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Perfect Blue - Collector

Critique du dvd : Perfect Blue - Collector

Publiée le Vendredi, 09 Juin 2017

Voici déjà presque sept années que Satoshi Kon s'en est allé, des suites d'un cancer du pancréas, mais son oeuvre perdure. Après avoir offert quelques pépites en mangas (quasiment tous sortis en France) celui qui fut un assistant de Katsuhiro Otomo sur Akira ne s'est ensuite pas écarté de son mentor, travaillant avec lui dans l'animation sur Roujin Z en tant qu'animateur-clé et en charge du design, ou sur le segment "Magnetic Rose " de Memories où il a signé le script et la composition.


Parallèlement à ces travaux, ses premiers pas dans l'animation se sont aussi faits sur certains épisodes des OAV Jojo's Bizarre Adventure (notamment l'épisode 5 qu'il a réalisé), Master Keaton en tant qu'animateur-clé pour un épisode, ou Jin-Roh où il a donné un coup demain sans être crédité. Par la suite, avant d'être emporté par la maladie dans la force de l'âge, il s'est taillé une réputation de nouveau grand talent de l'animation japonaise avec la série Paranoia Agent et une poignée de film tous devenus cultes : Paprika, Tokyo Godfathers, Millennium Actress... et sa toute première réalisation en long-métrage, le thriller Perfect Blue, qui fête sept années ses 20 ans d'existence.
L'occasion était donc idéale pour que Kazé nous amène une édition DVD/Blu-ray remasterisée collector, 14 ans après la première édition DVD de HK Vidéo qui était devenue quasiment introuvable à pris décent.



Basé sur un roman de Yoshikazu Takeuchi écrit en 1991, Perfect Blue est une réalisation pour laquelle Kon a su bien s'entourer. Première collaboration de l'artiste avec le prestigieux studio Madhouse, l'oeuvre se base sur une idée de Hisashi Eguchi, qui avait déjà travaillé avec lui sur Roujin Z, et qui a aussi signé ici le character design original. Au chara design et à la direction de l'animation, le réalisateur a pu compter sur l'expérimenté Hideki Hamasu, une connaissance qu'il a aussi côtoyé sur Magnetic Rose ou Jojo.



Initialement prévu pour être un OAV avant que le projet ne dévie vers le format film, Perfect Blue a sans doute gagné ses lettres de noblesse sur le tard en Occident, en dehors d'une niche de fans connaisseurs. C'est au fil des années que l'oeuvre a gagné un statut d'incontournable, en s'ancrant dans un style de thriller psychologique malsain et tourmenté qui a ensuite séduit certains noms du cinéma bien connus et qui ont longtemps revendiqué son influencé. En tête de ceux-ci, on trouve bien sûr Daren Aronofsky, qui n'a jamais caché sa fascination pour Perfect Blue, au point que son film Black Swan avec Natalie Portman s'en inspire beaucoup, ne serait-ce que dans la manière de se focaliser sur l'héroïne et de brouiller les pistes entre réel et hallucinations, le tout sur fond de schizophrénie.



Perfect Blue conte la descente aux enfers de Mima, jeune idol du trio musical Cham, qui connaît son petit succès et a ses fans fidèles. Le film commence alors que la jeune femme, sous l'impulsion de son producteur et malgré les réticences de son agente, dit adieu à cet univers musical pour tenter de se lancer dans une carrière d'actrice. Après un premier tout petit rôle dans une série policière qui semble encourageant, ses travaux suivants ne semblent pas permettre de la faire décoller, si bien qu'elle retombe petit à petit dans l'anonymat (au bout d'un moment, on ne la reconnaît même plus dans la rue). Tandis qu'elle accepte des propositions de projets plus sulfureux, le souvenir de sa vie colorée d'idol semble lui revenir en tête... et elle n'est pas la seule à encore y penser. Car dans l'ombre, un fan hardcore de la Mima idol la stalker, la guette jour après jour, semble dévoiler sa vie sur internet et menacer ses proches. Alors que Mima vacille et se perd dans sa carrière au point de se voir en idol dans des hallucinations, des meurtres particulièrement violents commencent à avoir lieu dans son entourage... Est-ce l'oeuvre de son plus grand fan "Mima-niac", ou la sombre vérité est-elle à cherche ailleurs ?



Si, aujourd'hui, le scénario de Perfect Blue n'a plus forcément le même parfum d'originalité, l'oeuvre reste néanmoins de celles qui, après Akira ou Ghost in the Shell, ont apporté à l'animation japonaise une toute nouvelle maturité. Perturbant, porté par des excès de violence dans les moments de meurtre, et déconseillé aux moins de 12 ans, le film a pour lui un récit immersif qui ne laisse rien au hasard. Jeune starlette peut-être un peu trop fragile, Mima, malgré son statut d'idol au début du film, ne se considère jamais comme une star intouchable, et devient alors le jouet de son producteur, pour qui elle accepte de se lancer avec abnégation dans une carrière d'actrice dont elle ne sait pas du tout où ça la mènera. Dans son parcours, où elle se retrouve dans des projets douteux (scène de viol en groupe dans un film, photos érotiques...) en espérant voir sa carrière redécoller, on peut dénicher un certain portrait critique des dérives du show business et de la starification nippone, qui ne fait pas de cadeaux et où l'on peut vite retomber. Les portraits de problèmes sociétaux acerbes ne manqueront ensuite pas dans la carrière de Kon, ne serait-ce que dans sa série Paranoia Agent. Mais le plus grand génie du film provient peut-être bien de sa façon de se concentrer entièrement sur Mima. C'est à travers elle que nous percevons quasiment tout, comme une sorte de réalité subjective, de réalité que nous vivons de son propre point de vue. La caméra la suit quasiment toujours, très rares sont les passages de plus de quelques dizaines de secondes où on ne la voit pas. Mais sa réalité, celle qu'elle perçoit à sa manière, n'est pas forcément LA réalité, et à partir de là le scénario ne cessera de brouiller les pistes entre le réel et l'imaginaire, entre ce qui est vrai et les hallucinations. Sur ce point, Satoshi Kon n'a pas caché l'influence de David Lynch, réalisateur qu'il aimait beaucoup. Et cette thématique de frontière du réel se retrouvera ensuite dans ses autres oeuvres, que ce soit via le rêve (Paprika) ou la schizophrénie (Paranoia Agent) pour ne donner que quelques exemples.



En somme, en se focalisant sur Mima, Satoshi Kon perd volontairement son spectateur, qui doit tenter de faire la part entre ce qui est réel et ce qui n'est qu'illusion. Et en cela, sa réalisation s'avère excellente en faisant attention à nombre de détails, et en distillant nombre de petits indices invitant à revoir le métrage afin d'essayer de comprendre tout. Avec sa "caméra" focalisée sur son héroïne, Kon affiche réellement un don pour nous faire ressentir sa chute et sa perte de repères. Pour cela, il y a des symboles, comme la lumière aveuglante (lumière des projecteurs pendant sa scène dans la série policière ou la scène de viol, lumière des phares d'un camion...) qui semble inconsciemment la rappeler vers les projecteurs de sa carrière d'idol, ou les vitres dans lesquelles elle voit de plus en plus fortement se refléter son double, avant que celui-ci ne finisse par "sortir" de ces vitres.



Tout au long du film, c'est une ambiance pesante et malsaine qui domine, et Kon l'installe efficacement dès la première scène : alors que l'ultime chanson joyeuse de Mima démarre dans son concert, celle-ci s'arrête brutalement au bout de quelques secondes, comme pour nous faire comprendre d'emblée le chemin sombre que va suivre le récit.
Soigné bien que souffrant de quelques inégalités, mâture et ayant clairement une influence d'Otomo, le design des personnages s'offre quelques excès visant à renforcer l'angoisse que peuvent procurer certaines silhouettes, ici on pense bien sûr à la dégaine particulièrement malsaine du fan stalker de Mima.
Ancrés dans un cadre urbain se voulant très réaliste, les décors participent beaucoup à l'atmosphère, de par leur aspect souvent fixe (hormis quelques détails comme un train passe en fond) et leurs couleurs volontairement ternes. Le seul lieu plus coloré n'est autre que la chambre de Mima, son petit espace rien qu'à elle avec ses poissons, car il s'agit en quelque sorte de son seul véritable refuge dans un univers impitoyable et oppressant. Du moins, pendant la première partie du film...



Entre Masahiro Ikumi aux musiques et Masafumi Mima à la production du son (L'Attaque des Titans, FMA, Arjuna, Macross Frontier, Gundam 00... et énormément d'autres travaux), l'impact musical est particulièrement soigné. Entre la chanson pop du début qui revient parfois comme un souvenir de la vie d'idol de Mima, les sonorités glauques de certaines musiques dans les moments de meurtre, ou certains silences pesants, la sonorité possède bien son rôle dans l'immersion du spectateur.
En ce qui concerne le doublage, qu'il soit japonais ou français, tout repose avant tout sur la voix de Mima, et de ce côté-là les deux versions sont d'excellente facture.



Connue pour de nombreux rôles (Tomoyo dans Card Captor Sakura, Hikari Evangelion2.0, Zoldyck dans Hunter x Hunter...) Junko Iwao, seiyû japonaise de Mima, offre peut-être l'une de ses plus brillantes performances en campant à merveille les différentes facettes de Mima.
Du côté du doublage français, le rôle de Mima a été assuré par un grand nom du : Marie-Eugénie Maréchal. Ayant aussi interprété Kei dans Jin-Roh ou Shun dans la Colline aux coquelicots côté animation japonaise, elle est surtout connue pour de nombreux rôles dans des séries TV et films, et pour être régulièrement la voix française de l'actrice Kirsten Dunst. Ici, elle offre une performance très impliquée et immersive.
Les seconds rôles font également bien leur travail, même si certaines sonorités sonnent parfois avec moins de conviction du côté de la version française.



Au final, après 20 ans, il était sans doute temps qu'une imposante édition collector rende honneur au film, et Kazé ne s'y est pas trompé en proposant un coffret collector au format A4 qui a vraiment de la gueule, et cela dès sa présentation. Conçu en carton solide, le coffret est protégé par un fourreau en plastique partiellement transparent, où s'affiche la Mima idol en train de s'émietter comme un puzzle pour laisser place, dès que le fourreau est retiré, à l'autre Mima, mise à nu (dans tous les sens du terme). Le procédé est excellent et témoigne déjà de toute l'implication de l'éditeur.



A l'intérieur, on trouve évidemment le film en DVD et Blu-ray, ainsi que le storyboard de presque 200 pages et un artbook de 66 pages, le tout aussi en format A4, mais avec couvertures souples. Incluant les scènes coupées, le storyboard est un plaisir à parcourir pour quiconque s'intéresse de près au travail de mise en scène. Quant à l'artbook, il regroupe de nombreuses illustrations couleurs (de cartes à collection, de jaquettes de DVD, de calendriers...), des artworks (personnages, décors, scènes) passionnants à scruter, et la très intéressante (car riche en anecdotes) traduction française d'un document préparatoire d'une interview croisée entre Satoshi Kon et l'actrice Runa Nagai, interview qui fut proposée sur la première édition limitée japonaise DVD & Blu-ray du film. On y regrettera simplement la biographie beaucoup trop succincte de Kon, puisqu'elle ne fait que quelques mots.



Sur les disques, on découvre quelques bonus vidéo très intéressants eux aussi : un entretien avec Satoshi Kon de 11 minutes, un autre avec Junko Iwao de 5 minutes 40, le trailer japonais, et l'enregistrement de la chanson "Angel of the Heart". En dehors des bonus, on a en guise de pistes audio le japonais (2.0 ou 5.1) et le français (5.1) , et le rendu est très immersif et ne souffre d'aucun gros défaut. L'image, bien que remasterisée, conserve malheureusement quelques problèmes, notamment du grain.
Le petit point noir vient surtout du présentoir contenant les deux disques, lui aussi en format A4, et d'apparence assez fragile même s'il est lui aussi joliment illustré.
Facilement trouvable à moins de 40€, cette édition, de par son contenu et sa fabrication globalement riches et soignés, vaut sans problème ce prix.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.5 20


Note de la rédaction





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