Promeneuses de l'apocalypse (les) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 11 August 2022

Le mois de juillet a vu débarquer chez Doki-Doki la série Les Promeneuses de l'apocalypse, en japonais Shûmatsu Touring (un nom nippo-anglais que l'on pourrait traduire par "Voyage de l'apocalypse" ou "Tourisme de l'apocalypse"). Prépubliée au Japon depuis 2020 dans le magazine Dengeki Maoh d'ASCII Mediaworks/Kadokawa avec actuellement 3 tomes parus, cette oeuvre est la toute première publication française de Sakae Saito, un auteur actif depuis le milieu des années 2000, ayant d'abord officié dans le hentai avant d'enchaîner plusieurs séries grand public dont des mangas inspirés de Robotics;Notes, Kantai Collection ou encore Heavy Object. Notons que l'auteur est lui-même un adepte de road trips à moto, et il n'y a donc rien d'étonnant de le voir concevoir un manga sur ce thème, ni de découvrir que depuis 2022 il est également en charge du manga Super Cub Rei, un spin-off de la série Super Cub qui joue dans le même registre et qui est publiée en France depuis peu par Noeve Grafx.

Comme le laisse bien deviner le titre de la série, celle-ci nous plonge dans un Japon légèrement futuriste et qui a été ravagé par des catastrophes qui ne sont pas précisées. Plus précisément, c'est le monde entier qui s'est effondré, la civilisation humaine telle qu'on la connaît n'existant plus en n'ayant laissé derrière elle que des ruines et des bâtiments plus ou moins vides. néanmoins, la vie humaine n'a pas totalement disparu, comme le montre la jeune Yôko, une adolescente qui, dans ce contexte où elle a grandi dans un abri, elle a fini par aller outre les directives de sa soeur en quittant celui-ci pour aller découvrir le pays sur une moto tout-terrain, le tout en compagnie de sa fidèle Airi, une demoiselle qui sous ses allures de jeune fille un peu neutre réservera quelques surprises.

L'oeuvre, qui démarre vite et bien en nous immergeant efficacement dans son univers sans avoir besoin d'une présentation particulière, vient donc en grande partie flirter avec le registre de l'iyashi-kei, ce courant littéraire japonais recherchant le bien-être de son lectorat en lui faisant oublier tous ses problèmes pour mieux profiter de chaque instant qui nous est offert. L'essentiel du récit, pour l'instant en tout cas, repose effectivement sur les premières étapes du voyage de Yôko et d'Airi: Hakone, Yokohama, le port de Yokosuka, Setagaya, Shinbashi, Ariake... toutes ces destination étant évidemment bien différentes de ce que l'on connaît aujourd'hui, en étant par exemple plus ou moins fortement ravagées, en partie englouties sous les eaux... et ce sont pourtant bien dans ces lieux post-apocalyptiques que nos héroïnes profitent de plaisirs simples du mieux qu'elles peuvent, ne serait-ce qu'en faisant une partie de pêche à la baie de Yokohama, en profitant des sources chaudes de Hakone sans oublier d'apprécier les vues du Mont Fuji, mais aussi en faisant quelques rencontres: animaux, robot, ou encore humain devenu cyborg et ayant sa propre petite histoire... car malgré l'effondrement du monde, la vie existe encore bel et bien pour qui sait l'apprécier et aller à sa rencontre.

L'auteur nous offre du "post-apocalyptique positif" plutôt efficace dans l'ensemble, où le côté "heureuses malgré tout" des héroïnes évoque volontiers Escale à Yokohama, tandis que l'aspect "voyage à la découverte des ruines de notre civilisation par deux filles la méconnaissant" nous rappelle un petit peu Girl's Last Tour, soit deux autres séries excellentes et incontournables de ce genre d'iyashi-kei post-apo. Et d'autres éléments sont là pour renforcer le plaisir aux côtés de Yôko et d'Airi. On pense évidemment à leur moto, les deux-roues étant un gimmick très récurrent de ce genre de série dépaysante: rappelons nous du scooter d'Alpha dans Escale à Yokohama, de celui de Rin dans Yuru Camp/Au Grand Air, de la moto changeant la vie de l'héroïne de Super Cub, ou même, dans un genre un peu différent, du fameux Kettenkrad des héroïnes de Girl's Last Tour. Mais il y a aussi la patte visuelle du mangaka: plutôt satisfaisante, entre les décors bien présents et soignés qui trouvent le bon équilibre entre clarté et richesse, entre réalisme et éléments post-apo et futuristes, puis les bouilles très expressives, assez rondes et légères de nos héroïnes.

Enfin alors que la petite recette aurait pu simplement s'arrêter là, notons que Sakae Saito y distille, de temps à autre, des petits détails un peu plus intrigants. on peut éventuellement se demander où est passée la grande soeur de Yôko, dont notre héroïne suit les traces en se fiant aux photos de voyage qu'elle a pu lui envoyer par le passé. Mais il y a également de quoi se questionner sur la signification des rêves du passé que fait parfois cette dernière, ou simplement trouver, au détour d'une page, de brefs éléments un peu plus difficiles, à l'image de la découverte d'un cadavre dans une chambre, qui rappellent bien le contexte à la base triste. Yôko et Airi, face à ces choses, pourront-elles toujours garder leur sourire si communicatif ?

A l'arrivée, Les Promeneuses de l'apocalypse révèle suffisamment de qualités dans son genre pour faire passer un moment de lecture très agréable, et on espère bien que ça durera ! Et côté édition, c'est du tout bon de la part de Doki-Doki avec un papier bien épais et assez souple permettant une excellente impression, une première page en couleurs, un lettrage propre du Studio Charon, une traduction claire de Marylou Leclerc, et une jaquette proche de l'originale japonaise avec un très joli logo-titre.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction






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