share Vol.1 - Actualité manga

share Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 14 October 2021

Outre sa volonté d'étendre les horizons du shôjo et de montrer toute la diversité de ce segment éditorial, Akata a aussi a cœur de présenter de nouveaux artistes, et notamment de nouvelles autrices. Aussi, nous avons pu récemment voir débarquer dans nos librairies Yuu Mitsuha, mangaka que nous n'avions jamais pu lire auparavant et qui a pourtant dessiné une belle variété d'œuvres depuis les années 2000, avec sa courte série share (l'absence de majuscule étant volontaire). Achevé en trois tomes, le titre fut prépublié entre 2017 et 2019 dans la revue Betsucomi de l'éditeur Shôgakukan.

Haru est une adolescente qui occupe un petit boulot de serveuse dans un café. Elle peine à s'intégrer et à trouver sa place, et la vie semble être un vrai fardeau pour elle. Du moins, c'était le cas jusqu'à sa rencontre avec un client, Rio, un jeune homme gay au centre d'une dispute conjugale sur le lieu de travail de Haru. Le garçon l'interpelle immédiatement, au point qu'elle cherche son adresse et finisse par atterrir dans une share house que Rio partage avec deux autres colocataires. Sans hésiter, Haru veut faire partie de ce foyer. Elle cooccupe dès lors la chambre de Rio et finance son loyer en tâches ménagères. Enfin, elle semble avoir trouvé un lieu pour elle dans ce monde. Mais c'est sans compter son intérêt pour Rio qui évolue en une forte affection. Pourtant, le garçon étant gay, ses sentiments n'ont aucun avenir. Elle en est consciente, mais ce n'est pas ça qui entravera son nouveau quotidien épanouissant.

Le pitch de ce premier tome met en avant une relation impossible dans laquelle Yuu Mitsuha plante un binôme composé d'une adolescente hétéro et d'un jeune homme homosexuel. Pourtant, share est un récit qui s'avèrera rapidement plus profond que ce plot de départ, traitant d'une thématique universelle : La place que nous trouvons dans le monde et au sein de la société. A travers ce duo a priori incompatible, mais terriblement envoûtant de par le caractère si imprévisible de Rio, la mangaka nous offre un début d'histoire doux et sensible, focalisé sur l'immersion de Haru dans son nouveau foyer, et comment ses nouvelles relations lui permettront d'aller de l'avant.

Chose habile, ce début de share aborde tout ce développement sans non plus faire de l'homosexualité du garçon un prétexte scénaristique. Aussi, Rio se voit traité en parallèle à sa nouvelle colocataire de chambre comme une figure dense, un peu ambiguë même, dont on peine à voir la vision de cette relation, du moins pour le moment. Un jeune homme plein de charme avec sa part nébuleuse face à une Haru qui, tout au contraire, va s'éclaircir et s'épanouir pleinement au fil des pages, tandis que ses sentiments pour Rio deviendront un autre élément charnière du scénario, aux côtés des autres points de développement. Le fin mot de cette romance semble assez prévisible, à moins que Yuu Mitsuha fasse preuve de surprise dans les deux tomes restants (ce qui, dans ce cas, devra être minutieusement traité).

Dans ce récit d'adolescents et de jeunes adultes, la légèreté passe aussi par une ambiance feel good totalement volontaire. Dans le cheminement de ce premier volume, la place que trouve Haru au sein de la share house occupe une place charnière, celle-ci jouant sur l'évolution de l'héroïne comme sur l'atmosphère générale régnante. Peu à peu, les autres occupants apparaissent plus perceptibles pour elle comme pour nous, l'évolution des rapports allant dans ces deux sens. Des figures peut-être clichées au départ, le récit parvient à développer des alchimies pétillantes et sincères, balayant tous les préjugés que l'on pouvait avoir. Les caractères de Rio et de ses deux colocataires, Nene et Tooru, n'a donc rien d'un hasard puisqu'il y a toute une démarche d'acceptation et de compréhension de l'autre, dans ce premier volume.

L'ensemble doit son aussi son efficacité au dessin de Yuu Mitsuha, mangaka au trait délicat et raffiné qui fait ressortir de ses planches des ambiances doucerettes tout à fait agréables. Ses cases épurées et jamais chargées couplées à des personnages toujours expressifs amènent ce rendu pur et douillet qui va totalement de pair avec les intentions narratives évoquées plus haut. Pour nous, en cette année 2021, c'est un excellent aperçu de la patte de l'artiste, de quoi nous rendre curieux de découvrir ses autres œuvres.

Share, en ce qui concerne ce premier tome, c'est une intrigue romantique impossible ancrée dans une tranche de vie d'une douceur saisissante, abordant avec finesse la question de se sentir à sa place dans ce monde. Une très jolie lecture donc, pour une série courte dont on attend déjà de retrouver l'ambiance et les personnages.

Côté édition, Akata nous livre son habituel format poche, appuyé par l'accoutumé papier fin de belle facture, mais sans planche couleur. La traduction d'Aline Kukor semble cohérente dans sa manière de retranscrire les atmosphères du volume et les nuances des caractères des protagonistes, quand le lettrage d'Elsa Pecqueur, bien calibré, assure le confort de lecture.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Note de la rédaction






MN Actus
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