Siège des exilées (le) Vol.1 - Actualité manga

Siège des exilées (le) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 24 Febuary 2021

Le monde a bien changé, et sa démographie aussi. Jugé inutile, l'Homme est largement minoritaire dans une société de Femmes, au point qu'un simple être masculin vivant libre étonne, et suscite toutes les convoitises.
Dans cette société, en paix, un bidonville existe en marge de la métropole civilisée. C'est là que vit Sanada, une jeune femme qui va prendre sous son ailes des exilées, d'autres jeunes femmes qui peinent à s'en sortir. Là où elle loge se cache un véritable secret, et un trésor pour bien des Femmes : Reihô, un bel homme qui a pu gagner sa liberté, et qui gagne son pain en vendant ses services charnels à des Femmes désireuses de connaître le grand frisson avec le genre opposé.

On le sait, Akane Torikai est une autrice engagée qui aime distiller ses idées sur la société dans ses œuvres. Après En proie au silence et le recueil d'histoires courtes You've gotta Love Song, les éditions Akata redonnent une place à l'autrice dans nos librairies avec Le Siège des Exilées. Dystopie en deux volumes, lancée en 2017 au Japon, la série a pour particularité de ne pas avoir été proposée dans un magazine de prépublication ordinaire, mais dans le magazine culturel Da Vinci, afin de s'adresser à un lectorat pas forcément habitué à lire du manga. Voilà qui peut expliquer le registre de cette histoire, assez particulière tant elle tranche avec ce qu'on connait de l'autrice.

Via cette première moitié d'histoire, le présent récit montre une singularité, d'abord du côté de la narration. Le lecteur est plongé dans cette dystopie matriarcale, comprenant peu à peu tous les enjeux qui la caractérise. C'est un peu troublant au départ, mais on cerne progressivement ce qui a mené le monde à cette situation, ainsi que le fonctionnement de cette société nouvelle. Un monde de femmes serait un monde sans guerre... Mais pas forcément un monde sans inégalités. Ainsi, découper ce premier tome en deux phases distinctes a du sens pour dresser un portrait multi-teintes de ce monde actuel réinventé.

Outre les spécificités de cet ensemble, une note bien particulière vient intéresser Akane Torikai : La place de l'Homme dans un univers régit par la gente féminine. Une sorte de hiérarchie sociale qui, d'ailleurs, n'est pas forcément justifiée par militantisme mais par idée sociologique, en pontant du doigt des forces et des faiblesses que le lectorat découvre au fil des chapitres.
Une grosse partie de cette première moitié d'histoire vient de la place occupée par Reihô, l'un des rares hommes libres, véritable centre de convoitises de Femmes curieuses de voir un garçon en chair et en os. Dans ce total déséquilibre démographique se posent ainsi la question du rapport à l'autre, du sexe et de l'Amour, et plus globalement de l'importance des genres. Un questionnement complexe auquel une si courte série pourrait difficilement rendre justice, mais qui a le mérite d'être abordé. Et le point de vue de l'autrice semble assez net : Les différences engendreront toujours la curiosité, parfois malsaine. La question n'est pas forcément la légitimité ou non de l'Homme d'être omniprésent dans la société, mais plutôt ce qu'entrainerait une balance négative pour le genre masculin. Ceci montré via les étonnements, réactions et réflexions des femmes réunies autour de la charismatique Sanada, dans deux premiers tiers de tome assez marquante pour l'atmosphère de son bidonville.

Mais dans un second temps, le récit prend une autre orientation : Le point de vue de la métropole, luxueuse et civilisée. L'occasion d'en apprendre plus sur le fonctionnement de ce monde dystopique, et de découvrir des points de vue différents en effleurant de nouveau quelques idées. Une transition qui permet aussi à des enjeux de se planter : Reihô étant le centre des intérêts, sa présence sonne comme un écho résonnant de part et d'autres. Voilà qui lisse un peu toute la trame qui, jusque là, pouvait sembler être de la tranche de vie dans ce monde imaginé. Les pions sont alors placés pour un second volume dont la lourde tâche sera de clore ces enjeux tout en raconter une histoire pertinente, et en confirmant des thématiques de manière solide. Pas simple, mais Akane Torikai a notre confiance.

Et si l'intrigue se révèle suffisamment particulière pour ne pas faire l'unanimité, notamment dans ses points de vue décortiqués, c'est aussi par le dessin de l'artiste que le manga peut plaire. La patte d'Akane Torikai est globalement reconnaissable, et la mangaka densifie l'ensemble par énormément de jeux de nuances de gris, notamment dans les séquences se déroulant au bidonville. Toute un atmosphère se dégage par cette patte, contribuant aussi à l'immersion de cette première moitié d'histoire.

Côté édition, Akata fait honneur à la série en misant sur une couverture à l'agréable effet métallisé. Un choix plutôt audacieux mais qui a du sens, puisqu'il fait ressortir le froid de ce monde qui semble glacial. Gaëlle Ruel signe une traduction sans fausse note, qui sait sublimer les tonalités de l’œuvre via les échanges entre ses personnages.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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