Butsu zone

Critique de la série manga

Publiée le Vendredi, 08 November 2019

Si l'oeuvre majeure de Hiroyuki Takei demeure, à ce jour, Shaman King, la carrière du mangaka est garnie de petites œuvres, parfois méconnues. On notera évidemment Ultimo, né d'une collaboration avec le défunt Stan Lee, ainsi que Jumbor, dont nous n'avons eu que la première partie en France.

En 1997, un an avant Shaman King, l'auteur lance dans le Shônen Jump une série qui sera finalement courte : Butsu Zone. La prépublication s'arrêtera au bout de 19 chapitres, qui seront compilés en trois volumes uniquement. Un format qui aura eu un certain mérite, celui de proposer en fin de chaque tome une histoire courte de l'auteur, ce qui s'avère assez idéal pour ceux qui aimeraient avoir accès à d'autres œuvres de Hiroyuki Takei.


Sachi, orpheline, est élevée par son grand-père, détenteur d'une noble station thermale. Mais l'établissement est devenu la cible de yakuzas qui lorgne dessus, contre la volonté de la petite famille. Aux prises avec les malfrats, Sachi est sauvée par Senju qui se présente comme un bouddha émissaire du Boddhisatva-Kannon. Sa venue sur Terre a une raison précise : Il doit trouver Mirokou, le Bouddha revenu des milliards d'années après le précédent pour sauver les Hommes. La première mission du jeune garçon est accomplie assez vite, puisqu'il s'avère que Sachi est Mirokou, ou du moins qu'elle le deviendra plus tard. Mais pour accomplir son destin, la demoiselle doit entreprendre un long voyage, et sera donc accompagnée par Senju...

Avec Butsu Zone, Hiroyuki Takei prenait ses marques en proposant un shônen d'aventure fortement inspiré par la mythologie bouddhique, un domaine qu'il ne maîtrisait alors que peu avant sa série, d'après ses propres dires dans le dernier volume. C'est donc plus par le fond que par la forme que l'auteur cherche à proposer une lecture prenante, ce qui se ressent par toute son assimilation du folklore bouddhique pour l'adapter au style nekketsu, avec un récit garnit de péripéties et d'affrontements. Car le schéma de l’œuvre se révèle finalement très classique, avec quelques figures bien stéréotypées dans le lot, ce qui aujourd'hui relève de la pure fainéantise d'auteur.

Butsu Zone doit donc sa petite saveur au sujet qui l'imprègne, la religion bouddhique dans un récit d'aventure pour jeune lectorat demeurant une idée originale. Et cet aspect, l'auteur le pousse le mieux possible, que ce soit à travers l'esthétique de son œuvre, les mécaniques du shônen de baston utilisées, et même à travers certaines psychologies de personnages. En ce sens, Hiroyuki Takei assume à 100% l'orientation de son récit et ne s'en sert pas uniquement comme revêtement à de l'action totalement classique. La confrontation finale, arrivant certes rapidement, devient alors crédible, avec un enjeux qui fait sens par rapport à l'idée qu'on peut se faire de la figure du bouddha. Un parti-pris qui fonctionne plutôt bien, mais qui aurait mérité une plus longue aventure pour être davantage étoffé.



Reste qu'en dehors de cette originalité, le manga reste un divertissement très classique, au schéma peu novateur, et garnit de personnages attachants mais peu originaux. Néanmoins, la force de l'auteur est d'utiliser à bon escient le temps qui lui est imparti pour boucler globalement tous les enjeux de son aventures, et de se conclure par un final cohérent, avec quelques petits instants dramatiques appréciables et qui donnent du sens au héros, et en proposant une conclusion qui pourrait se suffire à elle-même. Certes, il y avait matière à en raconter davantage, mais l'auteur parvient à terminer cette histoire de manière satisfaisante, ce qui ne sera pas le cas avec Shaman King dans un premier temps.

Et puisqu'on parle de Shaman King, série qu'il entamera l'année suivante, difficile de ne pas voir en Butsu Zone une sorte de brouillon. Le fait que l'auteur aborde déjà des thématiques spirituelles fait sens par rapport à la suite de sa carrière, tandis qu'un personnage présent dans l’œuvre fait directement lien avec Shaman King. Ainsi apparaît Anna Kyoyama, présentée comme une itako pouvant accueillir en elle les esprits des défunts. Difficile de dire si, par la suite, Hiroyuki Takei tiendra compte de Butsu Zone, mais on veut affirmer que certaines pistes l'ont suffisamment marqué pour qu'il veuille les re-exploiter dans ses travaux suivants. On notera d'ailleurs qu'Anna n'a pas été crée pour Butsu Zone mais est originaire de l'histoire courte « Anna l'itako », dessinée en 1994 et qui a remporté le 48e prix Tezuka de la plus belle histoire. Pas étonnant alors que le personnage ait suivi l'auteur dans ses différentes œuvres.

Et puisqu'on parle d'histoires courtes, chaque tome propose un des travaux de l'auteur. Le premier opus inclus le récit le one-shot Butsu Zone, qui devint ensuite la courte série que l'on connait, tandis que le second se termine sur une histoire intitulée Death Zero, dessiné en 1996. Des récits qui, globalement, demeurent agréables, toujours ancrés dans les thèmes spirituels et d'au-delà chers à l'auteur, qui peuvent constituer des lectures très intéressantes pour quiconque s'intéresse à son œuvre de manière générale.


Et que ce soit la série Butsu Zone ou ces trois histoires courtes, le style de Hiroyuki Takei est similaire sur les quatre projets. C'est son trait d'époque que nous découvrons, une patte très rondouillarde et simpliste, aussi présente au début de Shaman King, qui évoluera énormément à partir de sa grande série uniquement. Le côté anguleux de son trait et la densité de son style ne sont pas encore présents, mais on remarque déjà sa manie d'associer les éléments spirituels à des entités plus mécaniques, comme c'est le cas avec Senju portant son armure lorsqu'il combat ses adversaires. Un attrait du mangaka qui confirme donc bien que Butsu Zone reste intéressant à lire afin de voir quelles étaient ses volontés d'époque, et comment elles ont évolué avec Shaman King et ses suites.

Butsu Zone n'est donc pas un titre inoubliable. Petit shônen d'aventure dont les trois tomes se suffisent à eux même, le manga divertit et gère habilement ses codes, sans aller au delà. Pour un fan de l'auteur ou ceux qui souhaiteraient découvrir un titre du Jump des années 90, la lecture reste intéressante, mais ceux qui désirent une lecture plus ambitieuse pourront sans mal passer leur chemin. Reste alors cette réinterprétation du mythe de bouddha à la sauce nekketsu, savoureux dans son genre, qui constitue une jolie originalité.


Chroniqueur: Takato


Note de la rédaction
Note des lecteurs
15.5/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

10.00,9.00,12.00

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