son genre ?

J’ai tellement aimé ce film que c’est difficile de lister tout ce qui m’a plu. En tout cas, tout simplement, j’ai été impressionné quand j’ai vu le film. Il y a toute la construction de l’imagerie qui est exceptionnelle. Mais tout m’a plu dans ce film. Ce n’est pas une réponse digne d’un créateur, désolé (rires).
  
  

Avec ce manga on vous retrouve sur un travail d'adaptation, qui plus est de film. Qu'est-ce que ça a changé dans votre façon de travailler ?

Je ne sais pas si quelque chose de particulier a changé dans ma façon de travailler, mais en tout cas je peux dire que c’était vraiment difficile. Déjà, un film en prises de vue réelles serait difficile à adapter, mais là en plus on était dans un film en stop motion, un style très difficile à mettre en images.


Votre manga a un style visuel et un ton qui paraissent très fidèles au film d'origine, mais en même temps on y reconnaît immédiatement votre patte. Comment avez-vous procédé pour vous imprégner aussi bien du film ?

En fait, c’est vraiment comme ça que j’ai vu le film de Wes Anderson, c’est comme ça que je l’ai interprété. Evidemment, j’avais peur du regard des autres, de comment les gens allaient l’appréhender, mais moi je veux juste dire que c’est comme ça que j’ai vu son film. Je pensais que vu que Wes Anderson a des fans vraiment hardcores, ils allaient sûrement me gronder en voyant mon manga. D’ailleurs, moi-même, quand un manga que j’aime est adapté au cinéma en prises de vue réelles, je vais dire « mais non, c’est pas ça », et je me mets en colère aussi (rires). A l’origine le manga ne devait pas avoir autant de chapitres. Et encore, là il n’y a qu’une partie du film qui est adaptée, mais quand j’ai commencé ce projet je ne pensais pas que ça deviendrait un livre à part entière.
  
  

Avez-vous été en contact direct avec Wes Anderson ou d'autre membres de l'équipe du film ? Vous ont-ils aiguillé pour la conception de ce manga ?

Wes Anderson a un ami et créateur japonais, Kunichi Nomura, qui joue régulièrement dans ses films même s’il n’est pas acteur professionnel, avec qui il est très proche, qui a contribué à l’idée originale de L’Île aux Chiens, et avec qui il est en contact régulier par téléphone. Dans The Grand Budapest Hotel, le précédent film d’Anderson, il apparaît au début. Pendant l’avancée du projet, ça passait toujours par lui. Il me disait des choses du style « M. Anderson a cette idée très claire en tête et voudrait la voir dans le manga ». En somme, il me disait les envies de Wes Anderson. Il a fait le lien entre nous.


Vu que le manga n’a duré que 4 chapitres, vous avez dû faire des coupures par rapport au film. Y a-t-il des raisons précises pour lesquelles vous avez choisi certaines scènes et pas d’autres ? Vous êtes-vous senti frustré parfois ?

Je savais dès le début que je ne pourrais pas tout mettre en scène en manga. Je me suis concentré sur l’histoire entre Chief et Atari. Je me suis dit que ce serait mieux de procéder comme ça. Mais je me suis bien amusé à le faire !
  
  

Interview réalisée par Koiwai. Remerciements à Minetarô Mochizuki, à Miyako Slocombe en sa qualité d’interprète, au Lézard Noir pour la mise en place dans cette rencontre, et au FIBD pour les locaux.
  







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Très bonne interview d'un grand auteur! Merci, j'ai hâte de lire son adaptation de l'île aux chiens :)

nolhane

De nolhane [3161], le 06 March 2019 à 09h35

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