Astra - Lost in Space Vol.5 - Actualité manga

Astra - Lost in Space Vol.5

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 22 November 2019

Chronique 2

Bien que conscients qu'ils n'étaient, pour leurs parents, rien d'autre que des clones voués à leur servir de pièces de rechange, les membres de l'équipage B5 ne se dégonflent aucunement et sont bien décidés à prendre le contrôle de leur vie, eux que l'on a tenté de faire disparaître dans l'espace. Et c'est ainsi qu'ils poursuivent leur périple en direction de la planète Galem, leur dernière halte avant de regagner leur planète d'origine, la Terre... ou plutôt Astra. En effet, à l'instar de Polina dans les toutes dernières pages du tome 4, nous restions abasourdis par cette nouvelle révélation majeure: Kanata et les autres ne viennent pas de la Terre, mais d'Astra ! Dès lors, de nouvelles interrogations se posent. Qu'est-il advenu de la Terre ? Pourquoi nos héros n'en ont-ils jamais entendu parler alors que leur planète semble avoir tant de points communs avec elle ? Quels secrets on ne peut plus étonnants se cachent derrière les apparentes incohérences autour de l'Histoire commune des deux planètes et de la mission de Polina ?

"En fin de compte, nous ne savions absolument rien de notre monde."

Avec cet épais dernier tome de plus de 280 pages (décidément, on ne se sera jamais fichu de nous, quasiment chaque tome de la série ayant été très épais), l'heure est venue pour Kenta Shinohara de conclure son si original récit d'aventure dans l'espace, celui-ci ayant été jusqu'à présent été mené de main de maître, au travers d'un scénario et de personnages parfaitement pensés, et de retournements de situations permanents et époustouflants tant ils retournaient à chaque fois les choses dans une totale cohérence. Au bout du voyage, la dernière ligne droite et la conclusion de l'oeuvre sont-elles à la hauteur ? La réponse est assurément oui !

Car ici, le mangaka prouve une nouvelle fois qu'il a pensé à tout, et cela dès la première partie du volume où les interrogations se multiplient encore. De par la révélation sur le fait que leur planète n'est pas la Terre, nos héros et Polina sont poussés à se questionner de plus belle, à mettre en commun ce que chacun sait de la planète de l'autre afin de relier les pistes pour essayer de dégager la vérité. Pensant en détails les choses jusqu'à évoquer des éléments comme l'absence de religion ou de pays sur Astra, s'amusant aussi à glisser un petit clin d'oeil à sa précédente série Sket Dance via le scientifique/inventeur Chûma, Shinohara dévoile des ambitions toujours plus grandes, chose qu'il fera tout au long du tome en allant jusqu'à jouer sur le facteur temps, à expliciter un peu plus le contexte géopolitique d'Astra (qui aura une importance capitale), et à réexploiter toute une face de l'Histoire de notre monde pour mieux questionner l'origine de l'Histoire de l'humanité présente sur Astra. Mieux, cela soulève en filigranes et sans forcer pas mal de sujets restant toujours d'actualité, comme l'impact que peuvent avoir les querelles de pouvoir ou la religion, la façon dont les hommes n'apprennent jamais de leurs erreurs en se lançant toujours dans la guerre, les sacrifices faits pour obtenir une paix durable etc...

C'est pourtant aussi à une échelle plus personnelle, une plus petite échelle, que le récit brille, dès lors que le voile se lève sur deux mystères qui tenaient encore depuis les tomes précédents: qui est le traître ou la traîtresse cherchant à éliminer nos héros, et l'identité réelle d'Aries. Concrètement, il était possible de deviner les très grandes lignes de ces deux énigmes depuis environ 2 tomes, en revanche tout ce que l'auteur construit autour est impressionnant, car à la fois encore surprenant en retournant à nouveau pas mal de choses, et parfaitement cohérent jusque dans les petits détails. De manière générale, ces détails sont une des grandes forces de l'oeuvre eux aussi, tant Shinohara n'a rien laissé au hasard depuis le dé part: la nature des sphères lumineuses, l'ordre de fuite de nos héros au tout début de la série face à la sphère, ce qu'est la planète de glace que Kanata voit juste après leur téléportation dans le tome 1 l'utilité que prennent les chaussures anti-gravité lors de face-à-face contre le/la traître(sse), ou même la symbolique du bras droit lors de la double-page la plus puissante du volume... Tout prend un sens.

"Tu es toujours en train de courir... droit devant toi... sans hésitation... depuis le moment où je t'ai rencontré..."

Mais revenons-en à l'échelle plus personnelle de tout ceci, donc: de bout en bout, l'auteur brille à nouveau dans ce qu'il fait ressortir chez ses personnages, à commencer ici par la fameuse personne traîtresse, connaissant toute la vérité depuis toujours, mais ayant été élevée d'une façon proche du lavage de cerveau au point d'avoir été totalement conditionnée pour ne jamais laisser s'exprimer sa personnalité. On en revient alors, de façon plus forte que jamais, au thème de l'identité si présent depuis le début de la série. Après avoir vu chacun des membres de l'équipage s'affirmer au fil de l'aventure, oser dévoiler son vrai "moi", dépasser sa condition de clone, la fameuse personne traîtresse saura-t-elle alors, elle aussi, changer, se relever, oser aller en avant en prenant exemple sur Kanata et sur les autres qui ont toujours avancé en étant portés par l'amitié qu'ils ont bâties ensemble, afin de simplement devenir elle-même ? Shinohara ne se rate vraiment pas sur tout ce plan-là, évoquant aussi et par dessus tout l'importance d'aller soi-même à la découverte du monde, d'oser douter de ce qu'on nous dit, de réfléchir par soi-même sans non plus tomber dans la paranoïa, afin de se forger et de devenir soi-même. Ajoutons à cela le sujet de la famille qui reste bien présent de façon intéressante (tandis que les "parents biologiques" de nos héros sont finalement tous des ordures ne les ayant jamais vraiment considérés comme leurs enfants, seule Emma, la mère adoptive d'Aries, apparaît comme une véritable figure parentale aimante malgré l'absence des liens du sang), et l'on obtient, en plus d'un scénario d'aventure inventif bourré de coups de théâtre percutants aux ambitions toujours plus grandes, une réelle quête initiatique et d'identité.

"Tu n'as pas choisi les conditions dans lesquelles tu es venu au monde et as été élevé, mais tu peux changer ton avenir !"

Quant au final de la série, hé bien là aussi, l'auteur a su voir les choses en grand. Bouclant tout ce qu'il faut, il laisse bien entrevoir les changements apportés sur le monde de manière générale par l'aventure de nos héros, présente avec émotion ce que chacun d'eux devient tout en étant tourné vers l'avenir, cristallise parfaitement toute leur évolution, laisse très bien le temps de tous leur dire au revoir tout en proposant des dernières pages très bien tournées... Un final impeccable, tout simplement.

"Grâce à vous... je suis devenu moi-même."

Au bout de la série, le constat est sans appel: plus encore après la lecture des époustouflants deux derniers tomes, on comprend pleinement pourquoi Astra - Lost in Space a remporté en début d'année au Japon le prestigieux prix Manga Taishô, tant Kenta Shinohara a su développer, en 5 tomes souvent bien épais, une aventure spatiale, humaine et initiatique riche, intense et totalement maîtrisée d'un bout à l'autre. Et alors que certaines longues phases de blablas auraient pu lasser, la narration est si bien menée qu'on ne lâche jamais prise jusqu'à ce que la dernière page soit tournée. On peut ainsi affirmer sans prendre de risques qu'Astra - Lost in Space est un des "courts" mangas d'aventure les plus aboutis qu'on ait pu voir, et il nous tarde déjà de voir ce que Kenta Shinohara nous réservera dans la suite de sa carrière !

"Après tout, on a voyagé à travers l'espace... Plus rien ne peut nous effrayer, à présent."


Chronique 1

Après avoir découvert la vérité sur ce qui leur arrive, et la vérité sur leurs origines, les dix camarades font halte sur une nouvelle planète où ils viennent en aide à Polina, une femme cryogénisé dans un appareil similaire à l'Astra. Celle-ci amène encore plus de confusion au sein de l'équipage quand elle leur apprend qu'elle ne vient pas de la planète Astra, mais de la Terre ! Les chronologies de la jeune femme divergent totalement, apportant une énigme supplémentaire. Néanmoins, l'équipage doit continuer son périple tout en éclaircissant un point crucial : l'identité du traître.

C'est avec un pavé de plus de 280 pages qu'Astra – Lost in Space, le space opéra de Kenta Shinohara, touche à sa fin. Par son voyage stellaire riche en péripéties et en découvertes, portés par un casting rendu toujours plus attachant et garni d'une intrigue toujours plus intense au fil des volumes, le récit s'est montré captivant, et s'apprêtait à apprécier le final de l'oeuvre constitue déjà une certaine épreuve en soi. L'attente est néanmoins récompensée puisque l'auteur parvient à conclure admirablement son récit.

Car ce qui vient à l'esprit au terme de la lecture, c'est que Kenta Shinohara a minutieusement pensé son intrigue, et l'a développé jusqu'au bout sans laisser de piste en suspens. Pourtant, au vu de tout ce qui avait été entrepris depuis le premier volume, c'est un piège dans lequel le mangaka aurait pu tomber. Mais non : par ses nombreuses révélations et explications, ce cinquième opus parvient à clore toutes les pistes, à donner les réponses qu'on attendait, et même à surprendre par d'autres révélations qu'on ne voyait pas forcément venir. Au final, ce tome très bavard mais captivant a de quoi susciter l'envie de tout relire d'une traite, maintenant que nous avons les informations clés en tête, pour confirmer à quel point l'auteur avait tout prévu. Ca peut paraître banal, une histoire se devant d'avoir une bonne fin, mais il est parfois tellement rare qu'un mangaka ait le luxe d'aborder une œuvre comme il le souhaite d'un bout à l'autre qu'il convient de souligner cette grande qualité d'écriture.

On passe alors plus d'une heure sur un opus dense, tant en terme de pages que de dialogues, qui boucle toutes les intrigues de la série jusqu'à un final qui ne laisse pas de portes ouvertes. Le côté aventure stellaire, très présent jusque là dans Astra, disparaît alors nettement dans ce dernier volet de la série, à juste titre puisque c'est désormais le scénario qui prime avant tout. Pourtant, cela n'empêche pas quelques péripéties bien senties, notamment dans la première partie du volume et son côté thriller qui a de quoi jouer avec nos nerfs. Un passage crucial où l'identité du traître sera l'enjeu, et une manœuvre bien rodée de la part de Kenta Shinohara qui nous fait douter tour à tour de quelques membres de l'équipage. S'il n'est néanmoins pas difficile de deviner, au final, l'identité du traître, sa découverte et tout ce qui en découle se révèle passionnant, tant l'écriture fait immédiatement écho à la volonté de l'auteur de développer des personnages forts pour lesquels on compatit.

Et il serait risqué de développer davantage autour de ce dernier tome, afin de ne pas gâcher les grosses surprises contenues dans ces quelques derniers chapitres. Mais, au-delà de son scénario captivant, c'est l'émotion qui se dégage de toute la phase finale de la série. Kenta Shinohara a développé un casting terriblement attachant et qu'on ne veut pas quitter. C'est toute la métaphore de la série : le voyage amène des rencontres, et sa fin est le moment des au-revoir. Alors, l'épilogue vient en remettre une couche tant il parvient à marquer ces adieux sur une belle note pleine d'enthousiasme. On apprécie que l'auteur se soit donner le temps pour ces séparations, et n'ait pas opté pour une fin abrupte qui surviendrait juste après la résolution de l'intrigue principale. Non, nous avons le temps d'apprécier une ultime fois tous ces camarades dans un climat plus serein, rendant les au-revoir plus doux et supportables.

C'est donc sur un cinquième et dernier tome riche en informations et en révélations qu'Astra – Lost in Space s'achève, un manga court mais qui aura été mené d'une main de maître sur sa durée. C'est bien simple : Kenta Shinohara a parfaitement géré tous les aspects de son récit, aussi bien le scénario que le développement des personnages. Astra est donc un très bel exemple de titre court parvenant à sortir du lot, et mérite des lectures et des relectures pour en saisir toutes les petites richesses.

Ne soyons pas totalement tristes de cette fin, car nous avons toujours la possibilité de lire l'auteur avec sa série fleuve. Toujours en cours chez Kazé, Sket Dance ne connait qu'un succès très timide chez nous, mais mérite qu'on s'y intéresse tant on y retrouve une des facettes d'Astra – Lost in Space : un casting fort bâti autour de personnages attachants. Aussi, on ne peut qu'espérer retrouver l'artiste sur une future série, sur laquelle il prendra autant de risques !
    

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

18.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

18.5 20
Note de la rédaction






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