A Silent Voice - Actualité anime

A Silent Voice

Critique de l'anime : A Silent Voice

Publiée le Jeudi, 30 Août 2018

Critique 2


La parution du premier tome de A Silent Voice, en janvier 2015, nous a permis de connaître la touchante série de Yoshitoki Oima, autrice qui continue de nous captiver aujourd'hui avec To Your Eternity. Œuvre traitant du handicap et du harcèlement scolaire, A Silent Voice a vite acquis un statut de titre incontournable, aussi bien chez nous qu'au Japon, au point de donner naissance à un film d'animation par le studio Kyoto Animation en 2016. Annoncé chez Kazé, le long-métrage a pourtant fait l'objet d'une grande arlésienne. La film a énormément tardé à sortir chez nous, pour finalement atteindre quelques cinémas de France grâce au jeune distributeur Arthouse Films. La sortie a bénéficié d'une bonne campagne de communication et même d'un financement participatif, la rendant encore plus attendue.



Pour les lecteurs du manga, l'intrigue reste très fidèle au matériau d'origine. Enfant, Shôya Ishida a persécuté l'une de ses camarades, Shôko Nishimiya, à l'époque nouvelle élève atteinte de surdité mais qui ne demandait qu'à s'intégrer. Contrecoup pour l'écolier : le changement d'établissement de Shôko a retourné la classe contre lui, si bien que sa réputation le suit jusqu'au lycée et lui vaut un isolement total. L'idée du suicide traverse alors l'esprit de Shôya. Mais plutôt que fuir ses fautes passées, ne devrait-il pas se tourner vers l'avenir pour tenter de se racheter ? C'est ce qu'il fait en allant retrouver Shôko, des années plus tard, afin de s'excuser...



Adapter une série de sept tomes en un seul film d'animation constituait un pari audacieux. La lourde tâche de Kyoto Animation était donc de retranscrire l'âme du manga de Yoshitoki Oima en un temps plus limité, sans donner l'impression de pertes pour le récit. Une prise de risque honorée puisque le film A Silent Voice dégage une aura aussi puissante que le manga original, abordant sans tabou des sujets graves qui peuvent aussi trouver leur écho en France. Évidemment, ceux qui ont adoré le manga d'origine regretteront l'absence de certaines scènes, mais l'essentiel est que l'identité du titre demeure intact et que le film véhicule les mêmes messages que le manga original, malgré un tout petit changement sur la manière de conclure ce long-métrage, apportant alors une symbolique un poil différente de celle du titre initial.



Et même sans le comparer au manga, A Silent Voice est un film aussi fort qu'envoutant. Partant d'une situation de harcèlement scolaire montrant Shôya persécuter sa camarade sourde, Shôko, l'histoire se montrait audacieuse, d'un certain point de vue, en se concentrant sur le harceleur plutôt que sur la harcelée. Justement, ce choix est essentiel pour pointer du doigt les actions commises par le protagoniste durant son enfance. Le comportement de Shôya le suit depuis ses années d'écolier, un retour de bâton que le film ne cherche jamais à remettre en question. Au lieu de ça, c'est sur la manière qu'aura le jeune homme de se racheter auprès de Shôko qui sera retranscrite dans le scénario, mais pas que. Car il était essentiel que le film s'intéresse aussi à la jeune fille, celle qu'elle est devenu et quel est son ressenti sur Shôya après toutes ces années. Et là est la force du récit : celle de développer avec subtilité les liens entre les deux personnages, rapports qui évolueront de manière évidente vers une certaine romance, sans jamais renier les maux que ressentent les deux intéressés et la barrière qui peut se dresser entre eux.



Car si du côté de Shôya c'est ses actions en tant qu'ancien harceleur qui forge le récit, la frontière qui peut séparer Shôko du reste du monde constitue l'une des thématiques les plus fortes du film. Derrière une ambiance ampli de douceur, Kyoto Animation a apporté un certain contraste marqué par les troubles ressentis par les personnages principaux. Ceux de Shôko sont beaucoup plus subtils et délicats car ils mettent un certain temps à se dévoiler, amenant même une séquence aussi inattendue que poignante vers la fin du film, montrant que la souffrance de la lycéenne ne se limite pas aux brimades qu'elle a subi durant son enfance.



En parallèle à ça, le film A Silent Voice offre un formidable message optimiste tourné vers l'avenir. Considérant le harcèlement et le handicap comme des réalités, il développe une histoire riche en espoir par ses deux personnages principaux, tout en prenant soin leur attribuer une véritable bande d'amis qui aura une importance clé dans l'intrigue (mais un peu moins que dans le manga). Ce sont tant de figures qui renvoient immédiatement au déclencheur du récit, à savoir le harcèlement dont a souffert Shôko, des profils différents traités, une fois encore, sans tabou : de l'écolière qui détournait le regard à celle qui assume, encore aujourd'hui, ses actions passées sous couvert de haine... Chaque personnage, même secondaire, symbolise quelque chose vis à vis des thématiques du film. Pourtant, ce que l'on retient, grâce à l'évolution de tous ces personnages, c'est la possibilité de se tourner vers un futur meilleur, et qu'une prise de conscience n'est jamais trop tard afin de mieux protéger les générations futures.



Et si le film est à ce point une réussite, c'est parce que la réalisation de Naoko Yamada rend honneur au récit en tout point. Le défi majeur de l'adaptation est en effet honoré, à savoir retranscrire efficacement l'esprit du manga tout en développant une identité qui est propre au long-métrage. Le lien qui le relie au récit d'origine est marqué par la mise en scène, par exemple les croix présentes sur les visages des personnages qui symbolisent le refus de Shôya de se confronter à autrui et d'accepter leurs regards, tandis que la douceur de l'ambiance s'avère propre au long-métrage. Sa manière de faire ressentir la légèreté et les séquences plus dramatiques est parfaitement gérée, on peut alors saluer le compositeur Kensuke Oshio dont la bande-originale apporte beaucoup à l'atmosphère. Le film sait aussi s'entourer d'une dimension assez pop, par des couleurs vives par exemple, ou encore sa phase d'ouverture présentant le jeune Shôya et ses camarades, une bande d'enfants agités comme les autres à première vue, sur fond de « My Generation » par le groupe de rock The Who.



Il y a aussi beaucoup à dire sur toute la distribution du film et le travail d'adaptation effectué. Si attendre si longuement le long-métrage était déplaisant, force est de constater que des efforts ont été faits pour le proposer en salle, le plus largement possible grâce au financement participatif organisé par le distributeur Arthouse Films.

Le film est alors proposé en vostfr comme en vf, et il semble important de parler de ce doublage pour les choix cohérents effectués. Ainsi, le rôle de Shôko n'a pas été confié à n'importe qui : il paraissait évident qu'une comédienne non sourde se plongerait plus difficilement dans le rôle et pourrait provoquer un décalage dans le rendu finale, aussi l'interprétation a été donnée à Mélanie Lemaistre, vidéaste plus connue sous le pseudo Mélaniedeaf sur YouTube. Un choix qui porte ses fruits puisqu'elle parvient à rendre une Shôko extrêmement touchante et convaincante, ce bien qu'elle ne soit pas comédienne de base. A ses côtés, Bastien Bourlé campe un Shôya renfermé et solitaire totalement crédible, là où Nathalie Bienaimé propose une Yuzuru aussi garçon-manqué que dans le manga d'origine. Globalement, tout le casting se fait à son rôle et donne une belle couleur à son personnage. Il n'y a pas d'interprétation à côté de la plaque, au contraire même : Si on a tendance à regretter la présence massive de certains comédiens dans le doublage français d'animation japonaise, ceux présents sur A Silent Voice se font si bien à leurs rôles qu'il est parfois difficile de les reconnaître à la première écoute.



Fable sociale émouvante et dramatique, A Silent Voice constitue une expérience touchante et qui fait honneur au récit de Yoshitoki Oima. Par ses sujets et son ambiance, le film peut être proposé au plus grand nombre, à condition d'apprécier les tranches-de-vie d'environ 120 minutes. Dans tous les cas, il est plutôt difficile de rester indifférent au long-métrage. Deux ans après la fin de la parution du manga chez nous, aux éditions Ki-oon, il donne même envie de redécouvrir le récit d'origine, et de se replonger aux côtés de Shôko, Shôya et les leurs, une nouvelle fois.





Critique 1


Silent Voice
est un film de Kyoto Animation, réalisé par Naoko Yamada (connu pour l'animé K-on!). Il s'agit de l'adaptation du manga éponyme de Yoshitokoi Oima.
Lors de sa publication en France, le manga avait été très bien accueilli et avait même gagné le tournoi shonen sur notre site en 2015 et le concours Mangawa en 2016. 
Pour ceux qui sont passés à côté du phénomène, A silent Voice est l'histoire de Shôya, un lycéen qui semble trainer derrière lui un lourd passé...


Dans la scène introductive, le jeune garçon suit à la lettre les tâches inscrites sur son calendrier à moitié déchiré.
Le 9 avril : quitter son job à mi-temps.
Le 11 : vendre ses affaires. Le 14 : aller à la banque.
Le 15 : dernier jour.
Méticuleusement, au marqueur rouge, le lycéen raye les dates.


Après cette introduction, quelque peu déprimante, la musique qui était sourde se fait plus entrainante et l'opening démarre.
Ce nouveau morceau peut surprendre au départ, car il semble bien loin de l'ambiance qui se dégage d'un anime tel que A silent Voice. Pourtant, « My generation » du groupe britannique The who colle parfaitement.
Nous avons fait un bond dans le passé, et la chanson s'accorde avec la dynamique dans laquelle se trouvait Shôya enfant.




Gamin, Shôya enchaine les 400 coups afin de vaincre l'ennui. Débraillé, souvent trempé pour avoir sauté du haut d'un pont, il relève des défis toujours un peu plus dangereux, mais ce n'est jamais suffisant.
L'opening se termine lorsque le jeune garçon voit son quotidien bouleversé. Lors de son année de CM2, une nouvelle élève apparaît.
Elle s'appelle Shoko et elle est malentendante.
Voilà une belle curiosité pour Shôya qui va trouver en elle un moyen, comme un autre, de s'amuser, mais pas tout seul.
Les 20 minutes qui suivent nous montrent un phénomène très présent au Japon, l'ijime (« intimidation »). Cette séquence est redoutable et criante de réalisme.
On voit des enfants inconscients du mal qu'ils font et sans aucune empathie pour leur souffre-douleur. On voit un professeur, bien trop passif, dont le comportement reflète la réalité. On voit surtout Shoko, qui malgré tout essaie de s'intégrer.
C'est cruel, c'est affreux, et ça nous touche.





Conscient de parler d'un sujet sérieux, conscient de l'immense potentiel émotionnel de A Silent Voice, Naoko Yamada fait le très bon choix de s'intéresser aux retombées psychologiques du harcèlement scolaire dans l'esprit des personnages tout au long du film.
Le scénario est doté d'un caractère sobre et c'est grâce à cette sobriété si bien utilisé que le côté dramatique fonctionne.
Lorsque tout dérape, Shôya est désigné comme seul responsable. Du jour au lendemain, le petit garçon devint alors à son tour le bouc émissaire des autres élèves.
La punition est bien lourde et elle lui suivra des années. Le meneur qu'il était est devenu un lycéen asocial et discret. Mais depuis le départ de la petite handicapée, il a appris le Shuwa (le langage des signes) pour s'excuser auprès d'elle, mais peut-on obtenir le pardon lorsqu'on a été harceleur ?
A Silent Voice est un film d'animation d'une profondeur rare et insoupçonnée ! Poétique, dramatique, mélancolique, ce film nous entraine au croisement entre la haine profonde et l'amitié sincère. Un film humain qui donne à réfléchir avec une intense profondeur à la question de l'amitié !
A silent voice est aussi un manga qui traite de handicap. Et quelle merveilleuse façon de le traiter.



Shoya n'a pas de déficience physique et pourtant il est socialement handicapé. Le film, comme le manga, nous montre sa vision du monde. Les gens abordent tous une croix bleue, cachant leurs yeux. Un moyen très efficace de montrer l'impossibilité de regarder les autres en face. De plus, en se couvrant les oreilles, le jeune homme se rapproche de la condition de Shoko.
Auto-punition ? Surement, car le jeune homme a bien conscience de ses fautes passées.
En retrouvant Shoko, il commence par parler puis il se tait, car « L'Amitié existe au-delà des mots et de la logique ! ».
Dans A silent Voice, la parole est souvent de trop et c'est au travers du « Shuwa » japonais que les personnages expriment le mieux leurs sentiments. Les quelques signes que l'on voit et qui reviennent sans cesse rendent ces séquences poignantes.
Entre Shoya et Shoko nait une relation qui n'a pas besoin des mots pour évoluer. Le film prend son temps pour installer une amitié solide.




Leurs interactions, les plus douces comme les plus violentes, savent nous émouvoir. On se souviendra longtemps de leurs réunions, sur le pont, pour nourrir les carpes. Ensemble, ils forment un duo magnifique et ils arrivent jusqu'au bout à porter ce long-métrage sans avoir besoin de l'aide des personnages secondaires.
Nous en venons ainsi au seul point négatif de ce film. Deux heures, cela peut sembler très long, mais en réalité c'est très court pour englober une série de 7 tomes. Le développement des personnages secondaires en fait ainsi les frais. Contrairement au manga, le film passe sous silence une grande partie des relations entre Shoko et sa mère, ce qui est bien dommage, car cela nous permet pourtant de mieux les comprendre et de mieux appréhender le poids de la culpabilité de Shoko.
De même, Mashiba n'ayant que deux lignes de dialogues, il est difficile de comprendre l'utilité du personnage.
Malgré tout, les personnages arrivent à nous mettre dans tous nos états. Ils nous font passer de la colère à la tristesse, du rire aux larmes ou encore de la compassion à la pitié. On peut les détester un moment avant de les aimer la scène suivante.
Toutefois, le temps reste bien géré et le film suit agréablement le manga jusqu'au point de tension de l'histoire.
Après le chaos sentimental, l'anime commence doucement à se détacher de l'œuvre originale. On ne peut qu'approuver cette prise de risque.
La fin du manga semblait quelque peu bâclée. Dans cette adaptation, le petit groupe se soude de manière plus subtile et bien plus touchante.
A silent Voice est donc une magnifique réalisation, accompagnée d'une bande sonore de qualité et d'une animation à la hauteur de nos attentes.





Ce film a eu la délicatesse de traiter des sujets sérieux et importants avec une grande finesse. Dire qu'il ne parle que de handicap reviendrait à dire que Your Lie In April ne parle que de musique. Quelle erreur.
Ce film aborde bien plus de thèmes que cela. Il traite du pardon, de la tolérance, de la culpabilité, de l'acception de soi, du suicide et de l'anxiété sociale. Cette histoire captivante nous fait réfléchir à la conséquence de nos actes et les blessures que nous pouvons causer.
C'était un pari risqué pour le studio, faire un film plutôt qu'une série, mais le challenge est réussi. L'œuvre d'origine est sublimée et le film se révèle être un véritable bijou qui sait faire écho à nos sentiments.

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