Chronique ciné asie - Hard Day- Actus manga
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Ciné-Asie Chronique ciné asie - Hard Day


Dimanche, 07 June 2015 à 13h00

Un jeune policier gradé, qui s'apprête à assister aux funérailles de sa mère, renverse un piéton par accident. Paniqué, il est contraint de composer avec les événements qui s'enchaînent. Tout cela va le mener dans des situations toutes plus difficiles à gérer les unes que les autres.



Sélectionné dans la « Quinzaine des réalisateurs » au Festival de Cannes 2014, Hard Day est signé Kim Seong-hoon, inconnu en France. Son unique film était une comédie sortie en 2006 uniquement en Corée du Sud. Au casting, les deux acteurs principaux sont également peu connus chez nous, ayant joué dans des dramas, ou des longs-métrages qui sont restés discrets lors de leur sortie française. Ce Hard Day est donc un vrai saut dans l'inconnu. Verdict ? Good, bad, amazing or boring Hard Day ?


Au vu du synopsis, on pourrait songer à du polar noir transfiguré en film comique. En fait, on n'en est pas loin ! Le postulat est clair : dès le début, et durant tout le film, le personnage principal s'en prend plein la tronche. On ne peut pas dire que ce soit rocambolesque, car cela supposerait que les situations soient invraisemblables. Les déconvenues restent au contraire parfaitement crédibles, tout en étant surprenantes, et jouant avec un humour omniprésent et une tension de tous les instants. La plus grande qualité de Hard Day est d'être totalement imprévisible, sauf sur sa fin, malheureusement ponctuée de quelques maladresses. Ainsi donc, Hard Day se pare d'un très très gros début niveau qualité, avec une bonne demi-heure bourrée d'idées et de tension. Une épée de Damoclès est en permanence suspendue au-dessus de Gun-su, le personnage principal. La recette harder-better-faster-stronger fonctionne à plein régime, mais elle n'est pas là pour produire du fun, mais pour servir une narration endiablée. A chaque situation, une nouvelle difficulté à résoudre, et donc un nouveau talent à utiliser, une nouvelle faille à approfondir, un nouvel aléa à espérer, de nouvelles perles de sueur en perspective pour Gun-su. Cette narration a l'intelligence de n'être ni trop rapide, ni trop lente, mais simplement très dynamique. Avec une révélation qui arrive au bon moment, elle s'émancipe d'un jeu du chat et de la souris qui aurait pu être longuet, elle évite les tergiversations d'un « Confession of murder », autre polar sud-coréen sorti récemment, qui manquait de profondeur.


Cette narration réussie et maîtrisée est combinée à un côté acerbe qui rappelle les plus belles heures du cinéma sud-coréen des années 2000. On se rappelle du ton critique des réalisateurs tels que Bong Joon-ho et Kim Jee-woon, faisant souvent passer les policiers sud-coréens pour des losers, forçant sur le zèle, l'incompétence ou la corruption. On retrouve tout cela dans la première heure de ce Hard Day, décidément bien ancré dans son genre, celui que l'on a bien connu et qui s’essoufflait depuis trop d'années : le polar noir sud-coréen (recette : violence, noirceur, sarcasme, discours politique sous-jacent). L'excellent début de Hard Day, qui s'ancre avec force dans cette tradition, produit beaucoup d'espoirs. Si le film avait continué sur cette lancée, vous pouvez être sûr qu'il aurait pu détrôner les ténors du genre, les maîtres, les rois (à voir absolument, pour tout cinéphile digne de ce nom, que vous soyez amateur de cinéma asiatique ou pas) : « Memories of murder » de Bong Joon-Ho, « J'ai rencontré le diable » de Kim Jee-woon et la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook (dont fait partie le célèbre « Old boy »).


Toutefois, des maladresses et quelques manques se glissent çà et là.

Il y a d'une part la seconde moitié du film, bien moins inspirée que la première, et notamment sa fin, victime d'un retournement de situation beaucoup trop gros, dont on taira ici les détails. La deuxième heure ne perd pas forcément en rythme, mais elle perd en folie et en fraîcheur, sans aller, heureusement, jusqu'à se fracasser contre le mur de la banalité. Ce faux pas est effectivement rattrapé par un duel final de qualité, mais surtout une ultime scène assez jouissive, qui ne rattrape pas à elle seule la seconde partie déclinante, mais qui produit l'effet voulu.

Le scénario aurait également pu être purgé de quelques éléments très clichés (le policier qui tient à sa fille, l'antagoniste froid et surjouant le psychopathe), se parer de dialogues plus punchy. La mise en scène aurait gagné à ne pas être trop insistante sur certains retournements de situation (les coups de téléphone, la découverte d'un indice par un collègue).


Le réalisateur aurait dû oser encore davantage du côté de l'image et de ses angles de caméra, en s'écartant des standards, pour se hisser au niveau d'un « The Chaser » et « The Murderer », qui ont beaucoup apporté en la matière. On aurait apprécié davantage de plans-séquences ou de travellings, à la manière de celui effectué en milieu de film, en plongée à partir des toits focalisant sur une poursuite.

Dernière petite déception, qui a les défauts de ses qualités pourrait-on dire : le personnage principal, au départ amoral, perd de son ambivalence, et donc de sa complexité, à mesure qu'il doit sauver ses miches. Incapable de prendre une décision correcte, mais s'en sortant toujours (encore une fois, la mise en scène lors de la première partie est tout simplement géniale !), Gun-su a tout du héros coenesque, en somme. L'inspiration tirée de « Sang pour Sang » ou de « The Big Lebowski » est à peine voilée.


Niveau bonus, on sera ravis de découvrir quelques scènes coupées, un making-of (trop court malheureusement) et quelques interviews. Cela devient tellement rare d'avoir droit à ce genre de contenu en-dehors des sorties de gros films américains que l'on estime être gâtés avec tout ça.

Faisant le pari périlleux de s'inscrire dans un genre usé jusqu'à la moelle, Hard Day s'en sort brillamment grâce à sa première partie dont la mise en scène est maîtrisée avec brio, ultradynamique et pourtant d'une justesse rare. N'allant pas au bout de son idée dans une seconde partie qui manque de piment, le réalisateur Kim Seong-hun parvient néanmoins à livrer un très bon divertissement, fort du nombre imposant de situations folles que doit gérer son personnage principal. Ce cinéaste est à suivre de près, notamment pour voir si le vent nouveau soufflant sur le polar sud-coréen continuera ou non.

L'avis du chroniqueur
RogueAerith

Dimanche, 07 June 2015
16 20




Comments

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un tres bon film mon j'ai adore 

saqura

De saqura [3084], le 07 June 2015 à 19h18

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Un bon film.

Bobmorlet

De Bobmorlet [4768], le 07 June 2015 à 16h42

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