Pont entre les étoiles (un) Vol.1 - Actualité manga

Pont entre les étoiles (un) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 24 April 2019

Chronique 2
  
Toujours désireuses d'étoffer leur catalogue avec des oeuvres qui ont quelque chose à dire, les éditions Akata nous proposent cette fois-ci de découvrir en langue française Seikan Bridge, la toute première série longue d'une mangaka qui se fait appeler Kyukkyupon et qui, auparavant, avait juste signé un récit court en 4 chapitres. Renommée Un pont entre les étoiles en France, la série dont il est ici question est bouclée en 4 volumes, et a été prépubliée de 2016 à 2018 dans le magazine Gessan des éditions Shôgakukan, magazine que l'on connaît dans nos contrées pour quelques autres excellents titres comme Le Chant des Souliers Rouges ou Les Misérables. Pour sa première série longue, Kyukkyupon a choisi de nous immiscer en un lieu et une époque parfois méconnues en occident: la Chine de la deuxième moitié des années 1930, à l'aube de la terrible guerre sino-japonaise.

Haru Matsubara est une petite fille japonaise de bonne famille, bien élevée, mais supportant assez mal de devoir quitter sa ville de Nagasaki pour aller s'installer avec ses parents en Chine et plus précisément dans la concession japonaise de Shanghai. La nouvelle vie qui s'ouvre pour elle ne la rassure aucunement, entre l'idée de devoir quitter tout ce qu'elle connaissait pour l'inconnu, et son père qui est toujours sur son dos. Heureusement, la gentillesse et la douceur de sa mère vient contrebalancer un peu la sévérité de son papa... mais est-ce suffisant pour que l'enfant s'adapte à son nouvel environnement ? Dans ce pays étranger, les gens lui semblent bien différents des Japonais, certaines habitudes aussi, les Chinois arpentant les rues lui semblent sales, elle ne parle pas la langue... et pourtant, elle va pouvoir compter sur une rencontre qui, avec ses dessins s'envolant et son irruption dans un arbre, semble presque tombée du ciel. En ce jour de Tanabata, la fête des étoiles, Haru fait la connaissance d'un petit garçon chinois qui va bouleverser sa nouvelle existence...

Dès les premières pages, avec sa façon de parler avec entrain, la colère de son père et sa moue, il paraît difficile de ne pas s'attacher à cette petite héroïne, et c'est encore plus le cas dans les pages suivantes où, à travers ses pensées ou ses pleurs, on cerne facilement sa peur face à une nouvelle vie dans un pays qui lui est totalement inconnu et où nombre de petites habitudes sont différentes, ne serait-ce que l'absence de tatamis et l'impossibilité (normalement) de marcher pieds nus dans la maison. La rencontre avec le petit garçon chinois, dont on apprendra le nom plus tard, risque alors d'être vite salvatrice pour elle, de par la curiosité que celui-ci provoque en Haru, et la gentillesse qu'il lui montre. Entre découverte des dessins passionnés de ce chinois qui semble aimer sa ville, la découverte de Shanghai qu'il va lui offrir, ou l'apprentissage de la langue et d'autres petites choses, Haru va pouvoir s'ouvrir à lui et s'y attacher, et l'inverse est également vrai. Forcément, certains éléments pourront paraître un peu rapides, surtout la façon dont Haru apprend très vite pas mal de bases de la langue chinoise, mais cela résulte surtout d'un désir de ne pas trop traîner inutilement en longueur, et surtout il en résulte de très belles choses autour de l'importance de s'ouvrir aux autres cultures sans préjugés et pour se forger soi-même. Et quelle plus belle période que l'enfance pour ça ?

Ainsi, ils ont beau être différents autant côté culture que côté nationalité, les deux enfants vont pouvoir apprendre beaucoup l'un de l'autre, s'attacher mutuellement le plus simplement du monde, car ils s'acceptent sans a priori... mais en toile de fond, on le comprend surtout dans la dernière partie du volume après une belle phase d'installation, l'amitié entre Haru et le petit garçon risque de vite être mise à mal à cause du climat de l'époque. Kyukkyupon, pour l'instant, se contente vraiment très brièvement d'évoquer le contexte de l'époque entre la Chine et le Japon qui sont proches de la guerre, mais déjà on ressent la tension qui s'installe, à travers le racisme ambiant, les brimades de certains garnements japonais envers le garçon chinois, ou les regards mauvais d'autre enfants chinois envers Haru. Nul doute que ce contexte historique tendu va alors s'accentuer par la suite, en promettant un récit qui devrait gagner en force.

On reste également intrigué par les toutes premières pages, où l'on comprend qu'une personne raconte l'histoire, et où on est curieux de voir quelle symbolique exactement aura la fête de Tanabata. Une symbolique qui pourrait revêtir plusieurs aspects, entre le fond de cette histoire, ou le fait que cette fête existe aussi bien en Chine qu'au Japon.

Visuellement, ce qui frappe en premier est sûrement le souci du détail que la mangaka veut offrir à son oeuvre. Les vêtements d'époque sont très soignés, tout comme les décors du Shanghaï des années 1930 qui sont omniprésents et assez riches et profonds sans être surchargés. A cela, Kyukkyupon ajoute des designs de personnages parfois légèrement caricaturaux mais très expressifs, où brillent surtout les visages tout en rondeur et en douceur de Haru et du petit garçon chinois. Un style doux et presque mignon qui a régulièrement des allures de livre pour enfants... ce qui est peut-être un choix volontaire, tant, pour l'instant, ce récit, dans ses visuels et dans son ton un peu enfantin (vu qu'on vit l'essentiel à travers Haru), pourrait aussi plaire facilement à un jeune public. Dès lors, Un pont entre les étoiles, s'il reste dans le même ton par la suite, pourrait être non seulement un joli récit pour les lecteurs plus âgés, mais aussi un manga sur la tolérance, la paix et l'ouverte accessible aux plus jeunes et donc essentielle. Affaire à suivre !

L'édition française est, dans l'ensemble, très agréable. la seule chose qu'on pourra lui reprocher concerne quelques problèmes de moirage, mais à part ça l'impression est très honnête, l'encre ne bave pas, le papier allie souplesse et épaisseur, et la traduction de Sébastien Ludmann est très crédible dans sa tonalité et dans le parler des jeunes personnages principaux. La postface de l'autrice est également assez intéressante, on y apprend notamment l'origine de son pseudonyme, et surtout l'élément familial passé où elle a puisé l'idée de son histoire, ce qui confère encore à celle-ci une aura un peu particulière.
  
  
Chronique 1
  
Friandes de faire découvrir de nouvelles autrices porteuses de belles thématiques, les éditions Akata accueillent aujourd'hui dans leur catalogue Kyukkyupon, avec Un Pont Entre les Étoiles, aussi appelé Seikan Bridge au Japon. Prépublié entre 2016 et 2018 dans le magazine Gessan des éditions Shôgakukan, le titre totalise trois tomes, et aborde le sujet délicat des relations sinno-japonaises à travers le regard de deux enfants...

En 1936 la jeune Haru déménage avec son père et sa mère, quittant Nagasaki pour Shanghai. La fillette est bien triste de quitter son chez elle, surtout pour un pays étranger dont elle ne connait rien. Sur place, le dépaysement ne manque pas : les tatamis qu'elle aime tant sont absents, et elle ne parvient pas à comprendre la langue locale.
Mais quelque chose va la faire changer d'avis, ou plutôt quelqu'un : un jeune enfant chinois qui vient à sa rencontre, curieux. D'abord réticente, Haru se prend d'amitié pour le garçon, et c'est pour mieux le comprendre qu'elle décide d'apprendre la langue chinoise et de sortir de chez elle. Mais une fois dehors, tout ne sera pas aussi positif...

Si on connait bien la période du XXe siècle par notre regard occidental, nos connaissances de cette période historique côté Japon sont un peu plus maigres. Ainsi, Un Pont Entre les Étoiles traite d'un sujet forcément instructif pour le lectorat francophone, à savoir les relations sinno-japonaises dans les années 1930, à travers le quotidien de la petite Haru qui découvre un pays fascinant, mais aussi toutes les tensions sociétales entre chinois et japonais.

Le sujet met pourtant un certain temps à s'installer, aussi ce premier tome n'a pas seulement pour vocation de nous parler de ces tensions ethniques. Avant tout, ce premier opus narre l'histoire d'un dépaysement à travers cette héroïne qui perd l'ensemble de ses repères, et à laquelle on s'attache aisément. Après tout, qui n'a jamais imaginé se lancer dans un voyage où toutes attaches seraient perdus ? Sur cette simple idée, Haru s'attire notre compassion, un début de série un peu amère qui plante en fait les bases d'une montée d'espoir qui s'associe à une présentation plus dure du contexte d'époque.

Le tome nous mène ainsi sur de fausses pistes à travers l'amitié entre Haru et ce jeune garçon, et l'autrice Kyukkyupon narre cette évolution de manière plutôt habile. A premières vue, le récit parle d'une simple amitié, sans vraies difficultés si ce n'est la barrière de la langue, enjeu peu à peu résolu dans le tome (et peut-être un peu trop vite). Néanmoins, c'est dans sa dernière partie qu'on sent les problématique que la mangaka souhaite instaurée. Il sera donc question d'écarts culturels mais aussi de racisme dans Un Pont Entre les Étoiles. Aussi, la réalité d'époque dépeinte est assez dure, difficile alors de ne pas se prendre d'affection pour le jeune binôme. Mais pour l'heure, la série n'a pas encore atteint la portée que les éditions Akata ont présenté lors de l'annonce du titre. Mais ce premier tome semble agir comme une introduction douce, qui fait petit à petit passer du dépaysement à la découverte, puis de la découverte à la désillusion. Il ne fait nuls doutes que le récit grimpera en puissance par la suite et que son message ne s'appréciera pleinement qu'une fois l'entièreté du récit publié.

A noter que ce premier tome surprend aussi par le parti-pris esthétique de Kyukkyupon. L'autrice a un trait fourni, mais surtout extrêmement expressif qui répond efficacement aux envie de découverte mutuelles des deux jeunes personnages. Si le père de Haru fait un peu peur par ses trognes, alors la jeune fille et son camarade des rues sont tout bonnement à croquer, leurs minois piquant notre envie de déambuler dans Shanghai à leurs côtés.

Alors, c'est un premier tome dépaysant mais plaisant par son ambiance qui nous est proposé. L'amorce du récit se fait tout en douceur, portant avec une belle légèreté visuelle les messages de la mangaka. Il y a de quoi être curieux d'observer les développements du récit, car Un Pont Entre les Étoiles présente déjà un beau potentiel.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.25 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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