Chiisakobé Vol.2

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 03 November 2016

"Chiisakobé-no Sugaru", ou le conte de l'attrapeur de tonnerre : légende d'un Empereur qui, il y a longtemps, aurait ordonné à un de ses serviteurs, Sugaru, de rassembler tous les vermisseaux du pays, les vers à soie, mais le serviteur aurait mal compris la demande et aurait réuni des enfants. Riant aux éclats face à cette situation, l'Empereur aurait surnommé son serviteur Chiisakobe-no Sugaru, puis lui aurait ensuite demandé d'attraper le tonnerre. "Chiisakobé" est un néologisme dont la signification se rapproche de "petit enfant". Quant à cette histoire racontée par Yûko à Ritsu puis par Ritsu à Shigeji, elle symbolise assez la situation actuelle du jeune charpentier : non seulement le fait que sa maison accueille des orphelins, mais aussi le fait qu'à l'instar de Sugaru, il doit affronter des épreuves difficiles.

Ces épreuves continuent dans ce deuxième volume de Chiisakobé, et peuvent à la fois simples ou plus complexes, amis dans tous les cas jamais faciles.
Evidemment, les soucis sont toujours là dans son travail de charpentier, et entre les avancées difficiles du chantier de de San-no-Machi et sa volonté de reconstruire Daitomé a priori tout seul, mais sans avoir les reins assez solides pour l'instant, Shigeji doit faire face à plusieurs situations, à commencer par l'incompréhension de ses collègues pour Daitomé ou pour les funérailles de ses parents, et par les doutes se montrant chez les employés, notamment autour de Masaru. La reconstruction, autant architecturale que psychologique, s'annonce décidément complexe, encore plus au vu des toutes dernières pages du volume...
Mais les problèmes ont aussi lieu à la maison, où il n'est pas forcément aisé de gérer des enfants : la pleurnicheuse qui a de la fièvre, Kikuji qui semble atteindre la puberté et s'intéresse à l'autre sexe en collant et observant un peu trop Ritsu... sans compter un début de tome où les 5 gosses s'enfuient sans rien dire... Par peur d'être séparés ? Ces enfants tombent malades, ont peur, sont violents, font des bêtises, veulent la destruction du monde... mais que cache exactement leur comportement ? Pas facile pour Ritsu et Shigeji de le déterminer, car comprendre l'autre peut décidément être difficile. Il y a alors des initiatives pouvant amener de nouvelles choses, de nouvelles pistes pour mieux se cerner : le désir de Ritsu d'écrire un livre qui pourrait aider les enfants, une sortie au parc forestier qui permet de mieux observer le rapport des cinq gosses avec Yûko... Pour comprendre certaines choses, il suffit parfois d'observer, ou d'avoir réellement la volonté de comprendre.

"Moi non plus, je... je ne comprends pas ce que je veux dire... laisse tomber."

Comme le montre la phrase ci-dessus prononcée par Shigeji envers Ritsu, il peut être très complexe de mettre des mots sur ce l'on veut dire, d'exprimer ses émotions par la parole, et l'observation des tics et comportements devient alors précieuse. Cette importance de l'observation reste par finement décortiquée par Minetarô Mochizuki, via les mêmes procédés que dans le tome 1, à savoir de très minutieuses présentations des parties du corps et de leurs petits tics permettant de cerner ce que Shigeji ou Ritsu ressentent. En exemple, on pourrait souligner la page 57, où l'on voit l'obstinée expression habituelle de Ritsu, puis des plans sur son poing serré, sur ses lèvres légèrement crispées... avant qu'elle s'énerve en hors-champ, crie sur les enfants. On ne la voit pas à cet instant, mais on devine à l'avance cette réaction, car on a pu l'observer. Il en est de même concernant la page 40, par exemple, où le focus sur les jambes accélérant de rythme témoigne du ressenti de Ritsu.

De manière générale, la minutie de Mochizuki se ressent à chaque case. Qu'il s'agisse d'un comportement, d'une partie du corps, d'un décor, de simples gestes du quotidien parfaitement captés (comme la confection d'onigiri en page d'ouverture du chapitre 11), de détails comme les vêtements (qui peuvent aussi dire beaucoup sur les personnages), les bentô alignés ou le linge étendu... Chaque élément apparaît méticuleusement placé et présenté de façon à attirer le regard du lecteur et à pousser à observer de près, à scruter le moindre plan. Chiisakobé est une lecture qu'il faut prendre le temps de parcourir, car elle titille totalement l'oeil et le sens de l'observation.

Ajoutons à cela quelques éléments que l'on cerne petit à petit des deux personnages principaux (des souvenirs de leur enfance commune, ce que faisait Shigeji pendant les années où il a disparu...), et l'on obtient un deuxième volume qui ne fait que confirmer toutes les qualités du premier tome.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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