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Manga Interview de Camille Moulin-Dupré


Dimanche, 18 September 2016 - Source :Rubrique interviews

Camille Moulin Dupré, auteur et réalisateur français, était présent à Japan Expo pour promouvoir Le voleur d'estampes, sa dernière œuvre en date licenciée chez Glénat. Avec cette série il propose un récit se déroulant dans le Japon féodal, et dont les graphismes s'inspirent des estampes japonaises.

Voici le compte-rendu de l'interview qu'il a eu la gentillesse de nous accorder !


 

Manga-News: Bonjour Camille ! Pourrais-tu te présenter et nous dire comme tu es devenu dessinateur de BD ?
Camille Moulin Dupré : Bonjour à tous les lecteurs de Manga-News, je m'appelle Camille, et je suis dessinateur de manga mais aussi réalisateur de films d'animation. J'ai aussi travaillé en tant que directeur artistique dans le jeu-vidéo. Au niveau de mon parcours scolaire, après avoir étudié à la Fac où j'ai appris un peu la langue japonaise, j'ai eu un diplôme des Beaux arts. A la fin de mes études j'ai présenté un dessin-animé dans lequel j'expérimentais la narration en case de BD. Par la suite un producteur m'a contacté et m'a permis de travailler peu de temps après la fin de mes études.

Concernant l'animation j'ai tout appris en autodidacte. J'ai une forte sensibilité pour le cinéma et la narration visuelle, et si j'ai voulu faire du dessin-animé c'est parce que j'ai été nourri plus jeune par les mangas mais surtout l'animation japonaise.
 

Peux-tu nous en dire plus sur la genèse du projet Le voleur d'estampes ?
A la base, Le voleur d'estampes a été pensé comme un projet transmédia. L'idée était que tout ce que je dessinais pouvait être animable, mais aussi être lu sur tablette numérique. Et c'est en lisant le Samourai Bamboo de Taiyô Matsumoto que j'ai eu envie d'ancrer mon récit dans le Japon de l'époque d'Edo.
 
 


Pourquoi avoir choisi l'estampe pour dépeindre ta série ? Qu'est qui t'a plu dans ce genre artistique ?
Après avoir expérimenté la narration par case dans mon film d'animation Allons-y Alonzo, j'ai eu envie de me renouveler graphiquement et je voulais me rapprocher du Japon. Lorsque j'étais petit, dans les années 80, mon père, qui est artiste, a eu l'opportunité d'aller plusieurs fois au Japon et il a ramené des estampes lors de ses voyages. J'ai donc "baigné" dans l'estampe depuis que je suis tout petit !

D'autres raisons ont participé à cette envie de dessiner sous forme d'estampe : certains jeux-vidéo, comme Okami par exemple, mais aussi des expositions auxquelles j'ai assisté, des rencontres... m'ont donné envie d'utiliser l'estampe. Et puis je me suis rendu compte qu'en étant rigoureux, il était possible de faire la bande-dessinée juste en utilisant les codes de l'estampe. D'ailleurs le seul élément propre à la BD que j'ai utilisé dans ma série est la speedline (trait de vitesse, ndlr).





La réalisation de cette série a-t-elle nécessité un travail de documentation particulier ?
Je me suis acheté beaucoup d'ouvrages, dont certains lors d'un voyage au Japon. Je peux notamment citer un livre qui s'intéresse à Hiroshige, Les cent vues d'Edo, et qui propose différentes vues de la ville mais aussi une cartographie comparative entre la ville à l'époque d'Edo et le Tokyo actuel.
Depuis le milieu des années 2000, je télécharge également beaucoup d'estampes d'artistes tels que Hiroshige ou Harunobu, via l'outil de recherche ukiyo-e.org. J'en ai accumulé énormément et je prends beaucoup de plaisir à les regarder car ça me donne de l'inspiration. J'ai aussi été en bibliothèque et à la Maison de la culture du Japon pour me documenter sur l'Histoire du Japon car je souhaitais que le contexte historique de ma série soit précis.


Quelle est la part de l'informatique dans l'élaboration du Voleur d'estampes ?
Elle est très importante. A la base je suis un graphiste, je travaille donc à la palette graphique et utilise beaucoup de techniques informatiques, ce qui permet de gagner aussi bien du temps mais aussi de la productivité lorsque je dessine. Je travaille beaucoup sur photoshop avec des centaines de calques. Vous pouvez d'ailleurs avoir un aperçu des calques que j'utilise sur une vidéo de ma chaine youtube (video disponible à cette adresse, ndlr). L'outil informatique a des aspects très intéressant, comme le fait de pouvoir faire des modifications à volonté, de revenir en arrière via un simple "Crtl + Z". Comme je dessine mes décors et mes personnages séparément, je peux réutiliser mes décors de façon illimitée, et j'ai juste à greffer le personnage dans la positon souhaitée et sur le décor voulu pour avoir le rendu que je souhaite.


Pour moi, l'estampe ukiyo-e est un art "chaud" qui repose beaucoup sur les couleurs et un travail artisanal, et qui s'oppose un peu à l'outil informatique, qui donne souvent un rendu graphique assez "froid". Qu'en penses-tu ?

Je n'ai jamais touché de pastel de ma vie, alors qu'à contrario j'ai toujours aimé le dessin technique et le côté "propre" qu'on retrouve avec l'outil informatique. Et puis lorsque j'étais enfant, je n'étais pas très doué pour l'aquarelle, notamment parce que je n'avais pas la patience d'attendre que le dessin sèche... A l'opposé, l'informatique à cela d'intéressant qu'il donne des résultats directs et constants, ce qui me plait beaucoup. Par exemple, si la fille du gouverneur est belle une fois, avec l'outil informatique elle le restera toujours.
Pour moi utiliser le style de l'estampe japonaise avec l'outil informatique n'est pas incompatible. Dernière chose : j'ai quand même fait très attention avec le Voleur d'estampes que le style  ne soit pas "mécanique", et qu'on ait pas l'impression que les graphismes aient été réalisés à l'ordinateur.



Ton scénario est très original dans le sens où il utilise une part de fantastique avec le héros lorsqu'il est grimé en voleur, tout en étant très ancré dans la réalité avec une critique sociale de la société japonaise de l'époque. Tu opposes d'ailleurs ces parts de fantastique et de réalisme avec un jeu de noir et blanc sur les pages. Comment cette idée t'est elle venue ?
En lisant le Samourai Bamboo j'ai vu des planches avec un fond noir de toute beauté. J'aime également beaucoup les dessins en négatif. J'avais à cœur dans ma série de mixer des fonds noirs et blancs pour souligner l'alternance nuit / jour. Cela a un côté un peu pédagogue dans le sens où ça guide le lecteur sur l'orientation à un instant donné. Par ailleurs la couleur du fond ne souligne pas uniquement le jour ou la nuit, elle renvoie aussi à une ambiance. Par exemple, le noir est la couleur du cauchemar et c'est bien évidemment la couleur que j'utilise lorsque l'héritière fait des cauchemars en fumant de l'opium.


Tu ne nommes pas tes personnages. Le héros est un voleur et l’héroïne une héritière. Selon toi cela ne risque-t-il pas de créer une distanciation entre tes protagonistes et les lecteurs ? Pourquoi avoir opté pour ce choix ?

Cela peut créer une distanciation mais d'un autre côté cela permet à un public plus généraliste de s'attacher aux personnages. Et puis j'aime bien certaines œuvres, comme Zelda par exemple, où les personnages ont certes un nom mais sont cependant réduits à leur archétype, comme le héros, la princesse... J'étais conscient que mon choix pouvait créer une distanciation, j'ai donc choisi que mes personnages s'expriment beaucoup par le biais de pensées. Et même si l'action de la série se passe durant le Japon féodal, je pense que certaines pensées des personnages sont transposables dans notre environnement et peuvent donc trouver un écho chez le lecteur.

L'autre raison, c'est qu'en fait je ne savais pas trop quel prénom leur donner, tout bêtement. N'étant pas japonais, je m'imaginais mal trouver un nom pertinent aux protagonistes de la série.


Le voleur n'est pas un mauvais bougre, il ne vole pas pour s'enrichir mais adore contempler son trésor. C'est en quelque sorte un monomaniaque de son butin. Quel message souhaitais-tu passer avec ce héros ?
J'aimerai bien pouvoir décrire en profondeur le pourquoi de la personnalité de mon héros, le souci est que j'ai peur de révéler des éléments très importants de l'intrigue du second volume...



Personnellement, je vois bien dans le second opus le voleur renoncer à son trésor pour prouver son amour à l'héritière...
Le thème du sacrifice sera en effet présent dès les premières lignes du tome 2. Et puis rétrospectivement, quand on observe les évènements en rapport avec le voleur dans le premier tome, on voit bien qu'il ne lui arrive que peu d'ennuis pour le moment. Les choses ne pouvaient pas durer... Ce que je voulais faire avec le voleur, c'est créer un personnage en marge de la société mais qui pourtant parvient à s'y intégrer. Sans avoir une crapule comme protagoniste, je ne voulais pas non plus d'un gentil héros comme on en voit partout.


L'héritière est très différente du voleur. Elle est pour moi le reflet d'une certaine jeunesse désœuvrée : elle s'ennuie et se réfugie dans les paradis artificiels offerts par l'opium. Peux-tu m'en dire plus à son sujet ?
C'est en regardant des estampes d'Harunobu mettant en scène des courtisanes que j'ai éprouvé l'envie d'avoir un personnage féminin dans mon récit. Par contre je ne voulais pas tomber dans le cliché de la princesse ou de la femme fatale. Avec l'héritière j'ai trouvé un entre-deux que je trouve intéressant, et le fait qu'elle consomme de l'opium renforce ce côté un peu "borderline" et désœuvré qu'on peut retrouver chez elle. Dans le deuxième tome, sans trop en dire je peux néanmoins révéler que la part sombre de l'héritière va encore se développer parce qu'elle fera beaucoup plus de cauchemars.


Ces deux personnages semblent être attirés l'un par l'autre dans le premier tome, mais avec leur personnalité que nous venons d'évoquer, penses-tu pouvoir offrir un happy-end à leur romance ?
Je ne vais quand même pas te révéler la conclusion de l'intrigue amoureuse de ma série ! (rires)


Non bien-sûr ! J'espère juste que les protagonistes ne finiront pas en prison : le voleur dans une prison classique, et l'héritière dans la prison dorée qu'est sa chambre dans la maison de son père.
Je te rassure, ça ne se terminera pas comme ça !!
 


Le récit va-t-il changer d'orientation dans le second opus ?
L'intrigue suivra son cours, mais plusieurs choses vont évoluer. Le voleur va essayer de faire le casse du siècle et va donc prendre des risques énormes. Comme je viens de le dire les cauchemars de l'héritière vont s'intensifier. Des personnages qui semblent complètement secondaires dans le tome 1 vont gagner en importance, voire même se révéler, dans le tome 2 : le forgeron, le père, le colonel... De nouveaux personnages vont aussi faire leur apparition : un moine mystérieux et un "super méchant". Enfin, la dimension "fresque sociale" de la série va également se renforcer.


Quelles sont tes influences mangas ou animé ?
Mes influences sont plus dans l'animation japonaise : Shinichiro Watanabe, Satoshi Kon, Isao Takahata. Enfant, j'étais un grand fan de Ranma 1/2. Aujourd'hui, j'aime beaucoup le travail de Taiyô Matsumoto, cet auteur m'a vraiment donné l'envie de réaliser Le Voleur d'estampes sur un format manga.


Connais-tu la date de sortie du second opus du Voleur d'estampes ?
La date de sortie n'a pas encore été fixée, mais je pense qu'il sortira en 2017. D'un côté il est important que je prenne le temps de m'appliquer sur les dessins pour offrir quelque chose de beau, mais de l'autre je suis conscient qu'il ne faut pas trop espacer la sortie des deux tomes. En tout le scénario est complètement fini, et le deuxième opus est déjà quasiment storyboardé.

 
Entretien réalisé par shinob. Remerciements à Camille Moulin-Dupré et aux éditions Glénat.





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