Critique du volume manga
Publiée le Mercredi, 14 Janvier 2026
Avant le grand succès de son emblématique bijou L'Atelier des Sorciers, l'illustre Kamome Shirahama signa Divines - Eniale & Dewiela, un manga achevé en trois tomes et déjà proposé en France par Pika Edition en 2019. C'est cette oeuvre enchanteresse qui revient chez l'éditeur cette semaine dans une édition deluxe en deux volumes qui aura fière figure aux côtés de l'édition "grimoire" de L'Atelier des Sorciers !
Au vu de la très grande qualité graphique que l'autrice affichait déjà sur cette oeuvre, il n'est vraiment pas déconnant de la découvrir et redécouvrir en format deluxe, d'autant plus que l'éditeur a mis les bouchées doubles pour offrir deux très beaux livres. Pour cette chronique, intéressons-nous donc plus spécifiquement au premier opus, sous-titré "recueil angélique" pour faire honneur à l'une des deux héroïnes, à savoir l'ange Eniale. A l'extérieur, l'ouvrage prend des teintes blanches et bleues aux allures claires et pures, tout à fait angéliques en somme, tout en étant rehaussé de dorures sur plusieurs éléments et d'une couverture cartonnée rigide qui accentue l'aspect beau-livre. Assurément, la maquette de couverture de Noémie Chevalier est top ! Et à l'intérieur, en plus des 280 pages de lecture où l'on retrouve l'efficace traduction d'Anaïs Koechlin (tout comme c'était le cas pour l'édition simple), on a du contenu bonus généreux avec deux belles premières pages en couleurs puis, en fin de tome, une galerie d'illustrations de 12 pages dont 7 en couleurs, ainsi qu'une histoire courte muette en 4 pages qui est elle aussi en couleurs et qui fait partie des tout premiers travaux de l'autrice, en révélant déjà ses talents dans le dessin et la composition. Autant dire que tout fan de la mangaka a de quoi avoir ses yeux ravis par ces suppléments, et de manière générale par cette très belle édition qui bénéficie également d'une excellente impression sur un papier épais et opaque, ainsi que d'un tranchefile pour la reliure.
Tout est ainsi parfaitement réuni pour (re)découvrir les chamailleries entre Eniale, une ange qui, en tant que telle, cherche souvent à faire le Bien, et Dewiela, une démone dont la nature est censée la pousser vers le Mal. Pourtant, ces deux-là ont tendance à se retrouver souvent ensemble, se mêlant des mêmes affaire en ne manquant pas de se crêper le chignon ou alors de coopérer... pour des résultats qui, plus d'une fois, frôlent plus la catastrophe qu'autre chose !
Pas de prologue ou de réelle installation de l'univers dans cette brève série: Kamome Shirahama entame très rapidement les choses, et chacun des sept chapitres composant ce premier volume s'avère indépendant en présentant une nouvelle péripétie de ce duo étonnant et détonnant. Essayer de retrouver la mère d'un bébé abandonné, faire du shopping dans la capitale de la mode Paris, venir en aide à une fillette voulant guérir la maladie incurable de sa mère, se construire un étonnant spa aux allures de Jardin d'Eden... et on en passe.
Que ce soit en "aidant" les autres ou en se lançant dans certaines lubies, nos deux héroïnes amènent à chaque fois un point de départ assez simple, partant même parfois d'une bonne volonté (plus chez l'ange que chez la démone, forcément, puisque cette dernière n'hésiterait pas à pousser une fillette à vendre son âme, entre autres choses)... Mais dans chaque cas, leurs rixes, leur caractère extravagant ou leur zèle font que la situation ne va cesser de déraper toujours plus: piratage des médias et matraquage d'affiches dans le monde entier pour retrouver la mère du bébé, irruption d'un caniche géant semant la panique en ville, course-poursuite contre un exorciste bien fêlé lui aussi, élaboration d'un spa qui se transforme en pluie diluvienne partout sur la planète...
L'ensemble se veut plutôt amusant, la mangaka y montre pas mal d'imagination et de petites idées saugrenues, elle parvient également à multiplier divers brefs clins d'oeil au monde des anges et des démons (mais surtout des démons et de la démonologie avec Glasya, Gaap, Lemegeton, Crocell... créatures qu'elle se réapproprie un petit peu à sa sauce.) Le principal attrait de tout ce méli-mélo vient toutefois, sans doute, du charme que Kamome Shirahama parvient à offrir à ses deux protagonistes, véritables tornades qui, parfois à leur insu, laissent des traces partout où elles passent. Qu'elles se chamaillent, se volent leurs affaires, coopèrent ou essaient de se faire des coups en douce, Eniale et Dewieli semblent toujours, étonnamment, indissociables l'une de l'autre. Il y a toujours entre elles deux une sorte d'alchimie propice à la catastrophe, et c'est l'une des principales réussites de cette première moitié de série. Reste alors, pourtant, une grosse limite dans tout ceci: la brièveté des différentes péripéties des deux miss, faisant que bien souvent des événements paraissent un peu rushés, que des bonnes idées ne sembles pas exploitées à 100%, et que certaines issues sont rapides.
Sur le pur plan visuel, même si Shirahama a évidemment encore fait des progrès avec L'Atelier des Sorciers, son trait est déjà généreux, riche et magnifique. Les planches sont assez denses et conservent quasiment toujours une belle fluidité malgré tout, en dehors de certains moments mouvementés où les petites cases n'offrent pas le meilleur rendu (me^me si elles deviennent déjà plus lisibles dans le grand format de cette édition deluxe). Les décors sont bien présents, la dessinatrice se permet plusieurs originalités assez plaisantes et assez travaillées (le caniche géant, l'homme à tête de mouche, la fusion entre une moto et une créature démoniaque)... Et, surtout, les deux héroïnes bénéficient d'un design aux petits oignons, dont il ressort souvent beaucoup de beauté (la dessinatrice aime notamment mettre leurs jambes en valeur), mais aussi de la richesse (y compris dans leurs vêtements et leur look, qui changent à plus d'une reprise). C'est tout simplement beau, un vrai plaisir pour les yeux qui ont de quoi scruter assez longuement certaines planches.
Au bout du compte, sur ce premier opus Divines souffre certes un peu de son schéma, mais l'ensemble s'avère être une agréable petite fantaisie, essentiellement portée par deux héroïnes truculentes, et par un coup de crayon déjà superbe que l'on a un immense plaisir à mieux scruter dans ce grand format deluxe.
14/01/2026