Monkey Peak Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 09 Febuary 2018

Officiellement pour resserrer leurs liens, les employés d'une entreprise pharmaceutique sont sommés de participer à une randonnée en pleines montagnes japonaises. Cette marche est censée leur permettre de se rapprocher en coopérant, mais chacun y est plus ou moins motivé. Reste qu'une fois la nuit tombée, la situation vire au drame quand ils se font attaquer par un étrange singe qui commence à la tuer ! Tout porte à croire qu'il s'agit du monstre légendaire des environs... mais qu'en est-il exactement ? Dans l'immédiat, ils ne doivent penser qu'à une chose : survivre. Mais en s'enfuyant sur les routes de montagne, ils ne font qu'aller toujours plus dans la gueule du loup : tout semble fait pour qu'ils s'égarent et ne puissent pas redescendre...


En cours de parution au Japon depuis 2016 dans le magazine Manga Goraku des éditions Nihon Bungeisha, Monkey Peak nous permet de découvrir pour la première fois en France deux auteurs : au dessin Akihiro Kumeta qui a démarré sa carrière en 2013, et au scénario Kôji Shinasaka qui a déjà signé une quinzaine de récits depuis ses débuts au milieu des années 1990.


Au programme de cette nouvelle série horrifique et mortelle des éditions Komikku, un scénario qui, pour l'instant, tient sur trois fois rien : des dizaines de personnes sont perdues dans la montagne, isolées de toute civilisation (même les communications téléphoniques ont été interdites, pour ne pas nuire à l'objectif de rapprochement entre les employés), traquées par une créature pas du tout amicale. Et tout en essayant de s'échapper, de survivre avec l'espoir de regagner la civilisation, elles se font massacrer les unes après les autres. A ce titre, les auteurs rentrent très vite dans le vif du sujet, avec déjà pas mal de morts dès les premières dizaines de pages, ce qui pose plutôt bien l'ambiance ! Et la majeure partie du volume se résume à ça, car pour l'instant on ne peut pas dire que le scénario rende les personnages très intéressants. Au-delà de ceux qui servent juste de chair à pâté, ceux qui survivent plus longtemps jouent sur des éléments assez stéréotypés : le petit gros vite essoufflé, la mignonne, la fille un peu frivole, la caractérielle, le gros bras un peu rigide, le beau gosse, le fourbe... Pour l'instant, tous ceux-ci ne sont que vaguement esquissés, on n'en retient pas grand-chose, on peine même à retenir leurs noms, mais on devine que les auteurs devraient en faire un usage un peu plus profond par la suite, car en toute logique cette situation où ils sont tous menacés de mort devrait révéler la noirceur et l'égoïsme de certains... On entrevoit déjà cet aspect à travers certains de ces personnages, il n'y a plus qu'à développer ça. Et même si ça s'annonce extrêmement classique, il y a de quoi faire pour que ça fasse décoller le récit. 


Dans cette foule de personnages un peu interchangeables, pour l'heure il n'y en a qu'un qui se dégage réellement du lot : celui qui est présenté plus ou moins comme le personnage central, Saotome (ou Sacchi), jeune homme dont on découvre un peu le passé, certaines histoires assez sombres (son père mort en montagne, le fait qu'il a apparemment tué deux personnes...), pour un résultat où l'on cerne qu'il a déjà un passif assez dur avec la montagne.


Par ailleurs, le cadre montagnard très rude dans lequel les personnages se débattent gagne en intérêt au fil du tome, dans la mesure où la nature hostile amène bien d'autres problèmes, en plus du singe meurtrier. Problèmes d'orientation, problème des vivres (surtout l'eau) qui en arrivent rapidement à manquer (ce qui devrait accentuer aussi les tensions entre les survivants), rochers, falaises, terrains glissants et vertigineux... L'énigmatique singe tueur est certes la principale menace, mais les personnages devront donc se méfier de bien d'autres dangers, y compris entre eux !


Tandis que tout le monde se fait tuer, tente de survivre et se perd dans la nature, on voit émerger tout doucement des interrogations, pour l'instant discrètes, mais qui pourraient tout à fait accentuer l'intérêt de l'histoire par la suite. On comprend vite que l'entreprise pharmaceutique a connu quelques problèmes graves et qu'elle n'est peut-être pas étrangère à ce qui se passe, on se demande ce que cache exactement le passé de certains comme Saotome, on s'interroge en voyant des panneaux d'orientation volontairement faussés (ce qui signifie donc que quelqu'un leur en veut clairement)... et, bien sûr, on se demande ce qu'est exactement ce singe meurtrier !


A ce titre, le singe est bel et bien l'une des principales réussites de ce premier volume. Tout d'abord parce que son design, trapu, assez humanisé dans sa démarche, au poil dru, et porté par des yeux ronds assez terrifiants, intrigue beaucoup. On se demande vraiment ce que c'est exactement, on pourrait se dire que c'est un humain déguisé quand on le voit bouger et capable d'utiliser des armes humaines (machette, arc), mais d'un autre côté on se dit qu'il est bel et bien non-humain quand on voit qu'il peut apparaître de n'importe où, y compris des falaises les abruptes (où il peut disparaître tout aussi vite qu'il est apparu).


En dehors du design du singe, le reste de la prestation visuelle joue surtout sur des décors montagneux réalistes et sur des personnages aux dégaines volontairement un peu caricaturales et assez expressives. Le découpage est très classique, les angles de vue et la mise en scène font le job sans chercher à être vraiment spectaculaires... On regrettera quelques petits problèmes de perspective parfois, ainsi qu'un rendu un peu trop figé des personnages et de leurs gestes dans les moments censés être plus mouvementés. En somme, on a quelque chose qui n'est pas forcément très beau et qui n'en met pas spécialement plein la vue, mais qui s'avère très fonctionnel.


Dans tout ça, on pourrait éventuellement regretter une chose : en dehors du design du singe qui est certes assez flippant, mais qui a aussi quelque chose d'un peu grotesque, il y a le sentiment que le récit ne prend pas beaucoup de recul sur lui-même et veut rester assez sérieux. Un point qui pourra plaire ou déplaire, selon ce que l'on recherche dans ce manga qui reste avant tout une série B divertissante.


Sans être original pour l'instant dans son fond et dans ses personnages, Monkey Peak, sur ce premier volume, s'avère surtout plutôt fun à lire, avec sa nature hostile, son méchant simiesque plutôt réussi, ses morts à foison, et ses quelques petites interrogations. Reste à voir si le fond s'étoffera réellement et si les personnages sauront devenir intéressants (pour l'instant ce n'est pas franchement le cas), mais en attendant on tient un petit divertissement de genre pas déplaisant à parcourir.


Au niveau de l'édition, Komikku livre, comme toujours, une excellente qualité de papier et d'impression grâce à son imprimeur habituel, Aubin. La traduction de Masaya Morita fait le job et évite les coquilles, les choix de lettrages sont corrects, et la jaquette donne plutôt bien le ton.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

13.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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