Astra - Lost in Space Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 22 March 2019

Chronique 2
  
En ayant déjà proposé pas mal de shôjo sympathiques, ou des tranches de vie de qualité comme Au Grand Air et Flying Witch, les éditions nobi nobi ont souvent à coeur d'enrichir petit à petit leur catalogue manga de séries minutieusement choisies. Et cette fois-ci, c'est du côté du shônen d'aventure que l'éditeur jeunesse est allé piocher, avec un titre possédant déjà sa petite réputation et dont on risque d'entendre pas mal parler dans les mois à venir. Venue tout droit de la vaste et populaire écurie Jump, et plus précisément du magazine numérique Jump+, Kanata no Astra est une série qui a été pensée dès le début pour tenir en 5 volumes, et qui a été dessinée de 2016 à début 2018 par un mangaka que l'on connaît déjà en France: Kenta Shinohara, l'auteur de la très bonne comédie-fleuve Sket Dance, en cours de parution en France chez Kazé Manga. En France, la série est renommée Astra - Lost in Space, et arrive dans notre pays au bon moment puisqu'elle vient d'être nominée au prestigieux Prix Tezuka, vient de remporter le prix manga Taishô, et qu'elle aura droit prochainement à une adaptation en série animée.

Avec cette oeuvre, nous voici plongés en 2063, dans un futur où l'homme a bien entamé sa conquête de l'espace, et où les voyages spatiaux sont devenus monnaie courante. C'est à cette époque que 8 lycéens du lycée Caird, comme le veut la tradition, s'apprêtent à vivre un voyage scolaire tout à fait particulier: 5 jours sur la planète McPa, en pleine nature, uniquement entre élèves, en totale autonomie ! Pour ce séjour, ils ont été choisis au hasard de manière à ce que quasiment aucun d'entre eux ne se connaisse à l'avance, tout ceci afin de leur faire goûter à la réalité de l'espace et les pousser à créer des liens en se débrouillant par eux-mêmes. Ce voyage promet donc d'être une expérience de vie à part entière, d'autant plus qu'une tâche est assignée à chaque équipage, et que celle de l'équipage B5 formé par nos jeunes héros sera de s'occuper d'une enfant, Funicia, 10 ans, qui est la petite soeur de l'une des membres. Tout ceci s'annonce excitant ! Mais dès leur arrivée sur McPa, un problème de taille se pose pour le petit groupe: confrontés d'emblée à une mystérieuse sphère, ils sont aspirés par celle-ci et se retrouvent propulsés en plein espace loin de la planète ! Heureusement, ils parviennent à trouver refuge dans un vaisseau spatial fantôme à proximité, mais cela ne les sauve pas pour autant. Où sont-ils ? Comment pourront-ils survivre en ne sachant pas exactement où ils sont ? Tout ceci a-t-il été prévu par les organisateurs du voyage, ou pas du tout ? Au coeur de l'espace lointain, à de nombreuses années-lumière de chez eux, les 8 jeunes vont devoir se serrer les coudes, réfléchir et montrer leurs talents respectifs pour pouvoir survivre...

Il nous l'a déjà largement prouvé dans Sket Dance, notamment dans les passages ayant approfondi un peu plus longuement le background des héros: Kenta Shinohara est un narrateur brillant. Mais Sket Dance fonctionnant quasiment toujours sur un format épisodique, on attendait de voir un jour l'auteur narre une histoire continue plus longue, afin de le voir confirmer ou non ses dons de narration. Hé bien, que l'on se rassure: dès ce premier volume, le mangaka confirmer vite et bien ce talent, tant il excelle pour installer efficacement et sans traîner son univers et ses personnages.

Cela passe en premier lieu par une contextualisation futuriste rapide, qui ne s'égare pas, et où le mangaka prend un malin plaisir à faire appel à des petits détails immersifs dès le premier chapitre: chaussures anti-gravité perfectionnées, roboliciers (des robot-policiers, quoi), base spatiale, vaisseaux bien travaillés, combinaisons spatiales tout aussi bien pensées (l'auteur revient un peu dessus entre les chapitres)... tout cela nous immerge sans difficulté dans un univers où grâce à l'hyper-navigation les années-lumière peuvent être parcourues en quelques jours. Un univers qui montrera encore bien d'autres qualités, à commencer par des faunes et des flores tout à fait uniques selon les planètes parcourues et bénéficiant de designs soignés. Et bien sûr, en plus de ses designs de tout ça, Shinohara se fera un plaisir, via certaines vues, de nous faire ressentir à quelques reprises l'immensité de l'espace, où on aurait vite fait de se perdre.

C'est donc au coeur de cet espace aussi vaste que riche et étonnant que nos jeunes héros vont devoir s'organiser pour espérer survivre. Il leur faudra essayer de tirer profit des technologies du vaisseau spatial fantôme (nommé Astra par leurs soins) en les remettant plus ou moins en marche afin de pouvoir naviguer, déterminer où ils se trouvent exactement avant d'envisager le moindre trajet, ne pas oublier de prendre en compte les bases de survie essentielles comme l'eau potable, celle destinée à leur permettre de se laver, les réserves d'oxygène, la nourriture... Autant dire que leur long périple devra se faire par étapes, avec si possible des escales sur des planètes inconnues en espérant y trouver des aliments comestibles et pouvoir y purifier de l'eau... L'auteur pense bien les choses et n'a aucun mal à les rendre stimulantes grâce à différentes surprises, à des petits dangers, à un rythme bien soutenu... Et afin de ne pas alourdir son surprenant récit de survie en plein espace, Shinohara a également la bonne idée d'y inclure un esprit assez positif dans l'ensemble, ainsi que pas mal de notes d'humour (très "Sket Dance" dans l'esprit) basées sur les différentes personnalités de nos héros.

Une autre qualité de l'oeuvre vient justement de ces héros, auxquels on s'attache facilement. Bien sûr, en un seul tome, Shinohara n'approfondit pas encore tous les visages, mais chacun d'entre eux est déjà assez bien installé. Que ce soit Luca Esposito, dont le père est politicien, et qui aime l'art car il est doué pour fabriquer des choses. Yunhua Lu, une jeune fille effacée, n'ayant aucune confiance en elle est considérant qu'elle n'a aucun talent (sans doute aura-t-elle plus tard l'occasion de se prouver le contraire). Ulgar, sans doute le moins amical et le plus mystérieux de la bande. Ou Zack Walker, génie ayant 200 de QI, possédant déjà son permis de pilote de vaisseau, ayant un père scientifique et voulant devenir chercheur. Cependant, ce sont bien les 4 autres figures qui se détachent le plus dans ce premier volume, à commencer par Kanata Hoshijima, notre héros, un garçon qui est capable d'être très drôle dans ses règles idiotes qui sonnent comme des évidences ou dans certaines poses faussement classes de leader autoproclamé, mais qui montrera vite derrière ça de belle ambitions où il aimerai devenir explorateur spatial, ainsi que de réelles valeurs d'entraide et de courage. C'est simple: il déteste qu'on juge une situation comme étant désespérée ! Mais d'où lui vient ce caractère ? On le découvrira dès ce premier tome, avec l'évocation de plusieurs facettes de son passé, que ce soit avec son mentor ou son père. Premier contact du lecteur dans la série, Aries Spring, apparaît instantanément mignonne et attachante, de par son comportement parfois délicieusement décalé: elle a beau être énergique, elle est également facilement distraite, se plante un peu dans le nom des gens, et surtout a du mal à ressentir les ambiances adéquates. Mais derrière ça, elle montrera elle aussi certaines qualités insoupçonnées, comme sa mémoire photographique. Enfin, il y a le cas des deux soeurs Rafaeli: la petite Funicia, assez drôle parfois (elle exprime ses contrariétés comme un vieux papi ronchon à travers B-Five, un animaloïd, c'est à dire une poupée exprimant ce qu'on pense), et sa grande soeur Quitterie, jeune fille qui apprend la médecine pour reprendre la clinique familiale, et dont le caractère est souvent agressif et un peu hautain, au point qu'elle contredit souvent les autres. Mais loin d'être gratuite, cette personnalité trouve sa justification pendant toute une partie du tome approfondissant un peu ces deux soeurs par le biais d'un danger. Si Quitterie a grandi comme ça, ce n'est pas pour rien, mais bien à cause de certains tourments familiaux. Et l'aventure qu'elle va vivre avec Kanata et les autres risque de la faire changer bien plus qu'elle ne le pense.

Le dernier excellent point de la série vient alors de sa promesse d'aborder avec un peu de profondeur chacun des personnages et de les faire évoluer, portés par un Kanata qui a conscience qu'ils doivent rester unis pour s'en sortir. Et cela permet même à Shinohara d'aborder quelques thèmes intéressants, bien sur autour du courage ou de l'amitié, mais également autour de la famille avec certaines relations parentales pouvant être des forces ou des faiblesses selon les personnages. Parents morts pour l'une, mère toujours absente et ne lui témoignant aucun amour pour une autre, père aimant mais dont il faut un peu s'émanciper pour Kanata afin de suivre sa propre voie...

Prenant, rythmé, immersif, bien narré, jouant très bien sur différentes ambiances et sur des personnages qui sont tous prometteurs, Astra - Lost in Space commence d'excellente manière et nous embarque sans la moindre difficulté dans son récit de survie en plein espace ! Côté édition, on a du bon travail de la part de nobi nobi !, avec surtout une excellente traduction de Manon Debienne et Sayaka Okada qui s'avère bien inspirée, ne serait-ce que dans le langage assez spécifique de certains personnages qui correspond bien à leur caractère. L'impression est très bonne, et le papier est assez souple. On pourra seulement reprocher une très légère transparence par moment, et une reliure un peu trop rigide. La première page en couleur est également un petit plus toujours agréable.
  
  
Chronique 1
  
En France, nous connaissons Kenta Shinohara pour le très boudé mais néanmoins très bon Sket Dance, gag manga qui se déroule en milieu scolaire, publié aux éditions Kazé. Plus récemment, au Japon, l'auteur s'est fait remarquer pour un autre titre, cette fois plus court. Publié entre 2016 et 2018 sur la plateforme Shônen Jump+, Kanata no Astra a rapidement charmé le lectorat nippon, si bien qu'il vient juste de remporter le prix Manga Taishô de 2019. Ajoutons à ça l'adaptation animée actuellement en chantier, et on peut être sûr que la série courte de Kenta Shinohara, terminée en 5 tomes, a su marquer son lectorat.
En France, contre toute attente, c'est Nobi Nobi ! Qui intègre le titre à son catalogue, avec parution du premier tome en ce mois de mars 2019.

Dans le futur, en 2063 précisément, l'humanité s'est ouverte aux voyages spatiaux. Comme chaque année, les étudiants du lycée Caird sont répartis en petits groupes pour un voyage scolaire au cours duquel chaque unité mène un véritable séjour de survie, sur des planètes habitables et non hostiles.
Aries, nouvelle arrivée au lycée et naïve de caractère, rejoint le groupe de l'intrépide Kanata et de sept de leurs congénères. Mais en arrivant sur la planète, le voyage scolaire tourne vite au cauchemar : tous sont engloutis dans une étrange sphère et se retrouvent à dériver dans l'espace, bien loin de leur planète de séjour. Fort heureusement, ils parviennent à rejoindre un vaisseau à la dérive. Loin de tout, le groupe entame une aventure de survie dans le large cosmos...

Avec Astra – Lost in Space, Kenta Shinohara se frotte à un registre totalement différent de Sket Dance. De la tranche de vie humoristique, nous passons à un récit d'aventure et de science-fiction avec sa dose de péripéties et de dangers. Pourtant, dans ce simple premier tome, la patte du mangaka semble intacte. On retrouve des personnages assez hauts en couleurs et des interactions bien trempées, qui amènent bon nombre d'instants légers et particulièrement drôle. Des figures rapidement rendues attachantes par leurs particularités et leurs développements, autre marque de fabrique du mangaka, qui placent immédiatement ses adeptes dans une façon de faire identifiable.

On se questionne alors sur la place de cette légèreté de ton dans un pitch comme celui d'Astra dont l'ambition semble logiquement de faire ressentir le danger d'une aventure risquée. Et justement, l'intention de l'auteur n'est visiblement pas de faire un récit de survie SF classique, mais bien de jouer avec les ambiances. La lecture de ce premier tome confirme cette impression : ce n'est pas tant l'impression de danger qu'on ressent, mais une certaine sensation feel-good qui s'appuie par la bonne humeur qui se dégage autour du groupe de personnage, et cet esprit de voyage scolaire à échelle stellaire parfaitement conservé. Une fois encore, Kenta Shinohara privilégie l'esprit de camaraderie chez ses personnages, qui ont la faculté de ne jamais être lisses. Chacun a son petit caractère et sa particularité, et l'auteur aborde même des développements plus dramatiques, humains et touchants, une particularité qu'il aime tant comme le prouve Sket Dance.

Astra – Lost in Space dégage donc une ambiance bien particulière qui contribue à notre immersion. Les pages se tourne sans qu'on s'en rende compte tant l'immersion au sein de la petite troupe de Kanata est efficace. Le tout parvient toutefois à se doter de petites doses de tension bien senties : le danger peut jaillir à tout instant, et les pages finales proposent une révélations qui vient secouer nos attentes. Clairement, nous sommes loin d'être au bout de nos surprises.

Aussi, le plaisir est visuel. On retrouve la patte caractéristique de Kenta Shinohara sur ses personnages, tous rendus charmants et bien vivants. Aussi, l'auteur prend plaisir à dépeindre des environnements nouveaux et exploite habilement les mille et une possibilités que lui permet une intrigue sur les voyages spatiaux. La pertinence visuelle des planètes renforcent le côté voyage, et il semble évident que le mangaka se fait plaisir avec une intrigue bien différente de sa série précédente.

En résulte un premier volume mené d'une main de maître, rythmé, drôle, intense mais aussi touchant ! Un voyage dans l'espace teinté de dangers, certes, mais bénéficiant d'une ambiance conviviale et d'excellentes dynamiques de personnages, rendant ce début de récit prenant de bout en bout. On regrette déjà simplement que le récit ne compte que cinq tomes, en espérant que sa durée soit celle prévue par l'auteur initialement.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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