Astra - Lost in Space

Critique de la série manga

Publiée le Vendredi, 22 November 2019

Jusqu'à très récemment, nous connaissions Kenta Shinohara en France pour son titre fleuve Sket Dance chez l'éditeur Kazé. Manga du Shônen Jump publié entre 2007 et 2013, achevé en 32 tomes et ayant inspiré une série animée de 77 épisodes (inédite chez nous), la tranche de vie comique de l'auteur ne rencontre pourtant qu'un succès mitigé, entrainant un rythme de parution assez lent. De ce fait, il n'est pas étonnant que le manga, et par extension l'auteur, n'ait pas faire parler de lui.

Mais l'année 2019 fut l'occasion pour nous de découvrir sa dernière œuvre en date : Kanata no Astra. Prépublié entre 2016 et 2018 sur l'application Shônen Jump+ , le titre a largement fait parler de lui au Japon puisqu'il fit partie des nommés du 23e Prix Culturel Osamu Tezuka, et a remporté les Manga Taishô Awards de 2019. En France, c'est l'éditeur nobi nobi ! qui propose le manga sous le titre Astra : Lost in Space. Le récit fut édité à très bon rythme puisque les cinq volumes sont parus entre mars et novembre 2019 chez nous. A noter que, cette même année, le manga fut adapté en une série animée qui reste inédite dans nos contrées, une sacrée curiosité à l'heure où le simulcast s'est largement démocratisé.



En l'an 2063, l'humanité s'est développée puisqu'elle est désormais capable de voyager dans l'espace. Lycéenne pleine d'énergie mais un peu étourdie, Ariès s’apprête à entamer un voyage scolaire aux côtés de camarades qu'elle ne connait pas encore, dont l'intrépide Kanata. Une véritable excursion initiatique qui doit se dérouler sur une planète sécurisée, pour permettre à la petite bande de nouer des liens.
Seulement, l'aventure vire au cauchemar quand, arrivés à destination, tous les adolescents sont engloutis par une sphère de lumière qui les téléporte dans l'espace, à des années-lumière de leur position initiale. Par chance, la fine équipe se trouve à côté d'un vaisseau spatiale abandonné, unique chance pour eux de regagner leur planète d'origine...

Astra : Lost in Space propose un pitch qui n'est pas sans rappeler « Perdus dans l'espace », que ce soit la série des années 60, le film de 1998, ou la récente série Netflix. Un point commun qui a sans doute inspiré les édition nobi nobi ! en ce qui concerne le titre, assez distant de celui choisi initialement par Kenta Shinohara. Ainsi, le manga nous propose de suivre une poignée de lycéens, perdus à des années-lumière de chez eux, et qui vont devoir rythmer leur voyage de plusieurs étapes pour atteindre leur destination, les menant à voguer de planètes en planètes.

Et c'est un des aspects premiers qui attire immédiatement l'attention : développant son propre univers, le manga laisse aller son imagination pour développer une patte SF prenante, et des planètes qui imposeront chacune leur tour des reliefs variés et des difficultés qui ne seront jamais les mêmes d'une destination à l'autre. Le côté aventure/découverte de l'oeuvre est rapidement intégré dans l'histoire, permettant au titre de se renouveler sans cesse, et entretenant alors un bel équilibre entre les phases purement spatiales et les péripéties sur des planètes qui s'avèrent plus ou moins hostiles.



L'exploration d'une part, mais aussi un scénario bien bâti de l'autre. En effet, un des autres attraits forts de la courte série est de proposer un scénario riche en mystères et en enjeux, dont la résolution ne sera jamais le fruit du hasard. Kenta Shinohara a très certainement planifié le format de son intrigue et a donc pensé la résolution en amont. Qui est le traître qui a mené le groupe à sa perte ? Pourquoi de telles actions ? Les membres de l'équipage entretiennent-ils un lien ? Tant d'interrogations qui prennent de la consistance au fil des chapitres, et auxquelles l'auteur apportera des réponses bien calculées. Le manga n'est donc jamais avare en révélations, des informations qui seront livrées dans une grande intensité, rendant la seconde moitié de l’œuvre particulièrement captivante. On sera même surpris, peut-être, par la solidité du scénario dans son entièreté. Le mangaka semble avoir réponse à tout, si bien qu'on relira volontiers le titre d'une traite, après avoir découvert l'ultime opus, pour découvrir les indices présents dès les premiers chapitres. Féliciter une telle conception de scénario peut sembler surprenante si on part du prince que toute histoire doit être solidement bâtie. Mais, le modèle de publication du manga étant ce qu'il est, avoir un récit d'une telle qualité est un petit exploit en soi, surtout pour une œuvre shônen de l'éditeur Shûeisha, un exploit qui se doit d'être félicité.



Enfin, comment ne pas parler du casting de personnages de la série ? Partant d'adolescents distants les uns envers les autres, très froids pour certains, Astra : Lost in Space amène une intrigue qui permettra à l'ensemble de se développer. C'est parfois un peu linéaire, chaque volume mettant à l'honneur un ou plusieurs concerné(s), mais terriblement bien mené. Il se dégage progressivement un esprit familial toujours plus marqué au sein de la bande, rendant alors les expéditions toujours plus prenantes. C'est sans doute l'un des objectifs de Kenta Shinohara : le lecteur se familiarise avec les membres de la bande, jusqu'à l'intégrer d'une certaine manière. Un attachement renforcé par l'empathie qu'on nouera vis à vis des intéressés qui livreront, souvent, des passés troubles, pour ne pas dire dramatiques. Difficile alors de quitter le casting lors du tome final, même si l'auteur facilite les adieux grâce à un épilogue joli à souhait, qui ne fait pas regretter le moins du monde le voyage vécu au cours des cinq volumes.

Et si c'est un esprit familial qui se dégage au fil des chapitres, c'est à juste titre. Kenta Shinohara développe dans sa série un sous-texte sur la Famille, assez peu reluisant. Si on est souvent habitués à des messages émouvants et emplis de beautés concernant les relations familiales entre les héros et leurs parents, dans les mangas ciblant les adolescents, Astra : Lost in Space aborde la chose différemment. Parents détestables, adultes pourris et corrompus... Cette distance entre les personnages et leurs géniteurs rend toujours plus palpable leur isolation, justifiant leurs caractères respectifs, et facilitant notre compréhension. Un parti-pris parfois dur mais qui porte ses fruits dans notre attachement envers Ariès, Kanata et les leurs.



Et forcément, le coup de crayon de l'auteur a son importance dans le récit. Du côté des personnages, Kenta Shinohara a toujours su dépeindre des figures au final chaleureuses, et auxquelles on s'attache sans mal, les lecteurs de Sket Dance le savent bien. Son trait est d'ailleurs reconnaissable entre mille, tant on pourra faire quelques parallèles entre plusieurs personnages des deux œuvres.
Enfin, ce sont les différents environnements qui sont toujours bien grattés. Le mangaka prouve son implication et son envie de dépeindre un voyage stellaire avec des reliefs assez variés et des bestiaires inventifs mis en relief par le trait précis de l'artiste.

Astra : Lost in Space, pour tous ces arguments, est une série qui apporte un certain vent de fraîcheur. S'il est déjà rare de pouvoir lire des space opéra en France du côté du Manga, la série de Kenta Shinohara constitue un excellent divertissement du genre, un voyage dépaysant porté par des personnages toujours plus attachants, avec en trame de fond un scénario solide, bien pensé et qui surprendra jusque dans ses derniers instants. Une série courte mais passionnante qui n'a pas démérité son succès au Japon. Quel dommage qu'aucun éditeur vidéo n'ait jugé bon de nous proposer l'adaptation animée, du moins à l'heure où ces lignes sont écrites...

Enfin, espérons que le petit succès de la série donnera plus de visibilité à Sket Dance, l'autre série de l'auteur, très différentes certes et qui tend à s’éssouffler passée la vingtaine de volumes, mais qui développe aussi les qualités humaines présentes dans Astra : Lost in Space.
  


Chroniqueur: Takato


Note de la rédaction
Note des lecteurs
19.5/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

16.50,16.12,16.85,17.62,18.50

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