Chronique Ciné - Patema et la monde inversé- Actus manga
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Dvd Chronique Ciné - Patema et la monde inversé


Jeudi, 13 March 2014

Envie d'en savoir plus sur le film Patema et le monde inversé, actuellement au cinéma, alors n'hésitez pas à lire la chronique de Koiwai disponible ci-dessous !



En quelques années, Yasuhiro Yoshiura est devenu l'un des jeunes noms à suivre de près au sein de l'animation japonaise. Après Pale Cocoon et le grand succès d'Eve no Jikan/Time of Eve au Japon, le réalisateur était attendu pour une confirmation avec ce qui est son premier long-métrage : Patema & le Monde Inversé, présenté en avant-première au Festival d'Annecy en juin 2013 et lauréat des prix du jury et du public au festival Scotland Loves Animation d'Édimbourg. Un film où l'on retrouve les ingrédients habituels des réalisations de l'artiste : de la science-fiction classique, où viennent poindre une grande maîtrise visuelle et une petite touche d'originalité qui parviennent à hisser le film près des sommets.



Patema & le Monde Inversé, c'est l'histoire de deux mondes que tout oppose. Après une catastrophe dont nous découvrirons les tenants et aboutissants au long du film, ce qui reste de l'humanité a été divisée en deux mondes distincts ignorant tout l'un de l'autre, et connaissant une gravitation opposée.
D'un côté, le monde d'Aïga est sous le joug d'un régime très strict, quasiment totalitaire, dont les leaders ont préféré renier en bloc un passé dramatique, au ponit d'imposer à tous des règles drastiques. C'est dans ce cadre que le jeune Age évolue. Lycéen mélancolique, il ne peut s'empêcher, comme s'il souhaitait marcher sur les traces de son défunt père, de briser constamment l'une des règles d'Aïga, en ayant souvent les yeux rivés sur le ciel, ce vaste ciel qui fut à l'origine de malheurs passés.
Il ne sait pas que, de l'autre côté de ce ciel, un monde souterrain voit pulluler d'étranges habitants dont la gravité est inversée. Parmi eux, il y a Patéma, une adolescente de 14 ans, vive et curieuse, qui se lasse des couloirs sombres et rouillés de son monde et qui rêve de découvrir ce qui existe ailleurs, et plus particulièrement ce monde interdit dont Lagos, explorateur et en quelque sorte son mentor disparu, lui a tant parlé. C'est cette envie de découvrir le monde qui pousse un jour la jeune fille à quitter les siens... pour découvrir, de l'autre côté du ciel, un autre univers où elle n'a plus pied. Alors qu'elle manque de se laisser tomber dans le ciel, elle ne doit son salut qu'à sa rencontre avec Age. Les deux adolescents ont beau ne pas vivre dans le même sens, ils vont apprendre à se connaître et à s'apprécier, au fil d'une aventure regorgeant de dangers, au bout de laquelle la vérité sur l'origine des deux mondes sera pleinement dévoilée...



A la vue de cette histoire, Patéma & le Monde Inversé n'apportera rien de nouveau dans le monde de la science-fiction. Le concept de mondes à la gravité opposée a été exploité à de nombreuses reprises, encore récemment avec le film Upside Down de Juan Solanas. Et d'un bout à l'autre, le scénario que nous offre Yasuhiro Yoshiura ne révèlera rien d'inattendu, en se contentant d'une histoire prévisible, mais dont l'univers est bien exploité, où chacun tient son rôle, et où l'évolution des deux principaux personnages est un plaisir à suivre.
Tout repose en premier lieu sur l'opposition gravitationnelle des deux mondes et de leurs habitants : ce qui est le haut pour les uns devient le bas pour les autres. Mais l'opposition de s'arrête pas là. Sombre et vieillot, le monde souterrain où vit Patéma regorge néanmoins d'une chaleur humaine portée par des personnages proches, qui veillent les uns sur les autres. Une proximité bien aidée par l'aspect étriqué du monde souterrain, et mise en exergue par la vivacité, la curiosité et la fraîcheur que dégage la téméraire Patéma, adolescente appréciée de tous. Dans l'autre monde, celui d'Aïga, c'est tout l'inverse : l'espace a beau être plus grand et à ciel ouvert, il est strictement interdit, entre autres règles, de regarder vers ce ciel porteur de malheurs, sur ordre du leader de ce régime totalitaire. Un monde ouvert où toute liberté est bridée par un despote incapable de remettre en question ses certitudes sur un passé dont il ne comprend plus grand chose. Un monde où Age, morne et mélancolique, ne peut aucunement s'épanouir.
C'est dans ce contexte que les deux jeunes gens se rencontrent. La surprise passée, ils mettent rapidement de côté leur principale différence, la gravité, dès lors qu'ils se rendent compte que l'autre est une preuve de l'existence des rêves qu'entretenaient les êtres qu'ils avaient de plus cher : il existe bel et bien un autre monde, renié par celui d'où ils viennent. Patéma et Age sont tous deux liés par un même drame : la perte d'un être cher qui guidait leurs pas. Et c'est en marchant sur les pas de ces deux disparus qu'ils tenteront de dévoiler les origines de la catastrophe qui a séparé les deux mondes, et qu'ils essaieront de lutter contre les forces despotes d'Aïga, lancées à la poursuite de Patéma, jeune fille qui vient de briser un passé qu'ils cherchaient à cacher.



Le déroulement de l'histoire s'intéresse surtout à l'évolution de la relation entre Patéma et Age, destinée à se renforcer au fil d'une aventure qui prend de plus en plus d'ampleur. Ils ont beau être différents, ils sont unis par une même envie de mieux comprendre le monde et se rapprochent alors de plus en plus, s'accordent peu à peu une confiance mutuelle très joliment mise en avant par leur manière de se retenir : dans un monde qui lui est inconnu, Patéma se retrouve fragilisée par sa gravité inversée. La voici les pieds en l'air, dans le vide. Si Age la lâche, elle tombera dans le ciel. Le corps d'Age devient alors ce qui la retient, et si les maladroites prises de main des débuts témoignent d'une confiance pas encore totale face à l'inconnu, les deux adolescents, au fil de leur découverte de l'autre, en arrivent à se tenir de plus en plus fort, de plus en plus près du corps, et avec de plus en plus de confiance et de tendresse.
Le message qui découle de cette aventure est alors d'autant plus évident : personne ne voit le monde de la même manière. Ce qui est vu de façon normale par Age est vu de façon inversée par Patéma, et vice versa. Nous voyons tous le monde différemment. Mais, à l'image des deux adolescents, nous sommes tous liés par notre relation aux autres, plus ou moins fortes selon les personnes, et qui doit nous pousser à comprendre et accepter les différences de chacun.



Un message de tolérance et d'acceptation universel on ne peut plus classique, mais joliment mis en valeur, via une histoire qui possède néanmoins quelques limites. La principale de ces limites, c'est le caractère ultra stéréotypé de tous les personnages. Le réalisateur offre en effet une galerie de protagonistes assez intéressante, mais exclusivement constituée d'archétypes.
Ainsi, Patéma est le prototype-même de l'adolescente vive et intrépide, mais également fragile face à l'inconnu, comme on en voit si souvent, tandis qu'Age est un cliché du lycéen mélancolique, qui rêve d'un monde plus libre, qui a d'abord peur de faire ce dont il rêve quand Patéma débarque dans sa vie, puis qui finit par prendre son destin en main pour protéger la jeune fille. Ces deux caractères stéréotypés passent très bien, dans la mesure où Yoshiura exploite très joliment leurs principaux traits de caractère pour montrer leur évolution, faire bouger son histoire et porter son message.
Le point le plus dommageable vient donc des personnages secondaires, tout aussi clichés, en plus d'être bien trop peu mis en avant.
Du côté d'Aïga, on a donc dans le grand méchant du film le stéréotype du tyran qui ne se remet jamais en question et qui cherche à éliminer tout ce qui va contre ses certitudes sans chercher à voir plus loin, histoire de conserver sa pleine domination. Un méchant très méchant, sans nuance, avec tous les clichés visuels et sonores qui vont bien : une mine stricte, des yeux très écarquillés dès que els choses ne vont pas comme il veut, une voix inquiétante et un brin sadique... Son bras droit, amené à évoluer un peu plus, aurait pu être intéressant s'il avait été plus mis en avant. Quant aux quelques amis lycéens d'Age, ils sont quasiment invisibles.
Du côté du monde souterrain, on a beau avoir une petite palette de personnages chaleureux et hauts en couleurs, ceux-ci sont très peu mis en avant et ont un rôle moindre, hormis Porta, gros cliché du grand frère protecteur et amoureux transi de Patéma, un peu comique et qui ne manquera pas une occasion de vole au secours de sa belle sans rien avoir en retour. L'habituel rôle un peu ingrat.



On tient donc en Patéma & le Monde Inversé une histoire classique, prévisible d'un bout à l'autre, mais efficace. Malgré quelques limites surtout dues à la galerie de personnages stéréotypés, Yasuhiro Yoshiura exploite de très belle manière Patéma et Age, qui forment un duo de héros attachant. Les principales qualités du film sont toutefois à chercher du côté de la réalisation. Et de ce côté-là, Yasuhiro Yoshiura nous offre un travail d'orfèvre, tant tout a été travaillé avec minutie.

Il y a d'abord les nombreux jeux de caméra. Fan de films en prises de vue réelles, Yasuhiro Yoshiura s'est appliqué, comme on l'a rarement vu en animation, à retranscrire de nombreux effets propres au cinéma non-animé : jeux de zooms et de dezooms reflétant l'immensité de l'univers et du ciel, effets saccadés comme lors du flashback sur le père d'Age, effets de tremblements saisissant sous l'effet du vent, ralentis lors de scènes-clés comme celle où Patema et Age s'enlacent pour s'échapper, vues vertigineuses dans les airs... Le réalisateur nous offre une expérience saisissante d'immersion, le point central étant bien sûr les soudaines inversions d'angle, où le haut devient soudainement le bas et où le bas laisse place au haut, histoire de nous faire ressentir de façon vertigineuse toute la peur d'une héroïne qui a les pieds suspendus dans les airs, et dont la vie ne tient qu'à la confiance qu'elle place en Age.



Pour souligner ces sensations, un soin particulier a également été apporté aux effets sonores, conçus par le renommé Akira Yamaoka, à qui l'on doit notamment de nombreux travaux sur les jeux de Silent Hill. Aux bruits de mécanismes assourdissants du monde souterrain, preuves que le lieu est bien vivant, répond un silence pesant à Aïga, histoire de souligner toute la froideur de ce monde tyrannique. Mais de ce côté-là, le travail le plus bluffant reste le bruitage du vent, plus ou moins fort selon la hauteur où se trouvent les personnages.

Même topo pour les musiques, qui sont l'oeuvre de la très appréciée Michiru Oshima, qu'il n'est sans doute plus nécessaire de présenter (parmi ses oeuvres, on compte les BO de Fullmetal Alchemist, du Chevalier d'Eon, ou d'Ico). Celle-ci offre des compositions minutieuses soulignant habilement les différentes ambiances des passages du film, allant de la chaleur du monde souterrain à la froideur du monde d'Aïga, en passant par la tendresse et la complicité de plus en plus forte unissant Patéma et Age, ou par le souffle un peu plus épique qui doit régner lors des quelques climax. Soulignons également l'idée malicieuse du thème inversé de Patéma et d'Age, le thème d'Age reprenant les notes de celui de Patéma dans l'autre sens, de la fin vers le début.



Point de départ du film, le ciel, comme le laisse deviner l'affiche du film, jouit d'une superbe mise en valeur, avec un grand souci du détail, une gestion des couleurs subtile, de nombreux jeux de lumière, et des angles de vue laissant apprécier son immensité. Quant à la 3D, omniprésente, elle est exploitée à bon escient pour offrir de belle impressions de profondeur. C'est dans cet univers que viennent s'immiscer des personnages en 2D aux designs simples mais maîtrisés, hormis celui de Patéma, plus élaboré, avec sa couleur de cheveux unique, sa petite tresse et ses vêtements plus travaillés afin de la faire ressortir.



Histoire de conclure sur l'inévitable jeu de mots, Patéma et le Monde Inversé se présente donc comme un film renversant ! L'histoire a beau être on ne peut plus classique et les personnages totalement stéréotypés, Yasuhiro Yoshiura parvient à un résultat maîtrisé, qui est esthétiquement bluffant et qui vaut clairement le coup d'être vu sur grand écran, l'ensemble étant pleinement au service d'un propos universel et d'un duo de héros attachants. Un film d'aventure qui parviendra à plaire au spectateur à la recherche d'un divertissement simple, mais qui devrait satisfaire tout autant celles et ceux qui ont envie d'y dénicher des choses plus complexes ou minutieuses, pour un résultat que l'on prendra plaisir à revoir.
 




Comments

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Je vais une nouvelle fois jouer au vieux ***. C’est drôle, au vu des critiques et (surtout) des commentaires, on a l’impression que chaque animé qui sort chez nous sur grand écran est un chef d’œuvre. Je sais qu’il en sort peu mais ce n’est pas une raison pour s’extasier devant la médiocrité du dernier Harlock ou de Patema ! Pour rappel, voici quelques chefs d’œuvre du cinéma d’animation japonais : Akira, Ghost in the Shell, Le Tombeau des Lucioles, Metropolis, Le Vent se lève… Ces films, à la fois parfaits visuellement, dotés d’un scénario solide et d’une réalisation géniale, offrent de plus une réflexion philosophique (voire métaphysique) ; quand on les revoit 20 ans après, ils sont toujours aussi parfaits. Patema se hisse-t-il à ce niveau ? Pour moi la réponse est clairement non. Peut-être s’git d’un très bon film d’animation comme de nombreux Miyazaki, Summer Wars ou Tokyo Godfathers ? Bah non plus…

Patema présente d’indéniables qualités : une très belle animation, des efforts de réalisation, un univers intriguant et cohérent… L’aspect visuel est clairement le point du film même si ce n’est pas non plus parfait, les personnages étant peu travaillés / originaux. La réalisation a aussi ses faiblesses (le ralenti sur le toit est juste ridicule) mais reste de haut niveau, notamment sur le jeu des inversions bas / haut.

La faiblesse du film vient de l’histoire et des personnages. En effet, comme le souligne Koiwai, l’histoire est prévisible et les personnages stéréotypés. Quant aux coïncidences, elles sont trop nombreuses et peu crédibles (Patema tombe sur le seul garçon rêveur de la ville, les rebondissements à propos de Lagos ou du père d’Age…). Désolé, mais ces arguments suffisent déjà largement à faire de Patema un film moyen.

Mais ce n’est pas tout. Quand Patema et Age se tiennent l’un contre l’autre, ça symbolise leur relation et c’est très mignon… 5 minutes. Après, ça devient répétitif et, il faut le dire, niais. Car niais, le film l’est souvent, aspect renforcé par la musique. De plus, si l’univers proposé est intriguant, on peut regretter qu’il ne soit pas plus détaillé : comment vivent les gens d’Aïga ? Travaillent-ils ? On sait juste que l’école commence à 8h30 et que l’éducation tient du lavage de cerveau…

Mais mon principal reproche concerne le manichéisme du film, on se croirait dans un blockbuster américain ! D’un côté une jeune fille éprise de liberté et ses proches, tous vifs et gentils ; de l’autre un monde totalitaire où les gens ressemblent à des machines. Cette confrontation entre un méchant grotesque (ouh, qu’est-ce qu’il est méchant avec son rire démoniaque et ses yeux écarquillés) face aux gentils (oh, qu’est-ce qu’ils sont gentils, toujours prêts à se sacrifier pour les autres et à combattre les vilains) est digne d’un dessin animé pour enfant.

Pour ma part, je mettrais donc à peine la moyenne à ce film : une belle animation ne suffit pas à faire un bon animé…

bakagoku

De bakagoku [2289], le 30 March 2014 à 19h03

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J'ai vu ce film au ciné mardi dernier, et c'était une vraie claque visuelle !  Je n'en avais jamais entendu parler avant, donc je suis allée le voir sans avoir d'attentes particulière, et c'était tellement beau, tellement touchant et parfait, que j'en suis ressortie complètement émue (avec la sensation que j'allais percuter le plafond en me levant ! xD).

 

Bref, c'était vraiment un film qui valait le coup d'être vu. Il était marrant aussi de noter que le film était généralement vu du point de vue gravitationnel d'Age, même dans les souterrains du monde de Patema, comme si les règles du monde d'Aïga voulaient nous forcer aussi à accepter cette gravité "normale", mais qu'à la fin, c'est l'inverse, comme pour nous faire accepter l'idée que la gravité d'Aïga n'est pas forcément "la plus importante", et que les autres ne sont pas des "inversés", comme dirait le tyran.

 

Donc, un vrai petit bijou, ce film, j'irais bien le revoir une deuxième fois au cinéma. Un vrai coup de coeur !

Sanashiya

De Sanashiya, le 21 March 2014 à 13h13

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J'ai vu ce film au ciné et il était... whaou ! Grandiose ! Je ne connais aucun film avec la thématique du monde inversé donc ça a été une grande première ^^ J'ai adoré les effets de caméra (on se comprend) et j'aimerais beaucoup revoir ce film la tête en bas (ou la télé à l'envers mais l'un comme l'autre ça me parait compliqué !)

Sweeteums

De Sweeteums, le 20 March 2014 à 23h16

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Je suis très intriguée par ce film, j'ai bien envie de le voir !! J'espère qu'il passera par chez moi. A défaut, je le trouverai bien en DVD plus tard^^

AngelMercury

De AngelMercury [1336], le 17 March 2014 à 10h39

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Il faut que je trouve un cinema qui diffuse ce film !

Akuro

De Akuro [2599], le 13 March 2014 à 17h15

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