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Manga Conférence de Konami Kanata


Mardi, 31 December 2013 - Source :Glénat

Après notre entretien exclusif avec Konami Kanata, auteure de Chi, une vie de chat, nous vous proposons de découvrir l'intégralité de la conférence que la mangaka a accordé à la presse française, lors de son passage à Paris.

Cette conférence fut animée par Stéphane Ferrand, directeur éditorial des éditions Glénat, qui a lancé cet échange avec une large introduction retraçant le parcours du titre en France.
 


Stéphane Ferrand : Merci d'être venus aussi nombreux, nous sommes très heureux de vous accueillir au sein de cette conférence de presse autour de Chi, une vie de chat. Je tiens à exprimer la joie que les éditions Glénat ont connu en travaillant sur ce titre avec les éditions Kôdansha, représentées aujourd'hui par Mme Kaori Kitamoto. La série a débuté en 2010 et le dixième volume est paru cette semaine. Par rapport au reste de la production japonaise, Chi est un titre qui se distingue par son rythme de parution annuel, en volumes reliés entièrement colorisés. Par l'entremise de Kôdansha, nous avons également pu opter pour le sens français, ce qui a sans doute contribué à sa popularité dans notre pays. Le titre est publié dans de nombreux pays, en Asie comme en Occident, et il a été décliné en de nombreux produits dérivés, dont nous proposons un éventail pour cette fin d'année. Chi est un personnage éminemment sympathique, qui a plu aux français par son côté souriant et bienveillant, dans la lignée de la mode de la ronronthérapie, un état d'esprit nécessaire en cette époque.
  
Stéphane Ferrand a ensuite joué à l'intermédiaire entre Konami Kanata et les médias présents pour animer cette conférence et apporter ponctuellement certaines précisions.
  
Quels sont vos secrets pour capter l'attention du public jeunesse ?
Stéphane Ferrand : On peut déjà se demander si Chi était destiné au départ à un public jeunesse ! Était-ce le cas ?
Konami Kanata : Pas du tout ! (rires)
Stéphane Ferrand : Rappelons en effet que Chi est publié dans le Morning de Kôdansha, un magazine dédié aux hommes adultes.


 
Dans ce cas, comment un manga sur les chats est-il arrivé dans ce magazine ?
Konami Kanata : Je souhaitais que Chi ne s'adresse pas seulement aux enfants mais à la famille tout entière. Avec mon mari, nous avons adopté un chaton plein de vie, et qui a été une vraie source d'inspiration. Nous voulions transmettre l'énergie que nous offrait ce chaton aux lecteurs, notamment aux adultes qui peuvent ainsi sourire après des journées fatigantes.
Stéphane Ferrand : D'ailleurs, en France, beaucoup de lecteurs adultes apprécient aussi le titre pour cet aspect chaleureux et bienveillant. Je rajouterais également que d'un point de vue éditorial, il faut convaincre les parents avant les enfants, cette publication destinée aux adultes est donc assez cohérente.
Konami Kanata : L'autre raison qui m'a poussé à imaginer cette histoire est que je voulais « remercier » ce chaton qui est arrivé dans nos vies et qui nous a apporté tant de joie. On peut aussi y voir une part d'excuses envers sa mère, qui a été séparée de lui par notre faute.
  
  
Ce chat s'apelle-t-il Chi également ?
Konami Kanata : Non, il s'appelle Pii !
  
   
Vit-il toujours chez vous ?
Konami Kanata : Oui, mais ce n'est plus un chaton depuis longtemps, il a maintenant 16 ans !
Stéphane Ferrand : En revanche, Chi ne grandira jamais, n'est-ce pas ?
Konami Kanata : Oui, Chi restera petite jusqu'à la fin du manga.
 
  
Dans le Morning, la prépublication est en noir et blanc. Pourquoi avoir opté pour une colorisation dans la version reliée ?
Konami Kanata : La série a débuté avec des pages couleur, et le directeur éditorial de l'époque était plutôt séduit par le résultat, m'encourageant à multiplier les chapitres en couleur. Ainsi, la plupart des premiers chapitres étaient colorisés, et lorsque nous avons relié le premier volume, il n'y avait que très peu de parties en noir et blanc. Ainsi, nous avons décidé de compléter la colorisation des chapitres restants, et ce procédé a perduré sur les volumes suivants.


  
Comment transformez-vous les chapitres en noir et blanc (qui ont nécessité l'emploi de trames) vers la couleur ? Travaillez-vous sur des copies de vos planches originales ?
Konami Kanata : Lors de la réalisation de mes planches, je les photocopie une fois la phase d'encrage terminée. Je reprends ensuite les originaux pour passer au tramage et à la finalisation pour la prépublication. Puis je me sers des photocopies pour reproduire les planches sur une feuille d'aquarelle, pour réaliser leurs versions couleur.


Est-ce que la signification du nom de Chi est liée à l'énergie que dégage le personnage ?
Stéphane Ferrand : Pour le nom de Chi, je pense que l'on peut s'autoriser un spoil vu que c'est expliqué dans le premier volume : Chi signifie « pipi » !  En France, on a plutôt tendance à donner aux chats des noms plutôt mignons et positifs. Pourquoi avez-vous décidé d'appeler ce chat « pipi » ?
Konami Kanata : C'était l'idée de mon précédent responsable éditorial, et j'ai été moi-même très surprise par ce choix. Ce responsable est d'ailleurs parti juste avant que l'histoire ne débute. Il fut remplacé par Mme Kitamoto, avec qui je travaille depuis plus de dix ans. C'est donc essentiellement avec elle que la série a été faite, même si elle n'est pas à l'origine du nom.
  
  
Quel a été votre parcours avant d'arriver à cette série ?
Konami Kanata : Je me suis intéressée au manga depuis le lycée, où je faisais partie d'un club de dessinateurs. Dans ce cadre, j'ai réalisé quelques planches, que j'ai décidé d'envoyer à Kôdansha, et c'est ainsi qu'a débuté ma carrière. J'ai commencé à présenter des petites histoires humoristiques sur les chats, puis je me suis intéressée aux hommes, aux pingouins, aux diables de Tasmanie,... jusqu'à arriver à Fuku-Fuku Funyan, une autre histoire de chats qui a débuté il y a plus de vingt ans et qui continue aujourd'hui encore ! (Au travers de sa suite Fuku-Fuku Funyan New, ndlr)
    
 
 
   
Comment vous est venu l'idée du design de Chi ?
Konami Kanata : C'est tout simplement une copie de Pii, notre chat ! Je suis partie d'une de ses photos, lorsqu'il n'était qu'un petit chaton, que j'ai reproduit en dessin.
  
  
Comment travaillez-vous sur ses expressions ? D'où vous viennent vos idées, et combien de temps passez-vous avant d'être satisfaite du résultat ?
Konami Kanata : Les chats ont des expressions naturellement joyeuses, j'avais donc déjà en tête la manière de les mettre en scène, grâce à mes années d'observation. En revanche, pour les expressions plus négatives, comme la colère, je me suis inspiré de ma responsable éditoriale et de son air fâché lors de nos réunions ! (rires)
Stéphane Ferrand : Est-ce qu'il y a un long travail de dessin pour saisir « la » bonne expression ?
Konami Kanata : En effet, je travaille jusqu'à reproduire ce que j'avais en tête au départ, mais c'est parfois difficile.
  
  
A la lecture du premier volume de Chi, on peut penser au roman de Natsume Sôseki, Je suis un chat (Wagahai wa Neko dearu – 1905), où un chat recueilli par un professeur observe le monde qui l'entoure. Vous-même, avez-vous fait ce rapprochement ?
Konami Kanata : Non, je n'y avais pas du tout pensé !
   
  
Pouvez-vous nous dire un mot sur la version animée, que nous allons bientôt découvrir en France ?
Konami Kanata : J'ai supervisé cette série animée en ayant la liberté de transmettre tout ce que je voulais, en participant à de nombreuses réunions de production. L'équipe de réalisation a reçu toute ma confiance et je suis  très satisfaite du résultat.


  
L'emploi de la couleur vous permet d'exprimer toute une gamme de sensations. Avez-vous été influencée par d'autres artistes pour développer cette grammaire visuelle, où est-elle née naturellement ?
Konami Kanata : Non, je n'ai pas eu de sources d'inspirations précises. Je dessine depuis toujours et mon style s'est forgé au fil des années.
  
  
Dans la série, Minou et Noiraud jouent le rôle des deux mentors de Chi, dans des styles radicalement opposés. Comment sont nés ces deux personnages, et pourquoi avoir opté pour cette double direction ?
Konami Kanata : Noiraud est une idée de mon éditrice, alors que Minou est une idée de mon fils. Chi a eu la chance d'avoir été adoptée très rapidement, mais mon fils m'a demandé ce qu'elle serait devenue si cela n'avait pas été le cas. Minou est donc un alter-ego de Chi, en version « chat des rues ».
 
  
Depuis le troisième volume, chaque tome a pour particularité de sortir un 23 avril (à un ou deux jours près). Est-ce une simple question de calendrier éditorial ou bien cette date a-t-elle un sens particulier ?
L'éditrice de Konami Kanata intervient pour répondre :
Kaori Kitamoto : Il n'y a pas de sens caché, mais nous avons remarqué qu'en avril, au Japon, les histoires de chats se vendent bien ! (rires)
  
  
Tous les possesseurs de chat se reconnaissent dans les anecdotes se passant à la maison, mais Chi vagabonde également pour vivre ses propres aventures. Quelle est la part de vécu que vous insufflez dans ces péripéties ?
Konami Kanata : Il y a une grande part d'imaginaire dans les aventures de Chi. Je me repose sur mon vécu uniquement lorsqu'il s'agit de reproduire les comportements félins que j'ai pu observer, ou les moments du quotidien qui se sont produits dans mon foyer.
  
  
Si vous aviez le pouvoir d'entrer dans la tête d'un artiste pour mieux comprendre son œuvre (qu'il s'agisse d'un artiste vivant ou disparu), lequel choisiriez-vous ?
Konami Kanata : Parmi mes auteurs préférés, je pense à Moto Hagio, mais j'ai aussi été marquée par le personnage de Totoro ! (rires)
Stéphane Ferrand : Y a-t-il des éléments dans le travail de Moto Hagio qui ont été des sources d'inspiration pour vous ?
Konami Kanata : Lorsque j'étais lycéenne, je reproduisais ses dessins dans l'espoir de dessiner comme elle un jour. J'aime en particulier l'une de ses œuvres, American Pie. Plutôt que d'entrer dans l'esprit de Moto Hagio, je pense que j'e préfèrerais me réincarner dans l'un des personnages de ce titre.
 

  
Parmi les nombreux produits dérivés que l'on découvre aujourd'hui figurent des éléments destinés aux écoliers (trousses, agenda). De votre côté, sur votre blog, Chi's Sweet Travel, vous mettez en scène des peluches de votre héroïne se déplaçant tout autour du monde. Pourriez-vous envisager de créer un livre pour initier les plus petits à découvrir le monde, par le biais des voyages de Chi ?
Konami Kanata : Je n'y avais pas pensé, mais je trouve cette idée assez intéressante en effet ! Il reste à voir ce qu'en pensera mon éditeur ! (rires)
 
   
Comment s'organise votre planning ? Combien êtes-vous à travailler sur la série ?
Konami Kanata : Sans trop rentrer dans les détails, il me faut une semaine pour faire un chapitre, du storyboard aux planches. Je travaille avec mon mari et un assistant.
Stéphane Ferrand : Comment le travail est-il réparti ?
Konami Kanata : Je me charge bien évidemment des dessins, mon mari s'occupe des aplats de noir et des trames, et mon assistant finalise les planches en se chargeant des fonds.
  
  
Avez-vous lu d'autres œuvres sur les chats ? Si oui, lesquelles vous ont plu plus particulièrement ?
Konami Kanata : J'ai beaucoup apprécié What's Michael de Makoto Kobayashi.
Stéphane Ferrand : Je précise tout de suite que nous n'avons pas briefé l'auteure ! (rires) (What's Michael étant également publié en France chez Glénat, ndlr) C'est assez étonnant, car cette série est très différente de Chi. Mais après tout, il est vrai qu'elle a aussi été prépubliée dans le Morning.
 
 

    
Vous nous avez parlé du fait d'avoir principalement consacré votre carrière aux chats. Pourquoi cet animal vous inspire-t-il autant ? A l'avenir, y a-t-il d'autres thèmes que vous souhaiteriez explorer ?
Konami Kanata : Comme je l'ai évoqué précédemment, je me suis intéressé à d'autres animaux, voire à des histoires sur les hommes. Mais mon trait reste lié aux chats, je ne peux m'empêcher de les dessiner !
 
  
Chi est en train de devenir un personnage qui se décline sur tous les supports, avec de nombreux produits dérivés. Pensez-vous qu'elle pourra un jour détrôner Hello Kitty ?
Konami Kanata : Le design d'Hello Kitty est à la fois si simple, mais si bien conçu, qu'il s'est installé comme une marque incontournable. Je pense qu'il s'agit là d'un symbole inatteignable, mais j'espère qu'un jour, Chi puisse être autant aimée qu'elle par les petits enfants.
Stéphane Ferrand :  Il est vrai aussi que Chi se construit une personnalité au fil de ses aventures, là où Hello Kitty est une icône un peu plus neutre.
  
  
A la fin de l'un des volumes, on apprend qu'aux États-Unis, Chi se vend mieux que certains blockbusters du shônen manga. Comment appréhendez-vous ce succès ? Pensez-vous aux lecteurs étrangers lorsque vous concevez vos histoires ?
Konami Kanata : Au départ, je ne m'attendais pas à un tel succès hors des frontières du Japon. Aujourd'hui, j'ai pris conscience que la série était lue par des enfants dans le monde entier, je reçois même quelques lettres provenant de l'étranger, notamment de France, et cela me fait extrêmement plaisir ! Mais cela n'a pas changé ma manière de travailler pour autant.
  
  
En France, la série a été adaptée en sens de lecture occidental. Conservez-vous un droit de regard sur l'adaptation graphique, ou faites-vous complètement confiance au travail des éditeurs français ?
Konami Kanata : J'ai apporté ma validation à l'origine du projet d'adaptation, pour ce changement de sens. Depuis, les éditions Glénat ont toute ma confiance.


 
Que diriez-vous à un lecteur qui ne connaît pas votre série, pour lui suggérer de s'y pencher ?
Konami Kanata : (après une longue hésitation) Je lui dirais que Chi est la seule héroïne qui se perde dès la première page du manga ! Et rien que pour ça, la série mérite le coup d'oeil ! (rires)
Stéphane Ferrand : Si je peux rajouter un élément qui m'a plu personnellement, on trouve dans Chi, une vie de chat trois histoires en une : il y a le parcours de Chi en tant que chat, avec ses semblables, mais aussi une histoire particulière qui unit Chi et Yohei, les deux « enfants » qui partagent les mêmes réactions. Et enfin, on suit l'histoire de la famille adoptive de Chi, avec les problèmes du quotidien que l'on résout ensemble, comme la question du déménagement.
  
  
Êtes-vous en charge des bonus que nous retrouvons à la fin des volumes ?
Konami Kanata : C'est une idée qui est venue de mon éditrice.
Stéphane Ferrand :  Ces ateliers de fin sont en effet très appréciables et assez rares dans le monde du manga. Nous avons trouvé qu'ils étaient très bien conçus pour les plus petits, c'est un beau travail d'éditeur !
   
  
Pour conclure, Stéphane Ferrand est revenu sur les prochains rendez-vous qui attendaient l'auteur au Salon du Livre de Montreuil, tandis que nous aurons pu découvrir le premier épisode de la version animée, prochainement diffusée en France.




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j'aurais bien aimé être à la place de STEPHANE FERRAND

Fred

De Fred [4193], le 01 January 2014 à 21h51

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