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Manga Rencontre avec Go Nagai


Mercredi, 15 May 2013 - Source :MAGS

Au début du mois de mars, le Monaco Anime Game Show s'offrait pour sa toute première édition la venue d'un des plus grands noms du manga, à qui la France doit beaucoup. Pour ceux qui n'auraient pas encore suivi, il s'agit bien entendu du Gô Nagai ! Au lendemain d'une conférence publique (cf notre compte-rendu) où l'auteur est revenu sur toutes ses œuvres, Devilman et Mazinger Z en tête, nous avons eu le privilège de rencontrer l'auteur pour un entretien en tête-à-tête... Mais notre stress est vite retombé face à la sympathie et l'humilité de l'auteur, malgré son impressionnante carrière !
       
  
   
Manga-News : Bonjour M. Nagai et merci de nous accorder cet entretien. L'un de vos premiers contacts avec le monde du manga s'est effectué au travers de la série Lost World d'Osamu Tezuka. Qu'est-ce qui vous a plu particulièrement dans cette histoire et qui vous a convaincu d'aller vers le manga ?
Go Nagai : J'ai lu cette histoire à l'âge de quatre ans. Je trouvais les dessins très mignons, et je me suis vite attaché aux personnages. Mais j'ai surtout été attiré par les thématiques de cette histoire : les voyages dans l'espace, les créatures du "Monde Perdu", mais aussi les notions de rêve, de recherche... Ce mélange m'a vraiment marqué.
    
Vous avez commencé en tant qu'assistant de Shotarô Ishinomori. Que retenez-vous de ces années-là ?
J'ai réalisé que le milieu du manga professionnel était très dur, et qu'il fallait vraiment être très fort physiquement et psychologiquement pour lui résister ! J'ai alors pensé que je ne serais jamais capable de suivre ce rythme et d'accéder à mon but, celui de devenir mangaka à mon tour...
   
   
         
     
 
Qu'est-ce qui vous a rassuré, au fil des années ?
En fait, je n'ai jamais été rassuré ! (rires
Mais c'est cette angoisse constante qui m'a poussé à toujours fait de mon mieux. Une fois lancé sur une planche, je n'ai plus d'autres choix que de donner le meilleur de moi-même.
     
 
En 1968, vous avez participé au lancement du célèbre magazine Shonen Jump, avec la série Harenchi Gakuen. Vous souvenez-vous de l'ambiance qui régnait à cette époque ? Retenez-vous des anecdotes en particulier ?
Oui, je m'en souviens très bien. Cette nouvelle revue avait pour ambition de réunir de jeunes mangakas, car les auteurs confirmés restaient attachés à leurs magazines. Je fus alors entouré d'une équipe qui avait globalement le même âge que moi, ce qui créait une ambiance très sympathique d'entraide et d'encouragement mutuel.
       
    
       
1972 est une année fondamentale dans votre carrière avec l'arrivée de Devilman, qui aborde des thèmes plutôt sombres et matures. Quel message vouliez-vous faire passer au travers de cette série ?
Au départ, lorsque j'ai créé le personnage de Devilman, je n'avais pas de messages particulier en tête, je voulais juste mettre en scène un démon. Mais au fil du récit, la violence que j'y ai présentée m'est apparue comme une métaphore de la guerre, par le prisme du fantastique. On peut aussi voir une forme de passion, d'amour même, entre les personnages, avec en permanence l'imminence d'une conclusion tragique où tout le monde mourra. C'était pour moi une manière de dire qu'à la guerre, il n'y a ni vainqueur ni victoire, uniquement des pertes humaines.
      
    
        
        
Parlons à présent de Mazinger Z, survenu quelques mois plus tard, et dont vous avez évoqué les origines lors de votre conférence. Mais, outre le principe du robot piloté de l'intérieur, la série a aussi popularisé un autre concept : celui des attaques lancées en clamant haut et fort leurs noms. D'où vous est venu cette idée ?
(Hésite)... J'avoue n'y avoir jamais réfléchi profondément ! (rires)
Comme je m'adressais à un public adulte avec Devilman, j'ai voulu revenir à quelque chose de plus "enfantin" en jouant avec les robots. Tout petit déjà, je m'amusais à façonner des robots et des créatures avec de la pâte à modeler, et je les faisais se battre entre eux. Et déjà cette époque, je criais le nom de leurs attaques tout en les manipulant ! Cette idée m'a tout simplement suivie jusqu'à Mazinger Z.
     
 
En France, Goldorak, alias U.F.O. Robot Grendizer, suite de Mazinger Z, est devenu un véritable phénomène au milieu des années 1970, au point que l'on parle même d'une "Génération Goldorak".  Que ressentez-vous, lorsque vous réalisez que vous êtes l'initiateur de la grande vague du manga en France ? 
C'est un véritable honneur, qui me remplit de joie. Grendizer avait sans doute quelque chose d'inédit qui a touché le cœur des enfants français de cette époque, et le succès de cette série a été beaucoup plus important qu'au Japon. C'est sans doute pour ça qu'aujourd'hui, je me sens aussi proche des français.
     
 
Des séries de robot d'un côté, des démons de l'autre, sans parler d'autres thèmes annexes... A cette époque, comment vous retrouviez-vous dans toutes vos histoires ?
Dans ma tête, c'est comme si mon cerveau était un téléviseur et que je "changeais de chaîne" ! (rires) En faisant cette distinction mentale, j'ai toujours pu travailler en parallèle sans que cela ne génère de problèmes. 
    
      
      
       
Dans votre conférence, vous avez parlé du fait que vos sagas continuent grâce à d'autres auteurs. Quelque part, n'avez-vous pas peur que vos héros finissent par vous échapper ? Quel regard portez-vous sur ces nouveaux travaux ? Seriez-vous parti dans les mêmes directions ?
Je ne me fais aucun souci , car les histoires que j'ai réalisées restent immuables, et leurs suites s'inscrivent dans un vrai processus de création à part, et non de réadaptation. 
Alors oui, sur bien des points, je n'aurais pas raconté les mêmes histoires, ou d'une manière bien différente. Mais il est très intéressant de suivre cette réappropriation, cette réinterprétation par les jeunes générations, dont les modes de pensée ont bien évolué.
       
 
De nombreux auteurs des générations suivantes vous ont pris pour modèle. Vous-même, jetez-vous un œil aux séries actuelles ? Si oui, quels titres retiennent votre attention ? 
Oui, je lis encore beaucoup de magazines et de séries, et il y a tellement d'œuvres qui m'intéressent qu'il me faudrait des heures pour en faire le tour. Je fais également partie du jury du Prix Tezuka (et autrefois du Prix Media Geijitsusai), et lorsque arrive la saison de la sélection des lauréats, je reçois chez moi des dizaines de cartons de nouveautés ! (rires)
     
 
Plus généralement, que pensez-vous de l'évolution du manga ?
Le manga, dans sa nature de média, est très facile à comprendre : certains n'y trouveront qu'un simple divertissement en surface, d'autres iront s'y pencher plus profondément. Par cette diversité, il est devenu aujourd'hui accessible au plus grand nombre, indépendamment de l'âge, de nos attentes, mais aussi de nos différences culturelles. C'est pour ça qu'à mon avis, il peut s'exporter aussi facilement et toucher de manière aussi universelle, dans le monde entier.
       
 
En France, nous avons récemment appris que la série animée Goldorak allait être de nouveau disponible par le biais d'une réédition en DVD chez AB, tout comme d'autres séries chez Black Box (Mazinkaiser, Demon Prince Enma,...). En revanche, vos mangas ne sont plus disponibles depuis quelques années dans leur version "papier". Est-ce quelque chose qui vous inquiète ? Avez-vous certaines pistes concernant un retour de vos œuvres en France en format papier ? 
J'aimerais en effet que mes mangas refassent surface en France, et je reste ouvert à toutes propositions venant du monde éditorial français. D'ailleurs, si vous avez vous-même des idées, je suis preneur ! (rires)
    
    
       
 
Au cours de votre carrière, vous avez bien sur mis en scènes des univers fantastiques et robotiques, mais aussi des séries historiques, des comédies légères aux héroïnes sexy... Après toutes ces années, vous reste-t-il des domaines à explorer ?
Oui, j'ai envie d'écrire sur tous les domaines qu'il m'est possible d'explorer ! J'ai notamment envie d'aller plus profondément dans le domaine de l'Histoire, et pourquoi pas de parler de Mythologie...
      
 
Merci beaucoup !
  
   
Remerciements à Go Nagai, à son interprète, ainsi qu'aux équipes de Toei Animation et TGS Evenements.




Comments

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J'adorerais voir Devilman Lady publié en France, mais je sais que ça n'arrivera jamais...

Onyxia

De Onyxia [59], le 21 May 2013 à 20h14

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Tout le monde lui a fait des offres mais il les refuse toute donc c'est sur ça fait sourir de lire sa réponse D'ailleurs, si vous avez vous-même des idées, je suis preneur ! (rires)

 

 

luluberlu

De luluberlu, le 16 May 2013 à 10h00

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Go Nagai à fait tellement de mangas qu'il faudrait je ne sais combiens de décennies pour tout publier en france.

Mais pour moi si je ne devais ne choisir qu'un titre ou la priorité de toutes les priorités,ce serait le titre Violence Jack

Une sorte de Ken le Survivant avant l'heure.

En beaucoup plus vicieux et violent.

à 29 ans,J'espère que je verrais ce titre édité un jour en français avant ma mort...

Frédéric62

De Frédéric62, le 16 May 2013 à 06h01

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Interview plaisante à lire :) Moi aussi j'aimerai bien revoir les versions papier de ses oeuvres chez nous, maintenant que le message est lancé à vous de jouer les éditeurs.

tsubasadow

De tsubasadow [3739], le 15 May 2013 à 23h46

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ça fait plaisir de voir que Mr Nagai continue à lire des manga et des magazines de prépublication en tout cas ses propos transpirent (j'ai pas trouvé d'autre mot) la passion.

gantzer

De gantzer [284], le 15 May 2013 à 22h13

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Merci pour cette interview qui est comme d'habitude, plaisante à lire et de qualité ! :)

kowazoe

De kowazoe [918], le 15 May 2013 à 21h57

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