Montagnes hallucinées (les) Vol.1 - Actualité manga

Montagnes hallucinées (les) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 08 Janvier 2019

Chronique 2
  
S'il est un auteur qui a marqué de sa patte tout un genre c'est bien Lovecraft! Bien avant Stephen King, il était le maître de l'horreur... Pourtant il ne fut pas reconnu en tant que tel de son vivant, il fut au contraire relativement méprisé, mais les univers qu'il a créé, les créatures à qui il a donné vie sont bel et bien encore présentes dans notre pop culture! Même ceux qui ignorent qui est Lovecraft, qui n'ont jamais rien lu de ses écrits ont du être confronté d'une manière ou d'une autre à son "héritage"! Son influence se retrouve un peu partout, que ce soit de façon discrète ou plus appuyé, qu'il s'agisse de simples références ou une profonde inspiration...et tout lecteur de manga a du à un moment ou un autre tenir entre ses mains un titre s'étant plus ou moins inspiré de Lovecraft!
En quoi consiste l'univers de Lovecraft? Allez lire ses nouvelles (superbement rassemblées dans une belle édition chez Bragelonne)!
Et s'il nous intéresse présentement c'est parce que Ki-oon nous propose une nouvelle collection adaptant ses nouvelles les plus marquantes; et il s'agit là du premier tome de cette nouvelle collection!

Et derrière cette collection se trouve Gou Tanabe, un auteur aux traits particulièrement réalistes (on croit reconnaître Benedict Cumberbatch chez un personnage) déjà familier de l'univers de Lovecraft puisque à l'origine de "The Outsider" un recueil de plusieurs récits d'ambiance horrifique dont un des récits était justement déjà une adaptation d'une nouvelle de Lovecraft. Le tout pour un résultat assez fascinant.
Il se trouve que depuis quelques années Gou Tanabe se concentre sur des adaptations des nouvelles de Lovecraft, permettant à cette collection de voir le jour!

Avant même de parler du contenu en lui même, il faut parler du contenant... Ki-oon nous a habitué à faire un remarquable travail pour ses adaptations en France, ils nous proposent régulièrement des titres sortant de l'ordinaire dans de beaux formats rendant hommage aux œuvres. Le meilleur exemple étant bien entendu les titres du "Black Museum" de Kazuhiro Fujita...de vraies perles (pour l'édition mais aussi pour les récits). Mais là on passe encore un nouveau palier! Ce premier tome des Montagnes Hallucinés est tout simplement la plus belle édition jamais réalisée d'un manga tout genre et tout éditeur confondu. C'est simplement magnifique!
On a vraiment le sentiment de tenir un superbe roman avec une reliure en cuir souple entre les mains...on pourrait presque se demander s'il ne s’agit pas de peau humaine à l'instar du Necronomicon (car oui ce livre des morts que beaucoup pense issu de Evil Dead, sort bel et bien de l'imagination de Lovecraft)!

Une fois le premier choc de cette édition digéré, quand on l'ouvre on constate que nous avons un papier épais, un encrage superbe, le tout sans la moindre fausse note...un chef d’œuvre!
Il ne reste plus qu'à découvrir l’histoire (où la redécouvrir pour les lecteurs de Lovecraft - ce qui est mon cas)...

Au début des années 30, le continent Antarctique est encore inexploré et cache bien des secrets. Une expédition ambitieuse voit le jour réunissant plusieurs hommes de sciences reconnus...Tout se déroule pour le mieux jusqu'à ce que certains d'entre eux souhaitent pousser les recherches au delà de ce qui était convenu au départ et qu'ils découvrent des formes de vie inconnues et inexplicables...des créatures informes qu'ils n'étaient pas censés trouver et encore moins réveiller...

Les amateurs d'horreur non familier avec la littérature vont sans doute faire le lien avec The Thing de John Carpenter, et ce c'est pas un hasard puisque le réalisateur s'inspire grandement de l'écrivain.

Avant toute chose il faut resituer les choses dans leurs contextes, lorsque Lovecraft écrit cette nouvelle (sa plus longue) l'Antarctique est une zone totalement méconnue du monde, à cette époque il n'y a pas de satellite, il n'y a eu que peu d'explorations et pas aussi poussées que celles qui suivront, un peu à la manière d'un Jules Verne qui devance la science, Lovecraft projette son propre univers sombre et malsain au sein de cet inconnu, terre propice à toutes les horreurs en milieu hostile sans possibilité d'être secouru!

Nous découvrons donc un titre nous offrant une ambiance pesante et malsaine, et si tout commence bien, dans la bonne humeur et l'optimisme, rapidement une horreur indicible va s'infiltrer...
Mais justement tout ne commence pas si bien puisque ce premier tome nous présente un camp ravagé, parsemé de corps écorchés, avant de nous renvoyer au départ de l'expédition (où là tout commence bien). Ainsi pas de surprise, nous savons que l'horreur va prendre le dessus sur le reste...reste à savoir quand et comment! Et c'est justement là que le talent de narrateur de Gou Tanabe intervient puisqu'il parvient à nous faire basculer imperceptiblement dans cette horreur que nous ne comprenons pas, pas à pas, avec une atmosphère et une ambiance devenant de plus en plus pesantes

Le manga de Tanabe se veut très fidèle au texte de Lovecraft et pourrait constituer une parfaite porte d'entrée à cet univers, notamment par le biais du dessin! Au risque d'enfoncer des portes ouvertes, l’intérêt d'une bande dessiné et de nous offrir un visuel, nous privant de toute imagination (ou presque) certes mais nous épargnant "l'effort" de se créer une image mentale de ce que nous lisons. Cela pourrait être perçu comme une lacune justement, nous privant de ce plaisir de se créer nous mêmes l'imagerie des monstres nés de la plume de l'auteur, mais il faut être honnête, les descriptions de Lovecraft sont souvent très sommaires...
Et en ce qui concerne l'ambiance, on la retrouve parfaitement...on ressent ce vide insondable de ces étendues sans fin d'un blanc immaculé, on se sent basculer vers une horreur indicible dont nous ignorons tout, surtout face à ces "êtres" étranges et innommables dont on devine le danger qu'ils évoquent, le malaise s'installant peu à peu sans qu'on ne puisse l'expliquer de manière cohérente...un pur bonheur horrifique!

Gou Tanabe avait donc de l'or entre les mains, il se "contente" de reproduire en dessin les travaux de Lovecraft, et je ne souhaite nullement minimiser son travail, car parvenir à rendre aussi bien cette ambiance est une véritable gageur. Le rythme est le même que dans la nouvelle, l'ambiance et le ton sont les mêmes!
Et les magnifiques pages qu'il nous présente sont entièrement de son fait, nombre d'entre elles nous laissant sans voix tant elles sont magnifiques!

Ce premier tome est tout simplement un chef d’œuvre et nous laisse présager le meilleur pour la suite! Dans un premier temps avec la conclusion de ce récit, puis on l'espère plus tard avec les autres adaptations de Lovecraft!

Le génie dérangé et malsain de Lovecraft, le talent et la précision et Gou Tanabe, le travail remarquable de Ki-oon et de Sylvain Chollet qui nous livre une adaptation sans faille...tous les éléments sont réunis pour vivre un grand moment de lecture!
  
  
Chronique 1
  
Assez régulièrement depuis quelques années, les éditions Ki-oon se font plaisir et nous font plaisir, en proposant de découvrir des mangas un petit peu plus atypiques mais dotés d'une forte identité. On pense bien sûr à ce qui a pu sortir dans la collection Latitudes avec Pandemonium, Underwater ou plus récemment les chefs d'oeuvres de Kenji Tsuruta, mais aussi à la collection Black Museum du génial Kazuhiro Fujita (Springald et Ghost & Lady). En cet automne 2018, l'éditeur parvient encore à étonner en lançant une nouvelle collection: Les Chefs-d'oeuvre de Lovecraft, une collection d'adaptations en manga des récits de l'un des pères fondateurs du fantastique horrifique. Si vous ne connaissez pas encore H.P. Lovecraft, ce n'est pas ici que l'on détaillera qui il est: retenez simplement qu'avec ses récits sombres ou ses créatures cauchemardesques dont celles du Mythe de Cthulhu, il a marqué et influencé énormément d'artistes qui, encore aujourd'hui, se nourrissent énormément de son héritage.

Derrière cette collection, on trouve un auteur: le mangaka Gô Tanabe, déjà connu en France pour le drame surnaturel et horrifique Kasane (paru chez Kana), le recueil The Outsider (sorti chez Glénat), et le thriller Mr. Nobody (publié par Doki-Doki). S'étant peu à peu installé, grâce à son dessins très dense et sombre, comme un nouveau maître de l'horreur ou de l'angoisse depuis ses premiers pas au début des années 2000, il a décidé, depuis 2014, de se consacrer à des adaptation de Lovrecraft pour le compte du magazine Comic Beam des éditions Enterbrain. Mais il est bon de noter que Tanabe était déjà bien fan de Lovecraft auparavant, puisque dès les années 2000 il avait signé l'histoire courte "The Outsider", adaptation d'une nouvelle de l'écrivain, et que l'on retrouve dans le recueil éponyme.

Depuis 2014, Tanabe a déjà sorti plusieurs de ces adaptations au Japon: en 2014 le recueil Maken qui regroupe trois histoires ("The Temple", "The Hound" et "The Nameless City"), en 2015 le one-shot Isekai no Shikisai (adaptation de "The Colour Out of Space"), en 2016 un autre one-shot, Yami ni Hau Mono (qui adapte le récit ""The Haunter of The Dark" and "Dagon"")... et, enfin, en 2016-2017 ce qui est à ce jour son adaptation la plus ambitieuse: Kyouki no Sanmyaku Nite, s'étalant sur 4 tomes au Japon (le tout sera regroupé en 2 volumes en France), et offrant une vision du récit "At the Mountains of Madness", en français Les Montagnes Hallucinées. Ecrit en janvier-février 1931 par Lovecraft, ce court roman reste néanmoins l'un des plus longs récits de l'écrivain, et également l'un des plus connus. Narrant une expédition dans une Antarctique alors inexplorée qui tourne au cauchemar avec la présence de créatures qu'il ne fallait sans doute par réveiller, l'oeuvre a influencé bien des artistes, à commencer par John Carpenter pour son fil culte The Thing. Et pour écrire son roman, Lovecraft a lui-même été influencé par un autre écrivain incontournable: Edgar Allan Poe.

Après quelques pages en couleur présentant un peu l'oeuvre et ses influences, le prologue donne tout de suite le ton: une expédition scientifique menée par le Pr Lake avec 11 hommes et 34 chiens au fin fond de l'Antarctique a viré au cauchemar. Sans nouvelles, l'équipe de sauvetage emmenée par le Pr Dyer a fini par retrouver la trace du campement du groupe de Lake, mais sur place c'est la stupeur. Peu de temps avant, Lake avait annoncé par radio une découverte extraordinaire avant de sombrer dans le silence. Sur place, Dyer et ses hommes ne retrouvent que des corps humains et canins sans vie, affreusement mutilés, amputés voire débarrassés de leur chair avec une improbable précision. La scène est d'autant plus terrifiante et inquiétante que d'autres choses sont découvertes: des traces étranges d'une chose non-identifiée pouvant visiblement se déplacer, un entité en forme d'étoile enfouie sous la neige, et d'immenses montagnes noires se dressant aux confins de ce continent inexploré...

Ce prologue passé, le récit nous propose alors de découvrir comment tout ceci est arrivé en revenant en arrière, d'abord essentiellement aux côtés de Dyer et de Lake avant que ce dernier ne meure dans de mystérieuses et atroces circonstances, pour un résultat passionnant. Assez fidèle à la narration originelle de Lovecraft qui est assez posée, est riche en détails et est surtout portée par Dyer en narrateur, Gô Tanabe ne brusque rien et n'occulte aucun détail afin de nous immerger totalement dans le récit. L'atmosphère inquiétante se ressent bien, tout est fait pour apporter un aspect réaliste et crédible via les nombreuses petites explications scientifiques par exemple, et ainsi on cerne petit à petit que les découvertes faites sur place dépassent complètement l'entendement, avec un toile de fond les évocations de Necronomicon et du Mythe de Cthulu si emblématiques de l'écrivain.

On se laisse donc très bien porter par un récit où un danger insondable, tapi quelque part dans les neiges ou dans les grottes des montagnes, se fait constamment sentir avant d'éclater... Mais pour accompagner tout ça, ce qui captive le plus reste tout le travail visuel de Gô Tanabe, impressionnant. S'i a toujours eu un trait incroyablement riche et dense, le mangaka, dans ses précédents travaux, ne convainquait pas toujours, la faute à une narration trop lisse ou pataude. Mais dans le cas d'une adaptation de romans de Lovecraft, dont l'écriture est généralement assez posée justement, tout colle impeccablement dans le rythme calme et pesant, e ton en vient vraiment à se dire que les mondes de Lovecraft et de Tanabe étaient vraiment faits l'un pour l'autre. Chaque planche, chaque case se veut dense, des pus petites aux plus grandes, et l'auteur bluffe très souvent. Dans sa gestion des décors hostiles, enneigés ou montagneux, où il parvient souvent très, très bien à jouer sur plusieurs plans pour apporter énormément de profondeur. Sur ce point, certaines doubles-pages sur les montagnes en particulier sont bluffantes, tant elles imposent quelque chose de colossal et de sinistre... d'autant plus que le mangaka y joue volontiers sur quelques formes inquiétantes (avec de l'imagination, on peut même y imaginer des visages... est-ce voulu ?), mais aussi sur les grandeurs (les avions apparaissent minuscules dans ces contrées inhospitalières, l'homme est peu de chose). Les créatures difformes que l'on voit son travaillées en profondeur, dans les détails, suscitant facilement le malaise, et venant contraster avec le profond réalisme des designs humains. En somme, c'est impressionnant. très impressionnant.

Et tout ça est servi dans une édition tout aussi impressionnante, comme on n'en avait jamais vue en manga. Désireux de proposer ces adaptations de Lovecraft dans des écrins luxueux et collant bien aux univers lovecraftiens, Ki-oon a eu l'idée d'une couverture à effet cuir, tout bonnement sublime dans ses finitions, et offrant un rendu ainsi qu'un toucher très agréables. Très souple, la reliure de haute qualité permet d'ouvrir très facilement le livre afin de profiter au mieux des planches denses de Tanabe dans un grand format qui lui rend honneur. Impeccables, le papier bien blanc et l'impression font parfaitement ressortir tout le travail du dessinateur avec ses nuances et ses profondeurs. Enfin, la traduction de Sylvain Chollet est très appliquée, claire et bien dans l'ambiance. Il s'agit vraiment d'une merveille d'édition, à la fois originale, belle et soignée sur tous les points.

Servis dans un écrin de toute beauté, ces premiers pas de la collection des Chefs-d'oeuvre de Lovecraft promettent le meilleur pour la suite des adaptation par Gô Tanabe des oeuvres du romancier. Le mangaka livre une adaptation riche et saisissante, ou son style visuel si dense et sa narration collent à merveille aux cauchemars imaginés imaginés par l'écrivain.

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Erkael

19 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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