Pomme prisonnière (la)

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 23 September 2022

Artiste célébré pour sa patte visuelle immédiatement reconnaissable, si contemplative avec ses décors quasi photographiques et ses héroïnes fascinantes à leur manière, Kenji Tsuruta a d'abord été découvert en France via les éditions Casterman,dès 1999 avec Spirit of Wonder, puis en 2004 avec Forget-Me-Not. Il a ensuite fallu attendre 2017 pour le retrouver dans notre pays grâce aux éditions Ki-oon, tout d'abord avec la fresque d'aventure hypnotique L'île errante, puis avec la captivante saga Emanon. En ce mois de septembre 2022, c'est désormais du côté de Noeve Grafx que l'auteur fait une halte avec La Pomme Prisonnière, ouvrage qui fut, par ailleurs, disponible en avant-première sur le stand de l'éditeur lors de Japan Expo en juillet dernier.

Sorti au Japon en décembre 2014, ce manga en un seul tome (pour un peu moins de 150 pages) nous fait suivre le quotidien d'une détective privée fauchée à Venise, Mariel Imari... Et là, celles et ceux ayant lu Forget-Me-Not auront peut-être un déclic, puisque cet autre manga de Tsuruta proposait exactement le même pitch. A cela, rien d'étonnant: La Pomme Prisonnière peut être considéré comme une sorte de suite spirituelle de Forget-Me-Not, en reprenant sensiblement la même héroïne, le même cadre, la même atmosphère... à ceci près que notre chère Mariel semble avoir encore moins de travail que dans le précédent ouvrage. Et que l'on se contente donc de la suivre dans son quotidien un peu particulier, entre oisiveté d'une simplicité presque libératrice (comprendre par-là que Mariel glandouille beaucoup en sachant se contenter de très peu dans sa situation plutôt précaire), omniprésence de chats qu'elle adore même s'ils lui font parfois des misères (et puis bon, dans le fond, elle-même a un peu un comportement de chat, comme quand elle s'incruste nue dans le lit d'une connaissance juste pour se prélasser), découverte de recoins de chaque instants où la mer, qui fascine tant Tsuruta depuis toujours dans ses oeuvres, n'est jamais loin (un tour, des lieux engloutis, des ruines perdues sur l'eau...), et une nudité de chaque instant.

Cette nudité quasiment omniprésente est peut-être ce qui déconcertera le plus une partie du lectorat qui ne connaîtrait pas spécialement l'auteur, mais il faut savoir que celui-ci est coutumier du fait, et qu'avec lui c'est bien souvent la fascination qui prime sur l'érotisme. Tsuruta avoue même dans sa postface que La Pomme Prisonnière est précisément né d'une idée qu'il avait déjà explorée avec son responsable éditorial dans l'un de ses artbooks, Hita Hita (que l'auteur de cette chronique a la chance de posséder), à savoir les filles nues. Il ne faut donc pas s'étonner de voir la charmante Mariel se balader en permanence (ou presque) dans le plus simple appareil ou très, très peu vêtue sans la moindre gêne, ce qui a là aussi quelque chose d'assez libérateur, en plus d'être évidemment agréable à l'oeil, ne nous mentons pas. Et cela, même si l'artiste se permet aussi quelques moments tendant plus vers un certain érotisme, par exemple quand les chats jouent avec la culotte de Mariel ou avec un téton, ou quand notre héroïne se retrouve à embrasser une autre femme nue allongée sur un banc.

Mais du coup, à part ça, La Pomme Prisonnière ça raconte quoi ? Eh bien, rien de spécial. Initialement prépubliées entre 2010 et 2014 dans le magazine Rakuen -Le Paradis- des éditions Hakusensha au Japon, la grosse vingtaine de très courts chapitres (généralement de 8 pages) se contentent de petites scènes oisives étant quasiment toujours indépendantes et nous faisant profiter d'un des nombreux petits moments de vie calme de Mariel. A partir de là, c'est vraiment tout le talent visuel de l'artiste qui prime, et de ce côté-là chaque planche est un délice: la femme féline Mariel est drôle et charmante à suivre bien sûr avec sa silhouette élancée, mais les nombreux chats qui gravitent autour d'elle ne sont pas en reste, et surtout les nombreux décors de bâtisses, de ruines et surtout de vues marines sont un régal de contemplation, Tsuruta n'ayant une nouvelle fois pas son pareil pour nous inviter, dans ce grand format et avec ses souvent grandes cases, à contempler chaque parcelle des environnements qu'il croque.

Avec tout ça, on pourrait presque dire que La Pomme Prisonnière s'apparente plus à un bel artbook en noir et blanc plutôt qu'à un manga, d'autant plus que l'ouvrage est très peu bavard et qu'il fait justement suite à l'artbook Hita Hita. N'attendez donc pas d'histoire particulière, et laissez-vous simplement bercer par ces moments paisibles auprès de cette héroïne pas comme les autres, de ses espiègles et capricieux félins, et des captivants décors qui se dévoilent autour d'elle.

Enfin, côté édition, Noeve Grafx régale, une fois de plus. Non content d'offrir un grand format, une excellente qualité de papier et d'impression, un lettrage propre d'Elsa Pecqueur, une traduction claire de Yukari Maeda & Patrick Honnoré, et une très belle jaquette, l'éditeur a, évidemment, aussi pris soin de conserver la galerie d'une dizaine de pages d'illustrations quasiment toutes en couleurs, pour lesquelles on trouve certaines guests: Asumiko Nakamura (saga Doukyusei), Hiroaki Samura (L'habitant de l'infini), Shimoku Kio (Genshiken), Masakazu Ishiguro (A Journey beyond Heaven), et Katsuye Terada (Saiyukiden), avec pour chaque artiste un petit mot sur sa participation à l'ouvrage et sur son ressenti devant le travail de Tsuruta.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News