The Promised Neverland Vol.1 - Actualité manga

The Promised Neverland Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 27 April 2018

Critique 2 :

En cette fin avril, l'éditeur Kazé Manga sort enfin l'artillerie lourde pour l'année 2018 ! Après le mauvais mais très vendeur Platinum End en 2016, l'éditeur nous amène ce qui devrait être le deuxième très gros hit de son catalogue. En cours de parution depuis 2016 au Japon, Yakusoku no Neverland a rapidement su susciter la curiosité et l'intérêt, ne serait-ce que pour son contexte étonnamment sombre pour une série issue du prestigieux Shônen Jump de l'éditeur Shûeisha, un magazine qui n'avait pas connu dans ses pages un tel contenu depuis un petit paquet d'années. Au fil du temps, la série a notamment acquis une solide réputation concernant ses rebondissements ainsi que la gestion de son scénario, et quand on sait que son scénariste Kaiu Shirai avait déjà en tête le scénario et ses détails jusqu'à la fin quand il a apporté son projet à Shûeisha, ça donne forcément confiance (Shirai a d'ailleurs récemment déclaré être à la moitié de l'histoire, donc la série devrait probablement compter 20 tomes maximum, sauf s'il y a des rallonges). Pour cette oeuvre, la partie visuelle a été confiée à Posuka Demizu, une mangaka encore jeune, qui a débuté en 2013, mais qui en quelques années a acquis une certaine notoriété pour ses illustrations et designs. Notons qu'il s'agit de la toute première série de Shirai, et de la première série hebdomadaire pour Demizu. Avant celle-ci, les deux mangakas ont eu l'occasion de collaborer en 2016, juste avant Neverland, sur une histoire courte SF du nom de Poppy no Negai. Sa popularité continuant de s'accroître, Yakusoku no Neverland devrait également bientôt connaître une adaptation animée, même si celle-ci reste à confirmer officiellement.

C'est donc un manga important que Kazé nous propose sous le titre The Promised Neverland, au bout d'une longue campagne de promotion qui semble avoir été une réussite. Annoncé par Kazé Manga très tôt, en juin 2017, donc quasiment un an avant sa sortie, la série a ensuite connu au fil des mois une promotion de plus en plus visible, avec au final pubs ainsi que présentoirs et silhouettes en librairies. Et pour bien montrer à quel point il croit en la série, l'éditeur lui offre même ce qui est, à ce jour, la plus importante mise en place d'un manga en France de tous les temps, avec pas moins de 100 000 exemplaires ! Le buzz semble assuré, le hit clairement annoncé... mais concrètement, les débuts de The Promised Neverland, ça vaut quoi ?

L'oeuvre nous plonge dans un orphelinat qui, au vu de son nom, de celui de ses pensionnaires et de son architecture, semble se situer en Occident. Au coeur Grace Field House, les 38 enfants orphelins, allant du plus jeune âge à 12 ans, sont bien traités et ont tout pour être heureux et connaître une enfance pleine d'insouciance, jusqu'au jour où ils seront adopté. La directrice, appelée affectueusement Maman, prend grand soin d'eux, ils ne manquent jamais de nourriture, ni de temps pour jouer et s'épanouir dans le grand jardin ou aux abords de la forêt... Tout ce qu'on leur demande, c'est d'être rigoureux sur les horaires, de ne jamais s'approcher du grand portail d'entrée qui les sépare du monde extérieur, de ne jamais franchir les barrières clôturant la forêt, et de passer quotidiennement des "tests" de connaissance/logique, pour grandir comme il se doit et sans danger.
Emma, 11 ans, est l'une des enfants les plus âgées parmi les orphelins, et également la meilleure aux tests avec ses deux amis Norman et Ray, qui ont le même âge qu'elle. Véritables grand(e)s soeur/frères pour les autres enfants, ils ont chacun leurs qualités première: l'agilité et la rapidité pour Emma, l'intelligence pour Norman, la connaissance pour Ray qui passe son temps à lire les livres de l'orphelinat. Ils grandissent ensemble, noués par une amitié forte, et tout en sachant qu'un jour ils seront adoptés et séparés. Oui, décidément, ils étaient heureux... jusqu'au jour où la petite Conny, 6 ans, doit les quitter après avoir été adoptée. Et là, en s'approchant du grand portail pour lui rendre sa peluche qu'elle a oubliée, Emma et Norman découvre l'impensable et horrible vérité sur ce qu'est réellement l'orphelinat, et sur le destin qui les attend... Pour échapper une réalité vraiment abominable, désormais, ils n'ont pas d'autre choix: il leur faut trouver le moyen de s'enfuir, sans quoi leur mort dans d'affreuses circonstances est assurée !

Difficile de parler en détails du tome 1 de The Promised Neverland sans trop en dire sur l'horrible découverte faite par Emma et Norman après 60 pages, à l'issue du chapitre 1. Mais c'est pourtant ce qu'on va essayer de faire: rassurez-vous, il n'y aura pas de spoil dans cette chronique.

Dans ce premier volume (et pendant encore quelque temps au moins après ce tome), The Promised Neverland a un concept malin, qui a quelque chose rappelant beaucoup les escape games. Après avoir découvert l'horrible vérité sur l'orphelinat, Emma et ses complices n'ont que peu de temps pour trouver un moyen de s'échapper. Et pour ça, il leur faudra tout d'abord réfléchir sur un plan à mettre en place, observer, analyser les choses, trouver les objets et autres astuces nécessaires à leurs avancées... Il leur faudra aussi raisonner, sur ce qui se passe exactement, sur ce qu'ils sont... Petit à petit, nombre d'éléments de leur vie quotidienne prennent alors un tout nouveau sens, beaucoup plus horrible: pourquoi ils ne manquent jamais de nourriture, pourquoi on leur fait passer des tests, pourquoi Maman est si gentille et attentionnée avec eux, pourquoi on les laisse s'épanouir autant en jouant et gambadant, pourquoi ils ne doivent pas s'approcher du portail et des barrières... Est-ce vraiment pour leur simple bonheur, leur épanouissement et leur sécurité ? Tout ceci n'est que façade, et la réalité est réellement beaucoup plus horrible. Et ce sont alors bien d'autres petits détails, auxquels ils n'avaient jamais vraiment prêté attention auparavant, qu'ils remarquent aussi avec inquiétude, comme la montre de Maman ou les barreaux aux fenêtres de leurs chambres. Bien sûr, face à ce qu'ils découvrent, les enfants sont proches de craquer, Emma ne manque pas de fondre en larmes... mais la jeune fille se relève de plus belle, et c'est avec ses amis qu'elle tente de préparer l'évasion... non sans quelques divergences de points de vue. Est-il possible de s'évader avec tous les autres enfants, dont certains sont très jeunes et seraient donc des handicaps, le tout en trouvant un moyen de ne pas éveiller les soupçons ? Ray, pragmatique, pense que non, mais Emma ne peut se résoudre à laisser à leur triste sort tous ces gamins qu'elle considère comme sa famille. Mais comment faire ?

Non seulement les auteurs exploitent à merveille le caractère de leurs principaux personnages, mais en plus ils parviennent à glisser, tout au long de la lecture, des petits détails-indices, que ce soit côté scénario ou côté dessins, et cela dès le premier chapitre, ce qui rend le contexte d'autant plus crédible et immersif. Mais surtout, le récit jouit d'une narration sans failles, qui avance sans jamais se traîner en longueur mais en apportant toujours une sensation de tension et de danger, car non seulement nos héros doivent agir dans un temps limité pour s'échapper, mais en plus ils doivent prendre en compte le fait que leur ennemi sait peut-être déjà que le secret de l'orphelinat est éventé, et qu'il va donc tout faire pour les démasquer et les empêcher d'agir... Enfin, là où la narration est également d'une grande intelligence, c'est en nous racontant et en nous faisant vivre l'essentiel à travers Emma, qui est souvent la narratrice et dont on suit pas mal les pensées, ce qui permet une immersion encore plus forte, comme si on était aux côté de cette fillette assez intrépide, courageuse et définitivement attachante. Bien sûr, de temps à autre la narration vient se focaliser aussi sur certains autres personnages, à commencer par Norman, Ray, Maman et Krone, ce qui permet de cerner aussi leur ressenti et leurs agissements face à la situation.

Reste enfin qu'au-delà du simple objectif qui est de s'échapper, le scénariste pose d'ores et déjà nombre de questions, à travers des détails (la date du calendrier qui fait vite comprendre au lecteur observateur à quelle époque on est) et des problèmes plus importants. Même s'ils parviennent à s'échapper, qu'est-ce qui les attend dehors ? Quel est l'état de l'humanité ? Qu'est-ce qui a bien pu se passer ces dernières décennies ? On devine bien que l'évasion n'est qu'une première étape dans la série, tant d'autres éléments ont déjà posés de façon mystérieuse, en laissant deviner un scénario qui sera beaucoup plus riche.

Visuellement, il y a une première qualité indéniable dans les planches de Posuka Demizu: l'énergie. Il y a ce design de personnages, qui peut sembler simple voire inégal par moment, et qui est en réalité d'une grande efficacité. C'est toujours hyper expressif, chacun à une dégaine (forme de visage, bouche, yeux, sourcils, coiffure, mimiques...) qui lui est propre et qui le rend instantanément reconnaissable, et Demizu exploite toujours ça de manières différentes, y compris chez les personnages au second plan, pour toujours faire ressortir une certaine animation dans ses planches. Ce n'est jamais statique, les personnages sont très souvent en mouvement, ne paraissent jamais figés (que ce soit dans leurs gestes ou leurs expressions), ce qui contribue totalement au rythme et à l'emballement.
La dessinatrice sait aussi soigner ses décors quand il le faut, que ce soit l'architecture de l'orphelinat en extérieur comme en intérieur, la forêt, le portail, et un certain nombre de détails... En jouant parfois sur les trames (notamment en forêt) et sur des angles de vue très réussis (une plongée absorbant toute une pièce, la contreplongée sur l'entrée du portail qui pose tout de suite l'ambiance), l'artiste est capable de changer très facilement d'atmosphère. On appréciera aussi la blancheur des habits des enfants, qui leur confère facilement une certaine innocence qui contraste parfaitement avec la noirceur secrète du lieu où ils vivent et de leur réelle condition.

Ingénieux, intelligent, original, très bien pensé, n'omettant aucun détail, et ayant un excellent sens du rythme autant dans l'histoire que dans les dessins, The Promised Neverland est bel et bien le hit annoncé pour l'instant. C'est riche, énergique, porté par un scénario où l'auteur sait où il va et par des jeunes héros que l'on adore déjà suivre... Cette entrée en matière est totalement emballante.

Côté édition, on a droit ici au format shônen standard de Kazé Manga, avec toutefois une petite originalité limitée au premier tirage: ce tome fait partie du projet "RedisCover" de l'éditeur, où le verso de la jaquette laisse place à une illustration inédite imaginée par un auteur de BD franco-belge. Pour Neverland, c'est l'auteur Benjamin Lacombe qui s'y colle, pour un résultat très personnel sur lequel chacun se fera son avis. La bonne idée de Kazé Manga dans tout ça, c'est de ne pas imposer cette jaquette alternative: elle est au verso, et le recto affiche la jaquette classique dessinée par Demizu, on a donc le choix entre les deux. A part ça, le papier et l'impression sont honnêtes, le travail de lettrage est impeccable... Sylvain Chollet livre une traduction où, parfois, on a le sentiment d'avoir des tournure un petit peu trop ampoulées pour des enfants, mais en dehors de ça c'est très clair, très vivant, facilement immersif.


Critique 1 :

A moins de s'être totalement désintéressé de l'actualité manga de ces derniers mois, il semble impossible d'être passé à côté d'un certain nom : The Promised Neverland. Nommé Yakusoku no Neverland au Japon, le titre est né du scénario de Kaiu Shirai, un auteur qui n'avait à son actif qu'une histoire courte, Poppy no Negai, dessinée par une certaine Demizu Posuka, dessinatrice qui n'avait signé que des titres kodomo avant 2016. Après des mois de recherche et de construction du scénario, The Promised Neverland voit le jour dans le Shônen Jump. Par son univers sombre et son histoire sortant largement des standards du magazine, le récit se fera vite remarquer, gagnant un grand succès au sein du magazine, une popularité qui résonnera dans les pays étrangers.
En France, The Promised Neverland fait sans doute partie des mangas les plus attendus de cette année, et c'est Kazé qui a l'honneur de publier le récit.

L'orphelinat Grace Field House accueille de nombreux enfants en leur réservant un heureux quotidien jusqu'à ce qu'ils gagnent une nouvelle famille. La seule contrainte est le passage quotidien d'un test de compétences auquel chacun doit se soumettre, et ce peu importe l'âge. Emma, Norman et Ray sont les plus âgés de l'orphelinat, mais aussi les plus intelligents, si bien qu'ils ne font jamais de faute à leur test. Bien qu'ils n'aient pas encore été adoptés, ils comptent sur l'amour de « Maman », affectueux surnom donné à Mère Isabella, la gérante du foyer qui chérit chacun de ses protégés.
Seulement, Emma et Norman dont une terrible découverte lorsqu'ils tentent d'apporter à l'une de leurs camarades adoptées son lapin en peluche qu'elle avait oublié, juste avant qu'elle rejoigne sa nouvelle famille : leur amie est morte, et sa chair sera livrée à des monstres qui semblent régir le monde, tandis que l'orphelinat n'est en vérité qu'un lieu où les enfants sont élevés tel du bétail. Après cette terrible découverte, les deux camarades vont organiser doucement leur évasion de ce véritable abattoir pour enfant, en se méfiant désormais de « Maman » à laquelle rien ne semble échapper...

Par ce premier tome, The Promised Neverland s'impose comme l'un de ces titres qui parviennent à captiver dès le premier chapitre. L'introduction du récit, peu scrupuleuse, fait en effet passer le quotidien d'Emma d'un paradis insouciant à un véritable enfer. D'une vision d'un orphelinat chaleureux, on passe à celle d'un véritable camp mortel où l'extérieur semble aussi effrayant que synonyme de liberté. Et ce parce que l'ambiance pleine de fraîcheur entourant Emma et ses camarades est vite remplacée par une ambiance glaçante, autour de monstres à la taille imposante qui s'imposent comme l'espère régnant sur le monde. Une mise en bouche qui a le mérite de glacer efficacement le temps et de se montrer efficace. Car le lecteur en a conscience au même titre qu'Emma : ces enfants vont devoir s'échapper pour survivre.

Mais comment planifier une évasion vers un monde qu'on ne connait pas, et qui risque d'être plus que dangereux ? C'est sur tout ces mystères qui entourent l'univers de The Promised Neverland que se focalise une grande part de l'intérêt de ce premier opus. Car en soit, l'évasion n'en est qu'à ses balbutiements au terme de ce premier tome, le scénario de Kaiu Shirai prenant plutôt la peine de dépeindre l'univers, du point de vue d'Emma et les siens, et d'apporter certains développements avec le peu d'indices mis à la disposition des trois enfants surdoués. Chaque réflexion amène son hypothèse et décrit un monde aussi fascinant qu'effrayant, dominé par les monstres et laissant ou non un peu de place à l'espèce humaine... L'évasion vers le grand inconnu, un inconnu effrayant et captivant, façonnera la suite de l'histoire. Autant dire que cette mise en place, habile, soulève un scénario fascinant, si bien que la parution au rythme d'un tome tous les deux mois sera une épreuve particulièrement cruelle. The Promised Neverland est le genre de récit aux mystères visiblement bien gérés dont on dévore chaque tome en attendant le prochain avec impatience.

Ce premier tome brille aussi par son ambiance pesante. Car avant les monstres à l'extérieur, il y a « Maman », cette humaine bienveillante en apparence mais qui ne laissera personne découvrir la vérité sur l'orphelinat. Un véritable duel psychologique est alors engagé entre elle et les trois protagonistes, amenant certaines certaines au grand suspense et quelques rebondissements qui rehausseront le climat de tension du récit. En parallèle à ça, Kaiu Shirai ne se contente pas de faire de « Maman » une ennemie. Elle aussi a une place particulière par rapport à cette société de monstres, et c'est ce qui la rend fascinante. En parlant des monstres, qui sont-ils ? Difficile de le savoir mais là aussi, le scénario semble avoir de solides idées en réserve. A ce titre, ce sont les toutes dernières pages de ce premier opus qui vont efficacement piquer notre curiosité.

Enfin, il sera difficile de ne pas évoquer Emma, Norman et Ray, les trois héros aux grandes capacités de réflexion qui auront la lourde tâche d'amener l'évasion, malgré toutes les difficultés que ça implique. Chacune des trois têtes d'affiche est dotée de son petit caractère, assez cliché en apparence mais efficacement exploité. Ray est solitaire mais n'en fait pas toujours qu'à sa tête, Emma est une intrépide au grand cœur mais terriblement attachante, tandis que Norman se montre beaucoup plus naïf tout en affichant une forte résolution ainsi qu'une grande noblesse. Des personnages bien décortiqués aux interactions bien menées, il fallait bien ça pour porter une intrigue si prometteuse.

Enfin, vient la patte gtraphique de Demizu Posuka, mangaka au trait facilement reconnaissable. Le plus fascinant reste cette dualité entre candeur et menace qui se dégage du style graphique et de la mise en scène. Les enfants sont globalement tous rendus mignons à croquer, là où les adultes et la narration instaurent un climat particulièrement inquiétant. Le plus marquant sera le design des monstres qui s'avère terrifiants, peu conventionnels et donc d'autant plus impactants. On notera aussi que malgré la prépublication de l’œuvre dans le Shônen Jump et un casting de personnage essentiellement constitué d'enfants, le récit n'hésite pas à montrer du macabre lorsque c'est nécessaire, sans toutefois trop en faire.

Du côté de l'édition, Kazé nous offre un format shônen habituel, incluant un papier de bonne facture, et une traduction de Sylvain Chollet particulièrement habile dans sa manière de dépeindre la naïveté de la bande d'enfants dans cet univers impitoyable.
Dans le cadre de l'opération Rediscover de l'éditeur, consistant à réaliser des jaquettes alternatives par des auteurs français, ce premier tome a droit à une jaquette réversible, proposant une illustration réalisée par Benjamin Lacombe. Le style pouvant ne pas plaire à tous, l'idée de laisser le choix de la couverture est une excellente initiative de la part de Kazé.

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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