Rascal Does Not Dream of Bunny Girl Senpai Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 03 June 2020

Chronique 2

Sword Art Online, DanMachi, Re:Zero, My Teen Romantic Comedy, ou tout récemment La Petite Faiseuse de Livre... Ce n'est pas nouveau: les adaptations manga de light novels sont l'un des créneaux privilégiés des éditions Ototo, encore plus quand ceux-ci ont également été portés à l'écran en animation. Ainsi, il n'est pas forcément étonnant de voir arriver chez l'éditeur la version manga de l'un des représentants du genre les plus remarqués de ces derniers mois: Rascal Does Not Dream of Bunny Girl Senpai.

Derrière ce nom se cache avant tout Seishun Buta Yarou, light novel écrit par Hajime Kamoshida et illustré par Keiji Mizoguchi, un duo connu aussi pour Sakurasou no Pet na Kanojo. En cours de parution au Japon depuis 2014 chez l'éditeur ASCII Media Works avec actuellement 10 volumes au compteur, cette série de romans a vu sa notoriété à l'international décoller à partir de l'automne 2018, époque à laquelle fut diffusée sa très bonne adaptation en série animée sous le titre Rascal Does Not Dream of Bunny Girl Senpai, une adaptation suivie en 2019 d'un film d'animation, Rascal Does Not Dream of a Dreaming Girl, adaptant l'arc suivant. En France, la série et le film sont disponibles sur la plateforme Wakanim.

Mais avant l'anime, une adaptation des romans avait donc déjà été lancée, dès 2015, avec un premier manga... Premier ? Eh bien oui, car à l'instar des mangas SAO ou Re:Zero, Seishun Buta Yarou semble voué à connaître plusieurs mangas, chacun d'entre eux adaptant un arc du light novel. Ainsi, le premier manga, Rascal Does Not Dream of Bunny Girl Senpai (en vo, Seishun buta yarô wa bunny girl senpai no yume o minai), bouclé en 2 tomes, a été dessiné de 2015 à 2018 pour le magazine Dengeki G's Comic d'ASCII Media Works (le magazine de Sword Art Online Progressive) par la mangaka Tsugumi Nanamiya, dont ce fut la toute première série, mais qui officiait auparavant dans des histoires courtes de type hentai. Ce premier manga adapte le premier arc du light novel, correspondant aux 3 premiers épisodes de l'anime. Un deuxième manga, Seishun Buta Yaro wa Petit Devil Kouhai no Yume wo Minai, lui aussi bouclé en 2 tomes, au vu le jour en 2018 et adapte le 2e arc.

Rascal Does Not Dream of Bunny Girl Senpai nous plonge dans la ville côtière de Fujisawa au Japon, à la découverte de Sakuta Azusagawa, un lycéen en classe de 1e qui semble quelque peu nonchalant... y compris quand, dans une bibliothèque tranquille de la ville, il croise une vision on ne peut plus surprenante dans un tel cadre: une superbe jeune fille vêtue d'une tenue de bunnygirl sexy, qu'absolument personne à part lui ne semble remarquer. Finissant par aborder cette demoiselle étonnée qu'elle puisse le voir, il reconnaît Mai Sakurajima, élève dans le même lycée que lui, d'un an son aînée, et surtout actrice célèbre depuis sa plus tendre enfance mais ayant mis sa carrière en pause. Tandis que celle-ci essaie de l'éloigner de lui car elle n'aime visiblement pas qu'on se mêle de ses affaires, Sakuta insiste face à l'étrangeté de cette fille que de moins en moins de monde peut voir... et pour cause: s'il est tant intéressé par son cas, c'est peut-être par que lui-même, ainsi que sa petite soeur Kaede, ont autrefois été victimes du même type de syndrome bizarre, le "syndrome de la puberté", donc les manifestations peuvent être très diverses et difficiles à expliquer...

Une oeuvre divisée en petits arc, où à chaque fois le héros va devoir aider à sa manière une rencontre à problèmes surnaturels (surtout des filles), tout en nouant une relation plus profonde avec la demoiselle de départ, avec pour résultat un portrait assez unique de différents tourments liés à l'adolescence et à la société: de par le schéma initial de Bunny Girl (appelons la série ainsi), il semble difficile voire impossible de ne pas penser à l'oeuvre culte Bakemonogatari, voire dans une moindre mesure à My Teen Romantic Comedy (la part surnaturelle en plus). D'autant plus que l'oeuvre, comme les deux autres, se fera un plaisir de jouer sur divers éléments de la culture pop et otaku japonaise (une belle bunnygirl, une petite soeur faisant un gros brother complex, une scientifique décalée, des physiques et angles de vue un brin aguicheurs...). Et, qu'à l'instar des duos de Bakemonogatari ou My Teen Romantic Comedy, on a en Sakuta et Mai un couple en devenir qui ne manque pas de piquant avec leur côté nonchalant/désabusé et leurs nombreuses répliques cyniques et piquantes. Une recette qui est ici un peu moins barrée que dans Bakemonogatari, donc peut-être plus accessible, et qui surtout permettra d'aborder en filigranes des thèmes bien plus sérieux voire graves.

Car ici, tout tourne autour du fameux "syndrome de la puberté", étrange phénomène qui rien que par son nom nous signifie déjà son implication dans des tourments adolescents. Le cas de Mai Sakurajima est bien sûr le premier à être en vue dans ce début d'oeuvre, et aura déjà pas mal de choses à dire sur la jeune fille, sur son état d'esprit en tant que star ayant mis sa carrière en pause, sur les raisons a priori familiale l'ayant poussée à se mettre en stand-by, sur la façon dont on la voit en tant que vedette... des choses mettant en exergue d'autres sujets dépassant le cadre personnel de cette adolescente, comme le besoin d'exister ou non aux yeux des autres, l'apparence, ou le mal que peuvent faire les rumeurs. Mais Mai n'est pas la seule à l'honneur, puisque déjà toute une palette d'autres personnages se met en place, de Yûma Kunimi le bon pote beau gosse à sa possessive petite amie Kamisato, en passant par la scientifique décalée Rio Futaba. Chacun de ces visages s'avère très bien mis en place, avec son caractère spécifique et 2-3 petites choses qu'on cerne déjà sur eux (par exemple, les sentiments de Rio), ce qui est d'autant plus important quand on sait que chacun d'eux aura droit à ses développements plus tard dans l'oeuvre. Mais dans l'immédiat, on pense surtout au nonchalant Sakuta lui-même et à son adorable et jalouse petite soeur Kaede qui, tous les deux, ne sont pas devenus ce qu'ils sont sans raison puisqu'ils ont déjà eux-même souffert des maux de la société et du syndrome de la puberté. Rumeurs pouvant gâcher une vie, brimades par internet, automutilation... Des choses graves se dessinent bel et bien, et il y a encore beaucoup à découvrir.

S'il suit scrupuleusement l'histoire du light novel comme le faisait l'anime, ce premier tome du manga brille sur un point en particulier, qui peut le rendre très accessible et en faire une bonne porte d'entrée à l'univers de Seishun Buta Yarou: il prend son temps, n'est jamais rushé contrairement à certaines autres adaptations manga de light novels. Ce premier volume correspond à environ 1 épisode et demi de l'anime, ce qui laisse vraiment bien le temps de nous imprégner du concept et de l'atmosphère assez unique, tout en repérant bien chaque personnage. Qui plus est, la mangaka dévoile une patte visuelle appliquée et appréciable pour sa richesse et sa densité, mais ausis pour on expressivité un brun supérieure par rapport à l'anime où les visages restent souvent un petit peu plus "neutres", ce qui permet à cette version papier d'avoir son identité. Les designs sont vraiment beaux, les décors urbains (intérieurs comme extérieurs) bien présents, les cadrages fluides tout en n'omettant pas parfois leur petite pointe aguicheuse... En somme, un travail soigné, qui fait découvrir ou redécouvrir avec plaisir ce premier arc.

Au bout du compte, il s'agit là d'une très bonne entrée en matière pour cette version manga vraiment soignée dans son adaptation du premier arc du light novel d'origine. Il faut éventuellement un petit temps d'adaptation que cette lecture permet très bien, afin de se plonger au mieux dans ce récit qui ne fera que se bonifier par la suite. Concernant l'édition, Ototo livre une très bonne copie, avec un papier souple et de qualité permettant une très bonne impression où les nuances sont bien rendues, une première page en couleur, et une traduction efficace de Yoan Giraud qui n'a aucun mal à coller aux personnalités des différents personnages.


Chronique 1

A l'automne 2018, nous découvrions la série animée Rascal Does Not Dream of Bunny Girl Senpai, série d'animation orchestrée par le studio Cloverworks. Une série qui n'était pas une création originale mais une adaptation, celle du light-novel écrit par Hajime Kamoshida et illustré par Keji Mizoguchi, en cours depuis 2014.

Mais bien avant l'anime, le roman donnait lieu à un premier manga, en 2016, que les éditions Ototo nous proposent aujourd'hui, confirmant une partie de leur politique de coller avec des licences déjà connues dans nos contrées. Dessiné par Tsugumi Nanamiya, le manga fut prépublié dans le Dengeki G's Comic, pour un total de seulement deux volumes. Un court format qui, on le comprendra vite, semble en réalité correspondre avec le premier arc du light-novel d'origine.

Sakuta Azusagawa est un lycée presque ordinaire, mis à part qu'il fait l'objet d'une étrange rumeur. Un jour, à la bibliothèque, il assiste à un étonnant spectacle : une jeune femme, à peine plus âgée que lui, arpente les allées de l’établissement en tenue de bunny girl plus que sexy... sans que personne ne la remarque. Cette demoiselle, c'est Mai Sakurajima, camarade de lycée d'un an son ainée, et ancienne actrice qui a mis sa carrière en pause. Mais cette dernière ne s'est pas vêtue ainsi sans raison. Curieusement, de plus en plus rares sont les gens qui peuvent la voir, ce qui devient un handicap dans son existence. Pour Sakuta, ça ne fait aucun doute : c'est l’œuvre du syndrome de la puberté, un étrange phénomène pouvant affecter les individus de manières différentes, le jeune homme et sa petite sœur en ayant fait les frais...

Rascal Does Not Dream of Bunny Girl Senpai (que nous abrègerons par « Bunny Girl » dans la suite de cette chronique par soucis de commodité) est une œuvre assez étonnante, dont l'enrobage aguicheur cache en réalité un récit plus complexe et passionnant qu'il n'y paraît. Car derrière l'histoire d'une jolie lycéenne affublée d'une tenue de bunny se cache une tranche de vie mêlée à des éléments de fantastique, pour un ensemble particulièrement envoutant.

Alors, la rencontre entre Sakuta et Mai n'est pas celle d'une romance classique, mais un point de départ d'une sorte d'enquête sur l'étrange syndrome de la puberté. Qu'est-il exactement ? Pourquoi Mai en fait-elle les frais ? C'est ces bases que développe le premier tome de cette courte série, qui semble n'adapter que le premier arc de l'intrigue originale.

Mais le tout ne repose pas que sur ces enjeux, puisque ce premier volet prend le temps de planter les principaux personnages, et de traiter la relation entre les deux protagonistes. Outre la quête fantastique qu'il représente, Bunny Girl s'apparente déjà à une histoire humaine, et à un récit d'amour adolescent particulièrement efficace grâce à deux têtes d'affiches aux tempéraments sincères, et tous deux marqués par un certain cynisme qui fait la saveur des échanges verbaux entre eux.

L'intrigue originale se voit alors respectée à la lettre dans ce premier volet, qui ne correspond qu'à un épisode et demi de l'adaptation animée, pour ceux qui auraient eu l'occasion de la découvrir. Alors, pas de surprise pour les initiés, tandis que ceux qui découvrent Bunny Girl par ce biais apprécieront un traitement complet du scénario, et non pas une adaptation rushée qui se contente d'être un produit promotionnel. Ainsi, le manga de Tsugumi Nanamiya semble être une excellente porte d'entrée à l'univers.

Graphiquement, cette première adaptation est d'un très bon niveau. La mangaka a un trait dense, précis, mais surtout particulièrement expressif. C'est un parallèle que ceux qui sont passés par l'anime aimeront sans doute faire : Si les personnages paraissent souvent passifs dans la version animée, ceux retranscrits par la vision de la dessinatrice affichent sans mal leurs émotions. Un parti-pris un poil différent mais qui donne un zeste d'identité à cette mouture manga. On appréciera d'autant plus découvrir le dénouement du premier arc dans cette version qui ne manque pas de qualités.

Côté édition, Ototo reste sur un très bon niveau. Un papier de qualité, une page couleur mettant en avant la jolie Mai... et une très bonne traduction signée Yoan Giraud. Tout ce qu'on espère sur le plan éditorial, c'est qu'Ototo n'en restera pas là, et publiera les adaptations suivantes.
   

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.75 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction






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