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Manga Nouvelle rencontre avec Stéphane Ferrand, autour du rachat de Vega par Dupuis


Samedi, 28 November 2020 à 18h00 - Source :Rubrique interviews

Un peu plus tôt dans le mois, nous apprenions le rachat de Vega par l'éditeur franco-belge Dupuis, dirigé depuis le mois de mai par Stéphane Beaujean. Une annonce qui intervient dans un contexte particulier mais qui avait de quoi rassurer, car Vega n'avait plus donné signe de vie depuis un moment, et beaucoup s'inquiétaient sur le devenir de la collection.

Stéphane Ferrand, fondateur de la maison d'édition, est donc sorti du silence, et peut désormais s'exprimer clairement sur les enjeux de ce rachat. Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec lui afin d'évoquer l'évolution de Vega, qui devient Vega Dupuis, et ce qui attend les lecteurs pour l'année 2021.



Stéphane Ferrand

Pour Vega, comment s'est passée cette année 2020 ?

Stéphane Ferrand : Difficile et compliquée, y compris pour beaucoup d'amis éditeurs. J'avoue être content d'avoir pu finaliser la passation de Vega. J'espère que les gens prendront ça comme une bonne nouvelle parce que les mauvaises, on les égrène depuis des mois. On sait que dans ces moments de crise globale, il y a des effets de concentration entre les entreprises. Même si certaines sociétés d'édition de manga sont en difficulté, on pense toujours à garder espoir, dans le sens où ces entreprises peuvent ne pas disparaître totalement. Certaines boîtes peuvent être rachetées, et des éditeurs peuvent être englobés par d'autres afin d'étendre leurs potentiels. J'espère que le rachat de Vega sera perçu comme quelque chose d'encourageant dans une période mortifère. Il y a néanmoins encore des choses à faire, du travail à proposer et des acteurs à séduire.


Comment s'est déroulée cette association avec les éditions Dupuis ? Est-ce Stéphane Beaujean qui est venu vers toi ?

Stéphane Ferrand : Au contraire, c'est moi qui ait approché les éditions Dupuis. (rires)

Il y a eu un alignement de planètes. Le début de l'année était assez difficile, car nous avions évoqué la fin de Vega avec Steinkis. Nous étions parti pour nous relancer avec une stratégie solide, notamment avec des titres importants comme Natsuko no Sake ou Birdmen, un premier shônen fantastique censé carburer en termes de ventes. Et là, clac ! La maudite période nous tombe dessus ! Ça nous a un peu coupé les ailes, et plusieurs solutions ont été envisagées. Il a fallu réfléchir avec différents éditeurs, voire s'ils étaient intéressés par une reprise. Puis, j'ai eu l’opportunité de discuter avec Stéphane Beaujean qui m'a confié que Dupuis voulait se lancer dans le manga. C'est un domaine dans lequel ils voulaient poser un pied, mais qu'ils n'avaient jamais approché. Il y avait une porte ouverte, et une rencontre pour faire une proposition pour Vega était possible. Stéphane Beaujean est aussi mon ami, il connaissait donc bien mon catalogue et ses titres, et il savait dans quoi il s'engageait. Évidemment, on ne rachète pas une boîte pour faire plaisir à son pote. Mais il a vu que sur des titres comme Zozo Zombie et Chisako Garden, il y avait un schéma très "Dupuis", d'une certaine façon. Le côté seinen correspondait à ce qui se fait dans Air Libre, on a même songé à transférer Journal d'une vie tranquille dans ce catalogue. Ça ne s'est pas fait, car l'éditeur japonais n'était pas d'accord. Vega s'ouvrait aussi sur un segment qui intéressait Dupuis : Le segment adolescent. Birdmen était tout à fait représentatif de cette optique. Tout était donc parfaitement corolaire.

Jusqu'à mars-avril, c'était la déprime. Puis tout s'est inversé de manière quasiment miraculeuse, dès le mois de mai. Il y a ensuite eu l'exercice de ne rien pouvoir dire à personne, car nous étions dans de longues phases de négociations. Tout est maintenant finalisé, y compris les contrats avec les ayant-droits japonais.


Tout n'a peut-être pas tant bougé que ça, dans le sens où ça reste sous ta coupe...

Stéphane Ferrand : Oui, surtout sous celle de Stéphane Beaujean qui directeur éditorial de l'ensemble, tandis que je reste éditeur senior sur le label. Il y a une grande confiance entre nous, même si ça ne m'empêche pas de lui soumettre les nouveaux titres selon un processus classique. En même temps, en intégrant Dupuis, on m'a aussi confié la charge du webtoon avec la plateforme Webtoon Factory. Ce n'est pas incohérent, car c'est soluble avec le manga. A savoir que c'est une entreprise unique dans le domaine, car elle est la seule à développer des projets avec des auteurs français, sur de la franco-belge. Nous ne sommes pas sur de l'achat de droits coréen, ce qui inclus des spécificités à mettre en avant.

Pour parler de la reprise des titres, ou du lancement des nouveaux, tu es fixé au mois de mars 2021 ?

Stéphane Ferrand : Oui, je pense que la reprise se fera en mars. Bien-sûr, nous allons reprendre toutes nos séries et poursuivre celles déjà commencées. On va surtout augmenter le rythme de parution, donc nous reviendrons sur un volume tous les deux mois. Nous entamerons aussi une opération de recrutement sur un certain nombre de titres, avec des volumes à petits prix. Cela permettra à ceux qui n'ont pas pris le train en marche de pouvoir se rattraper à moindre frais. L'ambition sera de publier 45 volumes et potentiellement lancer 4 nouvelles séries en 2021, sachant que nous en avons 12 ou 13 en négociations de droits.

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Tu as aussi évoqué la prépublication, ou du moins la présence d'auteurs japonais au sein des magazines de Dupuis...

Stéphane Ferrand : En dehors de Vega même, il existe un schéma chez Dupuis qui permet d'envisager un travail en 360. En premier lieu, il y a le Journal de Spirou, une opportunité exclusive à l'éditeur. Sans impacter de manière définitive la nature de la revue, ce qui consisterait en un sacrilège qu'on ne commettra pas, on pourrait proposer un encart détachable pour publier des extraits parfaitement adaptés au lectorat. C'est un outil que nous pouvons travailler.

A côté de la parution physique, il y a aussi la parution digitale, qui n'existait pas chez Vega. Dans le groupe, il y a la plateforme Izneo sur laquelle nous pouvons proposer des choses.

Aussi, on n'oubliera pas qu'autour de la galaxie Dupuis spécifiquement, il y a Mediatoon qui nous permet d'avancer sur la question des licences sur du 360. On peut acquérir le droits de prépublication, les droits d'édition papier et numérique, mais aussi les droits audiovisuels si un dessin animé a lieu. Dans le domaine de l'improbable, on pourrait même s'étendre au jeu-vidéo avec Microïds.

Éditorialement, on peut développer le travail de manière plus large. Aujourd'hui, nous faisons de l'achat de droits. Demain, et c'est notre ambition, on s'autorise à publier directement des auteurs japonais, sans passer par des éditeurs. Cette question est ouverte sur un schéma plus pop-culture, comme ce que j'avais fait autour de Cagaster. C'est un titre développé directement chez Glénat, revendu au Japon puis ensuite adapté en anime, à Netflix, qui a même été diffusé sur la plateforme chez nous. Je suis tombé sur le dessin animé totalement par hasard en regardant Netflix, et c'était une bonne surprise ! En même temps, un titre comme Le voleur d'estampes est totalement conceptuel et correspond à un imaginaire Aire Libre. La troisième possibilité serait de publier des auteurs occidentaux qui ont réussi à digéré les codes manga, la narration, le travail des personnages, comment on les définit... Je n'inventerai absolument rien, évidemment, puisque d'autres éditeurs l'ont déjà fait. Cela permettra à cette génération d'artistes d'émerger encore mieux.

Vous aurez un dénominateur commun avec les éditions Kana désormais, puisque Dupuis et Dargaud appartiennent au même groupe, Média Participations. Cela risque-t-il de créer une concurrence entre vous ?

Stéphane Ferrand : Aucunement, puisque je me retirerai sans soucis d'une négociation si Kana se trouve aussi dessus. Ce sera mon choix, sachant que chacun de nous a ses interlocuteurs. Kana travaille facilement avec Shûeisha tandis que de notre côté, nous sommes en contact avec Kadokawa Shoten, qui n'est pas forcément un ayant-droits traitant beaucoup avec Kana. Kadokawa est un éditeur ayant la particularité de travailler le 360, voire de publier des mangas adaptés de dessins-animés et non pas le contraire. A mon époque Glénat, je pense avoir pu créer des succès autour de titres sur lesquels nous n'avions pas de concurrence. Quand j'ai négocié Tokyo Ghoul, je n'avais quasiment personne en face. Pour Les Gouttes de Dieu, ce sont les autres éditeurs qui l'avait refusé. Le pire étant que j'ai eu cette œuvre pour une bouchée de pain.


Pour finir, pourrais-tu récapituler le planning des festivités à venir, et du relancement de Vega ?

Stéphane Ferrand : L'annonce de l'intégration de Vega chez Dupuis a été faite, mais il y aura un gros trou jusqu'au mois de mars 2021. Mon idée, en premier lieu, est de d'abord communiquer sur la méthodologie globale. J'ai fait cette interview auprès de Manga News, mais aussi auprès d'autres médias.

En décembre, je voudrais proposer autre chose : Le planning de l'année à venir, afin de rassurer le public en leur donnant des rendez-vous. A partir de janvier, je communiquerai sur le redémarrage de Vega puisque nous ouvrirons un site internet. On reprendra la main sur les réseaux sociaux développés avec Steinkis, mais qui ont été laissés à l'abandon. Le même mois, on aimerait présenter les nouvelles séries à paraître en 2021, sachant qu'elles seront lancées vers juillet ou septembre. Puis, à partir de février, on se concentrera sur le relancement de mars : La suite des titres déjà lancé, et les différentes opérations spéciales.

Remerciements à Stéphane Ferrand pour le temps qu'il nous a accordé, et pour ses réponses.




Comments

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Youpi !!! Cette interview fait chaud au cœur ! J'espère que les projets se maintiendront, même si on doit subir un troisième confinement ! J'ai tellement hâte, vivement mars !!! ♥

Alyalilou

De Alyalilou, le 24 December 2020 à 10h30

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Vivement le mois de mars !

wARRiba

De wARRiba [643], le 17 December 2020 à 23h26

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En parlant de Média Participations, est-ce qu'il existe sur le site ou ailleurs une infographie ou autre récapitulant qui possède quoi/qui dans le paysage du manga en France svp ?

Kikuchi

De Kikuchi, le 29 November 2020 à 14h10

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Je prends rdv pour natsuko no sake en mars !C'est dommage, il ne parle pas de la politique des prix de dupuis, vega va-t-il rester sur ses prix ronds ?

 

cti

De cti, le 28 November 2020 à 19h14

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