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Dvd Chronique cinéma - Les Enfants du Temps


Samedi, 11 January 2020 - Source :Chronique Anime

Your Name, film hautement apprécié voire acclamé, fut le succès majeur du réalisateur d'animation (et écrivain, puisqu'il novélise lui-même ses œuvres) Makoto Shinkai. Avec plus de 18 millions d'entrées cumulées au Japon, lui valant la place du deuxième film d'animation ayant réalisé le plus d'entrées là-bas, difficile de ne pas avoir en tête cet incroyable engouement lorsqu'on évoque le film, qui a globalement séduit pour son aventure pleine de sentiments, garnie d'une réalisation léchée. Alors, il y avait de quoi attendre avec une certaine curiosité, et même une hâte, la nouvelle production du cinéaste. Intitulé Tenki no Ko, le long-métrage sort le 19 juillet 2019 au Japon. Toujours réalisé au sein du studio CoMix Wave, il sort nationalement chez nous le 8 janvier 2020, après quelques avants-première, dont certaines qui se sont faites en présence de Makoto Shinkai en personne (mais uniquement sur Paris, le reste du pays n'ayant que très rarement droit à ce genre de privilège). Le long-métrage passe par différents noms. De Tenki no Ko, il est annoncé sous le titre international Weathering With You, pour finalement avoir droit à un titre plus français : Les Enfants du Temps. Un choix qui a été l'objet de légers débat puisqu'il pouvait induire le spectateur en erreur. Le « Temps » du titre fait référence à la météo et non à la temporalité, une nuance pas évidente pour celui qui ne s'est que peu renseigné sur la production.

La sortie du film est donc un enjeu : Makoto Shinkai, dont l’œuvre est très respectée en générale, pour ne pas dire acclamée, est-il parvenu à créer un nouveau film à la hauteur de nos attentes ? Et pouvait-il proposer une nouvelle expérience qui ne souffrirait pas de la comparaison avec Your Name ?


Hodaka Morishima, étouffé par la campagne de sa petite île isolée, part en clandestin pour Tokyo, où il espère avoir une vie épanouissante. Sans papiers, il a bien du mal à se débrouiller et à trouver le moindre petit boulot, si bien que son meilleur repas devient un hamburger offert par la jeune serveuse d'un fast-food. Le jeune garçon finit par retrouver la trace de Keisuke Suga, rédacteur en chef d'un groupe de rédaction d'articles de presse peu ordinaire. Hodaka obtient un poste auprès de Keisuke et de sa suppléante, Natsumi.

Tandis que la pluie ne cesse de s'abattre sur Tokyo, un concours de circonstances va mener Hodaka à retrouver la ville qui lui a offert le hamburger : Hina Amano. Cette dernière vit seule avec son petit frère, et elle doit subvenir à ses besoins, ce qui la mena à deux doigts d'accepter un job plutôt louche. Mais Hina a un véritable don : elle est une « fille du soleil », et peut faire se dégager le ciel quand bon lui semble, avec une simple prière. Hina et Hodaka se lancent alors dans un business qui s'appuie sur les pouvoirs de la demoiselle : accepter les demandes de clients qui veulent voir la pluie s'estomper un court instant, moyennant finance. Bien que le binôme trouve une certaine stabilité, tous deux sont en marge de la société, celle des adultes. Pourront-ils vivre ainsi éternellement ? Aussi, le pouvoir de Hina ne cacherait-il pas un secret bien plus grand ?


« Il pleut sur mon cœur comme il pleut sur la ville »

Ce segment du poème de Paul Verlaine condense assez bien les attraits scénaristiques du film Les Enfants du Temps. Une nouvelle fois, Makoto Shinkai s'intéresse à la relation entre deux adolescents, un garçon et une fille, qui vivront une aventure toute particulière, soumise à quelques éléments de fantastique permettant à l'histoire de ne pas s'ancrer dans une tranche de vie totalement rationnelle. Les Enfants du Temps, c'est le récit d'adolescents débrouillards qui vont s’immiscer dans la société de manière partiellement frauduleuse, grâce aux dons incroyables de Hina qui a le pouvoir d'appeler le soleil, une aubaine dans ce Tokyo où la pluie se fait incessante depuis des semaines. Le cinéaste croque alors le parcours de ces deux adolescents, Hina et Hodaka, cherchant à survivre à leur manière, tout en nouant au fil des minutes une relation de plus en plus forte. Sans oublier Nagisa, le petit frère de Hina, qui sera un soutient perpétuel pour les deux jeunes gens. Et outre cette relation, Makoto Shinkai offre un parcourt de jeunes individus poétique à sa manière. Leur nouveau travail se fait simple en apparence, mais est une belle manière de croquer un Tokyo aux environnements multiples, noyé sous une pluie qui déclinera au gré des missions des protagonistes. Un voyage particulier au sein de la métropole nippone en somme, sachant que plusieurs sous-intrigues viendront s'y greffer à tour de rôle, jusqu'à ce que le métrage atteigne un climax fort en émotion, et menant à un final surprenant, audacieux même, loin d'une conclusion banale qu'on pouvait pourtant imaginer lorsque la longue séquence de fin s'amorce.


Conflit générationnel et alerte climatique

Les Enfants du Temps est un film qui a le mérite d'être riche, que ce soit sur sa réalisation ou au niveau des thématiques. D'ici quelques temps, nous reviendrons en détails sur tous ces éléments à travers un dossier, mais il fallait néanmoins aborder quelques thèmes centraux par le biais de cette chronique.

Il se dégage plusieurs grandes idées dans le film, Makoto Shinkai ayant intégré à son récit des sujets qui lui tient à cœur, de son aveu même. L'idée d'une pluie incessante sur Tokyo, en plein été, renvoie forcément à la météo parfois instable, liée au réchauffement climatique. C'est de ce constat que le cinéaste a imaginé le concept du film, tout en reliant scénaristiquement l'idée à certaines croyances afin de créer un mysticisme bienvenue, qui permet une explication aux pouvoirs de Hina tout en créant un enjeu autour du sort de la demoiselle. Et, effectivement, il y a un duel permanent dans le film, une opposition entre l'étrange pluie qui frappe Tokyo, et le climat tel qu'il devrait être selon la saison actuelle. Dans l'évolution du scénario, Makoto Shinkai traite de l'impact de l'humanité sur la nature, à travers le chemin parcouru par Hina et Hodaka. Tous deux ont-ils raison d'interrompre cette pluie violente et incessante ? Ne doivent-ils pas, au contraire, laisser le climat se faire de lui-même, l'Homme devant alors accepter les changements naturels de la planète ?

A côté, le duo aborde un thème autrement sociétal, à savoir l'opposition entre les générations. Hodaka et Hina sont incompris et doivent en permanence se soumettre à l'autorité d'adultes, et de leurs actes rebelles dépendra peut-être le salut de Tokyo.

Tous ces éléments, Makoto Shinkai parvient à les relier particulièrement habilement, à travers un scénario développant ses fragments à très bon rythmer, et les unifiant dans un final alors logique mais pas dénué d'intensité. Et tandis que le long-métrage développe de multiples thématiques, il aborde aussi différentes ambiance, allant de la mission pleine d'euphorie poétique de Hina, Hodaka et Nagisa quand il s'agira de faire s'arrêter la pluie, aux petits élans de tranche de vie aux côtés de personnages comme Keisuke et Natsumi qui développeront leurs propres arcs narratifs, jusqu'à un final semblable à un marathon, une course pour l'amour symbolisant toute la relation centrale du film : Makoto Shinkai assume pleinement cette relation purement adolescente symbolique du premier grand amour, pour lequel on donnerait tout, quitte à aller à l'autre bout du monde.


Un miroir à Your Name ?

Etant donné le succès incroyable de Your Name, le film est désormais indissociable de son réalisateur. Chose dont Makoto Shinkai a conscience, puisqu'il établit des liens directs et indirects avec son long-métrage précédent, dans Les Enfants du Temps. On n'en dira pas plus que quelques liens évidents au sein du film, car il y en a, tandis que d'autres devront être observés plus attentivement (chose sur laquelle le cinéaste est revenue lors des questions/réponses de l'avant-première au Grand Rex).

Et au delà de ces liens scénaristiques, c'est la construction du présent film qui soulève un rapport intéressant entre Makoto Shinkai et Your Name. Ce dernier a conscience du succès qu'il a engendré, et fait mine de rester dans son ombre pour finalement proposer une véritable alternative à travers Les Enfants du Temps. Sans trop en dire sur le scénario, ou du moins sur le schéma scénaristique, l'agencement de l'histoire rappelle à plusieurs reprises celle du film précédent. Le rythme aussi, car un événement important frappera l'intrigue tout comme le spectateur assistait au twist de la météorite dans Your Name. La fin aussi sera une course, une course à la fois pour l'amour et des enjeux humains, mais traitée de manière opposée. Le cinéaste de n'en cache pas, le parti-pris opposé est totalement volontaire, chose aussi symbolisée par le final osé, et totalement en accord avec le discours écologique développé dans le métrage. Certes, on pourrait trouver dans Les Enfants du Temps une formule qu'on connait déjà. Mais le fond, lui, présente avec de belles subtilités une orientation à l'opposée de Your Name. Les deux films ne sont ni plus ni moins que les deux faces d'une même pièce : Ils peuvent donner l'impression de productions similaire, mais ce qu'elles montrent se révèlent totalement différent l'une de l'autre.


Une réalisation majestueuse

Enfin, comment ne pas évoquer tout l'aspect technique du film ? Nous parlions plus tôt d'une sorte de voyage poétique dans un Tokyo montrant sous différentes facettes. Ce n'est pas un secret, les films de Makoto Shinkai sont dotés d'une puissance visuelle incroyable dans la représentation des environnements, qu'il s'agisse des contrées rurales ou des environnements urbains. Avec Les Enfants du Temps, c'est évidemment sur la métropole tokyoïte que le film se concentre, une manière pour Makoto Shinkai de présenter la capitale du Japon sous des angles différents, sombres quand elle est noyée par la pluie, et idylliques quand elle est baignée du soleil invoqué par Hina. Des ambitions contemplatives que le groupe RADWIMPS, qui a déjà officié sur Your Name, a une nouvelle fois compris. Car au delà de la beauté des plans, c'est une fois encore l'harmonie entre le son et l'image qui fait des merveilles. Il faut dire que le groupe musical a noué une relation très amical avec Makoto Shinkai, et on ne peut guère imaginer mieux pour transposer la vision du cinéaste en sonorités. L'aventure se fait alors majestueuse, enrobée de sentiments forts tant dans les compositions instrumentales que lors des pistes chantées qui retranscrivent toute la sincérité des émotions des personnages. C'est un rendu maîtrisé qui garantit une expérience purement émotionnelle, qu'on ne peut pas totalement expliquer par des mots, mais qui fonctionne à plusieurs reprises au sein du film. Et peut-être même davantage encore que dans Your Name.


Une version française rayonnante

Dès sa sortie, ciblage grand public oblige, le film est proposé en version originale sous-titrée ainsi qu'en version française. Gabriel Bismuth-Bienaimé et Maryne Bertieaux interprètent les têtes d'affiche que sont Hodaka et Hina. Tous deux ne sont pas forcément des habitués de l'animation japonaise (bien que Maryne Bertieaux ait été entendue sur des rôles importants comme Mary dans Mary et la fleur de la sorcière), donnant d'abord l'impression d'une certaine fraîcheur dans le casting. Et au delà de ça, tous deux se sont parfaitement imprégnés de leurs personnages, livrant alors une jolie alchimie qui fonctionne totalement dans le doublage français.

A leurs côtés, signalons Jérôme Pauwels (qui, rappelons le, a interprété un Jean-Pierre Polnareff d'anthologie dans les OVA Jojo's Bizarre Adventure) et Zina Khakhoulia dans les rôles de Keisuke et Natsumi, tous deux donnant une belle couleur à leurs personnages. Jérôme Pauwels rend particulièrement bien un Keisuke cynique mais aussi désabusé par instants, tandis que Zina Khakhoulia campe une Natsumi débordante d'énergie et de positivité, soit tout ce qu'est le personnage.

Sans revenir sur chaque rôle, au cas par cas, c'est donc un bien beau casting, impliqué et sincère, que l'on ressent dans la version française. Le doublage n'enlève rien à l'impact émotionnel du film, bien au contraire même, et n'a pas de quoi effrayer ceux qui ont quelques idées reçues sur la pratique.


En conclusion : le beau temps malgré la pluie

Après le très joli Your Name, sans oublier les productions telles que 5cm per second et La Tour au delà des Nuages, Makoto Shinkai signe un nouveau film adapté au grand public, et riche par une multitude d'aspect. Voyage fantastique impactant émotionnellement et aux côtés de personnages attachants, réalisation sublimée par une bande-son d'une grande cohérence artistique, pour un récit garni de thèmes forts et qui s'assume, d'une certaine manière, comme un miroir au film précédent, Les Enfants du Temps est indéniablement un très bon film, qui fonctionnera énormément au ressenti. La formule proposée par le cinéaste fonctionne, et elle piquera très certainement mieux certains spectateurs que d'autres, mais l'oeuvre a de quoi satisfaire le plus grand nombre grâce à toute sa densité. Un film grand public donc, mais doté d'une volonté d'auteur et d'une ambition artistique assurée.
L'avis du chroniqueur
Takato

Samedi, 11 January 2020
17 20




Comments

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Toutes les réalisations de Makoto Shinkai sont excellentes, celle ci ne déroge pas a la regle.

Beaucoup démotions devant la dertermination d'Hodaka. De belles musiques. Palette graphique magnifique.

Your name. reste a mes yeux mon favoris loin devant tous les autres mais c'est un bonheur de retrouver Makoto Shinkai avec les enfants du temps. 

akiko

De akiko [5119], le 14 January 2020 à 09h47

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