Montagnes hallucinées (les) - Actualité manga

Montagnes hallucinées (les)

Critique de la série manga

Publiée le Mardi, 12 Mars 2019

Parmi tous les grands noms de la littérature moderne, celui de H.P.Lovecraft a une résonance toute particulière. Un nom particulièrement connu et teinté d'une aura atypique, y compris par ceux qui n'ont jamais parcouru un seul de ses écrits. L'auteur a une très grande influence sur la culture populaire actuelle, du cinéma au jeu-vidéo en passant par bien d'autres médias, aussi l'idée de voir ses œuvres adaptées en manga n'a rien de si étonnant, finalement.
Connu chez nous pour quelques titres comme The Outsider aux éditions Glénat (paru chez nous en 2009), Mr. Nobody chez Doki-Doki (paru chez nous en 2015) et Kasane aux éditions Kana (publié chez nous en 2010), l'auteur Gô Tanabe s'est attaqué, depuis quelques temps, aux récits mythiques de Lovecraft. Il débuta en 2014 avec Le Molosse (ou The Hound), et continue actuellement avec une adaptation de Dans l'Abîme du Temps (The Shadow Out of Time en langue originale). Chez nous, ce sont les éditions Ki-oon qui s'intéressent à ces adaptations, dans un premier temps avec Les Montagnes Hallucinées, titre paru au Japon entre 2017 et 2017 dans les pages du Comic Beam des éditions Enterbrain, et terminé en quatre tomes. Afin de rendre hommage à l'un des plus grands auteurs de fantastique et de science-fiction, Ki-oon condense l'intégralité de la série en deux épais pavés, dont la particularité visuelle la plus évidente est son édition luxueuse...



En 1931, une ambitieuse expédition projette de découvrir les secrets de l'Antarctique, terre encore méconnue. Sur place, l'équipe du Professeur Lake fait d'étonnantes découvertes, et se risque sans plus attendre les profondeur de la région désertique de glace. Suite à de nouvelles trouvailles incroyables, notamment celle d'une étrange forme de vie, l'équipe du Pr. Lake ne donne plus signe de vie. Le reste de l'expédition, menée par le Pr. Dyer, se lance sur les traces de ses camarades... mais ne découvrent qu'un campement saccagé, et des corps mystérieusement mutilés. Qu'a-t-il bien pu se produire ? C'est en partant au-delà de ces mystérieux monts obscurs que le Pr. Dyer trouvera ses réponses...

Avant d'ouvrir les pages du manga Les Montagnes Hallucinées, il est légitime de se demander si un non-initié à Lovecraft peut s'attaquer à cette lecture. La réponse, assez évidente dans le sens où les éditions Ki-oon n'auraient sans doute pas publié un ouvrage s'adressant à un lectorat restreint, est « oui » (preuve en est votre serviteur qui n'a jamais ouvert un des récits de l'auteur). Le récit de Gô Tanabe, adaptant une nouvelle de Lovecraft, conte un périple qui se suffit à lui-même tant dans son scénario que dans ses explications. Il ne fait nuls doutes que des corrélations avec les autres écrits de Lovecraft (qui sont sans doute présentes dans les autres adaptations manga de ses œuvres) existent. Mais dans le cas des Montagnes Hallucinées, pas d'exigence précise, la seule contrainte demandée au lecteur étant peut-être son envie de voyage, de dépaysement, de frissons et de grandiloquence...



Car dans la forme, Les Montagnes Hallucinées, récit en deux tomes chez nous, se présente comme un voyage en Antarctique, qui aboutira à des découvertes dépassant purement notre imagination. Le récit évolue alors en deux temps, chaque tome apportant sa propre ambiance, le découpage français ayant ainsi du sens. Le premier opus s'intéresse au voyage en terre inexplorée, et aux frissons face à une terre inconnue, là ou le second apporte des développements et des rebondissements qui transcendent l'imaginaire humain. Et chacune de ces deux parties réussit ce qui est entrepris par le récit. Aussi, le premier tome peut donner l'impression de longueurs dans son installation, mais développe à très bon rythme une ambiance dépaysante et peu à peu inquiétante. Ce n'est pas un hasard si l'intrigue ne part pas crescendo dans des intentions horrifiques, l'objectif étant d'éloigner le lecteur (et les personnages) loin de ses acquis, de manière à mieux le chambouler par la suite. Et c'est une réussite : les pages du premier tome se tournent sans lassitude aucune, la soif de curiosité et l'envie de s'imprégner de cette ambiance particulière qui ne manque pas de marquer celui qui se plonge dans cette intrigue... Jusqu'à ce que Gô Tanabe (adaptant purement le récit de Lovecraft), le fasse tomber dans des abysses imprévisibles.

La force du second opus est donc son basculement total dans la mythologie de Lovecraft. La chute dans cet univers se façonne via bon nombre d'explications et de découvertes menant deux des personnages centraux vers des révélations qu'ils auraient préféré ne pas connaître. Cette fois, l'opposition entre le lectorat et les personnages à bien lieux : ces derniers assistent à des découvertes surréalistes, voire macabre, tandis que de notre côté c'est l'ambiance fantastique, sombre et hautement crédible qui happe à chaque page. Le récit se basant sur toute la mythologie crée par Lovecraft, en citant par exemple le Necronomicon ou Cthulhu, une véritable dimension authentique est crée. Alors que les événements narrés sont surréalistes à l'échelle de nos croyances humaines, tout cherche à nous faire croire en ces facettes insoupçonnées de l'univers et de l'histoire terrestre. Le dépaysement est donc encore plus vif, mais à cette fois lieux par rapport à notre imaginaire collectif. L'expérience proposée par ce second opus est donc bien différente mais tellement marquante, ce aussi grâce au coup de crayon de Gô Tanabe.



En effet, le mangaka a un style d'une précision incroyable, ce qui se remarque autant par ses personnages bien vivants (surtout quand il s'agit de dépeindre leurs visages inquiets), mais aussi son amour des décors et des reliefs. Car des démonstrations visuelles de paysages, le récit n'en manque pas, et chaque double page présentant ces monts obscurs ainsi que les étranges civilisations abandonnées offrent un spectacle à couper le souffle, si bien qu'on s'arrête volontiers plusieurs dizaines de secondes sur ces différentes illustrations qui font appel à nos envie de contemplations. Puis, quand il s'agit de dépeindre tout le bestiaire fantastique de l’œuvre et de la mythologie lovecraftienne, Gô Tanabe s'en donne aussi à cœur joie afin de rendre ces créatures authentiques, impressionnantes et effrayantes en même temps. Oui, Les Montagnes Hallucinées est un récit qui se savoure pour ces multiples facettes, que ce sont son univers foisonnant, son dépaysement de plus en plus effrayant, et ses forces graphiques indéniables.

On pourra ainsi saluer les éditions Ki-oon qui offrent une édition noble comme le Manga en connaît peu en général. L'éditeur nous offre une édition double, chaque tome français regroupant deux opus de l'édition originale, dans un superbe écrin aux effets de cuire qui donne l'impression d'un superbe grimoire. Pour accompagner le tout, le papier est épais et d'excellente facture, ne laissant pas de transparence. Enfin, la traduction de Sylvain Chollet semble sans faute, mais ce sont surtout les experts en culture lovecraftienne qui pourront juger objectivement cet aspect de l'édition.

Superbe porte d'entrée vers l'imaginaire de Lovecraft et récit époustouflant et inquiétant d'une manière plus générale, Les Montagnes Hallucinées est un dyptique qui offre une expérience de lecture comme on en connait assez rarement dans la bande-dessinée japonaise. Difficile de rester de marbre dans cette épopée fantastique, et on attend de pieds fermes les prochains titres de Lovecraft par Gô Tanabe aux éditions Ki-oon.


Chroniqueur: Takato


Note de la rédaction
Note des lecteurs
16/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

18.25,19.00

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