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Manga Conférence de Toshio Maeda


Vendredi, 14 September 2012 - Source :Japan Expo

Bien que venu à la Japan Expo de manière très discrète, Toshio Maeda (Urostukidôji, La Blue Girl) a été consacré par le festival au travers d'une large conférence de presse retraçant l'ensemble de sa carrière. Cette séance, placée sur le premier jour du festival, était réservée aux majeurs, au vu de la projection de planches fort explicites. Sans doute une première pour le festival, qui arborait d'ailleurs cette année de larges rideaux noirs autour de sa scène de conférences : une manière de protéger les rétines des plus jeunes ? Quoiqu'il en soit, cette venue en France était un véritable plaisir pour l'auteur, qui a été bercé dans sa jeunesse par le magazine de BD Pilote, où il découvrit des artistes impressionnants comme Moebius. Après notre interview, nous vous proposons de découvrir les propos tenus lors de cette conférence, où l'artiste s'est exprimé très librement, et en anglais qui plus est ! 
    
      
   
Plus qu'un rêve d'enfant, dessiner du manga était pour Toshio Maeda une véritable vocation : à l'âge de 10 ans, il savait déjà qu'il voulait en faire ce métier. Après que son frère ainé lui ait enseigné les techniques de base pour le dessin, il décida de quitter sa ville natale pour devenir professionnel. Encore adolescent,  il devint assistant pour un mangaka, et travailla pour lui pendant trois ans avant de lancer sa toute première œuvre, initiatrice de quarante années de carrière...
  
Après cette courte introduction, Toshio Maeda a invité les spectateurs a lui poser des questions, autant sur sa carrière que sur sa vie privée. Il était notamment prêt à révéler combien de maitresses il avait eu dans sa vie,... mais aussi combien de tentacules il cachait sous sa tenue traditionnelle ! 
   
  
Voici donc les questions posées lors de cette rencontre, dont nous avons volontairement remanié l'ordre pour regrouper les thématiques communes :
     
Outre les artistes du magazine Pilote, quels sont les œuvres qui vous influencées (tous médias confondus) et qui vous influencent aujourd'hui encore ?
Je retiens surtout trois auteurs issus de l'âge d'or du comics, avec : Neal Adams, que j'ai eu l'occasion de rencontrer à Philadelphie, Bonnie Ritson, qui fait des dessins assez glauques et dérangeants, et Gil Kane, qui est décédé il y a quelques années. C'est principalement ce trio qui m'a influencé à mes débuts. 
Aujourd'hui, je lis peu de BD, qu'elle soit japonaise ou américaine. Je me penche surtout vers la littérature, les romans anglais en particulier. Cela me rappelle d'ailleurs une anecdote : un jour, une journaliste australienne s'est rendue chez moi pour un entretien, et a été très surprise en découvrant ma bibliothèque composée de livres de médecine, de philosophie, de politique,... Est-ce que ce sont vraiment les lectures d'un dessinateur de hentai ? Peut-être s'attendait-elle à trouver une collection de Playboy, de Penthouse, ou autres revues coquines du même acabit... Comme quoi, l'habit ne fait pas le moine !
      
Vous avez évoqué aller vers d'autres registres que le hentai. Utilisez-vous un pseudonyme pour vos œuvres non érotiques ? 
Je conserve mon nom pour les œuvres adultes, mais je le change pour mes séries à destination des femmes ou des enfants, pour qu'ils n'aient pas le malheur de tomber sur mes titres érotiques par curiosité !
  
Vos travaux dans le registres du Ladies Comics semblent très différent de la sensibilité des mangas adultes que nous connaissons ! Avez-vous forcé votre nature pour aller dans ce sens, que ce soit dans les scénarios ou dans le dessin ? 
En réalité, je vous préciserais que je n'en dessine pas, je ne m'occupe que des scénarios de ces séries-là. Ainsi, ça ne fait pas trop de différences pour moi, ça reste du manga. La grande différence, c'est que je m'intéresse beaucoup plus aux retours de mes lectrices !
      
    
    
Dans Urotsukidoji, vous dépeignez une humanité très violente, belliqueuse, malsaine, bestiale... Pourquoi avoir insisté sur ces facettes-là ? Autre question : qu'avez-vous pensé de l'adaptation animée de Urotsukidoji
Il est vrai que de prime abord je semble très éloigné d'artistes comme, par exemple, Hayao Miyazaki, qui montrent les meilleurs aspects des relations humaines. Mais si, en surface, mes œuvres paraissent violentes, elles peuvent peut-être s'en rapprocher en profondeur. Je présente une nature humaine plus cruelle, mais au fond, certaines valeurs sont plus honorables, même si ce n'est pas ce qui saute aux yeux tout de suite.
Pour faire une autre comparaison, j'aime beaucoup le cinéma français, car il prend le temps de développer les états d'âmes des différents personnages, jusqu'à mettre parfois en avant un certain cynisme. Il y a sans doute moins de budget que dans les films hollywoodiens, mais au moins ils évitent l'écueil du scénario des bons sentiments, des gentils qui gagnent contre les méchants,... Je déteste les fins de ce genre ! Pour moi : "Happy end is bullshit !!" (rires et applaudissements de l'assistance)
Pour revenir à Urotsukidoji, c'est vrai que si on regarde de loin, on voit simplement des femmes se faire violer par des démons. Mais en relisant la série, on peut sans doute trouver un aspect cynique dans les caractères des protagonistes. Ainsi, je regrette un peu que la version animée ne se soit concentré que sur "l'action" au détriment des sentiments des personnages. Les subtilités que j'ai intégrées dans le manga sont passées à la trappe, c'est assez dommage. 
     
Vos séries les plus récentes sont tombées dans un érotisme "politiquement correct". A quand une nouveau titre "coup de poing" ? 
Je pense qu'il y a différentes façons de voir le hentai selon la sensibilité et la culture de chacun. Dans certains pays, quand je me présente comme dessinateur de hentai, on pense avant tout que je suis un gros pervers, mais ailleurs on voit ça d'une manière bien différente. Concernant mes projets, on peut peut-être considérer que je fais des titres plus softs aujourd'hui. Cela est sans doute du au fait qu'il y a quelques années de cela, un accident de voiture m'a empêché de travailler pendant très longtemps. A présent, je n'ai plus la même capacité de travail qu'auparavant, du coup je m'oriente vers d'autres thématiques encore inexplorées. Si un jour j'arrive à me rétablir complètement, je reviendrais peut-être au hentai comme avant.
    
    
Par la suite, Toshio Maeda a interrompu la séance de questions pour revenir sur ses débuts, images à l'appui. 
L'auteur s'est longtemps demandé vers quel genre de manga il comptait aller, mais il a rapidement découvert que le genre shonen était un monde très compétitif où s'engouffraient nombre de jeunes artistes. Aussi s'est-il orienté très rapidement vers le manga pour adultes, où il disposait de plus de place pour s'exprimer. 
Ses débuts en tant qu'assistant furent mouvementés, puisqu'il travailla pour un dessinateur qui était un véritable tortionnaire, forçant ses disciples à travailleurs seuls à sa place pendant qu'il allait au bistrot. Étant l'assistant principal, Toshio Maeda réalisa ainsi l'intégralité de certaines planches. A l'époque, les jeunes artistes étaient très facilement remplaçables, et l'auteur fut d'ailleurs sélectionné parmi 400 candidatures, aussi s'est-il accroché pour suivre cette expérience "à la dure". Une véritable vie d'esclave pendant trois ans !
    
     
  
A l'âge de vingt ans, Toshio Maeda réalisa sa première œuvre professionnelle. Il débuta par du seinen, mais s'est aussi essayé à du shonen dans un registre comique. Des débuts de "touche-à-tout", donc, avant de trouver sa voie. Il réalisa son premier titre sérialisé, aux textes comme au dessin, à l'âge de 24 ans. 
   
Au milieu de sa carrière, il travailla pour le magazine adulte Erotopia. Il se démarqua très rapidement de ses pairs en proposant des concepts originaux. A l'époque, la représentation des scènes de sexe étaient très réglementées : il était interdit de représenter le contact des deux corps lors d'un acte sexuel. Les dessinateurs avaient ainsi pris l'habitude de ne représenter que les femmes, le plus souvent se faisant plaisir seules pour plus de crédibilité. C'est dans ce contexte qu'est né l'idée de la tentacule, substitut pénien permettant de représenter une pénétration avec une certaine distance entre les deux participants ! 
     
Ces souvenirs de la règlementation de l'époque permirent à l'auteur de rebondir sur les problèmes plus récents de censure des contenus pornographiques qui ont récemment été mis en place au Japon. Toshio Maeda a été l'un des seuls auteurs à ne pas suivre la fronde des mangakas qui se sont opposés à cette législation. Beaucoup ont protesté contre l'atteinte à leur liberté d'expression, mais de son côté l'auteur a trouvé la loi plutôt juste, devant la montée sur ces dernières années de contenus beaucoup plus extrêmes, à caractère souvent pédophile. Mr Maeda assume donc ses convictions malgré sa position assez ambigüe, se plaçant en tant que parent s'inquiétant des dérives de la mentalité nippone. 
    
     
C'est ainsi que se conclut la conférence de Toshio Maeda, qui renouvela l'expression de la joie que lui procura cette visite française. Le public francophone lui rendit cette allégresse par une dernière salve d'applaudissements, saluant la franchise et la bonne humeur du maître d'un genre souvent mésestimé.
   
  
Propos recueillis à Japan Expo 2012.




Comments

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Très sympa, comme conférence...

Mais j'avais rarement lu un article aussi bourré de fautes sur Manga-News. Déjà que vous en faites pas mal en temps normal, là, c'est un massacre. Encore une fois : relisez-vous. Voire même et surtout, faites relire par quelqu'un d'autre. Ça vous évitera de passer pour des analphabètes.

Casper

De Casper [72], le 13 November 2012 à 18h49

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J'adore cet homme!

Il est trop cool.


Pit Illustration

De Pit Illustration, le 18 September 2012 à 14h14

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Je pense que l'ami Toshio ne doit plus avoir toute sa tête quand il évoque Urotsukidoji...

Son manga d'origine, que j'ai lu dans 3 versions différentes, est très médiocre, que ce soit au niveau du dessin mais surtout du scénario. Aucune structure narrative et contrairement à ce qu'il dit : aucune subtilité et aucun travail en profondeur des personnages. On ne sent aucun suivi entre les différents arcs, çà navigue à vue avec du remplissage de cases honteux destiné à tenir les quotas.

La version animée (du moins les 2 premières séries) en revanche rattrape complétement le massacre et va même au-delà en créant une oeuvre forte, onirique, dérangeante. Tous les personnages expédiés platement dans le manga y sont sublimés. Un chef d'oeuvre qui va au-delà du Hentai (genre que je n'apprécie pas à la base), les scènes de sexe handicapant plus qu'autre chose le scénario. Sans compter une fin sans concession, avant gardiste pour l'époque, et qui fini d'enterrer définitivement la version papier (dont la fin est en-dessous de tout).

Cet interview fini de me convaincre que cet auteur (qui n'est finalement même pas passioné par ce qu'il fait, car il n'a aucun manga chez lui et n'en lit pas) est complétement étranger au travail fabuleux qui a été réalisé sur la série Urotsukidoji. Ses oeuvres sont 100% mercantiles et alimentaires, son seul mérite étant d'avoir été là au bon moment (début des 80s) pour dessiner 3 tentacules dans une case.

Woodada

De Woodada, le 15 September 2012 à 16h53

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Bonne conférence ! La position de Toshio Maeda sur la nouvelle législation nippon sur les contenus érotiques dans la bD est courageuse !

shinob

De shinob [51], le 15 September 2012 à 09h52

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"happy end is bullshit."

mais il est trop fort ce mec en fait XD
ça me rappelle le coup du "je réfléchi beaucoup avec le cerveau du bas" de Urushihara à la JE Sud :P

misato

De misato [228], le 14 September 2012 à 20h37

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