Chronique CD - Vulgar de Dir en Grey- Actus manga
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Jmusic Chronique CD - Vulgar de Dir en Grey


Mercredi, 08 May 2013

Après Dum Spiro Spero, notre chroniqueur Kimi se penche sur un autre album de Dir en Grey : Vulgar.




C’est à toi que je m’adresse, toi l’innocent(e) qui va découvrir Vulgar pour la première fois. Oh, ne lis pas dans mes propos une quelconque condescendance, la supériorité de celui qui a la connaissance face à la naïveté virginale de l’ignorant. Non, il ne s’agit vraiment pas de cela. S’il est un sentiment que j’éprouve envers toi, c’est de jalousie et d’envie dont il s’agit. Quel bonheur de se jeter la première fois dans ces Abymes jouissives de Vulgar, j'aimerais tant être à ta place...

Sais-tu ce qu'est un album charnière ? Une humble définition pourrait être "un album sortant à une période décisive pour un groupe, pouvant signifier au choix la confirmation d'un niveau atteint auparavant ou le passage d'un niveau à l'échelle supérieure" Dans le cas de Vulgar, Dir En Grey a choisi cette seconde option.

D'emblée, tu auras noté l'opacité singulière de cette illustration ornant la pochette de l’album. C’est que Dir En Grey n’a pas hésité à nous fournir un son beaucoup plus sombre qu'auparavant, des mélodies qui sont à l'image de cette photographie pour le moins inquiétante. Une imagerie à la hauteur de certaines ambitions, sois-en déjà certain(e). Il en va de même pour ce curieux titre. Vulgar... L'intitulé de cet album n'augure rien de bon et cette hypothèse se vérifiera lors de ta première écoute.

Ce son martial, au goût morbide, ces trois minutes glauques et magistrales au nom d’Audience Killer Loop, t’immergeront immédiatement dans l’obscurité suffocante de Vulgar. La voix de Tooru Nishimura crachera son fiel, un déhanchement de batterie et de guitare sous-accordée viendront occuper l’espace avec entêtement. The IIID Empire entrera ensuite dans la danse et surpassera toute forme conventionnelle de metal connu jusque là. Les guitares, la basse et la batterie s'entremêleront entre eux pour offrir à tes oreilles une mélodie divine, proche de l'excellence. L’obscurité s’abattera un peu plus avec Increase Blue et Shokubeni, deux morceaux d’une densité effrayante, qui te saisir fermement par le cou et t’étoufferont avec rage par leur accélération implacable et saisissante. Sans doute tu trouveras dans ta longue descente aux enfers des points de repères musicaux qui te sembleront étrangement familiers, pour peu que ton oreille musicale ait été bien rôdée par le passé. Nous sommes en 2003, et tout est là. Par la suite, le côté pop et mélodieux de Sajou no Uta et de RED... [em] te laissera sans voix. Tu seras transporté(e), le temps de ces deux morceaux, dans un autre univers et dans lequel la notion de temps n'auras plus aucune valeur. Tu seras ensuite projeté(e) de tous les côtés grâce à Asunaki Koufuku, Koenaki Asu, à son introduction d'une énergie débordante et à sa conclusion tonitruante. La furie thrashisante de Marmalade Chainsaw, dont le riff malsain et poisseux comme la mort qui rôde à chaque note te révèlera soudain que si le métal est grand, ses racines ne sont pas si éloignées d’ici bas. Les premères notes de Kasumi parviendront ensuite à tes tympans. Étant beaucoup plus douce que la majorité des titres de Vulgar, elle ira rejoindre Sajou no Uta et RED... [em], les deux compositions que tu auras écouté auparavant s'inscrivant dans le même registre. Il ne faut pas se fier aux apparences, malgré la douceur prononcé de Kasumi tu seras, encore une fois, subjugué(e) par sa puissance dévastatrice et sa force insoupçonnée...

Le court morceau R to the Core, avoisinant les deux minutes agitera les moindres recoins de ton corps avec son dynamisme inouï tandis que Drain Away apaisera ton esprit tourmenté par tout ce que tu auras entendu jusqu'à présent. Pourtant, le pire reste à venir... Tu seras ensuite, malgré toi, entrainé(e) vers le fond grâce à New Age Culture. Si le début de ce titre pourrait laisser entrevoir une suite plutôt calme et apaisée, tu seras étonné(e) de voir (ou plutôt d'entendre) comment le quintet japonais arrive, en l'espace de quelques secondes, à changer de veste. Le résultat est éblouissant et tes oreilles se délecteront de cette composition hors normes. Par la suite, Dir En Grey renchérira pour ton plus grand plaisir avec Obscure. Obscure... Le titre de ce morceau se suffit à lui-même. C'est sans doute l'un des chef d'oeuvre du groupe, qui alterne entre ambiances glauques, break ultra brutal et un refrain tout simplement déchirant de beauté.  Kyô relayera également ses performances vocales avec ses hurlements d'aliénés et ses borborygmes rageurs pour un résultat édifiant. Tu faibliras davantage sous la charge démoniaque de ce titre, son déversement de riffs sourds, sa rythmique plombée qui ne te laissera pas une seconde de répit. Tu ne comprendras alors plus rien, tu seras ébahi(e) par la sobriété, voire l’austérité de la musique de Dir En Grey, étonnamment brute et sans artifices, et pourtant d’une puissance significative qui te clouera sur place. Cette force mystique que tu ne peux appréhender froidement, que tu ne parvient pas à décrire musicalement, techniquement, scientifiquement. Dir En Grey te tiendra à sa merci, tu devras l’admettre. Tu ne sortiras pas de la torpeur de Child Prey, que dis-je, de sa grandeur disproportionnée Amber, cette pièce flamboyante d'environ cinq minutes, qui clôture de la plus belle des manières Vulgar et laissera pantois(e). Ce dernier titre préfigurera les dispositions à venir du quintet japonais, qu’aucune limite artistique ne freine quand il s’agit d’élever la musique au rang de l’art le plus génial et le plus noir.

Epuisé(e) et vaincu(e), tu achèveras donc ce disque, ce rite initiatique tellement délicat à retranscrire et tu comprendras alors mes mots. Tu auras retrouvé dans ce monument la furie de l'indus, l'agressivité du néo métal et la délicatesse de la pop. Vulgar est tout cela, et bien plus encore : cinquante-quatre minutes trente de transe convulsive, générée par une maîtrise rythmique confinant au génie, cette magie surnaturelle qui suinte de chaque éructation, chaque note, chaque frappe.

Chaque groupe ou artiste cherche parfois pendant toute une carrière, l'alchimie musicale ultime, l'équilibre parfait entre efficacité, mélodie et technique qui lui assurerait succès, pérennité et argent. Dir En Grey a atteint cette harmonie avec Vulgar, il a transformé son spectre musical pour un résultat qui lui sied à ravir : un savoureux mélange de glauque et de folie illusoire, plongeant l'auditeur dans une écoute profonde et concentrée. Le quintet japonais s'est éloigné de son Visual Kei originel mais il n'en a pas perdu pour autant sa puissance émotionnelle. Vulgar poutre, violente, brutalise nos conduits auditifs, martèle nos oreilles, brise nos cervicales, démolit notre gorge et remplit de jouissance notre esprit. Un album profond et admirable, du grand art.




Comments

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Merci pour cette belle chronique ;)

Dim12

De Dim12 [4619], le 12 May 2013 à 13h44

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C'est vrai que j'ai un bon souvenir de ce CD.

Karakuri

De Karakuri [1717], le 09 May 2013 à 00h04

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Très bonne chronique, merci beaucoup ! Quand j'ai lu "Vulgar", j'ai tout de suite cliqué. Cet album me rappelle de très bons souvenirs.

Comme tu le dis, Dir en grey était peut-être à la quintessence de son art, avec cet album. Vulgar est une "claque" ; les différents titres nous transportent loin, très loin ; on entre dans l'univers du groupe avec brutalité, mais en même temps, avec une espèce de "mélancolie inquiétante" (je ne trouve pas de meilleur mot)

Kuon

De Kuon, le 08 May 2013 à 10h40

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