Sayonara Football Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 28 June 2016

Critique 1

Nozomi Onda fait partie du club de football masculin de son collège, en tant que remplaçante. Férue de foot depuis son enfant et particulièrement vivace sur le terrain, elle rêve d’intégrer la sélection officielle de l’équipe, au moins pour le premier match du Tournoi des Nouveaux qui opposera différents établissements scolaires. Toutefois, le coach de l’équipe refuse catégoriquement : Nozomi est une fille, et elle ne fait visiblement pas le poids face à des joueurs masculins. Face à cette injustice, la demoiselle est prête à montrer ce qu’elle a dans le ventre afin de jouer coute que coute contre le collège Egami-Nishi, même si la source de sa motivation reste surprenante…

On connaît le talent de Naoshi Arakawa pour Your Lie in April, œuvre bouleversante sur la musique qui a aussi connu une adaptation animée tout aussi réussie. Mais avant cette série, entre 2009 et 2010, le mangaka réalisait Sayonara Football, un diptyque en deux volumes prenant cette fois pour thème la pratique du ballon rond. On pourrait largement saturer de ce sport en ce printemps/été qui nous sert le foot à toutes les sauces à tel point que l’indigestion est là, mais qu’à cela ne tienne, Naoshi Arakawa ne livre pas seulement un manga de sport, ici.

Ce qui est formidable chez Naoshi Arakawa, c’est qu’à partir d’une histoire au sujet bien défini comme la musique ou le football, à dépeindre une véritable toile de thématiques et proposer des récits d’une incroyable richesse. C’était déjà le cas sur Your Lie in April qui n’est pas seulement un manga sur la musique, et le mangaka opérait de la même manière avec Sayonara Football puisque ce simple premier opus fourmillent d’idée, et il n’est pas seulement question de représentation de matchs sur un terrain.
L’histoire de Nozomi est d’abord un prétexte pour parler d’un sujet important dans le football, l’écart entre la pratique masculine et la pratique féminine. En décortiquant une héroïne désireuse d’intégrer l’équipe masculine et se battant d’une certaine manière contre un pan de la société, ce premier tome nous livre une véritable critique des mentalités qui régissent ce sport. La mixité n’est pas de mise et le football masculin est souvent valorisé au nom de capacités physiques, Sayonara Football se présente ainsi comme un véritable message d’espoir voué à prouver que chacun à sa place sur le terrain. Le message trouve une pertinence tant Naoshi Arakawa le décortique avec crédibilité et sincérité et pour cela, il fait intervenir un large panel de personnages, tous attachants, et ayant quelque chose à nous dire que ce soit dans cette thématique ou dans leurs rapports à Nozomi.

Car Sayonara Football est aussi une l’histoire d’adolescents pas tout à fait épanouis, mais vivant leur jeunesse entre passion et sentiments. Ceux que nous étions enfants sont loin des adolescents que nous avons ensuite été et en quelques années, chacun peut changer radicalement. C’est sur cette idée que l’auteur croque une intrigue insufflée de fraîcheur, où les liens entre individus sont forts et sincères et où chaque personnage n’est pas relégué à un rang de caricature, mais bien d’humain qui a quelque chose à montrer dans l’histoire.

L’ambiance de la série, nous la devons aussi au trait du mangaka qui n’a pas tant évolué depuis, si ce n’est le gain en finesse et en détails de son trait. C’est d’autant plus marquant que certains personnages ressemblent à ceux de Your Lie in April et arborent même des mentalités similaires. Les personnages brillent donc de cette belle aura caractéristique de l’auteur, tout en sachant que Naoshi Arakawa a aussi fait un travail réussi sur les séquences de matchs, particulièrement dynamiques et propres, permettant de suivre facilement l’action. Notons d’ailleurs que l’auteur montre ici sa passion du football en faisant notamment référence à quelques joueurs et en traitant les règles avec des termes pertinents. Qu’à cela ne tienne, cela est suffisamment clair en explications pour ne pas perdre les plus néophytes de ce sport.

L’édition de Ki-oon est fidèle à ce qu’a l’habitude de proposer l’éditeur : le tout est tout à fait convainquant, utilisant un papier épais et de qualité, et l’œuvre est portée par la traduction qualitative de Thibaud Desbief.

Loin d’être un simple manga de football, l’œuvre de Naoshi Arakawa se présente comme une œuvre riche et brillante sur ce simple premier tome. Outre les matchs particulièrement vivants, l’auteur explore les thèmes à travers l’aventure de Nozomi où il est question de condition féminine au sein de ce sport, de sentiments, de temps et d’adolescence. L’œuvre a ainsi une ambiance particulièrement proche de Your Lie in April, mais pourvue d’idée différente. Voilà donc un titre qui happe par son aura et qui amène à réfléchir, il est même regrettable qu’il s’achève à son prochain volume.


Critique 2


Nous connaissions jusqu'à présent Naoshi Arakawa en France pour son oeuvre-phare, le magnifique Your lie in april. Mais saviez-vous qu'avant sa passionnée, humaine et poignante tranche de vie musicale, le mangaka s'est essayé au football avec Sayonara ? L'auteur semble d'ailleurs féru de ce sport : rappelons que Ryota dans Your lie in april est capitaine de l'équipe de foot de son collège, et que sa nouvelle série, Sayonara Watashi no Kramer, semble être une suite spirituelle de Sayonara Football.

Comptant deux tomes et conçue en 2009-2010 (ce qui en fait la deuxième série professionnelle d'Arakawa, juste après Tsumetai Kousha no Toki wa Todomaru - inédit en France - et juste avant Your lie in april), Sayonara Football est une série de foot, certes, mais pas une série de foot comme les autres, car elle met en valeur l'aspect féminin de ce sport. Car oui, ces messieurs n'ont pas le monopole du ballon rond, et à l'heure où ceux-ci s'apprêtent à disputer un Euro qu'on nous rabâche à longueur de temps depuis quelques mois (quelle meilleure période pour sortir Sayonara Football en France ?), il y a de quoi regretter que le pendant féminin de ce sport reste encore trop confidentiel alors que les joueuses ont autant de mérite voire plus que leur homologues masculins, notamment en France (rappelons que l'Olympique Lyonnais féminin vient juste de remporter une nouvelle fois la Ligue des Champions).

Sayonara Football, c'est l'histoire de Nozomi, une collégienne de 14 ans qui, depuis toujours, est une passionnée de football, lâchant rarement la balle et s'entraînant constamment à la sueur de son front dans l'espoir d'intégrer la sélection officiel de l'équipe de son collège. Elle dès les premières pages, à force de séduisants dribbles agiles et vifs, la demoiselle nous montre qu'elle en a largement le potentiel.
Mais il y a un gros problème : elle est la seule fille d'une équipe masculine ! Et dans ces conditions, l'entraîneur de l'équipe refuse inlassablement de la laisser jouer, tant pour lui la barrière physique est une barrière infranchissable.
Pourtant, à l'approche d'une compétition, le tournoi des nouveaux, la collégienne se montre plus déterminée que jamais à parvenir à ses fins, car dans l'équipe qu'ils affronteront au premier tour, il y a Yasuaki, alias "Namek", un adolescent qu'elle connaît bien. Autrefois chétif, elle l'emmenait dans ses entraînements complètement fous et lui a tout appris en matière de foot. Mais voila que depuis son déménagement, l'adolescent et devenu bien plus robuste qu'elle, mais prétend en plus pouvoir largement la surpasser sur un terrain...

Dès les premières pages, Arakawa parvient à nous happer sans difficulté aux côtés d'une héroïne exquise. Malgré la présence d'une compagne de choix en la personne de l'assistante Sawa, Nozomi est la seule joueuse de cette équipe masculine où sa simple condition de fille, selon l'entraîneur, l'empêche de jouer les matchs. Mais en plus d'être indéniablement douée et agile dans ses courses, ses dribbles et sa science du jeu, Nozomi est une battante complète : l'entraîneur a beau lui refuser constamment un poste, elle ne lâchera absolument rien, repartira de plus belle sur ses entraînement, et fomentera toutes sortes de plans foireux et donc hilarants pour essayer de faire chanter son entraîneur. Elle est comme ça, Nozomi. Une figure forte, qui en impose vite sous ses allures de frêle demoiselle un peu garçon manqué, 100% naturelle et spontanée au point de paraître parfois un peu idiote... De par sa passion du sport, son énergie débordante, son absence de défaitisme, ses quelques grosses piques de colère, ses petites touches de féminité, et sa façon d'entraîner tout le monde dans son sillage, elle donne l'impression d'être un mix délicieux entre Kaori et Tsubaki de Your lie in april.
Et quand on dit que la jeune fille entraîne tout le monde dans son sillage, ce n'est pas peu dire, car tout autour d'elle c'est une petite galerie de personnages plaisants qui se dessine et ne peut rester insensible à sa volonté et son énergie. Ainsi découvre-t-on en Sawa une jeune fille plus sage mais une précieuse alliée dans les plans foireux, en Tetsugi un capitaine vaillant et charismatique, en Kaoru un beau gosse tombeur qui cache surtout en lui une certaine douleur sentimentale, en Junpei un petit frère talentueux, en "Namek" un ami d'enfance et rival qui s'annonce intéressant, en l'entraîneur un homme qui va certes en voir de toutes les couleurs, mais qui reste perspicace quant aux qualités de Nozomi même s'il ne peut le laisser paraître...
L'intelligence d'Arakawa est de ne pas avoir fait de l'équipe de football où évolue Nozomi une équipe macho, car malgré ce que certains peuvent penser du statut de fille de Nozomi sur un terrain où il n'y aurait que de robustes garçons, aucun d'eux ne s'en prend à elle : tous ont bien conscience qu'elle a des qualités incroyables qu'elle peaufine encore à force d'entraînements épuisants, et tous ont conscience que même si elle ne joue pas les matchs, elle est celle qui les pousse tous en avant.

Tout est donc là pour entretenir durant deux petits tomes un récit au rythme déjà très enlevé, fluide et énergique, où viennent discrètement s'ajouter des aspects tranche de vie et sentimentaux finement présentés. Pour le reste, le trait de Naoshi Arakawa s'avère déjà vif, spontané et séduisant, et on sent que le mangaka aime ce qu'il montre : même si ses moments footballistiques vont vraiment à l'essentiel, on ressent tout le dynamismes des passes, des dribles et autres gestes, le tout étant limpide. A cela, il faut ajouter quelques clins d'oeil purement sportifs à Zico, à Johann Cruyff, aux équipes italiennes ou allemandes par exemple, ainsi que quelques détails stratégiques.

Servi dans une édition impeccable (traduction très vivante de Thibaud Desbief, papier bien épais et assez souple, bonne qualité d'impression...), Sayonara Football nous emballe donc très facilement, porté par une héroïne exquise, qui en veut et en impose dans son genre !

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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