Fireworks - Actualité anime

Fireworks

Critique de l'anime : Fireworks

Publiée le Mercredi, 03 Janvier 2018

En 1993, le cinéaste japonais Shunji Iwai réalise un téléfilm d'une cinquantaine de minutes : Uchiage Hanabi Shita Kara Miru ka ? Yoko Kara Miru ka ? (littéralement « Faut-il voir les feux d'artifice par le bas ? Ou par le côté? »).
En 2016, le studio d'animation Shaft, connu pour sa saga Monogatari, l'adaptation animée de Nisekoi ou celles de Negima, entreprend d'adapter cette histoire en film pour une sortie cinéma japonaise qui a lieu en août 2017. A la réalisation du projet, un animateur qui signe sa première grosse production puisqu'à part avoir signé quelques character-design ou dirigé des épisodes ci et là, Nobuyuki Takeuchi signe son premier gros projet. D'une longueur, plutôt modeste, de 90 minutes, Fireworks a rencontré un faible succès aux boxes-offices nippons. Cela n'empêche par Eurozoom et @Anime de travailler main dans la main afin de nous offrir le film en France pour démarrer l'année 2018, en attendant une future sortie DVD et Blu-ray chez l'éditeur physique. Renommé Fireworks chez nous, le film mérite en effet d'être-vu, ne serait-ce pour son spectacle visuel et ses partis-pris qui vont souvent dépendre du ressenti et de l'interprétation de chacun.




Dans le collège d'une bourgade rurale et paisible, la jeune Nazuna est une élève discrète. Suite au remariage de sa mère, elle s'apprête à déménager durant l'été. Norimichi et Yusuke, deux amis dans la même classe que Nazuna, semblent avoir un faible pour la silencieuse adolescente. Lorsque celle-ci provoque les compères dans une course de natation, Yusuke gagne et remporte le droit d'être invitée par Nazuna au feu d'artifice local. Alors que Norimichi, Yusuke et leur bande de copains se demandent si les feux d'artifice sont plats ou ronds, Norimichi va être amené à faire d'importants choix, au cours de cette journée. En effet, finissant par accompagner Nazuna, il pourrait se découvrir le moyen de changer cette fin d'après-midi, à deux doigts de virer au cauchemar...




S'il reste un secteur de niche, le cinéma d'animation japonaise conserve son intérêt auprès d'une tranche de spectateur. Qu'il s'agisse d'adaptations de séries-fleuves comme One Piece ou Naruto, ou des productions originales comme les œuvres de Mamoru Hosoda (Les Enfants Loups ou Le Garçon et la Bête) ou du studio Ghibli, chaque sorti a su attirer de nombreux férus d'anime ou de pop culture nippone. Un effet peut-être renforcé avec Your Name. , film de Makoto Shinkai qui a remporté un succès monstre au Japon et jouit d'une très bonne notoriété en France. Si on était loin d'un succès à l'image de Star Wars ou autre blockbuster lors de la sortie en salles dans l'hexagone, le film a su faire parler de lui. C'est peut-être dans cette optique que nous avons eu un bon quota de longs-métrages d'animation japonaise en 2017 : Lou et l'île aux sirènes, ou Dans un recoin de ce monde. 2018 est ainsi marqué par la sortie en salles de Fireworks, tandis que suivra dès le mois de janvier Mary et la fleur de la sorcière, produit le studio Ponoc, créé par d'anciens membres du studio Ghibli. Cette effervescence incite alors à soutenir ces initiatives de sorties, qui intéressent un public de niche et qu'on souhaite alors épauler, ce même sans forcément connaître la qualité de l'oeuvre qui se cache derrière.




Il n'est toutefois pas question de comparer Fireworks à Your Name. , les deux productions ayant pour seul point commun une romance marquée par un élément fantastique, mais ça s'arrête-là. Le film de Nobuyuki Takeuchi surprend d'abord par le caractère plutôt vague de son intrigue et ne nous dicte pas immédiatement les enjeux de l'histoire et à moins d'avoir lu le synopsis en amont, il est assez difficile de savoir à quoi s'attendre. Va-t-on suivre les histoires d'amour d'été ordinaires de Norimichi et Yusuke, deux collégiens épris de la belle et discrète Nazuna ? A moins que ce soit l'histoire de la demoiselle contrainte malgré elle de déménager ? En réalité, Fireworks est un mélange de ces pistes. Mais il faut attendre une bonne demi-heure pour connaître les intentions de l'intrigue, le film prenant soin d'introduire une séquence d'introduction vague, mais qui a le mérite de titiller notre curiosité, de narrer la situation de Norimichi, Yusuke et leur bande de copains qui s'interrogent sur la forme des feux d'artifice, une fois éclatés dans le ciel, les sentiments des deux jeunes hommes et le comportement de Nazuna à leur égard. Même le passage de la course de natation, pourtant ô combien cruciale dans le film, n'est qu'un élément qui amorcera plus tard le véritable objectif du film, et ne sert pas à lancer véritablement l'histoire. Si certains pourront trouver cette introduction longuette, ce sentiment de ne pas tellement savoir où le scénario nous dirige a pourtant quelque chose de plaisant. On se laisse alors happer par cette ambiance tranche de vie-, ce quotidien d'été de collégiens pas bien futés, à l'humour graveleux comme on a tous pu l'avoir à leurs âges, mais qui seront portés par leurs premiers émois amoureux.




Par la suite, le film s'affirmera comme l'histoire de Norimichi et Nazuna, la situation de la jeune fille servant de déclencheur aux choix de l'adolescent dont les décisions seront exaucées par un certain élément fantastique qui restera abstrait jusqu'au bout du film. Oui, Fireworks propose du surnaturel, mais plus qu'un outil de fantasy voué à amener des révélations progressivement, cette mécanique est surtout un excellent moyen pour appuyer une idée de construction de l'intrigue, le développement du héros aussi, de créer de la poésie et garder un côté abstrait qui perdurera jusqu'à la fin. A plusieurs reprises, on se questionnera alors sur ce que vivent les protagonistes, si les événements sont de l'ordre du rêve ou du rationnel, ou alors un peu des deux. La conclusion ira même dans ce sens et frustrera ceux qui aiment avoir une fin bouclée et sans points d'interrogation. La fin sera celle des réflexions du spectateur, plusieurs idées crédibles pouvant être émises.




Pourtant, il y a du rationnel dans Fireworks : sa relation centrale et son idée de l'amour entre adolescents. Les sentiments de Norimichi envers Nazuna sont connus depuis le début, et le héros ne s'en cache pas vraiment. L'enjeu n'est donc pas la construction de la relation entre les deux individus, mais plutôt ce qu'elle va amener : des rivalités entre amis, un drame familial, ou cette frénésie de l'amour que tous ceux qui ont vécu leur premier amour connaissent. Cela se traduit par une volonté de Norimichi à se surpasser et réparer les erreurs commises au cours de la journée, où à commettre l'insensé dans le simple but d'être avec l'élue de son cœur, Nazuna. En ce sens, les idées de l'intrigue sont claires, et son message passe très bien du début à la fin.




La réalisation de Nobuyuki Takeuchi est habile dans cette idée puisque la mise en scène suffit pour retranscrire tous les dilemmes amoureux du film. La volonté de l'intrigue est honorée par la mise en scène, ainsi que son côté fantastique puisque la réalisation sait insister sur les éléments peu rationnels qui empêchent parfois le lecteur de se situer par rapport aux événements. Pourtant, tout n'est pas que maîtrise dans l'animation, et certains points pourront être critiqués. Certains mouvements de personnages s'avèrent sur-animés, on relèvera un CGI incrusté de manière maladroite par instants (lors de certains passages à vélo, par exemple), ou des choix esthétiques qui tendent à dénaturer l'ambiance de la scène. Certains plans de caméra, quelques musiques qui semblent rien n'avoir à faire là... On pourrait aussi soulever le délire idole du film, mais celui-ci sert un propos et étoffe la psychologie de Nazuna, une jeune fille qui, plus que fuguer, veut vivre une folle histoire d'amour et d'évasion digne d'un film Disney, ce à quoi pourra renvoyer le passage musical du film. Il est donc délicat, parfois, de juger objectivement la réalisation, tant certains pourront rester insensibles à certains choix tandis que d'autres y verront un moyen de servir l'ambiance ou le propos du scénario.




Reste que sur le plan technique, Fireworks est un beau film. Ses couleurs vives sont maîtrisées, un art dans lequel le studio Shaft semble être passé maître, son character-design réussit et parfois à montrer des collégiens qui ne sont plus des enfants, mais sont encore loin d'être des adultes, vivant cette phase de transition assez délicate dans la vie d'un humain. On ne pourra que conseiller, une fois l'édition physique parue, de tenter l'expérience en haute définition pour apprécier la qualité visuelle du film.

Alors, Fireworks est un film qui va peut-être diviser. Certains pourront le trouver longuet ou trop abstrait dans sa finalité, tandis que d'autres se plongeront dans cette amourette d'adolescents et cette histoire fantastique pleine d'images et d'espoir. C'est peut-être ça le plus intéressant : Fireworks constitue une expérience à part entière, et chacun en tirera son interprétation de l'histoire, du ressenti de l'esthétique, ou son intérêt des messages, ce parce que le film se montre volontairement vague sur bien des points.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

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MN Actus
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