Mobile Suit Gundam : Reconguista in G - Box Collector Intégrale - Blu-Ray

Review du dvd : Mobile Suit Gundam : Reconguista in G - Box Collector Intégrale - Blu-Ray

Publiée le Lundi, 05 October 2020

Yoshiyuki Tomino, le papa de la saga Gundam, n'avait plus touché à son univers depuis 2002, année de sortie des deux longs-métrages compilant la série Turn A Gundam. Depuis, le visionnaire a tenté de nouveaux projets tels qu'Overman King Gainer, paru en France, mais qui n'ont pas rencontré le succès qu'il aurait souhaité.
Alors, quand le réalisateur annonce travailler de nouveau sur son bébé, en 2011, l'attente des fans était forcément grande. Le projet prend finalement le titre de Gundam : Reconguista in G, une série de 26 épisodes diffusée entre le 2 octobre 2014 et le 26 mars 2015. Diffusée chez nous sur Wakanim à l'époque (la série n'y étant plus disponible aujourd'hui) et même sur la défunte chaîne No Life avant de sortir dans une édition intégrale Blu-ray chez All the Anime en mars 2018, Reconguista in G a reçu un accueil des plus mitigés. Bien qu'il ait été un succès commercial du côté de ventes de Blu-ray au Japon et que ses audiences aient été très correctes étant donnée l'heure de diffusion nocturne, les fans gardent un souvenir amer de cette œuvre, la principale critique étant celle d'une narration plus que délicate à appréhender... Chose sur laquelle nous allons revenir dans la suite de cette chronique.


Pour en revenir aux généralités, G-Reco (diminutif du titre de la série) ne s'est pas réellement terminé avec la diffusion de son dernier épisode. La rumeur quant à un nouveau projet circulait depuis la fin de cette diffusion, et l'information fut confirmée lors de l'été 2019 : Reconguista in G fait alors l'objet d'une recomposition en cinq films cinémas, dont les deux premiers sont déjà parus à ce jour. Un projet autour duquel Yoshiyuki Tomino est revenu dans notre interview, le réalisateur comptant bien exploiter toute sa vision de l'histoire en profitant au maximum des capacités offertes par le remontage cinéma. Mais ça, ce sera une autre histoire et l'affaire de prochaines chroniques.

Gundam : Reconguista in G profite d'un staff technique aussi particulier que remarquable. En observant la fiche technique de la série animée, on peut affirmer qu'il s'agit d'une véritable œuvre d'auteur puisque Yoshiyuki Tomino en assure la réalisation mais a aussi écrit le scénario et le script de A à Z (chose qu'il fit aussi sur le film Mobile Suit Gundam : Char contre-attaque). C'est bien le papa de Gundam qui est aux commandes totales du projet... Ce qui sera une qualité comme un défaut. A ses côtés, Kenichi Yoshida a élaboré le character-design. L'artiste est loin d'être un inconnu, et sa patte artistique est facilement reconnaissable. En un coup d’œil, on peut ainsi reconnaître le style qu'il a apporté aux personnages d'Eureka Seven, sachant qu'il a travaillé en tant que simple animateur sur différents titres tels que Gundam Unicorn, Gunbuster, Cowboy Bebop, et même certains films du studio Ghibli. Enfin, soulignons que la bande-originale a été composée par Yûgo Kanno, musicien à qui nous devons les pistes sonores de Psycho-Pass, Batman Ninja, et un certain Jojo's Bizarre Adventure, les arcs Stardust Crusaders, Diamond is Unbreakable et Golden Wind plus précisément.


Dans le futur : Le Reguild Century

L'Universal Century s'est achevée depuis bien longtemps déjà, et la civilisation est revenue à un état beaucoup moins avancé, dans lequel les technologies sous soumises à un tabou. En l'an 1014 du Reguild Century, un gigantesque ascenseur reliant la Terre à l'Espace permet d'abreuver la planète en énergie, grâce aux batteries à photon. Cette titanesque entité est la Capital Tower, solidement protégée par la Capital Guard, à laquelle appartient le jeune Bellri Zenam, encore en formation. Alors qu'il est en pleine mission dans les hauteurs de la Capital Tower, Bellri et les siens sont attaqués par des pirates utilisant un mobile suit sophistiqué : Le G-Self. Le jeune homme et ses camarades parviennent à capturer l'assaillant, une jeune pilote répondant au nom d'Aida Surugan. Cette dernière cache quelques secrets, et sa capture va mettre le feu aux poudres débouchant sur des hostilités avec les mystérieux pirates mais aussi la Capital Army, armée terrienne luttant contre les tabous au nom du culte du SU-Cordism, prônant la limitation technologique et le salut par le système de la Capital Tower...


Une série complexe à suivre

Gundam : Reconguista in G est un cas particulier, et peut-être l'un des plus spécifiques de la saga à l'heure actuelle. La série fait clairement la fierté de Yoshiyuki Tomino qui ne cache pas son amour pour sa dernière création. Lui qui est largement lassé de la patte qu'il apportait aux séries Gundam d'antan, il s'était orienté vers un style plus atypique à partir de Turn A Gundam, chose qu'il a poursuivi avec Braind Powerd et Overman King Gainer... Des titres qui n'ont pas connu le succès escompté. Mais le créateur n'a pas renoncé à son style actuel, celui qui lui plait. De ses propres mots, Yoshiyuki Tomino a déclaré qu'il n'était jamais parvenu à aborder l'aboutissement qu'il souhaitait au thème de la guerre, maintes fois dépeint dans Gundam et dans ses autres œuvres. Avec Reconguista, il pense avoir touché le point qu'il cherchait. Preuve en est que la série lui est chère : La série fait actuellement l'objet d'une recomposition en cinq films cinéma, un support qu'il cherche actuellement à exploiter le mieux possible. Alors, du haut de ses 78 ans, le fondateur de la plus célèbre saga de SF japonaise cherche à amener l'une des œuvres de sa vie le plus loin possible.

De bien belles intentions donc... Mais le produit se révèle être du pur Tomino, le style du réalisateur ayant effectivement atteint son apogée. Ainsi, Reconguista in G n'est pas une série qui prend son spectateur par la main pour lui expliquer les tenants et les aboutissants de cette nouvelle part de l'univers Gundam, qui est en réalité une lointaine suite aux titres de l'Universal Century (et de Turn A Gundam, série inédite chez nous). Rapidement, nous sommes plongés dans un monde futuriste où la technologie est volontairement bridée, et dans lequel un gigantesque ascenseur orbital ravitaille la planète en énergie photon. Dans ce contexte, un petit groupe de défense auquel appartient le héros, Bellri Zenan, doit faire face à un groupe de pirates qui cherche à prendre le contrôle de la fameuse Capital Tower, à l'aide d'un robot géant aux grandes facultés, le G-Self. Capturée, la pilote de l'engin pense être la seule à pouvoir manier l'arme, mais Bellri en sera lui aussi capable, devenant le pilote attitré de ce G-Self.


A lire ces lignes, l'intrigue de Reconguista in G ne s'avère pas plus complexe que ça. Et, en effet, on parvient à comprendre assez facilement le premier épisode, malgré toutes les facéties typiques du réalisateur. Ce dernier n'explique pas le contexte de sa série et narre directement son histoire, et propose un script dont il est coutumier. Les personnages ne se répondent jamais, chacun étant sur sa propre ligne de discussion, et tout un tas d'informations sont distillées à travers ces dialogues qui sont presque l'univers vecteur du scénario. C'est donc au spectateur d'être attentif, de recouper les informations, et d'être patient pour avoir certaines explications sur les concepts les plus basiques de la série. Seulement, si cette construction du récit fonctionne somme toute assez bien sur le premier épisode, on déchante assez vite. Car rapidement, l'univers prend de plus en plus de consistance, les camps se multiplient, tout un tas de données sont évoquées mais jamais vraiment expliquées, et on peine à comprendre quels sont les tenants et aboutissants de cette ère du Reguild Century. En s'accrochant, on peut toutefois saisir la direction globale de la série, mais rarement ses petites spécificités. La deuxième moitié de la série, qui aurait pu recadrer l'ensemble, ne nous épargne pas vraiment puisque entre des personnages qui agissent de manière incompréhensible, quitte à changer soudainement de camp pour des raisons fallacieuses (un classique de Tomino) et des personnages qui n'expriment jamais clairement leurs intentions, on se retrouve avec un space opéra un peu hasardeux, qui progresse au gré de ses envies sans vraiment nous faire comprendre le fil conducteur de l'ensemble... Ou alors rarement.

Pour faire simple, c'est donc la narration totalement décousue de la série mêlée au script si particulier écrit par le réalisateur qui aboutit à un visionnage assez éprouvant, tant chaque épisode nécessite une concentration de tous les instants. La série ne fut donc pas épargnée dans les critiques. C'est notamment Toshio Okada, l'un des fondateurs de Gainax, qui monta au créneau après quelques épisodes diffusés, pour exprimer son incompréhension totale face à la série. Peu après la fin de la diffusion, Yoshiyuki Tomino a admis ses erreur. Dans une volonté de revenir à un style d'anime de robot un peu vintage, il estime que le scénario s'est perdu au milieu des scènes d'action. Et bien que des efforts aient été faits pour rendre le tout plus digeste à partir de l'épisode 19, cela semblait déjà trop tard. Il y aurait donc beaucoup à dire que la production de la série animée de Reconguista in G et des intentions de son créateur, ce qui pourrait bien faire l'objet d'un dossier ultérieurement.


Quelques éclats d'intérêt ?

A lire ces lignes, peut-être pourrait-on penser que Reconguista in G n'est pas une bonne série, ou du moins que son visionnage n'est pas très agréable. Il est vrai que l'expérience est compliquée puisqu'elle nécessite d'être accrochée, et d'accepter la narration si éclatée de Yoshiyuki Tomino, quitte à comprendre un sens très global du récit au détriment de toutes ses subtilités. Pourtant, G-Reco a ses qualités, ne serait-ce un scénario riche en bonnes idées et en thématiques fortes. La série se veut une sorte d'aboutissement de Gundam (ce qui était aussi l'optique de Turn A, à l'époque), en présentant une humanité revenue à certaines limites, malgré la présence de fortes technologies comme le sont les mobile suit. Rapidement, on cerne tout un univers saisissant, très marqué par une Europe d'antan régie par la religion, et qui blamait la moins différente au nom de ses doctrines. A côté de ça, l'idée d'une humanité scindée distinctement en deux, car partagée entre la Terre et les vestiges des colonies, est totalement dans l'optique de Gundam qui narre, depuis ses débuts, les hostilités entre terriens et spacenoïdes. Difficile alors de dire que nous n'avons pas affaire à du Gundam, puisqu'on sent qu'un point final à toutes ces idées tente d'être apporté au terme de la série. De même, certains personnages sont attachants et leurs parcours intéressants. C'est notamment le cas du fameux "Mask", descendant d'une lignée autrefois opprimée qui cherche à lui faire regagner prestige et dignité, une idée qui résonne énormément avec l'actualité.

Et si un thème est porté à son apogée dans la série, c'est sans doute l'opposition entre la jeunesse et les adultes, et l'idée de laisser le monde entre les mains de la nouvelle génération plutôt qu'il soit régit par des adultes enfermés dans leurs idéaux, parfois néfastes. Les toutes premières œuvres Gundam abordaient déjà cette thématique, mais elle est ici conclue de manière forte, et même dans la violence à travers trois épisodes finaux particulièrement excellents, sans doute parce qu'ils renouent avec un style Gundam plus classiques tandis que leurs enjeux se font plus clairs.

Néanmoins, il faut parvenir à lire entre les ligne et comprendre la série malgré sa narration pour saisir les forces scénaristiques de Reconguista in G. Aussi, un second visionnage sera profitable à l’œuvre pour mieux l'apprécier, même si cela nécessite un courage qu'un spectateur n'aura pas forcément après visionnage du dernier épisode. On espère alors que les cinq films qui recomposent la série permettront une appréciation nouvelle de l'ensemble, et que sa narration sera bien plus claire et perceptible. Car G-Reco a le potentiel pour être une très bonne série Gundam, à condition qu'elle soit mieux racontée.


Une patte graphique léchée


Il y a toutefois un point où la qualité de Reconguista in G est indiscutable : Sa qualité visuelle. Sur 26 épisodes, la série est un spectacle de tous les instants, particulièrement chatoyant grâce au character-design de Kenichi Yoshida, associé à une patte volontairement rétro mais magnifié par une mise en couleur sublime.

Clairement, Yoshiyuki Tomino a cherché un résultat visuel optimal (ce qui rejoint ses propos de l'action au détriment du scénario, et du fait qu'il ait poussé ses équipes à bout). La série donne l'impression d'un travail très manuel et d'effets visuels qui seraient faits main. L'impression durant le visionnage est difficilement descriptible tant l'esthétique est particulière et, disons-le, sublime. G-Reco a clairement son identité visuelle marqué par un univers représenté dans le détail à tous les instants. Les environnements méritent aussi qu'on s'extasie devant eux, tandis que les batailles multiplient les idées en terme de représentation graphique. Certes, cela donne parfois des engins aux capacités démesurées, mais qu'on accepte grâce aux trouvailles visuelles qu'ils constituent. Les derniers épisodes, en particulier, sont des pépites d'inventivité en terme de séquences d'action de robots géants. On comprend alors que l'une des optiques de Reconguista in G aient été le spectacle, et une manière de proposer quelque chose de différents et un peu old-school à l'heure où les ambiances des séries des années 80 à 90 ne sont plus dans l'ère du temps. Les habitués aux anciennes œuvres Gundam retrouveront d'ailleurs cette patte d'antan, dans la représentation des batailles et des tirs d'engins. Alors, si on ne comprend pas tout ce qui est raconté, on se délecte de ce qui est montré.


Autour de l'édition

L'intégrale collector de Gundam : Reconguista in G parue chez All The Anime fait aujourd'hui partie des premiers titres de la licences sortis chez l'éditeur vidéo. La formule du packaging ne déroge pas à la règle des titres Gundam en haute-définition, aussi la box accueille les 26 épisodes divisés sur trois disques, répartis dans deux boitiers amarays classiques. Pas de livret pour accompagner le tout, mais plusieurs cartes illustrées qui ont le mérite de mettre à l'honneur les créations graphiques signées Kenichi Yoshida. Enfin, la box qui accueille le tout est d'une belle rigidité, et reprend l'artwork principal de la série. S'il fallait le préciser, rappelons que la série est proposée en japonais sous-titrée français uniquement.


Conclusion : Un nouvel espoir ?

Gundam : Reconguista in G est une série compliquée à abordée. Elle ne peut en aucun cas être conseillée en tant que porte d'entrée tant son style décousu a de quoi faire fuir, tandis que même les habitués des œuvres de Yoshiyuki Tomino peineront à saisir l'ensemble du titre sur un unique visionnage. Et parce que l'histoire de la production semble chaotique, sans doute que la série n'a pas été racontée comme elle aurait dû l'être. Pourtant, on reconnaît derrière cet ensemble bâtard une digne continuité de l'Universal Century, voire son apogée. Les excellentes idées fourmillent et sont appuyées par une qualité visuelle hors norme, mais le tout est noyé par de gros défauts de narration. On espère alors que les cinq films Reconguista in G corrigeront le tir, afin de nous permettre d'apprécier l’œuvre comme elle le mérite.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

11.5 20


Note de la rédaction





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