Natsuko no Sake Vol.2

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 14 Febuary 2020

Ayant laissé derrière elle Tokyo pour revenir dans sa province natale afin d'essayer d'y accomplir le rêve de son défunt frère Yasuo, Natsuko a entamé la culture du riz devant lui permettre de produire le meilleur saké du monde: le tatsu-nishiki, un riz aussi rare que difficile à faire pousser, d'autant plus que les techniques agricoles modernes lui sont néfastes. même si, au départ, beaucoup de gens doutent des capacités de cette jeune femme ne connaissant rien à l'agriculture, Natsuko a pour elle une profonde application, un fort désir d'apprendre, et une inébranlable volonté. Si inébranlable qu'elle a déjà acquis à sa cause de rares personnes comme ses proches bien sûr mais aussi le vieux Miyakawa, et qu'en plus de s'évertuer à prendre soin des grains elle a désormais le désir de créer une association pour le tatsu-nishiki, prônant les vertus d'une agriculture bio sans le moindre pesticide ou autre produit chimique. Mais sa quête risque d'essuyer de nombreuses contraintes, au risque de parfois profondément l'ébranler...

Dans ce deuxième gros pavé de 440 pages, la quête de Natsuko se poursuit donc au fil de quelques nouvelles étapes essentielles nous permettant d'en apprendre toujours plus sur la conception d'un saké artisanal: les étapes du labourage, la prise en compte des saisons, l'éreintant désherbage sans machines modernes, la première dégustation, la récolte, l'égrainage... sont autant d'étape qu'Akira Oze expose de manière aussi fluide qu'instructive, sans la moindre lourdeur tant tout est toujours bien distillé.

"La culture biologique emportera le monde. Mais il y aura une guerre, avant. Es-tu prête à t'engager dans ce combat ?"

Mais loin de se limiter à cet aspect, le mangaka continue aussi d'exposer bien d'autres choses, à commencer par tous les problèmes pouvant être rencontrés dans la culture de ce riz précieux pouvant être aussi fragile parfois. Et quand ce n'est pas la nature elle-même qui pose des problèmes (tempêtes, typhons, insectes...), c'est la question humaine et sociétale qui intervient, et c'est certainement ce dernier aspect qui est le plus prégnant et fort dans ce volume. Car Natsuko, que ce soit elle-même ou via certains proches, doit aussi se confronter à certaines réalités parfois cruelles du monde agricole, et cela donne l'occasion à Oze d'évoquer pas mal de problèmes que peuvent rencontrer les paysans et agriculteurs: difficultés d'un labeur aussi long qu'épuisant sans les machines modernes, travail occupant encore les gens jusque dans leur vieillesse, conditions de vie les poussant parfois dans une vie de solitude, endettement au nom de la modernisation malgré les "aides" du gouvernement (il peut certes y avoir des aides pour acheter des machines, mais derrière il y a des dépenses importantes comme l'essence, entre autres), contradictions liées aux questions de rentabilité... L'élément le plus marquant du volume reste toutefois, sans doute, l'opposition de l'agriculture bio telle que Natsuko la veut face à l'agriculture moderne certes plus rentable et plus facile mais loin d'être forcément meilleure. Et si l'auteur n'oublie pas d'évoquer à quel point les techniques modernes peuvent faciliter un travail de base très éreintant (encore plus pour des personnes âgées, forcément), il sait surtout décortiquer avec une certaine puissance les méfaits de choses comme les pesticides, pouvant être néfastes pour la vie humaine bien sûr, mais aussi pour les terres elles-mêmes en les appauvrissant et en les rendant inutilisables. Ce sont des choses bien connues de nos jours mais sur lesquelles on peine encore et toujours à évoluer, mais quand on se dit que ce manga a été dessiné il y a 30 ans, il y a de quoi être admiratif du travail effectué par Akira Oze, mais aussi inquiet de voir qu'en 30 années les choses n'ont pas tant bougé que ça.

"Changeons ce village petit à petit, grâce à l'association."

Consciente de ces problèmes, Natsuko devra donc non seulement y faire face pour ses propres cultures, mais aussi faire face à un milieu agricole ne semblant pas vouloir forcément d'une agriculture plus bio, plus saine. Il lui faudra de la patience et de l'ardeur pour parvenir ou pas à changer petit à petit les mentalités, mais en sera-t-elle capable ? Plus d'une fois elle n'est pas loin de craquer dans son désir d'accomplir le rêve de son frère tant aimé, d'autant que sa suggestion d'association est très loin d'emballer son entourage... Mais Natsuko sait toujours se relever et démontrer sa force de caractère, et elle peut aussi compter sur certaines personnes de son entourage. Des nouveaux venus comme Makoto Gôda, un paysan à la forte tête rejetant la modernité et mal vu par les autres, mais aussi des visages déjà connus qui, s'ils sont parfois réticents ou moqueurs au départ, pourraient finir par devenir de précieux alliés. Et c'est aussi ça la force de la série: autour de Natsuko, nombre d'autres visages se dévoilent, évoluent, se questionnent... Et de Miyakawa à la belle-soeur de notre héroïne en passant par Jinkichi, Saeko ou Kusakabe, aucun n'est oublié, pour ce qui sonne comme une véritable fresque humaine.

Immersif à souhait, intelligent, instructif, divertissant, profondément humain, excellent portrait d'époque... les mots positifs ne manquent pas pour qualifier Natsuko no Sake, oeuvre complète qui ne fait que confirmer toute son excellence avec un deuxième pavé tout aussi bon que le premier.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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