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Dvd Critique Ciné - Lettre à Momo


Vendredi, 27 September 2013

Voici la chronique de Koiwai consacré au film Lettre à Momo, sorti il y a deux jours dans les salles de cinéma françaises.
 

 
 
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on aura longtemps attendu le nouveau film de Hiroyuki Okiura, 14 ans après le cultissime Jin-Roh, qu'il avait réalisé en collaboration avec Mamoru Oshii. Fort pendant les années 2000 d'un beau parcours qui l'a amené à travailler sur de nombreuses autres oeuvres d'envergure comme Ghost in the Shell Stand Alone Complex, Paprika ou encore Metropolis, Okiura en a profité pour peaufiner ses talents, avant de préparer pendant six longues années ce qui est finalement son premier vrai bébé : Lettre à Momo, sorti au Japon en avril 2012, présenté en juin 2012 au Festival d'Annecy où il reçut un bel accueil.


Lettre à Momo nous raconte une histoire un brin fantastique arrivant à la jeune Momo, 13 ans, dans le Japon contemporain. Tokyoïte pure souche, elle déménage avec sa mère sur la petite île de Shio, où vit déjà une partie de sa famille, après la mort soudaine de son père quelques semaines plus tôt. Dans ce nouveau cadre campagnard, elle se sent un peu délaissée par sa mère qui donne tout au travail, et elle s'ennuie malgré les abords sociables des autres enfants de l'île, qu'elle ne cherche pas vraiment à fréquenter, bien que le jeune Yuto et sa petite soeur Umi insistent. A vrai dire, les seules occupations qui semblent nourrir l'esprit de Momo sont son ultime dispute avec un père dont elle s'est séparée sur un dernier mauvais souvenir, et une lettre inachevée de ce même père, où seuls sont marqués les mots "Chère Momo..."
Peinant à se faire à tous les récents événements qui ont bousculé à jamais sa vie, Momo n'est pourtant pas encore au bout de ses surprises : peu après avoir ouvert un mystérieux manuscrit trouvé dans le grenier de sa nouvelle maison, elle ressent autour d'elle d'étranges présences, entend des voix... jusqu'au jour où les voix et formes en question prennent une vraie consistance, s'apparentant à trois étranges yôkai avec lesquels la jeune fille va devoir apprendre à cohabiter, sans rien dire à personne puisqu'elle est la seule à les voir.


D'abord effrayée, Momo va devoir apprendre à composer avec ces trois créatures hautes en couleur, et c'est bien là l'une des principales qualités du récit, qui nous régale en présentant les différentes évolutions de la relation entre la fillette et les créatures, et tout ce qui en découle. Car entre l'amusant effroi des débuts (qui vaut à Momo de belles crises de panique, une magnifique course au milieu des vieilles bâtisses, et d'excellentes bouilles) et la fin du film, il se passe pas mal de choses, allant des petits chantages aux prises de bec en passant par quelques folles péripéties (on pense à la course-poursuite avec les sangliers, rondement menée). De fil en aiguille, Momo doit se faire à ces monstres très ambivalents, parfois inquiétants (via ce qu'ils racontent de leur passé, notamment), souvent voleurs et causeurs de toutes sortes de souci, mais toujours délicieux. Délicieux de par leurs nombreuses facéties, les trois monstres n'ont pas fini de faire tourner en bourrique Momo, qui doit alors adopter en quelque sorte un rôle de grande soeur ou de nourrice pour ces bestioles. Pourtant, on le devine vite, les trois yôkai semblent avoir une mission qu'ils ne doivent pas révéler, et leur impact sur Momo risque d'être encore plus grand que ce que pense la jeune fille.


Car entre deux problèmes causés par les yôkai, on ressent bien la lente évolution de Momo. Choquée par la perte récente de son père, comme coincée dans ce drame récent, et vivant désormais sur une île où elle s'ennuie, elle a toutes les peines du monde à repartir de l'avant, alors même que sa mère semble poursuivre sa vie normalement. Momo se sent mal, un peu abandonnée, et à cause de ça a beaucoup de mal à aller vers les autres, notamment vers les enfants qui lui proposent pourtant de jouer avec elle. A force de supporter les trois yôkai, elle va pourtant changer, doucement, presque imperceptiblement. Les pires problèmes dans lesquels l'emmènent les monstres la poussent à sortir un peu de sa torpeur, et aussi à parcourir un peu plus une île dont elle découvre peu à peu les richesses : les cultures à flanc de montagne, les magnifiques vues une fois en haut des montagnes, les maisons et rues anciennes... Et quand le véritable rôle des monstres se dévoile, on a évidemment droit à un focus sur ce père disparu et cette fameuse lettre inachevée, pour un résultat qui pourrait permettre à la jeune fille d'enfin faire le point sur le deuil et sur la façon de considérer sa mère, exemple de mère-courage.


Il résulte donc du film un bel équilibre, entre les frasques souvent drôles des monstres, la découverte quasi naturaliste des beautés de l'ile, et ce deuil qui est évoqué avec force mais sans surenchère d'émotion, si l'on excepte la scène de fin avec les petits bateaux lumineux, qui paraîtrait presque too much tant l'ensemble du film est auparavant resté sobre.
Le principal problème vient toutefois d'ailleurs : si l'équilibre du film est certain, son histoire et son déroulement peinent à se faire une réelle identité, tant tout est malheureusement prévisible. Ce type de mélange ayant déjà été vu maintes et maintes fois, y compris dans plusieurs films du studio Ghibli (pour le coup inévitable comparaison tant les thématiques sont proches de films comme Totoro ou Kié la petite peste... Okiura ayant d'ailleurs avoué que ce dernier fut une source d'inspiration), il ne crée aucunement la surprise, le réalisateur ne cherchant d'ailleurs jamais vraiment à la créer. On s'attend à toutes les grandes lignes, on devine vite comment les choses vont finir, on se doute très vite de la teneur de la scène finale sur le pont, on attend de pied ferme sans être pris à contrepied les derniers rebondissements autour de la mère (pour le coup, ça, c'était vraiment une énorme ficelle)... Après tant d'attente, on attendait peut-être de la part d'Okiura un récit un peu plus ambitieux.
Enfin, au beau milieu de cet équilibre bien dosé, il reste toutefois des éléments qui peuvent décevoir. Si les trois yôkai sont excellents, il est dommage qu'ils ne soient pas plus différenciés dans leur caractère, car là on a un peu trop l'impression que les trois forment un tout quasiment indissociable. A l'image du scénario, il leur manque, à eux aussi, un petit zeste de personnalité. De même, dommage que leurs facultés parfois excellentes (le pet qui pue, un grand moment) n'aient pas été plus exploitées, d'autant que c'est typiquement le genre de chose qui aurait permis aux trois monstres d'être plus différents les uns des autres. Dommage qu'une scène aussi rondement menée que le final avec tous les yôkai soit coupée de façon si abrupte en laissant une petite frustration alors qu'on était en train d'en prendre plein les yeux. Dommage aussi que les personnages secondaires, Yuto en tête, soient si lisses, trop effacés. Dommage, enfin, que certaines pistes ne soient pas exploitées, à commencer par le fait qu'Umi puisse voir aussi les yôkai, ce qui au final ne sert à rien.


Sur certains points, Lettre à Momo peut donc décevoir un peu. Le scénario peine à se démarquer, certains éléments auraient mérité plus d'approfondissement, certaines scènes peuvent paraître longues (rappelons que le film dure deux heures... un temps qui aurait pu être mieux exploité pour justement plus développer certains éléments). Mais l'oeuvre trouve pourtant un très bel équilibre qui la rend facilement attachante et plaisante.


Par contre, le point qui mettra tout le monde d'accord est d'ordre visuel.
Le film ayant nécessité six années de développement et ayant été conçu au sein du célèbre studio Production IG, on vous laisse deviner la qualité ahurissante de l'animation. Du papier voletant devant un ventilateur à la chute de pétales, en passant par les gouttes d'eau tombant sur les feuilles, ou les reflets du cadre où se trouve la photo mortuaire du père, le nombre de petites détails est hallucinant. De même, on a rarement vu une animation des personnages aussi aboutie (on peut citer les Enfants Loups, qui était aussi hallucinant là-dessus). Des simples mouvements de doigts aux petits gestes impulsifs mais parfaitement inutiles, l'animation des personnages est criante de réalisme, est bourrée de vie sans avoir besoin de forcer les choses. Du grand art. Et quand on ne reste pas bluffé par l'animation, on peut profiter des nombreux détails apportés aux décors, qu'il s'agisse des vues sur la montagne, sur les îles ou sur les bâtiments. C'est tout simplement superbe, et il paraît difficile de trouver des points négatifs à cette claque visuelle, si l'on occulte quelques rares éléments en 3D superflus, comme les voitures.
Le design est lui aussi superbe. Celui des humains est simple, fait souvent dans une expressivité retenue, mais sait aussi exploser dès lors qu'il s'agit de montrer les émotions les plus fortes de Momo, la jeune fille arborant alors des bouilles exagérées délicieuses. Le design des yôkai est impeccable, bien inspiré de ce que l'on voit dans le folklore nippon, leurs visages sont inoubliables et regorgent eux aussi de détails.


On ressort donc de Lettre à Momo conscient d'avoir vu un très beau film, malgré quelques défauts surtout dus au manque d'identité de l'histoire. On sent la maîtrise d'un réalisateur qui a su trouver le juste équilibre pour porter son oeuvre, qui est autant un film familial porté par d'excellentes créatures fantastiques, qu'un métrage à la narration plutôt posée et ancrée dans le quotidien, ou qu'une claque visuelle de chaque instant.
   




Comments

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J'espère pouvoir le visionner directement bientôt ...

akirachan

De akirachan [1290], le 28 September 2013 à 17h50

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J'irai le voir de toute maniere ^^ par contre j'ai pas l'impression qu'il sort dans beaucoup de cines

TORTANKMASTER

De TORTANKMASTER [649], le 28 September 2013 à 02h21

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