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Manga Conférence Go Nagai au MAGS


Jeudi, 04 April 2013

Pour sa première édition, le Monaco Anime Game Show, qui s'est tenu début mars, débutait en fanfare avec la venue d'un invité d'honneur exceptionnel : Gô Nagai, père de "Goldorak" comme bien d'autres séries, comme la saga robotique Mazinger (dont est issu Goldorak) ou Devilman, série sombre et fantastique qui aura bien inspiré les générations suivantes. Quarante-cinq ans après Hanreichi Gakuen (l'une des séries fondatrices du célèbre Shônen Jump), ce grand monsieur du manga et de l'animation japonaise s'est donc rendu dans la principauté de Monaco pour quelques rencontres très précieuses. 
   
Outre les interviews et autres séances de dédicaces, Gô Nagai s'est présenté à ses fans français au travers d'une conférence publique, animée par Olivier Fallaix, rédacteur en chef du magazine Animeland. Selon le protocole exigé pour l'occasion, le public ne put participer à la conférence en posant ses propres questions. Cependant, le fil de la conférence permit de faire un tour complet de la carrière du maître, du fantastique au SF en passant par ses séries plus humoristiques et ses héroïnes sexy. Une carrière qui, d'ailleurs, est encore loin d'être terminée...
     
     
    
Olivier Fallaix : Pour commencer, j'aimerais que l'on revienne sur votre carrière, même si une heure ne nous suffirait pas pour l'exposer en détail. Tout d'abord, qu'est-ce qui vous a motivé pour devenir mangaka, il y a à peu près 45 ans ?
Gô Nagai : En cinquième année de primaire, j'étais déjà persuadé de faire du manga mon métier, je l'avais même annoncé haut et fort à mes amis. En grandissant, cette motivation ne m'a jamais quitté, jusqu'à devenir une réalité.
        
Si jamais la voie du  manga n'avait pas marché, si vous aviez dû faire un autre métier, que feriez-vous aujourd'hui ?
Etant donné que j'apprécie le fait de créer des histoires, je serai surement devenu écrivain, scénariste ou réalisateur de cinéma,...
      
Le grand public vous connait surtout pour vos histoires dans le genre du fantastique ou de science-fiction, mais peu de gens savent que vous avez commencé avec du manga comique. Etait-ce le genre d'histoire qui vous intéressait au départ ?
Pas vraiment ! A l'époque, je subissais surtout la pression des maisons d'édition, et je me laissais porter par le flot de leurs envies. Je n'étais pas préparé à faire du manga burlesque, ça n'a jamais été mon domaine de prédilection. Mais à cette époque-là, j'ai découvert le film français L'Homme de Rio et je me suis rendu compte que les effets comiques pouvaient survenir naturellement, sans avoir à forcer le trait. Ainsi, mes créations se distinguaient du reste de la production du moment : là où les autres auteurs appuyaient l'humour dans leurs répliques, je me concentrais surtout sur l'action et sur les péripéties amusantes.
        
    
     
Dès le départ, vous avez subi de vives critiques, comme bon nombre d'auteurs à cette époque. Qu'est-ce que l'on vous reprochait exactement ? 
Le manga que j'ai réalisé au lancement du Shonen Jump, Hanreichi Gakuen, abordait la curiosité des adolescents pour le sexe opposé, et les histoires sentimentales entre ces jeunes gens. C'était un sujet inédit pour l'époque, et particulièrement tabou, ce qui nous a valu ces reproches.
          
Abordiez-vous ces thèmes dans une volonté de provocation ? Aviez-vous conscience des réactions que cela allait engendrer ? 
J'avais conscience que le sujet était tendancieux, mais cette idée m'est venue naturellement. En écrivant la série, je me suis mis à la place d'un ado. A cet âge-là, on s'intéresse surtout aux filles, on se questionne sur sa sexualité. Mais les adultes ont rapidement pris part à l'affaire, en affirmant qu'il était impensable de représenter ces pensées en manga ! Fort heureusement, les réactions des lecteurs étaient bien plus positives, et m'ont poussé à continuer, malgré les réticences de leurs aînés.
     
A partir des années 1970, vos histoires abordent un aspect plus fantastique, mais aussi plus sérieux, avec des titres comme Devilman, Maô Dante ou Violence Jack. D'où puisiez-vous votre inspiration pour ces histoires ?
Ces histoires ont depuis toujours été en moi. Quand je pense à une nouvelle histoire, c'est comme si j'avais devant les yeux un écran où s'afficherait les éléments que je mettrais ensuite sur papier. Il me reste ensuite à réfléchir à l'agencement de toutes ces idées et à la mise en scène.
      
    
        
        
On a du mal à le concevoir maintenant, mais Devilman était catégorisé à l'époque comme un shônen manga, du fait de sa publication dans le Weekly Shônen Magazine. On imaginerait pas voir aujourd'hui une telle série à destination d'un jeune public. N'avez-vous jamais eu le sentiment d'aller trop loin avec cette série, au vu des lecteurs à qui elle s'adressait ?
Même si l'on parlait effectivement de shonen, il faut savoir qu'en ce temps-là, les lecteurs du Weekly Shônen Magazine étaient surtout des étudiants ! D'ailleurs, au fil des années, les lecteurs vieillissaient et s'ouvraient à d'autres lectures, et c'est pour ça qu'aujourd'hui on a des magazines pour tous les âges. Mais vu les lecteurs du Magazine de l'époque, je me devais de leur proposer une histoire plus adulte.
      
Certaines de vos histoires sont allés tout de même très loin, avec des scènes trash. Avez-vous eu l'impression, par moment, de dépasser certaines limites ? 
Je faisais surtout confiance aux responsables éditoriaux du Shônen Magazine, qui m'alertaient dès lors que je dessinais quelque chose de trop violent, ou si j'abordais des sujets déplacés. Selon les cas, cela pouvait aller de la simple discussion pour expliquer mon point de vue, à la refonte totale de certaines planches. Mais dans l'ensemble, je restais sur un niveau de violence tolérable pour les lecteurs ciblés. Et je pense qu'en comparaison avec d'autres mangakas, j'étais relativement libre d'aborder ce que je voulais.
    
Vous avez également créé au cours de votre carrière un bon nombre d'héroïnes très sexy, comme Cutie Honey (connu en France sous le nom de "Cherie Miel") ou Kekkô Kamen (une héroïne simplement vêtue d'une cape, d'un masque et de bottes). Qu'est-ce qui vous est passé par la tête pour concevoir de telles héroïnes ? 
C'est tout simplement parce que j'aime les jolies jeunes femmes ! (rires)
De plus, la légèreté de ces héroïnes me permet d'aller plus aisément vers un registre plus comique. Leur apparence se veut donc plus atypique.
     
    
       
          
Au cours des années 1970, vos mangas commencent à être adaptés pour la télévision. Quel était votre degré d'implication sur ces projets ? Vous êtes-vous investi plus profondément sur certains d'entre eux ?
J'ai supervisé les projets animés en proposant le chara-design et en synthétisant les relations qui unissent les protagonistes. J'ai aussi participé à l'élaboration du scénario pour bon nombre d'entre eux, en discutant régulièrement avec les réalisateurs pour avancer mes idées, petit à petit.
      
Cette décennie marque également l'arrivée des robots géant, avec Mazinger Z qui fut un énorme succès au Japon. Est-il vrai que vous avez inventé le concept de la série alors que vous étiez coincé dans un embouteillage ?
Ce n'est pas tout à fait exact, c'est d'ailleurs une erreur récurrente qui revient assez souvent : en réalité je n'étais pas pris moi-même dans un embouteillage, mais j'en observais un alors que je me promenais tranquillement dans la rue. Tandis que je regardais toutes ces voitures bloquées à une intersection, je me suis pris de pitié pour ces pauvres conducteurs. Souvent, lorsque je crée une série, je me prends d'empathie pour mes personnages pour pouvoir réfléchir à leurs émotions et à leurs motivations, et la convergence de ces différents points de vue me permet d'aboutir au résultat final. Me mettre à la place des autres est donc devenu quelque chose de naturel pour moi, même dans la vie réelle. 
Je me suis donc mis à la place de ces conducteurs, et me disant que si j'étais l'un d'eux, j'aurais aimé une voiture qui puisse passer au-dessus des autres, et j'ai soudain eu dans ma tête une image d'un véhicule sur lequel des pieds poussaient pour pouvoir enjamber les autres ! C'est ainsi que j'ai imaginé le concept d'un robot pouvant se piloter comme une voiture.
       
    
       
     
Quelques séries plus tard, nous arrivons à U.F.O. Robot Grendizer, alias Goldorak en France. Comment est né le concept de ce robot ? Pouvez-vous également nous préciser qui du manga ou de l'anime est survenu en premier ?
A la fin de Mazinger Z, j'ai commencé à réfléchir à d'autres robots, et à ce que je pourrais rajouter pour proposer une machine encore plus originale et efficace. C'est alors que je me suis rappelé d'un très vague souvenir de mon enfance, où j'ai cru voir dans le ciel quelque chose ressemblant à une soucoupe volante. J'ai donc mis en parallèle ces deux idées pour inventer ce robot pouvant adopter une allure d'ovni. 
J'ai d'abord réalisé l'ensemble des concepts de base en vue de la création de l'anime, et ce n'est après que je me suis dit que je pouvais en faire un manga à part entière.
     
Goldorak a rencontré un énorme succès en France, mais il n'en fut pas de même au Japon. Comment expliquez-vous ce phénomène ? 
L'échec de Goldorak au Japon est à relativiser tout de même, si on compare ses audiences avec celles que font les animes aujourd'hui. J'ai été récemment invité dans de nombreux pays, et j'ai réalisé qu'entre Mazinger et Goldorak, le plus populaire sera toujours celui qui aura été diffusé en premier, selon chaque pays. La première diffusion créé toujours un effet de surprise impactant, et c'est pour ça que Goldorak est plus populaire dans les pays où la chronologie a été inversée, comme c'est le cas en France ou en Egypte. 
     
De manière plus générale, pourquoi les robots géants fascinent-ils tant, au Japon? 
Je ne sais pas, mais pour ma part, j'ai grandi en regardant la célèbre série Tetsujin 28-Go, un robot géant qui, avec le recul, ne fait même pas la moitié du gabarit de Goldorak ! Et il avait la particularité d'être radio-commandé. C'est ce souvenir qui m'a personnellement guidé pour en créer à mon tour.
            
Aujourd'hui, continuez-vous à dessiner ? A quel rythme ?
Oui, je dessine jusqu'à cent pages par mois.
   
C'est beaucoup ! (rires)
Oh, c'est peu par rapport à l'époque où j'avais la vingtaine.  Pendant les périodes les plus chargées, je pouvais réaliser jusqu'à cinq cent pages en un mois. Mais j'ai récemment discuté avec un ami français auteur de BD, qui m'a confié qu'il mourrait de crise cardiaque s'il devait travailler au même rythme que moi ! (rires)
      
Pensez-vous qu'il est possible pour un jeune mangaka débutant d'être aussi polyvalent, de toucher à autant de genres que dans votre carrière ?
Je pense que c'est toujours réalisable, mais que ce sera pour lui un long "combat" avec les maisons d'édition, qui contrôlent de plus en plus la trajectoire des jeunes auteurs. Le problème actuel, c'est que l'on se base souvent sur les premiers travaux d'un mangaka pour le mettre dans une case fixe, et il est difficile d'aller ensuite vers d'autres genres. Je conseillerais aux jeunes de débuter en tâtonnant dans des diverses pistes, au travers de courts chapitres, un dans l'action, un dans la comédie,... Mais d'un autre côté, bon nombre d'auteurs sont très heureux de rester dans un seul domaine tout au long de leur carrière.
Nous traversons tous des périodes où nous avons tantôt envie de rire, de pleurer, d'aimer, de se mettre en colère,... J'aimerais que l'on puisse cristalliser ces émotions et de les mettre immédiatement sur papier, ce qui serait pour moi la polyvalence ultime. Mais c'est un but impossible à atteindre lorsqu'on ne travaille que dans un seul genre. 
Je suis personnellement quelqu'un d'assez curieux, et j'ai récemment tenté d'imaginer le futur de l'espèce humaine et de le dessiner. Je suis aussi un grand amateur d'Histoire, j'ai également adapté des récits classiques comme l'Enfer de Dante,... Bref, je pense qu'il ne faut jamais cesser de rester curieux, et ouvert au monde qui nous entoure.
        
En France, le manga connait un succès impressionnant depuis une quinzaine d'années, et déclenche des vocations, puisque certains jeunes dessinateurs rêvent de devenir mangaka, voire d'être un jour publiés au Japon. Quels conseils pourriez-vous leur donner ?
Je pense que chaque auteur a au fond de lui des choses qui lui tiennent à cœur, et qu'il a envie de mettre sur papier. Le plus difficile tient justement dans cette mise en œuvre, et mon conseil serait de ne pas se mentir à soi-même. Si l'on est sincère dans notre manière de travailler et par rapport à ce que l'on a en tête, le résultat final n'en sera que plus réussi.
Par le passé, j'ai été déjà invité en France, en tant que juré pour une exposition de dessin. A cette occasion, un journaliste m'a avoué qu'à travers le manga, il comprenait les japonais. En ces temps-là, les japonais étaient peu doués en communication et enfermés dans leurs clichés. De fait, cette personne a pu se rendre compte que les japonais pouvaient avoir des sentiments différents, et que notre culture était très riche, au-delà des stéréotypes habituels. J'ai alors compris que le manga pouvait être un média efficace pour que l'on puisse transmettre nos connaissances et se comprendre, d'humains à humains, et non de pays à pays. 
Ainsi, si un auteur français veut se lancer dans le manga, à partir du moment où il réussira à retranscrire sa passion, son message pourra être diffusé à travers le monde, au-delà des différences d'appréciation et de culture. 
          
    
      
Nombre de vos sagas continuent d'exister encore au Japon, au travers de nouveaux auteurs qui se les approprient à leur tour. Comment choisissez-vous ces mangakas ? Intervenez-vous dans leur scénarios, ou leur laissez-vous une liberté totale ? 
Parmi ces mangakas, plusieurs ont suivi cette voie grâce à mes œuvres. En me mettant à leur place, je comprends leur envie de vouloir interpréter à leur manière mes histoires, et continuer de faire vivre mes personnages. Parfois, ils n'osent pas dénaturer ce que j'ai inventé, mais je leur dis d'y aller à fond. Pour ma part, j'ai subi dans ma jeunesse l'influence d'Osamu Tezuka, et je me suis inspiré de l'une de ses œuvres, Dororo, pour créer l'une de mes séries, Dororonen Maho-kun. J'ai donc moi-même affronté cette épreuve face à l'un de mes modèles. Aussi, je laisse mes successeurs complètement libres de faire ce qu'ils veulent.
      
Ces dix dernières années, il y a eu plusieurs adaptations de vos œuvres, en particulier au cinéma. D'autres projets sont-ils à venir ?
Oui, il va y avoir encore du nouveau. Certains projets ont été retardés, notamment pour des questions de budget, mais cela ne devrait plus tarder à arriver. 
   
Vous avez également évoqué il y a quelques années la possibilité d'une nouvelle série autour de Goldorak. Ce projet est-il toujours d'actualité ?
Malheureusement, les premiers essais n'ont pas été très concluants, mais nous envisageons actuellement d'autres pistes.
     
Pour finir, quelle est votre actualité récente ? Vous nous avez déjà dit que vous continuez de dessiner, mais avez-vous d'autres envies ?
J'ai beau avoir 67 ans, j'aime toujours autant le manga, et même si je n'ai plus le même rythme d'exécution qu'avant, je pense que je peux encore tenir face aux petits jeunes ! Je continue donc à dessiner, encore et toujours.
        
Merci beaucoup, et continuez à nous proposer de belles histoires qui nous transportent !
(En français) Merci beaucoup !  
    
     
     
Propos recueillis au Monaco Anime Game Show 2013. Remerciements à l'équipe de TGS Evènements et à Shibuya International.




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