Artiste - Un chef d'exception Vol.1 - Actualité manga

Artiste - Un chef d'exception Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 16 March 2018

Critique 2


Marco, jeune homme plutôt désinvolte, est le genre d'homme qui préfère enchaîner les jobs temporairement et changer régulièrement de travail, et cette fois-ci il a choisi de devenir plongeur pour un grand restaurant parisien. N'ayant pas vraiment de formation dans le domaine, il est confié aux bons soins de Gilbert Blanchard, un autre plongeur, chargé de l'aiguiller. Tout en se faisant au job, il constate que Gilbert est un peu maladroit, comme quand il casse une bouteille de vin offerte par le chef du restaurant, et qu'il manque totalement de confiance en lui. Et pourtant, ce jeune homme de 27 ans ne cesse de l'étonner, de par les nombreux détails qu'il connaît sur la cuisine et certaines prédispositions qui paraissent incroyables... Gilbert n'a-t-il toujours été qu'un simple plongeur ? Ou son parcours est-il tout autre ?


Après Les Gouttes de Dieu, les éditions Glénat reviennent au manga "culinaire" un peu "choc" avec Artiste, un chef d'exception, une oeuvre qui était d'abord prévue pour se nommer Le Maître des Saveurs en France, mais qui a finalement conservé son nom japonais d'origine (le nom japonais étant donc en français, ce qui colle bien au fait que la série se déroule à Paris). Il s'agit du tout premier manga de Taro Samoyed, une mangaka qui a choisi ce pseudonyme pour faire écho à son affection pour les chiens samoyèdes. L'éditeur semblant croire à sa série (peut-être parce qu'elle se passe à Paris), son autrice est invitée au salon Livre Paris.


On peut dire de ce premier volume qui se divise en deux parties, la première étant une sorte de "mise en bouche" qui installe les différents acteurs du restaurant de Calment, le chef. En cela, du coup, il ne s'y passe à priori pas forcément grand-chose, on se contente de découvrir une palette de personnages dans l'enfer des cuisines où personne ne chôme et où l'erreur est interdite, et on commence à en apprendre plus, en même temps que Marco, sur le parcours de Gilbert jusqu'à présent. Choses très appréciables, les différents visages ont tous quelque chose d'assez "authentique", sont tantôt un peu grandes gueules ou assez francs, s'agitent pas mal, ce qui les rend facilement plaisants à suivre, comme le chef Calment, son fils Maurice, le plongeur Yacine, l'exubérant Li... Et qui plus est, la plupart d'entre eux ont quand même droit à leur petite histoire. Reste que le personnage le plus intrigant est Gilbert, le personnage principal de l'histoire, que l'on découvre d'abord à travers l'arrivée de Marco, un bon moyen pour nous immiscer dans l'intrigue. Avec sa tête de chien battu, ses nombreuses maladresses apparentes et son manque total de confiance, Blanchard pourrait parfois agacer un peu tant il semble cliché, mais on devine déjà, à travers ce qu'on découvre de son parcours, que certains de ses traits de caractère (notamment sa confiance perdue) ont de réelles origines. Les pages sont bien animées par les personnages, mais il faut avouer que pendant cette première partie de tome (qui correspond à peu près à la moitié) on peut largement se demander où Taro Samoyed veut nous emmener. Car le sujet de la cuisine en lui-même ne décolle pas tout de suite, il ne faut pas compter sur des détails sur les plats et recettes comme dans certains autres mangas culinaires, le côté "coulisses des grands restaurants" se limite surtout à la plonge, et le cadre parisien ne se ressent pas vraiment.


Et puis arrive la deuxième moitié du volume, qui lance réellement les choses à partir du moment où une dure réalité tombe sur le chef Calment. Dès lors, on constate d'abord que Samoyed a très bien joué son coup, car une multitude de petits détails de la première partie sur Gilbert (la bouteille de vin cassée, son erreur de sauce sur un plat, pourquoi il s'est retrouvé à la plonge, la question de sa fiche de paie, pourquoi Calment semble lui porter une certaine affection malgré ses "maladresses"...) trouvent une explication ou un nouveau sens qui éclairent alors le récit et Gilbert sous un autre jour ! A partir de là, le récit s'emballe beaucoup mieux, laisse mieux appréhender la direction voulue, accentue bien ses enjeux, offre déjà quelques détails plus variés sur les coulisses des grands restaurants (par exemple, le rôle primordial du saucier), et propose même une immersion plus réussie dans le cadre parisien, avec même parfois un peu d'humour (Catherine et Maria en fin de tome sont assez géniales) et quelques petits détails montrant que la mangaka connaît quand même assez la Ville lumière (aaaah, le métro parisien...). Qui plus est, l'intérêt de Gilbert se voit définitivement consolidé par le parallèle avec Marco (qui ne semble être qu'un personnage d'introduction) : là où Marco est du genre à s'intéresser un peu à tout (c'est ce qu'il pousse à régulièrement changer de travail), Gilbert est un authentique passionné de cuisine qu'il connaît vraiment bien, d'autant qu'il a quelques facultés largement plus élevées que la moyenne en goût et en odorat. Dans son domaine, il a tout pour être un véritable artiste, et ça, même Catherine le comprend en fin de tome...


Visuellement, c'est globalement très plaisant, essentiellement grâce aux personnages aux contours légèrement épais, aux sourcils soignés (c'est un peu bête à dire comme ça, mais la dessinatrice semble accorder beaucoup d'importance aux sourcils, et ils participent beaucoup à l'expressivité), aux tenues, aux décors suffisamment élaborés (même si certains décors des rues parisiennes auraient pu avoir plus d'impact, l'architecture est respectée)... l'ensemble est très expressif et possède un côté authentique qui vient atténuer le côté "chic" qui aurait pur être lourd sinon. On tiquera juste sur certains visages un peu irréguliers quand ils sont de profil (surtout chez Gilbert, d'ailleurs).


Après une première partie qui peut éventuellement ne pas passionner, Artiste tome 1 se révèle être une bonne surprise dès qu'arrive la deuxième partie, qui fait très bien décoller les choses. En voulant visiblement privilégier les coulisses des travailleurs des restaurants sur la cuisine elle-même, l'oeuvre de Taro Samoyed devrait trouver sa propre voie dans le domaine des mangas "culinaires".


L'édition proposée par Glénat est plutôt plaisante, le papier est fin, mais pas transparent, l'impression est bonne, le lettrage est dans l'ensemble assez soigné. La traduction de Karine Rupp Stanko souffre de quelques tournures un peu ampoulées, mais dans l'ensemble c'est vraiment du bon travail, surtout pour faire ressortir tout le caractère des personnages.


Critique 1


Visiblement abonnées aux titres bons vivants (en atteste la saga des Gouttes de Dieu), les éditions Glénat décident de mettre nos papilles en ébullition en ce mois de mars 2018 avec le premier tome d'Artiste. Première œuvre de Taro Samoyed, une mangaka que les lecteurs français pourront rencontrer lors du salon Livre Paris 2018, Artiste est une œuvre qui a débuté en 2016 dans le magazine Gekkan Comic @ Bunch des éditions Shinchôsha. Comptant actuellement deux tomes au Japon, le titre nous arrive en France après avoir changé de nom à plusieurs fois. D'abord présenté comme « Le maître des saveurs », le manga conservera finalement son nom original : Artiste. Au programme, une œuvre sur la gastronomie, mais pas que...


Abonné aux petits boulots et ne trouvant pas sa voie, Marco est embauché pour faire la plonge dans le restaurant du chef Calment, grand établissement parisien. Pour le former : Gilbert Blanchard, un jeune homme assez discret, mais qui semble cacher ses talents. Dans son nouveau quotidien, Marco va prendre plaisir à échanger avec le timide Gilbert qui ne cesse de l'étonner avec ses connaissances en cuisine. Lui qui prétend n'être bon que pour la plonge, est-ce vraiment le cas ? N'aurait-il pas envie de se retrouver derrière les fourneaux ? Sa rencontre avec Marco, un homme plus audacieux, s'avèrera donc décisive...


Avec Artiste, c'est dans les coulisses des grands restaurants que nous sommes plongés. Pas dans une gastronomie fantasmée et adaptée à une série à rebondissements comme Food Wars, mais quelque chose de plus authentique. L'histoire est donc celle de Gilbert, individu timide dont les talents seront soulevés par Marco, son nouveau compère de plonge. Un pitch assez simple en surface, mais qui amène efficacement une ambiance et une volonté de la mangaka de montrer le côté impitoyable des restaurants gastronomiques, la sévérité du milieu notamment, et tout l'aspect mercantile et marketing qui peut y être affilié. Une optique plutôt nouvelle donc et qui amène clairement deux dimensions dans le titre : le parcours de Gilbert, et une description plus vaste de l'univers de la restauration.


Il est toutefois assez difficile d'avoir un avis définitif sur ce premier tome tant celui-ci ne semble que planter le décor. La longue première partie, au sein de l'établissement du chef Calment, n'est qu'un prologue, une manière pour présenter dans un premier temps un Gilbert qui n'a pas confiance en lui, pour lui permettre d'avancer, de trouver sa voie, et ainsi d'exploiter tous ses talents de cuisiniers. Une première partie pourtant loin d'être inintéressante tant le protagoniste se révèle attachant par sa timidité, ses amis tout aussi intéressants à suivre, et les quelques rebondissements qui surviennent posant quelques problématiques liées au milieu, bien qu'elle peuvent élargies à des domaines assez divers où l'image de l'artiste est primordiale.


Car au-delà des talents de cuisinier de Gilbert, ce premier tome plante les graines de tout un tas de thématiques dans lesquelles il est aidé de se reconnaître. Plus globalement, ce premier volume conte l'histoire d'individus qui peinent à trouver leur voie, ou qui ont du mal à assumer pleinement le chemin qu'ils ont emprunté. Il est question d'orientation et de rêve, Gilbert constituant une image optimiste de la quête professionnelle de chacun. La fin du volume, elle, ouvre de nouvelles pistes tout en donnant une toute autre direction à la série. Il sera donc question d'artistes, d'individus épanouis dans leurs arts respectifs, ce qui amène un chapitre final particulièrement humain et émouvant, ouvrant de belles perspectives pour la suite du récit.


Au milieu de tout ça, il n'est pas facile de savoir jusqu'où Taro Samoyed s'est documentée, et dans quelle mesure la mangaka met sur papier le fruit de ses recherches ou de ses expériences. En ce qui concerne le domaine culinaire, notamment la vision des dessous des grands restaurants, la frontière reste floue. Toutefois, on ne peut s'empêcher de croire que l'autrice décortique un Paris qu'elle connait et qu'elle aime tant les expériences du quotidien de Gilbert rappellent sans mal les expériences que quiconque habitué aux métros de la capitale aurait eu. Il y a donc des clins d'oeil amusants et une dimension authentique dans ce premier tome d'Artiste, qui aident à l'immersion dans la série.


Visuellement, c'est surtout l'habilité de la mangaka dans les expressions faciales des personnages qui rendent crédible ce premier volume. Son trait montre un certain cachet, et on apprécie le soin apporté aux environnements parisiens qui s'avèrent très fidèles aux architectures des arrondissements chics.


Côté édition, Glénat nous livre un travail correct. Le tome offre un papier souple, et la traduction de Karine Rupp Stanko s'avère fluide et vivante.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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