Pont entre les étoiles (un) Vol.4 - Actualité manga

Pont entre les étoiles (un) Vol.4

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 12 December 2019

Chronique 2

Voilà des années que Haru n'a pas revu Xing. Ce dernier, affligé par la mort de son père, a rejoint la résistance anti-japonais dans laquelle il lutte à coup d'actes terroristes. Les japonais vivant en Chine, et par conséquent Haru, doivent redoubler de vigilance lorsque le pays de la demoiselle entre en guerre contre les États-Unis. Bien qu'elle rejette la guerre, Haru finit pas gagner un semblant de patriotisme... Mais est-ce la bonne attitude à avoir ? Et dans un tel climat, ses retrouvailles avec Xing peuvent-elle être positives ?

Sur ses trois premier tomes, Un pont entre les étoiles a oscillé entre des étapes sombres, et de grands moments de positivité, teintés d'espoir, et prônant de manière très poétique l'acceptation de son prochain. Pourtant, avec un contexte qui évolue jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, il était difficile d'imaginer un volume final aussi positif, et on pouvait redouter la fin de la série de Kyukkyupon comme on l'attendait avec hâte.

Sur ce volume décisif, les tensions entre japonais et chinois franchit un nouveau cap, tandis que le quotidien de Haru se voit chamboulé par l'entrée en guerre de son pays. L'autrice nous prouve encore que la période historique n'est pas choisie par hasard, l'artiste en profitant alors pour apporter un récit critique par rapport au patriotisme exacerbé de l'époque, dans l'unique but de mettre en valeur les messages d'unité particulièrement forts depuis le premier volume de la série. La guerre est ainsi présente et démontrée de manière crue et violente : Bien que le lieu où se trouve Haru ne soit pas un front, les bombardements ont lieu, des actes terroristes sont commis, et les corps des civils se multiplient par moment. Le récit n'a jamais été aussi lourd, une atmosphère qui tranche avec la positivité de ses débuts tout en apportant un message toujours plus fort.

Et en parallèle à tout ce climat horrible, ce sont les potentielles retrouvailles entre Haru et Xing qui forment un fil rouge qui mènera la série à son dénouement. Sur ce point, Kyukkyupon développe un cliché des récits de guerre, consistant à opposer deux amis ou amant à travers des camps en conflit. L'idée est simple mais terriblement pertinente par rapport au contexte historique de la série, et permet surtout à son autrice de décortiquer les derniers développements qui mènent ce quatrième tome à un message fort. Car l'émotion est particulièrement présente dans la dernière partie du récit qui apporte de belles lueurs d'espoir : la notion d'Humanité est au centre du récit, tandis que l'autrice apporte un point final pertinent, fort, et rempli de positivité. On ne pouvait pas espérer mieux pour cette série qui se sera souvent montrée poignante, le message ayant été développé sous différentes optiques jusqu'à atteindre son apogée sur le climax de ce quatrième opus.

Kyukkyupon nous offre alors un quatrième tome fort, haletant, terrible dans son traitement de la guerre du côté civil, qu'il soit japonais ou chinois, et conclut dignement une intrigue aux belles intentions humaines. Un dernier volet dont on ne ressort pas indemne mais qui met en avant des concepts d'humanité qu'on aurait bien tendance à oublier, aujourd'hui. Par son sujet principal, Un pont entre les étoiles est une série plus actuelle qu'on ne pourrait le pensée, et une œuvre forte merveilleusement menée de son premier à son dernier chapitre.


Chronique 1

Du temps est passé depuis que Haru a dû quitter précipitamment Shanghai, mais la voici enfin de retour dans la ville chinoise. Désormais lycéenne, elle a retrouvé sa chère Chii et, en cours, fait même la connaissance de Miyoko Mori, adolescente qui, malgré son caractère au premier abord hostile, deviendra son amie. Pendant que tout le monde s'active dans l'intensification des tensions entre Chine et Japon et que le patriotisme se fait plus fort, notre héroïne, elle, continue pourtant de rêver de retrouver Xing, celui qui est si cher à ses yeux... mais elle n'a alors aucune idée de ce que le jeune chinois a traversé, la mort tragique de son père abattu par les japonais ayant brisé quelque chose en lui. A présent, c'est sous le nom de Junk qu'il opère dans la résistance anti-japonaise, et quand Haru le recroise enfin ses yeux n'ont absolument plus la même lumière qu'autrefois... Leur amitié autrefois si forte pourra-t-elle renaître et survivre face à la haine engendrée par la guerre ?

L'heure est venue pour la série de Kyukkyupon de tirer sa révérence au bout d'un dernier volume captivant sur plusieurs points, à commencer par la vision de la guerre que la mangaka nous offre. Après trois premiers volumes où les tensions et les drames entre chinois et japonais n'ont cessé de s'accroître, les choses passent encore un cap. Terrorisme anti-japonais des chinois au sein de Shanghai, résistance, entrée en guerre des USA contre le Japon suite à Pearl Harbor, issue fatale à partir du drame atomique de Hiroshima et de Nagasaki... L'autrice n'a aucune difficulté à dégager certaines grandes étapes de la guerre pour nous en faire ressentir toute la tension et tout le drame humain que celle-ci provoque, en s'intéressant ici plus spécifiquement à Shanghai bien sûr, où la ville chinoise est occupée par les japonais dans un climat chaotique.

"Aux réunions, à la radio, ils font tous de beaux discours mais à nous... on nous interdit tout, jusqu'au moindre petit plaisir... C'est ça, le grand Japon ?"

Kyukkyupon joue vraiment bien son coup dès qu'elle s'intéresse de plus près à toutes les conséquences sur le peuple. Dans ce contexte, elle sait glisser diverses petites choses d'époque: le statut particulier de l'actrice Li Xianglan, la recrudescence des fumeries d'opium, l'interdiction de petits plaisirs tout simples comme les illustrations de Junichi Nakahara (un artiste qui est parfois considéré comme l'un des fondateurs du style avec de grands yeux dans les manga shôjo), la palce de ceux qui sont appelés les coolies... Egalement, dans tout ça les élans patriotiques prennent bien des formes. Certains partent se battre avec fierté à l'image du garnement qui martyrisait Xing autrefois, d'autres comme Chii souhaitent devenir infirmières, chacun est actif à sa façon pour sa patrie ou pour les siens, tandis que dans un premier temps Haru, elle, s'interroge, se demande ce qu'elle doit faire, prise entre l'influence de son entourage ou du conflit d'un côté, et de l'autre côté son désir profond de retrouver son si précieux ami chinois tel qu'elle l'a connu autrefois.

Kyukkyupon parvient vraiment à véhiculer beaucoup de choses à travers son héroïne, qui reste ballottée par les événements ou qui se retrouve conditionnée par ce contexte de guerre où elle est poussée à faire des choix, tout comme ses amies Chii et Miyoko. Il y a forcément des drames, des morts, des événements historiques tragiques, et, à chaque fois derrière, des sentiments d'incompréhension ou d'injustice traduisant surtout une chose une fois la défaite japonaise déclarée: pourquoi tout ça ?

Dans ce climat haineux, pourtant, ce que dégage Haru avant tout, c'est bien de l'espoir, de la lumière. On le ressent dès la petite scène avec Chii quand celle-ci doit repartir à Nagasaki: les quelques mots de Haru à son amie lui sauveront la vie, littéralement. De simples mots ayant pour qualité de rester bons et bienveillants dans ce contexte. Mais il y a aussi, et surtout, bien sûr, toute la symbolique que revêt sa forte amitié (et plus encore) avec Xing, la place que prend son chien Biscuit dans cette amitié au final, ce que ces deux jeunes ayant connu tant de drames déclenche tout autour d'eux entre des japonais et des chinois qui ne se haïssaient pas tous... La conclusion est sans doute assez attendue, mais résolument belle dans ses valeurs de pacifisme, d'humanisme et de compréhension.

"Ces gens rayonnent... comme des étoiles porteuses d'espoir."

Un pont entre les étoiles, comme on pouvait s'y attendre, s'offre donc une conclusion forte, riche et touchante, jusque dans la symbolique des étoiles et du conte de Tanabata. Kyukkyupon a su mener comme il se doit un très beau récit, porteur de choses essentielles que l'on a malheureusement toujours trop tendance à occulter.
   


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

18 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News