Don't fake your smile Vol.1 - Actualité manga

Don't fake your smile Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 05 March 2020

Au fil d'une carrière qui dure depuis déjà un peu plus de 20 ans et qui est riche de plusieurs séries, Kotomi Aoki est une mangaka qui semble avoir pas mal progressé et mûri, comme peuvent en témoigner ses trois séries précédemment sorties en France chez Soleil: Secret Sweetheart était une atrocité stupide abordant très mal son sujet, My First Love constituait une romance dramatique plus inoffensive mais lambda, et Lovely Love Lie fut une romance musicale certes parfois inégale, mais souvent prenante, avec quelques très belles envolées et une héroïne qui captait sans mal l'attention avec son chouette caractère (et son inoubliable coupe de cheveux). Alors quand, au bout de cette assez intéressante progression, ce sont les éditions Akata qui finissent par s'intéresser à l'autrice avec sa dernière série en date, on est facilement intrigués ! En cours de parution au Japon sous le nom Niji, Amaete yo depuis 2017 dans le magazine Cheese! des éditions Shôgakukan et prévue pour s'achever avec son 9e volume (qui paraîtra dans son pays d'origine courant 2020), Don’t Fake Your Smile pourrait bien être la série de la maturité pour Aoki.

"Cette énorme connerie... je sais que jamais... je ne me la pardonnerai."

Niji Yamashiro, Gaku Andô et Hiyori Hasegawa sont trois amis inséparables depuis déjà quelques années. Lycéens, ils font tous les trois partie du club de judo. Président du club, Gaku est le genre de garçon intello qui a tendance a avoir une fierté mal placée... si bien que quand il lâche des vacheries à la vice-présidente pleine de caractère et de force Niji, ne serait-ce pas pour mieux camoufler ce qu'il ressent réellement et le trouble ? En effet, voici déjà un petit moment que le jeune garçon trouve son amie, si énergique et balèze en judo, étonnamment mignonne. Et Hiyori n'est pas dupe: observateur et plutôt mûr, ce beau gosse blondinet a bien cerné les sentiments de son ami, mais lui-même cache un certain secret... C'est ainsi que tous trois poursuivent leur quotidien adolescent où, entre mises au point sur eux-même et besoin de se confier, ils continuent de grandir et de se comprendre dans une certaine forme d'insouciance. Mais d'insouciance, bientôt, il n'y aura plus, suite à un soir dramatique qui risque de bouleverse leur jeune vie...

Dans une mise en place aussi rapide qu'efficace, Kotomi Aoki donne assez bien le ton en présentant efficacement chacun de ses trois personnages principaux, dont on cerne immédiatement les liens assez forts, quand bien même la fierté de Gaku le pousse à camoufler ça. Et de ce trio, l'autrice promet d'emblée de faire quelque chose de moderne, de par ce que Hiyori a à confier pudiquement à Niji dès le début de l'oeuvre... puis, surtout, par l'horrible événement tombant sur l'adolescente, en ce soir funeste où elle est rentrée seule, où la fierté mal placée de Gaku l'a poussé à refuser de la raccompagner... Après cela, peut-être bien que plus rien ne sera comme avant.

"Pourquoi il a fallu... que je sois une fille ?"

Dès les premières dizaines de pages, Aoki place donc de front ses personnages et ses lecteurs à certaines réalités tantôt très dures, tantôt quelque peu difficiles à assumer et à confier quand on n'est soi-même pas sûr de ce qu'on ressent. D'un côté, le dévoilement en pudeur et en retenue d'une homosexualité dont il a tout à cerner fait de Hiyori un personnage facilement touchant: il préfère garder secret son amour auprès de celui qu'il aime par peur, il craint de décevoir ses parents s'il leur disait ça, peine simplement à vivre ce qu'il ressent, mais son choix de tout confier à Niji (et à Gaku, s'il avait accepté de venir) en dit long sur la force du lien qui les unit. D'un autre côté, ce que subit Niji en cette soirée dramatique met en lumière la terrible réalité, toujours autant d'actualité, des agressions sexistes. Face à ça, Niji se veut forte: elle ne veut rien changer à ses habitudes, veut continuer à vivre normalement, tâche même d'en plaisanter en revenant en classe le lendemain... mais quelle que soit la force intérieure, on ne peut se relever si facilement d'une telle chose: peur panique d'être touchée, stress post-traumatique, tremblements... Niji nous touche en plein coeur. Sans compter qu'en plus, il y a les rumeurs et ragots parfois très stupides qui commencent à courir, et qu'en permanence réside un flou sur jusqu'où est allée l'agression de la jeune fille. Enfin, il y a le cas de Gaku: pris entre deux choses, entre d'un côté ses vrais sentiments et d'un autre côté son sentiment de culpabilité (forcément , il se dit que s'il l'avait raccompagnée, s'il n'avait pas été si fier, s'il avait été plus sincère...), il est lui aussi traité avec certaines nuances.

Dans tout ceci, la seule chose que l'on pourrait éventuellement reprocher à la mangaka, c'est le côté "gros sabots" de la méprise amoureuse que Gaku se fait et la manière dont les trois adolescents s'enfoncent dedans. Néanmoins, pour tout le reste, Kotomi Aoki frappe un grand coup en sachant aborder les choses dans un mélange de choc et de pudeur qu'elle peaufine très bien à travers des visuels soignés. Son style surtout développé dans Lovely Love Lie est bien là, et les alternances de retenue, de non-dits et d'instants ou ça craque ou menace de craquer font ressortir naturellement et sans trop en faire toute la puissance de certains moments... La mangaka nous happe, tout simplement.

"C'est pas un mec pareil qui changera celle que je suis. Je refuse de le laisser gagner..."

Si l'on se demande comment évoluera le récit entre sa part sentimentale et ses sujets plus graves et modernes, pour l'heure Don't fake your smile s'offre une excellente entrée en matière. Cette chronique ayant été faite à partir d'une épreuve non-corrigée fournie par l'éditeur, pas d'avis sur l'édition !
  


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.25 20
Note de la rédaction






MN Actus
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