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Interview

Interview n°3

Interview n°2

Interview n°1

Il y a quelques jours, nous avons eu le plaisir de rencontrer Pierre-Alain Dufour et Olivier Pacciani, les deux fondateurs de la maison d'édition nobi nobi!, qui se spécialise dans la parution d'albums illustrés destinées aux enfants. Compte-rendu.
   

    
 
Manga-news: Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Tout d'abord, pouvez-vous vous présenter en quelques mots?
Pierre Alain Dufour: A la base, j’ai une formation d’ingénieur en informatique puis je me suis redirigé vers le graphisme. J'ai commencé à travailler dans le milieu du manga en 1994 en participant au lancement de l'association JADe, qui a par la suite créé la Japan Expo. Quand ce dernier se déroulait au CNIT, j'étais notamment en charge de tous les évènements culturels et je travaillais beaucoup avec les associations.
En 2004, j'ai intégré le staff de Taïfu Comics, en tant que graphiste et webmaster. Puis je suis devenu Responsable Communication de la maison d’édition. C'est à cette époque que j'ai rencontré Olivier...

Olivier Pacciani: Pour ma part, j'ai un cursus un peu plus simple que celui de Pierre-Alain (rires). J'ai commencé par étudier les arts plastiques et je suis passé par les Beaux arts. Je suis ensuite devenu graphiste. J'ai été le tout premier employé des éditions Taïfu Comics, où je réalisais les maquettes de tous les mangas. Par la suite, alors que le staff s'étoffait, j’ai supervisé le travail des infographistes et le processus de fabrication des livres en travaillant de concert avec les imprimeurs.

Pierre Alain Dufour: En 2007, nous avons quitté Taïfu Comics suite à un renouvellement complet de l'équipe. Avec Olivier, nous avons alors commencé à réfléchir à lancer notre propre société avec comme objectif de rester dans le domaine de l'édition et l’univers du Japon.
Le marché du manga étant quelque peu saturé, nous nous sommes naturellement dirigés vers quelque chose de différent. Finalement, l'idée d'éditer des ouvrages d'illustration destinés aux enfants s'est rapidement imposée à nous : en tant que graphistes, éditer des livres où l'illustration est au cœur de l’œuvre, est évidemment un réel plaisir.
Nous avons mis deux ans et demi à monter notre projet. Nous avons pris le temps de bien nous préparer avant de nous lancer dans le marché du livre jeunesse, qui, il faut l'avouer, est aussi concurrentiel que celui du manga, voire même plus ! Nous avons notamment suivi une formation en création et management d'entreprise. Nous avons également réalisé des études concernant le marché de la jeunesse en France.

Olivier Pacciani: C'est ainsi que nous avons opté pour la publication de six ouvrages par an pour commencer. A terme, nous aimerions augmenter notre production à dix à quinze titres par an.


Vous avez une idée du nombre de livres jeunesse publiés en France?
Il y a environ 6000 livres jeunesse publiés en France chaque année. 200 éditeurs se partagent le marché.
  



Dans ce chiffre, vous connaissez la part de titres issus du Japon?
Au cours de notre étude de marché, nous avons compté qu'en trente ans, il y a eu seulement 500 ouvrages de jeunesse japonais qui ont été traduis et publiés en France et ces 500 livres ne représentent qu’une vingtaine d'auteurs japonais.
Par rapport à la production globale, c'est très très peu!


Quelles sont les différences entre le marché du manga et celui de la jeunesse?
La première différence, fondamentale, est que bien souvent concernant le secteur de la jeunesse celui qui lit n'est pas celui qui achète. Ce sont les parents qui achètent pour leurs enfants. Il faut donc savoir s'adresser à la fois aux enfants et aux parents. C'est ce que nous essayons de faire avec nos livres.
Une autre différence est que les libraires sont encore plus regardants. Par exemple, ils ne s'offusqueront peut-être pas de découvrir quelques coquilles sur un manga de 200 pages par contre un livre illustré destiné aux enfants d’une quarantaine de pages se doit d’être irréprochable. Comme je l'ai dit il y a plus de 200 éditeurs qui évoluent dans le marché de la jeunesse, la lutte est difficile. Il faut donc être d’autant plus exigeant sur la qualité de sa production.


Pour plaire aux parents et aux enfants, quelles conditions doivent être réunies selon vous?
Il y a une condition essentielle: l'originalité. Et afin de dénicher des titres originaux, nous avons créé un comité de lecture, composé notamment de jeunes mamans et de professeurs des écoles. Nous avons ainsi pu lire les livres ensemble et débattre de leur intérêt au sein de notre catalogue, et plus particulièrement de leur place dans telle ou telle collection.


A ce sujet, pouvez-vous nous en dire plus sur la collection 1, 2, 3 Soleil?
Cette collection est destinée à de jeunes lecteurs, âgés de trois à cinq ans. Elle se caractérise par des histoires humoristiques au graphisme décalé dans la plus pure tradition des livres Jeunesse. En effet le trait simple et épuré rappelle celui d'un enfant.
    


Le premier ouvrage de cette collection est Papa Renard. Pourquoi avoir choisi ce titre et pas un autre?
Déjà, il faut savoir  que Tatsuya Miyanishi est une référence au Japon. Ce qui nous a attiré dans un premier temps, c'est son graphisme très marqué et différent de ce qu'on peut voir habituellement. Ses dessins ne laissent jamais indifférents et interpellent le lecteur, et le fait de créer des réactions était justement ce que l'on cherchait.
L'autre point intéressant, c'est le caractère universel des ouvrages de Miyanishi, qui peuvent sans souci être diffusé en Occident. C'est vraiment un auteur que nous avons envie de suivre !


Quel sera le prochain titre de la collection 1, 2, 3 Soleil?
De nouveaux titres sont bien évidemment prévus dans cette collection mais pour l'instant rien n'est signé.
Quoi qu'il en soit, nous conserverons le côté humoristique et décalé qu'on peut retrouver dans Papa Renard.


Quelques mots sur votre deuxième collection, Soleil Flottant?
La collection Soleil Flottant marque notre envie de faire découvrir du vrai graphisme asiatique aux enfants. Pour inaugurer cette collection, notre choix s'est porté sur Princesse Pivoine de Ein Lee. Les graphismes de ce titre sont particulièrement séduisants, tant et si bien qu'on a l'impression de regarder un artbook doté d'une histoire...
   


 
Comment avez-vous trouvé ce titre?
Nous avons cherché sur internet des auteurs prometteurs. Fait assez surprenant, ce sont la France et le Japon qui nous ont donné le moins de retour. Nous avons par la suite pris contact avec Ein Lee et avons été surpris par son talent, d'autant plus qu'à l'époque de notre rencontre, elle n'avait que 19 ans. Ein Lee est une jeune artiste très prometteuse qui a déjà remporté plusieurs prix et a même été exposée à Londres.


Enfin, il y a une troisième collection, intitulée «Hors Collection»...
Cette collection, dont le but est de présenter un autre Japon, loin des stéréotypes, sera inaugurée en mai avec la parution de 1000 vents, 1000 violoncelles. C'est notre rencontre avec l’auteur, Hideko Ise, qui a été déterminante dans le choix de ce titre. Le contexte de l'ouvrage est le tremblement de terre de Kobé, qui est survenu en 1995.
Avec 1000 vents, 1000 violoncelles, Hideko Ise va raconter l'expérience de trois personnages: un jeune garçon, une fille et un vieil homme, qui vont participer au concert «1000 violoncelles», qui a pour but de lever des fonds pour aider les victimes de ce tremblement de terre.
A travers ce concert, ces trois personnages vont apprendre à dépasser la peine due aux pertes qu'ils ont subies durant la catastrophe.
Même si Hideko Ise n'a pas vécu ce tremblement, elle ne s'est pas contentée de lire des ouvrages sur le sujet pour réaliser son livre. Elle s'est rendue sur place, quelques temps après la catastrophe et armée de son carnet de croquis, pour découvrir par elle-même l'étendue des dégâts...
  

  
  
Comment procédez-vous pour repérer vos futures acquisitions?
Actuellement, ce sont surtout les salons internationaux qui nous donnent l'opportunité de rencontrer les éditeurs, comme par exemple celui de Francfort ou celui de Bologne. Dans ces salons, nous récupérons tous les catalogues des éditeurs afin de dénicher des titres qui nous intéressent.


La dernière question sera d'ordre technique. Le processus d'acquisition des titres jeunesse est-il semblable à celui du manga?
Il est beaucoup plus simple que celui du manga. Par exemple, il ne faut pas obligatoirement avoir déjà sortir un livre avant de pouvoir travailler avec les japonais. Nous ne sommes pas obligés de faire nos preuves avant de prétendre pouvoir travailler avec les agents japonais du secteur jeunesse. De la même manière, les processus de validation sont un peu moins stricts que dans le manga.


Merci beaucoup pour cet entretien!
 
 
Remerciements à Pierre-Alain Dufour et Olivier Pacciani.

MN Actus
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